‹ Institutions de SparteChapitre 71 sur 242 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

doute sa première source dans le caractère énergique d'un peuple privilégié; mais la législation de Lycurgue lui avait donné sa forme définitive et son inflexible direction. C'est là ce qui a faille rôle de Sparte dans la Grèce, et lui a conquis dans le monde une si haute renommée.

Les ennemis de Sparte eux - mêmes lui ont rendu hommage. Un écrivain, à qui on peut refuser la grande éloquence, mais non la raison politique, Isocrate (l), loue la discipline Spartiate et les merveilleux résultats qu'elle obtint. Il félicite la rivale d'Athènes d'avoir, pendant des siècles, évité les séditions, l'abolition des dettes, le partage des terres, les révolutions intérieures. La vue de l'instabilité de sa patrie lui montrait comme plus belle et plus enviable la stabilité de Sparte.

3. Sparte, reconnaissante; éleva un temple à Lycurgue, et, tous les ans, faisait des sacrifices solennels au sage législateur comme à undieu.D'aprèsquelques istoriens, ses ossements furent rapportés dans la ville qui lui devait ses destinées. D'après d'autres, "Is furent brûlés, et les cendres jetées dans la mer. ''n craignait que, ramenées, elles dégageassent le peuple de sa promesse. Si Lycurgue était mort volontairement et loin de Sparte, c'est qu'il voulait que le serment de ses compatriotes fût éternel.

Lycurgue, comme tous les hommes qui ont laissé après eux une trace profonde, a été fort discuté. Sa législation a provoqué les appréciations les plus diverses. On Ta louée comme la discipline la plus vigoureuse qui ait été imposée à un peuple ; on l'a

(1) Panathénaïques, orat. 12.

blâmée comme un outrage à la nature et une insulte à la vertu.

Il faut se défier de ces jugements tout d'une pièce; ils sont toujours excessifs par quelque CQté, et par conséquent injustes. Sans méconnaître les principes généraux et le caractère spécial de cette législation unique, il faut distinguer avec soin ce qui est factice de ce qui est naturel, et par conséquent ce qui pouvait durer de ce qui devait nécessairement tomber.

On jugerait mal Sparte et Lycurgue, si on ne tenait compte de l'époque à laquelle appartient cette législation.

Les grands changements de peuples entre les différentes parties de la Grèce étaient terminés. 11 fallait que la stabilité succédât, avec tous ses bienfaits, à ces agitations stériles et à ces mouvements destructeurs. Les vainqueurs et les vaincus en présence, sur le même sol, devaient, ou perpétuer la lutte, ou prendre, selon leur fortune, une situation définitive de domination ou d'infériorité, si le même niveau ne pouvait pas les réunir tous.

La réforme de Lycurgue était un remède à des maux présents et graves. Ce remède devait être emprunté non à d'autres peuples, mais approprié aux besoins et aux aspirations d'un peuple dont la fierté était féroce. La rude Crète put encourager Lycurgue, mais elle fut dépassée.

Les peuples ont leur personnalité, comme les individus. Lycurgue voulut conserver celle du peuple Spartiate et l'accentuer, afin qu'il n'eût rien de commun avec ses voisins. Il lui donna des institutions qui l'isolèrent, en firent un maître redoutable, déve-

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