CHAPITRE LXXXIX
// est probable que la température du globe a subi dwers changemens.
% 541. £q réunissant soiis un m^me point de Tue 3 les observations rapportées dans les cha-* pitres précédens^ on reconnohra que le phénomène des corps organiques fossiles est accompagné de beaucoup de circonstances dont chacune peut être considérée comme un problème séparé ; et dans ce cas i^ le problème général de Torigine des corps organiques fossiles, s'il était pour ainsi dire i^ décomposé , présenterait les problèmes particuliers suivans : i.® comment trouve-t-on dans l'état de fossiles , quelques dépouilles de corps organiques dont 4es types sont absolument inconnus, ou qu*on est obligé. de chercher à des latitudes et dans des climats lointains? 2..^ comment rencontre-t-on les végétaux fossiles dan» des sites qui sont maintenant privés de toute végétation ? 3.^ comment expliquer la présence des corps organiques mariuif non-seulement dans les couches, superficielles de la terre , mais encore dans rintérieur des roches . et dans des tieux . aujourd'hui très-éloignés de la mer et fort élevés au-dessus de son niveau ? 4»^ comment est-il arrivé que les dépouilles des animaux
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terrestres et marins se soient mélfees ensemble dam les mêmes contrées? 5.** pourquoi observe-t-oa quelquefob dans un même lieu et dans des couches qui alternent entr^elles^ une distribution régulière de dépouilles de corps organiques ici terrestres et là marins ^ sans aucun mélange? 6.^ pourquoi quelques fossiles marins se trouyent-ik coostamment dans des couches terrestres d^une certaine nature^ et pourquoi dans ces couches yoit-on ^ figurer d^autres espèces^ si la qualité de la pierre vient à changer ? Peut-être y a-t-il d'antres cir* constances ou Vautres problèmes particuiîeiis qui ne se présentent point à ma mémoire ^ on que de nouvelles observations pourront nous dévoiler. Un seul principe ou une seule hypothèse ne saurait suffire pour résoudre tous ces problèmes : il fao* dra du moins que les diverses hypothèses qu on pourra faire pour atteindre à ce but^ ne soient pas en contradiction entr*elles. Je présenterai donc ici. les conjectures qui me parôissent les plus vrai* semblables , et à Faide desquelles je crois qu'on peut éclaircir les doutes ci-dessus énoncés.
§ 542. La première de ces conjectures est relative aux changemens qui ont eu lieu dans ia température du globe. Quelques-uns ont pensé que la masse solaire qui forme le centre de notre système, a éprouvé quelque diminution. En comparant les mesures du diamètre solaire données par Flamstédius et par Gassini, avec celles qai
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• Ont été prises par les astronomes modernes ^ il r: paroît t|ae dans Tespace d'à-^peu-près un siècle, ç- il B^est opéré dans la masse solaire une diminution ^^ qui correspond à une cent-quatre«-Yingt-dixième e^ 7 partie qu^on a calculée à 168 lieues (Voy. Laç^^Métherie , Théorie de la terre ^ tom, 5^, pag. 899 ). ^;On sent qu^une plus grande quantité de rayons ^solaires aurait pu donner aux climats aujourd'hui froids une température plus chaude. Il y a lieu ,|de présumer que la différence observée par les j astronomes modernes^ dans le diamètre du soleil provient^ du moins en partie^, du plus d^exao-* titude et de précision des instrumens dontils ont iait usage : mais on ne peut pas nier que plu-- ^. lieurs étoiles que nous appelions fixes , et avec 2^ lesquelles notre soleil a beaucoup d*analogie^ ne M perdent graduellement leur lumière^ tandis que d'autres nous paroissent devenir peu à peu plus ^' brillantes. Peut-être, dit Herschel^ ponrriônS'^tious aisément expliquer beaucoup de phénomènes d'his- ^ toire naturelle, si nous supposions quie notre "^ soleil a été tantôt plus ^ tantôt moins lumineux qu'il ne Test à présent ^^ et peiit-étre cette inégalité réelle de la lumière solaire nous fourniraitelle une solution facile de beaucoup de différences jusqu'à ce jour inexplicables, et qu'on a observées dans nos saisons (0.
(I) M.' Caiiini, «ayant astronome de TObtervatoire de Breni, ^Una un Mémoire la à Flaf titat de» f cieacet et artt de |iii«o 1
§ 543. Cependant il me semble plus natord de penser que la température de notre globe a changé indépendamment de Faction du soleil, et que la masse, terrestre a passé graduellement de Tétat d'incandescence à celui de refroidisse- ( ment où «lie est aujourd'hui. C'est une consè- [ quence qui dérive de Thypothèse que j'ai exposée p dans les chapitres XX et XXV. Le refroidisse^ ment de la partie superficielle de notre globe fut irrégulier ^ violent et tumultueux ^ parce qu'il sj s'opéra par l'effet du développement des gaz: i mais après que' l'atmosphère se fut forinée , et
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le a8 mai de la présente année, exposa le résultat «Tirne lérie d'obaervationa qu*il ayait faites , d^ abord Avec un micronèoe objectif de DoUond et ensuite avec un excellent instrument dt ^ passages du célèbre Reichenbach pour déterminer la meiure da la diamètre du soleil , et démontra TmAuence que diverses drconf tances , telles que le plus ou moins de densité du verre iuhti la force du verre oculaire, Touverture de F objectif et antm semblables , peuvent avoir sur la détermination de cet élémeiit. M.' Maskelin nous a laissé une longue série d^ observations qoî ayant été faites par la m^me personne et avec le même télescope* devraient être les plus propres à faire reconnoltre les altéradooi de grandeur dans le disque solaire. En prenant la moyenne pro* portionnelle entre un grand nombre de ses mesures obtenues pjr la m^me méthode du passage au méridien, on a pour résulta que le diamètre équatorial du soleil était en 1766 de 3i', 33^Af et en i8o5 de 3I^ ^9'^ 6 : la diminution serait donc liiîbk. Mais, comme le fit observer M.' le Baron de Lindenan, ceue diminution peut être attribuée à un changement survenu dans 1* vue de l'observateur à cause de son âge avancé et à la longoe habitude d'observer. jSn effet , les premières obserrationa de divcn
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que Feau pat passer de Fètat vaporeux et gazeux à celui de fluidité, la niasse interne du globe conserya encore pendant long«-tenips sa chaleur^ et ne se refroidit que peu à' peu par une . trans- Fusion progressive de cette chaleur. Pendant cette période, la superficie dut participer à une température plus élevée, qui diminua insensiblement à mesure que la partie interne se refroidissait/ ^t que le calorique Zê&re devenait latent^ en pas* lant de Tétat de chaleur de température à celai de calorique de composition ( Voy* § 68 ). Buffon Bi aussi pensé que notre globe , qui avait autre» fois une température plus intense^ s*est refroidi
Mtronomet faites en général dans lenr jeunesse , bien q[u*à de* époques reculées , s* accordent assez bien et portent à croire que ji diminution du soleil est tout-à-fait nulle , ou du moins si Petite , quelle ne se rend pas TÎsible dans le cours d*un den»iècle. Voici quelques-nnea des meilleurs, obfferratîens qui ont •té faites avec d*ezcellens télescopes acromatiques et par la même aéthode du passage au mériden.
Diam, iquai.
Bradley en X750 3iS 5a'%e.
Maskelin 1760 ...«...• 3j, 33 9' a.
Fiazzi 179a , . 3i , 3o, 7.
Bouvard i8o5 3i, 34, 6.
Lindenau 1808 3i , 35, 3.
Carlini i8i6 3i, 33, 5.
^Ajouterai enfin que le soleil étant le centra d'attraction ,d« otre système planétaire, si sa masse avait subi une diminution ensible , cette diminution devrait influer encore sur le mouve* lent de tous les corps célestes qui appartiennent m mêvx€ yatème.
te
fentement Toutes les fois que Ton conçoit la chaleur et le réfroîdisseftient du globe ^ non de la manière cpie Buffon les a supposés^ mais comme je lés ai proposés dans les chapitres précités, A me semble que Thypothèse qiie j*ai embrassée^ lie répugne à aucun principe reçn en physique* A cette époque où une plus grande chaleur de la superficie^ produite parcelle de l'intérieur do globe ^ augmentait la tempéra tuire des climats , dépendante de leur latitude ^ beaucoup d*e^ècei organiques pouvaient donc exister dans des iieoiï oh Ton ne les trouve plus à présent, va que éette modification a cessé ^ et que ces lieux sont devenus plus froids , ne jouissant que de cette seule température qu*y produit Taction du soleîL Il me paroît que cette conjecture fournit au moyen de rendre raison de Forigine de^ suba* tances végétales fossiles , phénomène dans lequel il convient de distinguer deux circonstances prin- le cipales , savoir , i .® lorsque ces substances végétales se trouvent fossiles dans des lieux, qui) à cause de leur température actuelle ^ excluent toute végétation ( Voy. § 490 ) ; a.° lorsqu^on ne découvre les types de ces mêmes substances végétales , que dans des climats différens de ceux o& leurs dépouilles sont enfouies. Pendant que la température du globe était plus grande^ la végétation pouvait avoir lieu dans quelques sites très-élevés au-dessus du niveau de la mer, et à
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des latitude» fort distantes de l'èquatèur. Les itations des plantes étaient alors bien différentes Je ce qu^elles^ sont à présent. . Ensuite là où lé ihaiigement de température n'a pas détruit la végétation , les plantes qui requièrent une température plus élevée^ auront cessé de végéter^ rt celles dont Torganisation est appropriée h une eixipérature plus basse^ se seront dé?elop]^ées.
§544, Le changement de température dont 'ai parlé dans . te para^apbe précédent^ a été rénéral^ lent et successif; mais; il est probable |U:^il y a eu aussi quelquefois des cbangemena rapides et partiels^ produits par des combinaisons iOGidentelles I) météorologiques ^ combinaisons qut fi'ont eu lieu que dans quelque partie du. globe. KFous en avons un exemple dans le Groenland. Suivant les documens historiques, la cote orientale le cette grande étendue de terre à laquelle on lonna le nom de Groenland ( terre verdoyante ) k cause de Tabondance de ses .pâturages , fut Peuplée et cultivée depuis le 9/ siècle jusqu^au (4."^ Un évéque y faisait sa résidence; on y voyait Jes églises, des monastères, deux villes et 190 Eianieaux^ La population y était assez aisée puis* C[a'*elle payait les décimes au Pape, en objets ^e commerce ( Yoy. Kant , Géographie physique^ tom. ^^ pag. 587, édition de Milan). Mais depuis environ trois siècles, il n^avait pas été possible A* aborder cette côte à cause des immenses glaciers
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qui «^étaient formés tout autour , et il est probable que sa population fut détruite par la grande quantité de glaces que produisit quelque hiver extrêmement rigoureux. Ce n^est que dans cet dernières années, que les énormes masses de glace qui bloquaient la partie orientale du Grœih land ^ ont commencé à se. détacher , et qa'en se séparant les unes des autres ^ elles ont laissé entrevoir Tespérance de pouvoir aborder de nouveau cette terre. Tous les savans attendent, avec impatience , les résultats de Texpédition anglaise au pôle nord , laquelle nous donnera vraisemr 1 blablement quelque notice sur cette partie An I globe qui était perdue pour nous. Peut-être eèKt à un pareil phénomène qu^on doit attribuer la destruction des grandes espèces de quadrupèdes dans quelques pays où Ton trouve maintenant lears os. § 54S. Bufibn et après lui ^ plusieurs nataralistes ont pensé que quelques espèces d^animaox ont émigré peu à peu , abandonnant les régions devenues plus froides , pour aller habiter celles des tropiques où la chaleur plus active du soleil entretient sur le globe une température appropriée à leur organisation. Il est certain qu'il J a des espèces d^animaux qui sont habitués aux émigrations, ainsi qu*on Tobserve dans quelqae? oiseaux et dans quelques poissons : mais il ne me paroît pas que , ces . exemples d'émigration soient applicables aux grands quadrupèdes^ conun^
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êJéphans ^ rhinocéros, etc. Si les espèces de ceuxci n^existent plus dans nos contrées, c'est parce qu'elles ont été * détruites par Thomme a qui elles enlevaient les moyens de subsistance. Les espèces actuellement existantes des éléphans pourraient vivre et se propager* dans: plusieurs pays de TEu- Tope, puisque, coinme nous Tavons dit au § 4^3, les anciens Romains . en maintenaient les races» yatrin ( Voy. Histoire naturelle des minéraux ^ nom. 5, pag. SçS) rapporte que Le vaillant a rencontré des éléphans ^ à de grandes élévations , et sur des montagnes dont la cime étant couverte de neige, y devait natureUement entretenir lin froid assez rigoureux. Ajoutons que Tespèce ^es éléphans fossiles est différente des ' espèces *d* éléphans qui subsistent maintenant dans F Asie ^t dans r Afrique ; et comme cette espèce fossile paroît être analogue à celle de la Sibérie ( Voy. =^ 466), son absence dans les lieux de TEurope V>ù Ton trouve . maintenant ses os, ne doit, pas "^tre attribuée à un changement lent de tempe- ^ajture qui a fait que ces lieux sont devenus plus firdids. Les grands animaux et spécialement ceux C[ui sont fournis de poils et muûis d!une pbau forte et grossière , peuvent s^habituer à quelque climat que ce soit., i
' ^ § 546. G^est aux progrès de la population , quUl faut rapporter Fabsence des grands quadrupèdes dans les parties civilisées de TEuropei On
ne peat pas en dire de même relativement à la ( Sibérie où il est certain que ces grands animoi étaient autrefois très«mnltipliés. Il n^est pas mdni certain que lenrs espèces étaient différentes de celles qui vivent aujourd'hui dans* F Asie etdatt FAfrique. Cependant je ne crois pas qu'elles aisÉi été détruites par rhomme , puisque de rimmeost quantité de leurs os fossiles 1, on doit conjecture^ lï qu'elles étaient excessivement nombreuses; et dès» K lors le peu de peuplades sauvages de la Sibérie y n'étaient pas en état de leur faire la guerre. Gomment toutes ces espèces ont^elles donq^ péri en Sibérie ? Il semble que la nature ait voulu satisfaire notre curiosité ^ et nous indiquer la to* lution du problème. Les éiéphans de Patapoffet d' Adams , et le rhinocéros de Pallas ( Voy. §. 467 et 468 ) démontrent que les glaces envelop» pèrent ces trois individus pendant qu'ils étaient encore en vie ^ ou du moins peu de temps après leur mort ^ et avant que la putréfaction ne se fût emparée de leurs cadavres. Il semble donc très-probable que pendant que les éiéphans, lei rhinocéros , etc. vivaient paisiblement en Sibi» rie^ il survint quelque hiver extraordinairement froid qui fit périr ces animaux , et forma de grands amas de glaces^ qui^ se détachant peu à peu , furent transportés par les eaux dans la mer. Nous connoissons le phénomène du Grocn* land ^ parce qu'il s'était établi dans ce pays, une
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u colonie qui avait . coosarvè dfs relations avec . le ■1 Ilanemarck et la Norvège : au contraire le peu d^ «iupeuplaiies sauvages de la Sibérie n^avaient aucune j{f«>fnmunication avec le reste de T^Surope, et ce \9,wo fut que dans le 16/ siècle ^ que cette vaste ^itétendue du globe commença à être fréquentée* ^^l>epuis que les physiciens ont reconnu combien ^fà importe aux progrès des sciences naturelles 9 ^--j^'observer les changemens de température qui ^^jont lieu dans les divers pays , il n*y a peut-être ^^pas de ville en Europe, qui, dans ses annales M^ météorologiques , ne compte quelque hivei* extrêmement rigoureux , et dans nos climats tem-* ^pérés , il n'est pas rare d'éprouver de temps en ,1 temps , des passages d'un froid assez vif pour faire périr certaines espèces de plantes dont la reproduction n'est due qu'à l'industrie humaine. ^e regarde donc comme très-probable l'hypothèse 'ique dans la Sibérie autrefois peuplée de grands ^.quadrupèdes , une destruction générale de ces , animaux produite par quelque degré extraordinaire de froid, ait eu lieu. Il suit de là que si quelques espèces de quadrupèdes n'existent plus ^ns les contrées où l'on découvre aujourd'hui leurs dépouilles, on doit attribuer leur absence ^ à l'action de quelques causes particulières , qui a pu se manifester dans le concours de diverses ' circonstances. Quelques grands animaux n'existent plus dans les lieux où l'on trouve leurs os, parce
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qu^ih en ont ét6 chassés ou qu^ils ont kik dé* traits par Thomme qui bien que leur inférieur BOUS ' le rapport des forces ' physiques , leur ese cependant bien supérieur du côté des forces morales: dans d'autres contrées \, la destruction de quelques espèces peut avoir été Teffiet de quelque phénomène météorologique ^ ou de Tune des causes <pie nous avons indiquées dans les §.** 807 et 5o8.
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