CHAPITRE VIL
Des habitans des pays conquis.
Il est un principe général suivant lequel tous les habitans d'un pays sont obligés de concourir à sa défense : mais ce devoir ne suffit point pour les soumettre à toutes les rigueurs de la guerre : il faut pour cela qu'ils le remplissent effectivement, c'est-à-dire qu'ils aient pris les armes. Si c'est par ordre de leur souverain, ils sont censés soldats, et sont dans le cas d'être faits prisonniers de guerre; si c'est de leur propre mouvement, leurs propriétés , tant mobilières qu'immobilières ? même leurs personnes, sont à la merci de l'ennemi ; telle est la jurisprudence moderne.
Yoyci chapitre précèdent.
DES UAÏUTANS DES PAYS CONQUIS. Ji)
Le cas peut arriver où les habitans d'un pays sont requis en masse pour sa défense. Ce moyen est légitime , car lorsqu'il s'agit de combattre pro arîs etfocis, tout citoyen est soldat; mais une pareille mesure ne saurait être portée au delà de son objet. Les citoyens armés en masse ne sauraient agir offensivement au-delà de leurs propres limites; en les y forçant, on renverserait tout le système d'après lequel lès Dations modernes font la guerre: elle dégénérerait en guerre d'extermination: l'habitant de la campagne serait nécessairement traité comme ennemi, tandis qu'aujourd'hui on le laisse tranquille dans ses foyers.
C'est pour prévenir toutes ces conséquences que les souverains ont des armées stipendiées : par là la majeure partie des sujets est dispensée du service militair e : telle est généralement la pratique moderne sur cette matière; et cette pratique est d'une grande importance pour la sûreté de la société : la guerre accoutume à la licence, à la rapine et au sang, et la réforme des troupes fait la désolation du citoyen : on a remarqué que les Romains ont été guerriers avant d'être séditieux.
4o LIVRE III, CHAPITRE YII.
Mais si des habitans, au lieu d'être paisibles et passifs, se mettent en insurrection, s'ils prennent les armes sans réquisition, sans ordre préalable de leur souverain; s'ils cherchent d'une manière quelconque à nuire à l'ennemi, iis perdent, par leur propre fait, la sauvegarde dont ils jouissaient, s'exposent au juste ressentiment de l'ennemi, et se metment à la merci de sa fureur ou de sa clémence: souvent même une soldatesque effrénée se livre à tous les excès, sans qu'un commandant humain puisse la retenir.
Au reste, lorsqu'un pays est au pouvoir de l'ennemi , celui-ci a le droit d'exiger des habitans tout ce que leur souverain aurait pu exiger d'eux ; ainsi ils sont obligés de pnyer des contributions extraordinaires, de fournir des chevaux, des charriots, de loger les gens de guerre, etc. ; telles sont les suites funestes, mais inévitables, des lois, des usages et des besoins de la guerre. La rigueur ou la modération dépendent absolument des sentiment
DKS SIEGES, DES BLOCUS, de. 4*
d'humanité et de bienfaisance du vainqueur; aussi la guerre est-elle le plus terrible des fléaux qui puisse aifliger le genre humain, comme la modération est une des plus louables vertus d'un général (17).