CHAPITRE XXIV
9lols d'Octobre.
Saint François d'Assise, Saint Bruno, fondateur de l'Ordre des Chartreut.
Nous ouvrons ce mois par ta festivilé de S. Françotsd'Assise que TEglise a Gxée au 4 octobre. Cel illustre fondateur de l'ordre des Minimes naquit en 1182 et mourut en 1226. Ce saint est à peu près toujours figuré avec les Stigmates. Comme Molanus se borne à cette indication, sans y ajouter rien de plus, nous croyons utile de présenter sur ce point des détails précis. S. Bonavcnture qui a écrit la vie de ce célèbre patriarche des Mineurs s'exprime ainsi qu'il suit : « Vers la fétc de l'Exaltation de la sainte Croix, it François étant le matin, en prières, du côté de la mon- » tagnc (le mont Alverne, en Toscane) au moment où il s'é- » levait à Dieu par l'ardeur séraphique de ses désirs et se » transformait par les mouvements d'une compassion tendre » et affectueuse en celui qui, par lexcès de sa charité a n voulu être crucifié pour nous, il vit comme un séraphin t> qui avait six ailes éclatantes et élincelantes de feu desy> cendre vers lui du haut du ciel. Ce séraphin vint d'un w vol rapide se placer dans Tair auprès de lui. Entre les o ailes du séraphin paraissait la figure d'un homme crucin fié^ ayant les mains et les pieds étendus et attachés à une » croix. Ses ailes étaient disposées de manière qu'il en avait » deux sur la tôte, qu'il en étendait deux pour voler, et » qu'il se couvrait tout le corps avec les deux autres. A ce »> spectacle, François fut extraordinairemcnt surpris; une » joie mêlée de tristesse remplit son cœur. La présence de ). Josus-Christ qui se montrait à lui sous la figure d'un sé- »> raphin, d'une manière si merveilleuse ol si tendre lui >» causait une joie iuexprimablo, mais co douloureux spec- »» tarlo do son rrucifiomonl le pénétrait d'une vive compas-
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n sion et il en avait i'àmc transpercée comme d'un glaive. » Réfléchissant que Tétat de soufi'rances ne pouvait convenir o à rimmortalité d*un séraphin , une lumière intérieure » lui découvrit que Tobjet de celte vision était de lui faire » comprendre que c'est moins le martyre de la chair que « le feu de Tamour qui transforme en une parfaite ressemn blance avec Jésus crucifié. Après un entretien secret et » familier la YÎsion disparut. Mais son âme resta embrasée n d^une ardeur séraphique et son corps fut extérieurement B marqué d'une figure semblable à celle du crucifix , comme » si sa chair amollie et fondue par le feu avait reçu Tim- » pression d'un cachet , car aussitôt les marques des clous » commencèrent à pénétrer dans ses mains et dans ses pieds» » telles qu il les avait vues dans Timage de Thomme cruci- » fié. On vit ses pieds et ses mains percés de clous, dans » le milieu , les têtes des clous rondes et noires étaient au >v dedans des mains et au dessus des pieds ; les pointes qui » étaient un peu longues et qui paraissaient de lautre côté, » se recourbaient et surmontaient le reste de la chair d'où n elles sortaient. François ayait aussi à son côté droit une » plaie rouge comme s'il eût été percé d'une lance ; cette » plaie jettait souvent du sang qui trempait sa tunique et » ce qu'il portait sur les reins. »
Il uy a, dans I& passage qu'on vient de lire, rien qui puisse être assimilé à la légende du moine Sébastien sur le lion de S. Jérôme. Ce parallèle n'est pas non plus possible entre le légendaire du Vile siècle et le saint docteur Bonavcnture, cardinal, une des plus éclatantes illustrations du Xllle siècle. Il est bien vrai que le miracle des Stigmates a trouvé des incrédules non seulement parmi les prétendus philosophes de nos temps modernes, mais encore parmi quelques hommes religieux. Ainsi, dans les royaumes de Castille et de Léon, pays où l'on conviendra que la crédulité est parfois excessive, on a vu des zélateurs qui ordon* naient aux peintres d'eflacer les Stigmates des tableaux qui les retraçaient et leur défendaient de les peindre à l'avenir. Le pape Alexandre IV se vit oblige d'arrôler ces cxcè.s, par un bref adressé aux évoques de ces conlrées, tant le fait
lui scmblail invinciblement démoniré. D'autre pari, nous devons dire que TËgltsc ne présente pas ce prodige comme un article de foi, mais il serait plus que téméraÎTe de le reléguer parmi les fabuleuK recils de quelques légendes.
S. Bonavcnture , pour appuyer le récit du prodige raconté par lui, ajoute qu'une dame se plaignant ub joorque son image de S. Fraoçois-d'Assise ne retraçait pas les Siigmaies j s'aperçut, par un beau jour, que cette même image les reproduisait. Revenant toutefois à sa première incrédulité , cette dame finit par croire qu avant ce tempslà elle n'avait pas bien examiné cette image et que ces Stigmates y étaient précédemment figurées. Or qu arriva-t-il? Un nouveau miracle les fit disparaître» pour les reproduire plus tard par un prodige semblable au premier.
Nous sommes pourtant bien éloignés d approuver certaines exagérations que se sont permises les Franciscains , en divers temps. Ainsi , le gardien des Gordeliers de la ville de Reims ayant fait rebâtir le grand portail de Téglise de son couvent , s'avisa de faire graver ea lettres d'or, sur le frontispice , cette inscription :
Deo homini et beak> Francisco Utrique crucifixo.
« A l'Hommc-Dicu et à S. François , l'un et l'autre cru- » ciliés. — I^ Faculté de Théologie taxa d'impertinence cette inscription et le gardien fut obligé de l'enlever. Il la remplaça par la suivante :
Crucifixo Deo homini et S. FranHiCO. 1669.
« A l'Homme-Dieu crucifié et à S. François. » Celle-ci est un peu plus modeste et peut se tolérer.
Quelques artistes ont pris maintes fois une marche opposée à celle des incroyants dont il n, été parlé. Ils ont représenté avec des Stigmates S. Paul, l'apôtre des nations. Ils interprétaient en ce sens les paroles de cet apôtre , dans son Epitre aux Galates (chap. vi, verset 17) : Je porte, » imprimées sur mon corps, les marques du Seigneur » Jésus. » Justice a été faite de l'explication trop littérale de CCS paroles. On en a fait de même pour sainte Catherine de
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SîeiM«, dont la dévolion pour Jésus crucifié fut si ardente et si tendre. Les papes Sixte IV et Innocent YIII ont dé- Cenda ^ 90U8 peine d^excommunication , de peindre avec des SligmaUê d'autres saints on saintes que S. Franoois-d'Assise. Ces actes sont ufic nonveUe conGrinatton du miracle relatif an saint fondateur des Minimes. Sa vie bien étudiée présen4e à lart chrétien itm grand nombre de sujets à reproduire. ■
Le costume monachal de S. François-d'Assise a été, pendant longtemps , un objet de discussion. Lui-même , néanmovBs , a établi , dans sa règte , que la coule ou robe de ses religieux doit être de drap grossier, de couleur cendrée pour mieux symboliser Tesprit de mortification. La longueur des manches doit être telle qu'elles descendent jusqu'à l'extrémité des doigts. Quant à celle de la robe, les pieds doivent CD être couverts sans embarrasser la marche. La ceinture doit être «ne corde. L*ample capuchon doit couvrir toute la figure, quand il n'est pas rejette en arrière.
Carrache a peint admirablement S. François recevant les Stigmates. Rubens a représenté ce saint au lit de la mort , au moment où il reçois le Saint-Viatique. Annibal Carrache Ta peint mourant, entouré de ses frères qui pleurent.
Le 6 octobre ramène la festivité d'un autre illustre fondateur d'Ordre. C'est S. Bruno. Né versl'an 1035 , il mourut en 1101. Notre habile peintre Lcsueur a représenté en vingt-deux tableaux la vie de ce saint , instituteur des Chartreux. 11 est peul-étre utile de rappeler, en passant , que ie nom de ces religieux leur vient de l'affreuse et stérile gorge de montagnes du Dauphiué qui portait cette appellation de Chartreuse , quand S. Bruno y posa les fondements de son Ordre. On a vivement attaqué , dans ces derniers temps, un prodige raconté par Jean Gerson et S. Antonin, à la suite duquel notre saint aurait pris la résolution de quitter le monde pour se livrer à la pénitence et à la retraite. Ce fait miraculeux se serait passé h Paris , vers le milieu du XIc siècle. Voici le texte de Jean Gerson, iidèlcmcnl traduit : « Vt\ râaîlrc ou docteur, célèbre parmi les
» scbolastiques, vlnl à mourir. Oq disposa loui poar ses » obsèques dans Téglise. Il y esl porté. On enlend une voix : » Je suis accusé par le juste jugement de Dieu. La sépul- » ture est différée jusqu'au lendemain. Alors on entend une » voix : Je suis jugé par le juste jugement de Dieu. Le » troisième jour auquel la sépulture a?ait été renvoyée, une » voix retentit : Je suis condamné par le juste jugement de » Dieu, n Le défunt qui du fond de sa bière faisait entendre ces lamentables paroles est désigné , dans la narration , par le nom de Raymond Diocrès. Brano , présent à ces obsèques, aurait été si vivement frappé , que dès ce moment il aurait conçu son généreux projet. Cette histoire avait été insérée dans le Bréviaire romain , mais le pape Urbain VU! en ordonna la radiation. Les jésuites Théophile Raynaad et Colombi, ainsi que le chartreux Masson ont défendu Tauthcnlicité du miracle. Plusieurs savants critiques ont cherché à en ébranler la réalité. En général pourtant, depuis la suppression ordonnée par Urbain YIII , on s'accorde à regarder cette narration merveilleuse comme une fable qui n'a dautre fondement que la crédulité de ceux qui Tont écrite. Lesueur, travaillant pour les Chartreux de Paris qui admettaient le prodige, ne pouvait s'empêcher d'en faire le sujet de quelques-uns de ses tableaux. On conçoit aussi qu'il n'a pu être également heureux dans une si longue suite de pages artistiques. Une des plus belles , est , sans contredit, l'enlèvement au ciel du saint instituteur des Chartreux. Lesueur avait peint cette vie sur bois, de 1645 à 1648, pour le petit clotlre de ces religieux. Ce bâtimcnt ayant été démoli en 1776, la peinture fut mise sur toile. Ces tableaux furent donnés par Louis XVI au musée de la grande galerie du Louvre, où l'on peut encore les admirer.