‹ Institutions liturgiques (volume 2)Chapitre 24 sur 48 · PRIT JANSÉNISTE .DES NOUVELLES LITURGIES. BRÉVIAIRE · texte numérisé non relu

PRIT JANSÉNISTE .DES NOUVELLES LITURGIES. BRÉVIAIRE

D* AMIENS. — ROBINET. — BRÉVIAIRE DU MANS. — CARACTÈRE GÉNÉRAL DE L'iNNQVATlON LITURGIQUE SOUS LE RAPPORT DE LA POÉSIE , DUiCHANT ET DE L'ESTHÉTIQUE EN GÉNÉRAL. — JUGEMENTS (CONTEMPORAINS. SUR CETTE GRAVE RÉVOLUTION

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iiob iii-p { o.cno.fl Le lectcMmwy.^ms doute avec satisfaction , dans le chapitre précédent, les manifestations de l'esprit Catholique, en France , à l'occasion des nouveautés qui se produisaient de toutes parts dans. la Liturgie. Toutefois, une chose doit étonne, c'est ,que de pareilles réclamations , inspirées par des intentions si droites et revêtues de toute l'énergie nécessaire, n'aient fait tout au pi us que ralentir la marche de l'innovation, sans la suspendre. Pour se rendre compte de ce fait, il ne faut que se rappeler les considérations dont nous avons fait précéder notre chapitre XVII. La déviation était universelle dans les doctrines admises par la plupart des Catholiques Français, H l'innovation. liturgique, destinée à devenir un si puissant noyen d'accroître cette déviation , n'en était d'autre part me le résultat. Ainsi, tandis que certains Jansénistes donnaient )lus ou moins ouvertement la main aux Calvinistes, il y avait les fauteurs de la même secte qui n'embrassaient que pariellement ses doctrines, et plusieurs même qui ne sympalhiaient expressément avec elle que sur des points relatifs aux

institutions ecclésiastiques, lesquels n'avai *U encore fourni matière à aucune condamnation de la part du Saint Siège. Ces derniers vivaient assez en paix avec les Catholiques sincères qui adhéraient aux Bulles et Formulaires, quoique ceux-ci se crussent en droit de leur reprocher une certaine hardiesse de sentiment dans des choses qu'ils regardaient pourtant comme libres. Mais les uns comme les autres gardaient au fond de leur esprit une conviction , savoir que l'Eglise des premiers siècles avait joui d'une perfection qui a manqué aux suivants ; que les institutions ecclésiastiques du moyen-âge étaient le résultat de principes moins purs que celles de l'âge primitif; qu'il y avait quelque chose à faire pour mettre les habitudes religieuses plus en harmonie avec les besoins de la société; enfin, tranchons le mot , que Rome , qui doit elre suivie pourtant, était en arrière du mouvement que la France du dix-huitième siècleavaiteonçu et préparé. Ces idées, nous les trouvons traduites avec plus ou moins de ménagements; dans toutes les œuvres de l'autorité ecclésiastique, depuis la moitié du dix-septième siècle, jusqu'à la veille de la grande catastrophe qui signala la fin du dix-huitièmê et ouvrit les yeux d'un si grand nombre de personnes. Cette liberté déjuger les institutions actuelles de l'Eglise, liberté d'autant plus inquiétante qu'elle avait pour base les trop fameuses maximes qui nous isolaient sur plusieurs points, quoique d'importance secondaire, du reste de la Catholicité, affaiblissait dans l'opinion non seulement l'autorité du Saint Sié^e, mais même celle de l'Eglise dispersée qui avait jugé avec Rome dans l'affaire de Jansénius et de Quesnel ; et c'est ce qui nous explique comment des Evoques non Jansénistes, tels que François de Harlay et Charles de Vintimille, employaient publiquement des Jansénistes à des missions de haute confiance, comme le remaniement de la Liturgie, et toléraient les autres à la communion

in divinis, pourvu qu'ils fussent simplement réfractaires aux Bulles , mais non pas séditieux. Il est vrai que l'Eglise de France renfermait des Evêques plus francs dans leur orthodoxie , plus jaloux d'imiter, quant à la fuite des hérétiques , cette antiquité dont on pariait tant : mais parmi ceux-là il s'en trouvait qui , tout en protestant que jamais un hérétique ne recevrait d'eux la commission de travailler sur la Liturgie, tout en fermant leur Diocèse au Bréviaire de Paris, songeaient néanmoins à remettre à neuf la Liturgie , sans se demander à eux-mêmes si ce n'était pas donner une atteinte au principe traditionnel qui fait la seule force de l'Eglise , et briser un des derniers liens extérieurs qui rattachaient l'Eglise de France au Siège Apostolique. Il va sans dire que les Bréviaires renouvelés par des Prélats animés d'un zèle sincère pour la doctrine de la Bulle, devaient renfermer une confession énergique des dogmes attaqués parles nouvelles erreurs, et , par là , contraster grandement avec les nouveaux livres Parisiens; mais, encore une fois, quelle étrange contradiction que celle de rompre avec la Tradition sur tant de points, pour la faire triompher sur un seul !

Le premier Bréviaire qui se distingue par cette bizarrerie est celui d'Amiens, publié en 1746 par l'Evêque Louis-François d'Orléans de La Mothe. Ce vénérable Prélat,, qui se montra toujours si zélé pour la pureté de la foi dans son Diocèse, auquel il donna d'ailleurs l'exemple de toutes les vertus , avait I sacrifié aussi à cet amour universel des nouveautés liturgiques qui transportait son siècle. Pendant que les Jansénistes s'attachaient à faire disparaître les formes Romaines de la Liturgie, parce qu'ils les trouvaient incompatibles avec leurs maximes, il crut apercevoir du danger dans un certain nombre de formules du Bréviaire Romain, à raison des erreurs du moment, et, sans prendre l'avis du Saint Siège , ou plutôt oubliant que

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les formules qui reposent sur la Tradition sont inviolables, et que quand on parviendrait à les supprimer dans un Diocèse particulier, l'Eglise, en tous lieux, ne cesserait pas pour cela de leur prêter son universelle autorité , il osa, dans son zèle, supprimer une grande partie des Collectes des Dimanches après la Pentecôte. Cette proscription tomba sur celles dans lesquelles il est parlé de la puissance de la Grâce. Le Prélat craignait qu'on n'en abusât auprès de son peuple : mais , malgré ses intentions toujours droites , il n'en donnait pas moins une leçon indirecte à l'Eglise Romaine , leçon dont elle pouvait d'autant moins profiter, qu'elle est inviolablement attachée à ces belles prières composées par les Léon et les Gélase , sanctionnées par une tradition solennelle, et dont, après tout, les hérétiques n'abuseront ni plus ni moins qu'ils n'abusent des Ecritures. Une entreprise aussi hardie prêtait le flanc aux Jansénistes , et ils ne manquèrent pas de la signaler dans les Nouvelles Ecclésiastiques (1). Au reste, c'était la première fois que, dans l'Eglise, la vérité se défendait par un moyen analogue à ceux que les sectaires ont si souvent employés pour la combattre : mais tel était le jugement de Dieu sur l'innovation liturgique du dix-huitième siècle, qu'elle devait être tantôt exploitée par des hérétiques , tantôt favorisée par des Catholiques , et toujours au détriment du respect dû au langage de l'Eglise.

Dans les nouveaux livres d'Amiens, on avait cherché à dissimuler les intentions qui avaient amené la suppression des Collectes dont nous parlons , en rédigeant le Missel sur un nouveau plan. On avait pris pour base de chaque Messe des Dimanches , la Leçon de l'Evangile au Missel Romain , et , pour le reste , on avait cherché à mettre toutes les

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autres formules en rapport avec cette Leçon qui devenait ainsi lu centre obligé de chaque Messe. Les Introïts, Graduels, Offertoires, Communions, Epîlres même, tout avait été bouleversé, renouvelé, suivant le besoin. Par suite de cet arrangement , on conçoit tout de suite que les Collectes avaient pu aisément être sacrifiées, et sans qu'on eût trop le droit de s'en plaindre , pour peu qu'on accordât le principe (1). Mais ce principe, inouï jusqu'alors, était en luimême si contraire à toute tradition liturgique, si subversif des derniers débris de la Tradition, que le Missel de Vintimille lui-même était là pour réclamer contre, ainsi que nous l'avons remarqué au chapitre précédent. Nous retrouverons ailleurs encore en action le système du Missel Amiénois; mais le lecteur ne pourra sans doute s'empêcher de trouver bizarre ce privilège accordé à la leçon de l'Evangile des Dimanches, aux dépens des autres leçons choisies par la même autorité et dans une antiquité non moins reculée. Bien plus , n'est-ce pas une chose triste de voir de ses yeux que le pieux Louis de La Mothe, en remuant ainsi arbitrairement la Liturgie de son Eglise, plaçait sous un rapport son Missel au-dessous même de celui de l'Eglise Anglicane, qui a jugé à propos de conserver dans la Liturgie des Dimanches, non seulement les Evangiles du Missel Romain , mais aussi lesEpîtres et surtout les Collectes. Et nunc intelligite!

Quant à l'aspect général des nouveaux livres d'Amiens, il jetait semblable en tout à celui du nouveau Parisien. La réforme du Psautier avait été faite dans le même sens. Le Ca-

(1) Quelques-unes de ces Collectes avaient été simplement transposées d'un Dimanche à l'autre; mais un grand nombre, et des plus belles, avaient été entièrement biffées. On peut voir entre autres les iMesses des Dimanches 5% 6e, 7% 14% 15% 16% 17% 18% 19% 20% 21% fe% 24% après la Pentecôte.

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