CHAPITRE VII
offensif de rennemi était toujours possible, et pouvait compromettre les résultats de la victoire. Aussi , Lycurgue interdit-il formellement cette imprudence.
Il assurait ainsi la discipline militaire, et maintenait le règne de cette austère pauvreté qui fut longtemps la gloire de Sparte.
Ils devaient éviter les guerres lointaines parce qu'elles auraient donné aux rois un trop grand pouvoir, affaibli la discipline et fait oublier la patrie. Lorsque Aristagoras qui voulait entraîner Gléomène dans une expédition contre le grand roi, eut dit qu'il y avait trois mois de marche pour aller jusqu'à la capitale des Perses, il lui répondit : « Il est insensé de proposer aux Lacédémoniens de s'éloigner de trois mois de marche de la mer, » et il resta insensible aux plus brillantes promesses.
4. L'armée se composait de Spartiates, de Laconiens et d'Hilotes.
Le Spartiate en faisait, non par le nombre, mais parla valeur, la force principale. Le Laconien pouvait lui être assimilé, sans être jamais confondu avec lui. Il devenait hoplite et combattait à ses côtés. Cet honneur était aussi accordé aux Hilotes , et ils pouvaient, à la suite de services éclatants, conquérir la liberté. Croire que ce bienfait était fréquent, ce serait mal connaître l'esprit exclusif des Spartiates.
« Tyrtée, pour remplacer dans les lokos les soldats qu'on avait perdus, choisit lui-même des hilotes (1). »
On vit cependant des généraux et des amiraux
(1) Pausanias, Messénie, cti. XYI.
sortir des rangs des Laconiens, ou même d'une ville étrangère.
Pausanias (1) en donne un exemple. Dans la première guerre de Messénie, le commandement du centre de Tarmée fut confié à Euryléon, « Lacédémonien de naissance, mais Thébain d'origine, de la famille de Cadmos. »
^ C'est que l'intérêt était la loi suprême des Spartiates. Donner ce rang élevé à des hommes qui n'appartenaient pas à la caste privilégiée, c'était montrer que les rois pouvaient avoir des émules. Changer leur situation sociale, c'eut été amoindrir ceux qui faisaient tout plier sous leur volonté de rester les maîtres.
Sparte avait des alliés qui combattaient à côté d'elle. Leurs services étaient acceptés, leur sang cimentait la gloire ou la domination de l'égoïste cité, mais ils étaient toujours tenus dans un rang inférieur. L'orgueil de Sparte acceptait des services, attaquait toute supériorité et ne comprenait pas qu'on aspirât à l'égalité.
Ils avaient des mercenaires. Dans la première guerre de Messénie, ils comptaient dans leurs rangs des archers crétois soldés (2). Ils obligeaient les peuples vaincus ou protégés, à partager leurs combats. « Ils traînaient avec eux les peuples circonvoisins, déjà soumis à leur puissance, ainsi que les Asinéens et les Dryopes, qui, chassés de leur pays par les Argiens depuis une génération, s'étaient réfugiés chez les Spartiates, et les suivaient par force à cette guerre (3). »
(1) Messénie, chapitre VII.
(2) Messénie, ch. VHI.
(3) Pausanias, Messénie, ch. VIII.