‹ Institutions du droit de la nature et des gensChapitre 2 sur 102 · DE LORJGIAE ET DES CAUSES DE LA GUERRE · texte numérisé non relu

DE LORJGIAE ET DES CAUSES DE LA GUERRE

et essentiel du système d'équilibre *, et c'est là aussi la véritable cause de l'intervention des alliés : ils tâchent d'arrêter les progrès de l'incendie avant que la flamme atteigne leurs propres foyers.

La conclusion qu'il faut tirer de là est que 6i une alliance fondée sur le motif que je viens d'indiquer , est légitime, l'intervention l'est également: or, il est démontré, d'après les principes les plus positifs du droit des gens primitif, que des alliances de cette nature sont légitimes; par conséquent l'intervention qui en est la conséquence, ne l'est pas moins.

Mais enfin si un traité de paix a consolidé la prépondérance d'une nation acquise per fas aut ne/as , et l'a établie La première de toutes par sa puissance; si, en un mot, le traité de paix a rompu tout équilibre , à quoi le droit des gens autorise-t-iî les nations inférieures ?

Dans une conjoncture aussi délicate, il faut distinguer le droit des gens et la politique. Le droit des gens n'assigne des limites ni à l'étendue des domaines, ni à la puissance des

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nations; il leur impose seulement l'obligation d'être justes , et de respecter l'indépendance et tous l'es autres droits des autres nations , comme elle veut qu'on respecte les siens : et si la nation prépondérante remplit ce double devoir, on n'a rien de plus à exiger d'elle ; par conséquent sa puissance ne saurait être par elle-même un sujet légitime de guerre.

Mais ce qu'on appelle la prudence politique, et qui l'emporte presque toujours sur le droit des gens , va plus loin; elle fait d'autres calculs. A ses yeux la puissance est inséparable de l'injustice, de la prépotence , 'de l'ambition, de la soif des conquêtes et de la domination. Ainsi, elle voit sans cesse un ennemi dans une puissance prépondérante; toutes les démarches de celles-ci son t suspectes: on lui suppose des vues cachées ; par conséquent elle doit se considérer comme dans un état perpétuel d'hostilité. C'est à sa sagesse à déterminer la conduite que cette position inévitable peut exiger de sa part, non pour détruire (chose impossible) le sentiment de jalousie , de crainte et d'inquiétude, mais du moins pour le diminuer, et pour inspirer une sécurité quelconque à ses voisins. Tout ce que le droit des gens peut lui prescrire à cet

DE L'ORIGINE ET DES CAUSES DE LA GUERRE, g

égard, c'est la justice, la modération , le respect pour l'indépendance absolue des autres nations , et les égards inséparables de cette indépendance et du bon voisinage (4).

On demande à qui appartient le droit de faire la guerre. — Ce droit est inhérent à l'indépendance, ainsi que nous l'avons établi au commencement de ce chapitre; par conséquent toute nation a le droit ou de demander, les armes à la main, raison d'une injure pour laquelle on lui aura refusé une juste satisfaction , ou de repousser la force par la force. Je n'examine pas à qui, chez une natio n , le droit de la décréter, de la déclarer et de la poursuivre peut appartenir: cette question est exclusivement du ressort du droit public particulier de chaque état.

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