CHAPITRE m
se rendit à Gythium, et gagna l'Egypte, où régnait Ptolémée Evergète (222).
Il avait su inspirer de la confiance et du respect au roi, mais ses mœurs austères blessèrent une cour et un peuple corrompus. Au moment où il se disposait à rentrer dans sa patrie, il fut enfermé, avec treize de ses amis, dans une vaste maison , se défendit vaillamment contre une attaque populaire, fit une sortie héroïque et, enveloppé, se donna la mort.
3. Antigone entra dans Sparte, qui n'avait jamais vu dans ses murs une armée ennemie. La réforme de Cléomène supprimée , un tyran devint maître. Il s'appelait Lycurgue ! Il avait corrompu les éphores. Mais il ne fit que passer.
La voie était ouverte, et de pareils exemples sont dangereux. Machanidas fit, dans un intérêt personnel, ce que Cléomène prétendait avoir tenté pour la patrie. Il succomba à Mantinée sous les coups de Philopœmen. Nabis lui succéda, et resta pendant près de quinze ans maître de Sparte, de Gythium et d'Argos.
Ce qui restait encore de la vieille population le gênait, a II repeupla Sparte de serfs couverts de crimes qu'il avait affranchis, de voleurs publics, de sacrilèges et de gens, dit Polybe, qui avaient échappé au glaive des lois. Ce fut encore lui, et ce ne pouvait être qu'un tyran, qui peupla l'Éleuthero- Laconie d'une race impure de corsaires et de brigands de profession (1). »
Les mercenaires qu'il avait appelés à son secours, le massacrèrent (192). Allié des Étoliens, il montra (1) Pouqueville, Voyage de la Grèce, tome V, p. 521.
par ses cruautés que Sparte, qui changeait à chaque instant de forme gouvernementale et se précipitait de révolution en révolution, était mûre pour la servitude.
En 21^, les Romains étaient intervenus pour la première fois dans les affaires de la Grèce. En 197, Philippe fut vaincu à Cynoscéphales , et Flamininus tint la promesse séduisante et trompeuse qu'il avait faite.
Aux jeux Isthmiques, il déclara « libres de toute garnison et de tout impôt les Corinthiens, les Locriens, les Phocidiens, les Eubéens, les Achéens, les Phliotes,lesMagnètes, les Thessaliens,lesPerrhèbes, et leur laissa le pouvoir de vivre sous leurs lois. » Le nom de Sparte ne se trouvait pas dans l'énumération des cités libres. Objet de la bienveillance de Rome alliée de son tyran Nabis, elle n'avait pas besoin de cette reconnaissance solennelle. Rome lui avait laissé toute la liberté qu'elle était désormais capable de supporter, toute celle qui pouvait s'accorder avec une politique profondément égoïste, sous l'apparence du désintéressement.
Les peuples qui s'en vont se bercent de faciles illusions. Ils ont la conscience de leur faiblesse et voient un bienfait même dans ce qui les humilie, pourvu que les apparences soient sauvées.
Les cités de la Grèce accueillirent avec des transports de joie cette déclaration qui consacrait la division parmi elles, et rendait désormais impossible toute résistance aux envahissements de la poUtique et à la conquête parles armes.
Dès lors chaque ville songea à elle-même; il n'y eut plus de politique générale, les intérêts particuliers