‹ Institutions de SparteChapitre 69 sur 242 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

prescrit ; il leur fit promettre de n'y rien changer jusqu'à son retour de Delphes, où il allait consulter Toracle sur un point qu'il devait leur faire connaître plus tard. Il reçut le serment des rois, des sénateurs, du peuple, et s'éloigna plein de confiance, avec la volonté de ne pas revenir.

Il avait, en effet, inspiré aux Spartiates le plus profond respect pour le serment, et ils ont eu la prétention, dans tous les temps, de rester fidèles à cette religion, même quand, sous la pression de l'intérêt, ils la violaient sans pudeur. Combien de peuples, à l'exemple des Spartiates, ont d'autant plus parlé de leurs vertus qu'ils en avaient moins, et qu'il ne leur en restait pas même l'apparence!

L'oracle de Delphes avait une antique prédilection pour la race dont Sparte était le rameau le plus vigoureux. Les Spartiates, qui avaient, dans la ville et auprès des généraux en campagne, des devins fréquemment interrogés et aveuglément suivis, le consultaient dans toutes les circonstances importantes. Si la Pythie , qui n'avait jamais été insensible à l'or, philippisa plus tard, on peut dire qu'elle laconisa pendant longtemps, et Athènes eut souvent à s'en plaindre.

L'oracle reçut les sacrifices de Lycurgue , déclara que ses lois étaient parfaites, et affirma que, fidèlement observées, elles assureraient à Sparte une gloire devant laquelle pâlirait celle des autres peuples, et une durée qui n'aurait pas de fin.

Toutpeuple reçoit avec joie de pareilles promesses d'avenir. Il aime à les entendre répéter, pour y trouver un principe de force, et à les redire, afin

de justifier à la fois son ambition et ses succès.

Rome, au temps de sa grandeur, se complaisait dans ces retours vers le passé. Son fondateur, ses oracles, les livres sibyllins étaient d'accord pour lui assurer les plus hautes destinées , et ses poètes lui répétaient ces paroles flatteuses avec une complaisance qui n'était jamais lassée, ni importune.

Virgile, qui a consacré un admirable poème à la fondation future de Rome, fait dire à Jupiter :

Son pouvoir sera craint à l'égal du tonnerre, Aussi long que le temps, aussi grand que la terre (1).

Et Anchise, parlant de cette Rome illustre qui n'existe pas encore et qui remplit le poème, dit à son fils, qu'elle portera

Son sceptre au bout du monde et son nom jusqu'aux

[cieux (2).

Et au peuple qu'il appelle le peuple-roi, il donne cette mission :

Toi, Romain, souviens-toi de régir l'univers, Donne aux vaincus la paix, aux rebelles des fers, Fais chérir de tes lois la sagesse profonde, Yoilà les arts de Rome et des maîtres du monde (3).

Les législateurs et les poètes savent comment il faut parler aux peuples pour se faire écouter et applaudir.

Lycurgue transmit à Sparte l'oracle de Delphes, gage de sa grandeur future, honora les dieux par de

(1) His ego nec metas rerum, nec tempora pono. împerium sine fine dedi. {Enéide, I, 283.)

(2) Imperium terris, animos sequabit Olympo. (Enéide, VI, 783.)

(3) Tu regere imperio populos, Romaue, mémento. (Enéide, VI, 852.) Trad. de Delille.

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