CHAPITRE VII
Ces mercenaires, instruments plus faciles à manier que les alliés, étaient contre eux une menace, et par conséquent une garantie.
On put les tourner contre Sparte. Gléomène laissant les troupes Spartiates en Arcadie, revint à Sparte avec ses mercenaires, répandit la terreur, fit massacrer les éphores et imposa sa réforme.
A Sellasie « il fut contraint, dit Polybe, de combattre .malgré son infériorité numérique, parce que l'argent lui manquait pour payer les mercenaires. »
La facilité d'avoir des troupes à prix d'argent, changea les conditions de la guerre et transforma les relations des diverses contrées entre elles. Comment aurait-on apprécié le concours militaire des alliés, lorsqu'on pouvait l'acquérir à de meilleurs conditions ?
Voilà pourquoi les alliances ne furent ni fidèles, ni durables. Chaque cité de la Grèce avait une haute idée de son passé, et de grandes espérances d'avenir. Les dieux protégeant son berceau, y avaient déposé des promesses brillantes.
Elles avaient le sentiment de leur force, et, lors même que, par leur faute, elles usaient dans des factions intérieures leur organisation, et dans des luttes fratricides les principes même de leur vie, elles aspiraient à rester indépendantes et à dominer.
Sparte et Athènes ont obéi à ce sentiment avec leur génie particulier. Athènes y porte la souple fécondité de la race ionienne, Sparte la rigide ténacité des Doriens.
Les alliés se plaignirent souvent de la situation inférieure qui leur était faite, malgré leur nombre.
Pour leur répondre, le roi Agésilas fit lever séparément, dans l'armée alliée, les pâtres, les maçons, les charpentiers, et en forma des groupes distincts. Il commanda ensuite aux Spartiates de se lever, et leur nombre dépassa celui de chacun des groupes. Le Spartiate, en effet, n'était que Spartiate; un métier Teût déshonoré. L'expédient d'Agésilas parut une réponse décisive, et confirma l'antique privilège de n'être que soldat dans la cité de Lycurgue.
Lorsque, maîtres de la Grèce après la prise d'Athènes, les Spartiates envoyèrent des gouverneurs dans les villes soumises ou alliées, ils leur donnèrent le titre d'harmostes, c'est-à-dire de modérateurs, leurs fonctions consistant à tout concilier dans l'ordre. Mais l'ordre devait être établi selon la tradition Spartiate, d'une manière absolue, violente, avec un suprême dédain des traditions, du génie, des besoins de chaque cité. Cette politique insolente explique l'abandon général de la cause de Sparte, lorsque l'épée auparavant impuissante de Thèbes, fut portée par la main habile et vaillante d'Epaminondas.
5. Nulle cité ne fournit plus de mercenaires que Sparte. Elle servit, pour de l'or, la cause des autres, après avoir longtemps elle-même prodigué l'or pour faire servir à son ambition, le sang de presque toutes les cités de la Grèce. Elle donnait ainsi satisfaction à son antique vertu : le courage, et à son vice nouveau : Tamour des richesses.
En 402, au moment où la population subissait une si effrayante diminution, sept cents hoplites, s'engageaient au service de Cyrus le jeune, sous la con-