CHAPITRE LX
On ne peut attribuer Forigine des montagnes au mouvement de rotation du globe.
§ 36i. xjLprès avoir fait un bref examen de^ liverses substances pierreuses qui composent la luperficie de notre terre , nous allons considérer eurs grandes masses^ c^est-à-dire ^ les montagnes. Z!es colosses démesurés qui par leur prodigieux /olume frappent les regards de celui qui les contemple de près ^ étaient autrefois beaucoup 3lu8 grands (') ^ si Ton excepte ces accroissemens
(i) Quoiqu*iI soit évident que les sommités des montagnes «jettes à une diminution progressive , ont dû être jadis et pins ^andes et plus élevées , je présume qu*on sera bien aise de voir :ette vérité confirmée par quelque observation directe. Près de a cime la plus élevée du mont Salève dont la hauteur est de |aoo pieds an-dessus du niveau de la mer , M.' De Saussure observa une excavation en forme de puits , d*une énorme grandeur. La profondeur de cette excavation est de 260 pieds 9 et sa
î3& INStITtJTIONS GÉOLOGIQUES.
accidentels et étrangers à la niasse des montagnes, lesquels peuvent avoir été produits par Tâccumulàtlpn des glaces. QuoiquUl semble au premier
coq^jH^il que ces accumulations doivent croître |
progressivement^ on voit néanmoins arriver le )
contraire ^ et il est facile d'en trouver la raison, 'a
si Ton réfléchit sur les circonstances requises pour n
la formation des glaciers et sur les effets produits tn
par la chaleur interne de la terre ^ par le soleil , a
par les vents chauds et par les pluies de Tété et %
le poids même des glaces qui les entraîne dans ^
les bas fonds , où la températm*e plus chaude de i
Tété les fait fondre. L'accroissement progressif k
des glaces n'est pas une chose aussi bien de- )
montrée qu'on le croit communément y et dans n
VHistoire naturelle des glaciers de la Suisse de \
circonférence en a plus de 3oo. Vers le fond , il y a une ouver- i tore de forme irrégulière de 40 à 5o pieds de hauteur, pai laquelle sortent les rayons solaires lor8qu*ils parviennent obliquement jusqu'au fond de 1* excavation. La superficie intérieure de ce puits est cannelée de haut en bas par des siUons anssî larges que profonds. Ces cannelures sont si grandes qu'on ne peut les attribuer aux eaux pluviales, puisque dans Tétat actuel de la montagne , le puits ne reçoit d'autre eau que ceÛe qui tombe directement du ciel. Il est donc nécessaire de suppos<^ qu'il fot un temps où il existait des parties beaucoup plus élevées et beaucoup plus étendues , capables de rassembler une masse d*éaa suffisante pour former une cascade qui eût la force de pirodwre les effets dont nous venons de parler, dans la -pierre calcaire dure et compacte dont la montagne est composée ( Voy. SauMure, Voyages dmu ht Alpes 9 S aSi ).
Gruner et encore dans les ouvrages de Saossure,' il y a des observations qui déiùontrent la diniH nunon de quelques glaciers. Voici les problèmes qui se présentent à Tesprit du géologue i» lorsqu^il observe les chahies de montagnes : quelles soilit les catises qui ont produit ces protubérances à la superficie de notre planète ? — qui ont disposé leurs parties en couches quelquefois horizontales^ mais souvent inclinées à Thorizon et même per* pendiculaires ? — qui ont pu rompre ces énormes masses et creuser ces profondes vallées qui les coupent dans toute sorte de directions ? La*Métherie dans le tome 5/ de la Théorie de la terre ^ a fait une briève exposition des sentimens des auteurs tant anciens que modernes ^^ sur la formation des montagnes^ et cette exposition est accompagnée de réflexions très-judicieuses. Ceux qui sont curieux de connoître Thistorique de cette partie si intéressante de la géologie ^' peuvent consulter cet auteur : nous croyons devoir nous borner ici à Texamen de quelques principaux articles qui ont rapport à la formation des montagnes.
§ 36a. Lorsqu^on réfléchit sur Tétat primitif de notre globe et sur sa forme élevée vers Féqùateùr et aplatie vers les pôles , la première idée ({oi se présente naturellement ^ est que le mouvement de rotation de la terre fut le principe de la formation des montagnes dans un temps
l38 INSTITUTIONS GÉOLOGIQUES.
oii la croûte du globe n^ètait pas encore conso- L lidèe. Cette idée pourrait être confirmée par Tobservation que plusieurs des montagnes les '^ plus élevées , dont on a jusqu^à présent m^ j^ sure la hauteur ^ sont dans rAmérique près de j,^ Féqaateur : mais on doit faire attention que h les plus hautes cimes des Cordilières dans loi j;^ régions équinoxiales ^. sont en grande partie de« j^ volcans ou éteints ou encore actifs, et que pai^ conséquent leur élévation n^a eu aucun râppoft;^, avec le mouvement de la terre; elle résulte seo? ^^ lement de la quantité des matières vomies pu ^ les volcans, et de Tintensité de ces volcans. £o ^ putrie, il y a des montagnes très-élevées qui sont '\ hors des tropiques; et sous Téquateur, on trouve jy un très-grand nombre de contrées peu exham- ^ sées et de vallées très-profondes , en sorte qu'il semble que le mouvement de rotation n*a nullement influé sur Félévation des montagnes. Les régions équinoxiales de F Amérique, dit Humboldt, présentent les cimes les plus élevées et encore les plaines les plus, étendues et les plus basses du monde , contraste qui prouve assez que la rotation du globe n^est pas la cause de cette accumulation de montagnes près de Téquateur. § 363. £n général les chaînes de mpntagnes qui sont 4u-delà du 55.* degré de latitude ( Voy. Valchenaer , Cosmotogîc, pag. io5), diminuent en hauteur à mesure qu'elles se rapprochent du