CHAPITRE III
prévalurent. Rome se montra tour à tour bienveillante et impitoyable, et chacun comprit ce que rapportait la soumission, ce que coûtait toute velléité d'indépendance.
Après la mort de Nabis, Sparte avait égorgé les meurtriers Étoliens appelés par le tyran lui-même. Philopœmen courut à Sparte et la fit entrer dans la ligue Achéenne. La ville, reconnaissante, lui offrit cent vingt talents produits par la vente des biens du tyran. L'argent était alors pour Sparte la suprême puissance, et elle le croyait suffisant, peut-être nécessaire, comme récompense d'un service et garantie de la fidélité d'un héros..
Philopœmen, qui connaissait Sparte, a lui conseilla "e garder cet argent pour acheter le silence de ceux qui, par leurs discours dans le conseil, jetaient le trouble et la confusion dans la ville (1). »
4. L'alliance de Sparte, toujours incertaine au gré de ses intérêts, devenait flottante selon les caprices et les passions d'un peuple qui n'avait plus d'autre guide que l'esprit révolutionnaire.
Elle déserta la cause Achéenne, et demanda le secours des Romains. Philopœmen, qui l'avait défendue, même contre les Achéens, se montra impitoyable pour elle. Il fit périr quatre-vingts Spartiates, qui appartenaient au parti démagogique — un historien dit trois cent cinquante, ce qui est moins vraisemblable à cause de la diminution des citoyens,— chassa les étrangers, bannit les esclaves que les tyrans avaient affranchis, abattit les murs de la ville, rendit leurs biens aux exilés, supprima tout ce qui restait
(1) Plutarque, Philopœmen, 23.
des vieilles institutions, substitua l'éducation des Achéens à celle de Lycurgue, et, après avoir vendu trois mille habitants, en transporta un grand nombre en Achaïe.
Sparte envoya des ambassadeurs à Rome, pour demander son intervention. Aucune humiliation ne devait être épargnée à la malheureuse ville ; mais ces humiliations même étaient stériles.
Lorsque Philopœmen eut bulacigûe (183), la Grèce n'avait plus personne qui, par la politique ou par les armes, pût défendre sa cause. Le « dernier des Grecs » avait péri de la main de ses concitoyens.
Persée fut vaincu, en 168, à Pydna, et la puissance macédonienne, qui, depuis Alexandre, avait, avec des fortunes diverses, pesé sur des villes si longtemps libres et jalouses de leur liberté, succomba sans retour. Rome avait mis le pied en Grèce, et elle ne savait pas revenir en arrière.
Les divisions anciennes, habilement entretenues, rendirent la soumission plus facile et plus durable. Le caractère grec que Ton avait corrompu, que les désordres intérieurs avaient brisé, plia devant les exigences brutales du vainqueur, et rechercha une faveur déshonorante par des complaisances et des dénonciations.
Il n'y avait plus de Grèce; il n'y avait plus surtout de Sparte. Nulle cité n'avait passé, depuis la perte de son hégémonie, par desphases plus nombreuses et par des situations plus diverses que l'inébranlable cité de Lycurgue. Les éphores, les rois, le sénat, l'assemblée se prêtent à toutes les combinaisons et ont toutes les audaces. Il vont à la ligue Étolienne et à la ligue