CHAPITRE V
poLise d'Ares, le Thrace, une Lacédémonienne, ne doit pas rester sans armes. »
Cette coutume aurait été générale, d'après Lactance. « Toutes les statues des dieux et des déesses, dit-il, celles de Vénus aussi bien que les autres devaient être représentées armées (1). Ne fallait-il pas que tout rappelât la guerre ? »
Sparte enchaînait Arès, le Dieu des combats. Athènes avait la Victoire sans ailes. C'était la même pensée sous une forme différente. Chacune des deux cités voulait garder la divinité qui lui assurait le succès : la force à Sparte, la grâce à Athènes étaient au service de la même idée.
2. A Sparte, comme dans toutes villes et chez tous les peuples de l'antiquité, la religion était la base du gouvernement. Mais la religion n'était pas un corps de doctrines, ni un ensemble de préceptes de conduite morale. Elle consistait, tout entière, dans le culte.
Ce culte était privé et public.
Le culte privé était l'hommage rendu à un Dieu, en qui la famille voyait un maître et un protecteur. Il consistait en prières, en offrandes, en sacrifices adressés soit à un être supérieur, entre les mains de qui étaient la vie et la mort, le bonheur et le malheur, soit aux ancêtres, dont la mémoire ne périssait pas, et dont la protection, pourvu qu'elle fût sollicitée et méritée, était assurée et bienfaisante.
Comme la famille, la cité et l'État avaient un Dieu, qu'ils croyaient spécialement attaché à leur existence et à leur prospérité. Le même nom était souvent
(1) Institutions divines, 20,
commun à plusieurs cités; mais chacune, désignant le sien par une épithète spéciale, ne craignait pas de le voir diviser ses faveurs. Deux dieux différents, c'est-à-dire, grâce à l'esprit exclusif de l'antiquité, deux dieux ennemis étaient honorés sous le même nom.
Eschyle fait dire au héraut, dans les SuiipUantes : « Je ne crains pas les dieux de ce pays ; je ne leur dois ni la vie, ni l'âge auquel je suis parvenu. » Ainsi, la religion qui relie 'homme à Dieu, et qui aurait dû rattacher les hommes entre eux, était un élément, et le plus puissant peut-être, de séparation.
La famille était la société primitive. Le père y avait le caractère et l'autorité de prêtre, de juge et de roi. Le foyer domestique était un sanctuaire où un seul était maître, et dans lequel la communication avec les puissances supérieures ne pouvait être établie que par le dépositaire des droits et des intérêts de tous.
La cité avait aussi son représentant, son interprète auprès de cette puissance supérieure. C'était le chef qui, le premier par l'autorité, était le plus digne de servir d'intermédiaire avec les dieux. Mais il ne put longtemps être seul, il n'aurait pas suffi à la tâche. La famille pouvait n'avoir qu'un Dieu. La cité en eut plusieurs, et ils ne recevaient pas les mêmes honneurs, les offrandes étant proportionnées à la puissance.
Il y avait des rangs entre eux, et les premiers étaient les dieux nationaux. La Grèce eut Zeus, Athéna, Apollon, que chaque cité honorait d'un culte