‹ Institutions de SparteChapitre 82 sur 242 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

sa grandeur. Elle disputa longtemps à Argos la prépondérance du Péloponèse. Après les guerres Médlques, elle fut prise et rasée par sa rivale.

Argos, à quatre lieues de Mycènes , était la tête d'une confédération de villes qu'elle avait fondées, ou à qui elle avait imposé sa suzeraineté. Hérodote (1) dit qu'à une époque reculée, toute la côte orientale de la Laconie jusqu'au cap Malée, renfermant Cythère et plusieurs autres îles , avait appartenu à Argos. La royauté ne se conserva pas longtemps dans les conditions qu'elle avait reçues de Danaos. Après s'être successivement affaiblie, elle fit place, à la fin du ix^ siècle, à l'oligarchie. Argos perdit son autorité extérieure, et bientôt son autonomie. Elle dût s'incliner sous la dure main de Sparte, longtemps inférieure en puissance.

Sparte s'était placée sous la protection d'Agamemnon, roi des rois, et, en lui rendant, comme à un dieu, un culte solennel, elle sembla prendre possession des plus hautes destinées. « Staphylos, dit Clément d'Alexandrie, raconte qu'Agamemnon était honoré à Sparte comme un autre Zeus (2). » Combien de dieux ne sont que des hommes supérieurs par leur dignité, leur puissance et leurs bienfaits!

Sparte se montra toujours jalouse de cette gloire, et avec plus de dextérité qu'on n'eût pu en attendre de son esprit, elle y puisa des moyens de domination.

A l'époque de l'invasion médique, le Spartiate Syagrios répondit à Gélon de Syracuse, qui offrait de venir en aide à la Grèce, à condition d'avoir le

(1) YII, 149.

(2) Avertissement aux gentils.

commandement : « Certes, le Péloponésien Agamemnon s'indignerait, s'il apprenait que les Spartiates ont été dépossédés de l'hégémonie par Gélon et les Syracusains (1). »

Sparte remontait plus haut qu' Agamemnon, puisque le nom de Zeus était mêlé h l'histoire de ses rois, et le culte rendu à Castor et à PoUux, fils de Léda, femme du roi Tyndare, honorait dans l'un d'eux, une origine divine.

Cet honneur fut longtemps modeste. Castor et PoUux étaient représentés par deux poutres qu^unissait une traverse en signe de fraternité.

Le culte d'Aphrodite ne lui était pas étranger, quoique peu d'accord avec l'austérité, ou plutôt avec la rudesse de ses mœurs. Deux épigrammes de l'anthologie disent quelle idée Sparte se faisait de la déesse en qui Athènes voyait le type de la grâce, de la beauté et des plaisirs.

<( Un jour, Eurotas dit à Aphrodite : « Ou prends » des armes, ou éloigne-toi de Sparte. Cette ville » doit être toute dévouée à la guerre. » Mais celle-ci lui répondit en souriant avec douceur : <c Je serai » toujours sans armes, et j'habiterai cependant La- » cédémone. » Oh! quels menteurs que ces historiens qui racontent que, chez nous, Aphrodite portait des armes ! )>

Une autre épigramme du même recueil dit, au contraire : ce Aphrodite n'est pas honorée à Sparte, comme dans les autres villes, avec les vêtements d'une femme ; mais, sur sa tête, elle a un casque pour coiffure, et, pour rameau d'or, une lance. L'é-

(1) HÉRODOTE, Vn, 159.

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