DE L OBSERVATION DES TRAITES
Cependant la maxime qui vient d'être rapportée n'exclut point toute espèce d'exception. Si un vainqueur, abusant de ses succès, impose au vaincu des conditions tellement humiliantes qu'elles le dégradent, ou tellement rigoureuses qu'elles détruisent en quelque sorte son existence politique; ou enfin, s'il exige de lui des choses qui blessent son honneur, ou qui soient contraires à l'humanité, rien ne peut obliger ce dernier à remplir ses engagemens, rien ne peut l'empêcher de saisir une occasion favorable pour s'en affranchir. Le vainqueur ne doit jamais oublier que les nations sont indépendantes; qu'elles ont toutes leurs intérêts , leur dignité, leur honneur à défendre ; que, si elles ont des querelles à vider , la réparation doit être proportionnée à l'injure et ne saurait l'excéder : enfin , que, si la tranquillité publique exige que les engagemens soient sacrés , elle n'exige pas moins que ces mêmes engagemens soient fondés sur des principes que la justice et l'équité puissent avouer: enfin , le conquérant qui impose la loi doit bien se convaincre que l'ennemi de la paix n'est pas celui qui cherche
l'ÀO LIVRE III, CHAPITRE XXVI.
à sauver son honneur, mais bien celui qui prétend le ravira son adversaire. C'est d'après ces mêmes principes que l'envoyé des Privernates dit en plein sénat : siboiiamdederitis,etfidain et perpétua??! : si ??ialcu?i , liaud diuturnam. 11 est de prétendus politiques qui, étrangers aux affaires, et réglant le sort des nations d'après leurs théories imaginaires , pensent qu'un gouvernement doit vouloir tout ce qu'il peut, et qui blâment à tort et à travers les ministres qui ne suivent pas cette sublime maxime : malheur aux souverains qui admettraient de pareils hommes dans leurs conseils!