CHAPITRE LXXXVI
Examen de thypothâse dune inondation extraordinaire et passagère.
§ 5io. Des différentes hypothèses qu'on a imaginées pour expliquer les phénomènes que nous ayons exposés jusqu^à présent ^ la plus fameuse est celle d'une révolution aqueuse extraordinaire et passagère. On a donc supposé qae la masse des eaux de la mer transportée hors de son lit^ s'éleva à la hauteur de douze à treize mille pieds ; que par conséquent elle couvrit la cime des plus hautes montagnes ; qu'ensuite reiH trapt dans son premier lit ^ elle transporta avec elle confusément et déposa tant sur la cime dei i montagnes que dans le fond des vallées, plo- i sieurs substances organiques ; et qu'ainsi elle réunit ensemble les produits de climats différeni et de pays très-éloignés les uns des autres. Cette opinion a régné long-temps dans les écoles \ (or* tifîée par des raisons prises des livres sacrés, elle se concilia l'assentiment de tous ceux qui , faute de distinguer les véritables caractères des choseï , confondirent deux objets tout-à-fait différeus^ savoir , le déluge et ses effets. Le respect que nous devons à l'autorité des livres sacrés, ne
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110D8 permet pas dé douter du premier de ces deux objets \ mais Téxamen du second appartient exclusivement à la physique.
§ 5ii. En admettant lé fait^ comme c*est le devoir de tout philosophe qui fait profession d^une sage réserve, on a recherché quelle force ^ pu soulever la niasse immense des eaux, et are tenir quelque temps ces eaux dans une situation si différente de celle que requièrent leur ravité et leur équilibre? Plusieurs philosophes sont occupés de ce problème; et tandis que pour le résoudre. Picot a supposé un retard <lans le mouvement de rotation de la terre, par lequel la force centrifuge étant diminuée , les ^aux de Féquateur se portèrent vers les pôles, 4^ retournèrent ensuite de& pôles vers Féquateur, lorsque le mouvement fut rétabli dans son pre- Viier état ; Le-Brun , au contraire , a' imaginé une ■iccélération dans le mouvement diurne de la 9erre , et que par cette accélération , la force «centrifuge étant augmentée , les eaux s* élancèrent liors de leur lit , et y retournèrent ensuite, lorsque le mouvement régulier se rétablit. Uidée de Lebrun est plus conforme aux doctrines astronomiques , puisque La-Plàce a démontré que notre globe, au lieu de son mouvement de rotation qui s^accomplit en 23 heures , 56', 4", pourrait en avoir un autre par lequel il tournerait autour àe ison axe en 2 heures, 2 5\ l'f'i tout autre
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mouvement de rotation serait inconciliable trec Tèquilibre de ses parties. Mais si Ton yeutie renfermer dans le cei'cle des forces connues de la nature^ il sera bien difficile de dècoufrir qu^elie est celle qui a pu produire ces variatioDi passagères dans le mouvement de la terre. \l
§ 5iA. D* autres ont imaginé le passage d'ans comète dans le voisinage de la terre ^ hypothèie qui me semble beaucoup plus probable que ki > deux précédentes. Je sais bien que les astronomes ayant calculé la probabilité d^un pareil éyéae* ment , Tout trouvée si petite qu^elle peut se confondre avec Tin vraisemblance. Cependant on mathématicien du premier ordre ^ La-Place ^ dans son Système du Monde ^ tom. a , pag. 6i ^ dit que la petite probabilité de la rencontre d'une comète avec notre planète , peut par une longoe série de siècles ^ s^accroître au point de devenir très-grande. Il est facile de se représenter les effets qu*un pareil choc produirait sur la terre. Kaxe et le mouvement de rotation venant à changer^ et la mer abandonnant son ancienne position pour se précipiter vers le nouvel èquateur ^ un grand nombre d'hommes et d* animaux seraient noyés dans un déluge universel on détruits par la violente secousse imprimée au globe terrestre : des espèces entières seraient anéanties, et les monumens de Findustrie humaine totalement ruinés. Tels sont les désastres que produirait