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CHAPITRE XIX

SUITE DE L'HISTOIRE DE LA LITURGIE , DURANT LA PREMIÈRE MOITIÉ DU DIX-HUITIÈME SIÈCLE. — PROJETS DE BRÉVIAIRE

a priori. — grancolas. foinard. — bréviaires de sens,

AUXERRE, ROUEN, ORLÉANS, LYON, ETC. — BRÉVIAIRE ET MISSEL DE PARIS, DU CARDINAL DE NOAILLES. — BRÉVIAIRE ET MISSEL DE PARIS, DE L'ARCHEVÊQUE VINT1M1LLE. — AU- TEURS DE CETTE LITURGIE. VIGIER. MESENGUY. COFFIN. — SYSTÈME SUIVI DANS LES LIVRES DE VINT1MILLE. — RÉCLA- MATIONS DU CLERGÉ. — VIOLENCES DU PARLEMENT DE PARIS. — TRIOMPHE DE LA LITURGIE DE VINTIMILLE.

Nous avons raconté , au chapitre précédent , les efforts des Jansénistes pour s'emparer ouvertement de la Liturgie ; leurs tendances vers remploi de la langue vulgaire dans les Offices , vers le dépouillement des autels et les habitudes calvinistes dans le culte. Tant que la Cour de France montrerait la ferme volonté de soutenir les Constitutions Apostoliques contre Jansénius et Quesnel , la secte ne pouvait espérer qu'à de rares intervalles et dans des localités très restreintes, ces moments de liberté dans lesquels il lui serait possible de faire, à son aise, l'essai dé ses coupables théories. Il ne lui restait donc qu'une seule ressource ; celle de ruiner sourdement l'unité liturgique, et de tenter pour la France entière ce qu'elle avait déjà obtenu à Paris , sous François de Harlay. Que si elle parvenait à préparer un corps de Liturgie nationale , ou tout au moins à diviser le redoutable faisceau

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d'orthodoxie que formaient les cent trente Diocèses de l'Eglise de France , elle aurait lieu alors d'espérer avec rondement qu'on ne pourrait plus l'écraser à l'aide de ces formules liturgiques que , dans les grands périls de la foi , l'Eglise Romaine impose aux Eglises. Déjà, elle avait préparé cet isolement par des systèmes perfides sur la Constitution de l'Eglise , sur les prérogatives de notre Nation ; elle le consomma en flattant le mauvais goût littéraire du temps , en exagérant les reproches que la critique historique pouvait foire aux anciens livres , enfin , il faut bien le dire , en faisant ressortir les avantages d'un Office moins long à réciter, promettant d'abréger le temps de la prière du Prêtre, à cette époque où cependant l'Eglise était menacée des plus grands maux.

On vit donc s'accomplir , au sein de l'Eglise de France , une révolution sans exemple dans aucun des siècles précédents. Déjà le Bréviaire de François de Harlay, imité luimême eu quelque chose de celui de Henri de Villars , Archevêque de Vienne , avait été imité avec plus ou moins de hardiesse dans les Eglises de Sens, de Narbonne, d'Orléans, etc.; mais, dans ces divers Diocèses, on se borna d'abord à réformer, suivant les idées modernes, l'ancienne Liturgie. On n'avait pas songé à régénérer le culte entier de l'Eglise Catholique ; l'exemple inoui donné par le Bréviaire de Cluny était jusqu'alors demeuré sans imitateurs. Cependant, il était naturel de penser que les envahissements de l'esprit de nouveauté pousseraient bientôt jusque-là, et d'autant plus que toute cette révolution avait été, dès son principe, un produit de l'esprit du Jansénisme.

U fut aisé de juger de la distance qu'on avait franchie eu quarante années, lorsqu'on vit paraître à Paris, en 1720, un ouvrage portant ce titre : Projet d'un nouveau Bréviaire,

dans lequel VOffic* divin , $ans en changer la forme ordinaire , serait particulièrement composé de V Ecriture Sainte, instructif, édifiant, dans un ordre naturel, sans renvois, sans répétitions et très court, avec des observations sur les anciens et sur les nouveaux Bréviaires. L'auteur était Frédéric- Maurice Foinard , autrefois Curé de Calais , connu d'ailleurs par plusieurs ouvrages, entre autres par une Explication de la Genèse, qui fut supprimée à raison des idées hasardées et singulières qu'elle se trouva contenir. Foinard ne se contenta pas d'exposer sa théorie aux yeux du public ; il prit la peine de joindre l'exemple au précepte, et publia, en 1726, un Bréviaire exécuté d'après son plan , où toute Ja Liturgie des Offices divins avait été de nouveau élaborée et soumise au creuset de son génie particulier. Ne croit -on pas rêver, en lisant le récit d'une pareille témérité? et peut-on se défendre d'un sentiment de tristesse, quand on pense que beaucoup d'Eglises en France , après avoir expulsé les antiques prières , en sont réduites à emprunter dans les divins Offices la voix de Foinard en la place de celle de saint Grégoire? Car le Bréviaire de cet auteur forme, en grande partie, avec celui de Cluny, le magasin où l'on a puisé la plupart des matériaux employés dans la confection des Bréviaires du dix-huitième sièele. Ce livre , qui ne trouva d'imprimeur qu'à Amsterdam , était intitulé : Breviarium Ecclesiasticum , editi jam prospectus executionem exhibens , in gratiam Ecclesiarum in quibus facienda erit Breviariorum editio ( 2 vol. in-8° ) .

L'année suivante , 1727, le Docteur Grancolas, dans son Commentaire du Bréviaire Romain, dont nous avons parlé ailleurs, donna aussi, dans un chapitre spécial, le projet dun nouveau Bréviaire (1). Maïs le système liturgique déve-

loppé dans ce chapitre avait déjà vu le jour en grande partie, en i744, dans les cinq dernières pages d'un autre ouvrage du même auteur, intitulé : Traité de la Messe et de l'Office divin. Nous allons exposer les principes qui devaient, suivant ces deux personnages, Foinard et Grancolas , prévaloir dans la Liturgie renouvelée; mais, auparavant, considérons la triste situation du culte Catholique, en France , livré ainsi à la merci de quelques Docteurs particuliers qui osent, au grand jour, se mettre ainsi à la place de la tradition, cet élément souverain, et si indispensable dans les institutions d'une Eglise de dix-huit siècles.

U fallait, certes, que Ton eût étrangement travaillé les hommes de cette époque, pour leur faire digérer une pareille anomalie. Aujourd'hui, les gens sérieux déplorent, comme le principe de toutes nos perturbations sociales, l'imprudence de ces publicistes du siècle dernier, qui s'imaginèrent être les sauveurs de la société, parce qu'il leur plaisait de formuler, sur le papier, des Constitutions à l'usage des nations qui , disait-on , n'en avaient pas. Joseph de Maistre les a flétris pour jamais, ces hommes a priori, et l'Europe , ébranlée jusque dans ses fondements , atteste assez haut leur damnable présomption. Ici , c'est bien autre chose. Voici des hommes qui veulent persuader à l'Eglise Catholique , dans une de ses plus grandes et de ses plus illustres provinces, qu'elle manque d'une Liturgie conforme à ses besoins, qu'elle sait moins les choses de la prière que certains Docteurs de Sorbonne , que sa foi manque d'une expression convenable ; car la Liturgie est l'expression de la foi de l'Eglise. Bien plus, ces hommes présomptueux qui ont pesé l'Eglise, qui ont sondé ses nécessités , ne prononcent pas seulement que sa Liturgie pèche par défaut, ou par excès, dans quelques détails; mais ils la montrent aux peuples comme dépourvue

d'un système convenable dans l'ensemble de son culte. Ils se mettent à tracer un nouveau plan des Offices, nouveau pour les matériaux qui doivent entrer dans sa composition, nouveau pour les lignes générales et particulières. Les voici donc à l'œuvre : les livres de saint Pie V, qui ne sont que ceux mêmes de saint Grégoire , ne valent même pas la peine d'être nommés désormais ; ceux de François de Harlay , malgré de graves innovations , sont trop Romains encore. Il faut que d'un cerveau particulier éclose un système complet qu'on fera imprimer, en faveur des EgUtet ( in gratiam Ecclesiarum ) qui doivent faire une édition du Bréviaire!

Et ces hommes que cent cinquante ans plus tôt la Sorbonne eût condamnés , comme elle condamna les rédacteurs des Bréviaires de Soissons et d'Orléans , comme elle condamna le Cardinal Quignonez lui-même , bien que son œuvre eût momentanément obtenu l'agrément privé de Paul IH , révoqué bientôt par saint Pie V; ces hommes sans caractère, qui ne peuvent être fondés dans leurs prétentions que dans le cas où l'Eglise serait moins assurée qu'eux-mêmes de la voie où les fidèles doivent marcher, ces hommes ne furent point repoussés; on les écouta , on leur livra nos sanctuaires. Encore Foinardet Grancolas valaient-ils mieux que plusieurs de ceux qui vinrent après ; mais ils ont la triste gloire d'avoir les premiers intenté procès à l'Eglise leur Mère, d'avoir fait les premiers cette sanglante critique de tous les siècles catholiques , atteints et convaincus désormais d'avoir manqué d'intelligence dans la prière, d'avoir laissé durant tant de siècles les mystères sans expression convenable. Nous ne craignons pas de le dire , lorsque nos Eglises de France seront revenues à l'unité, à l'universalité , à l'autorité dans les choses de la Liturgie, et Dieu leur fera quelque jour cette cràce, lorsque cette suspension des anciennes prières ca-

UTtmcioUES. 271

tholîques ne sera plus qu'un (ait instructif dans l'histoire, on aura peine à se rendre compte des motifs qui purent amener une semblable révolution au sein d'une nation Chrétienne. On imaginera que quelques violentes persécutions enlevèrent alors toute liberté à nos Eglises, et qu'elles se séparèrent ainsi des prières du Siège Apostolique et de l'antiquité, pour échappera de plus grands dangers. Mais lorsque, éclairés sur les événements, les fidèles verront qu'aucune coaction ne fut employée pour produire un résultat si étrange, qu'au contraire on vota , de toutes parts , comme par acclamation , la refonte de la Liturgie sur un plan nouveau et tout humain, que cette œuvre fut confiée à des mains hérétiques; alors, ils admireront la miséricorde divine envers l'Eglise de France.

Certes, c'était une chose bien lamentable de voir ainsi se rompre la communion des prières catholiques, avec Rome , avec le reste de la Chrétienté, avec les siècles de la tradition; mais ce qui n'était pas moins humiliant , ce qui n'accusait pas moins la triste déviation qui faillit ruiner pour jamais la foi catholique dans notre patrie , c'est le mesquin Presbytérianisme, dont toute l'œuvre des nouvelles Liturgies demeure à jamais entachée. La plupart de ces faiseurs étaient des hérétiques , comme nous l'avons dit , et comme nous le dirons encore en temps et lieu ; mais de plus , ils étaient de simples Prêtres, sans caractère pour enseigner, sans mission pour réformer l'Eglise, sans troupeau à gouverner en leur propre nom. Jusqu'ici nous avions vu la Liturgie, soit dans l'Eglise d'Orient, soit dans l'Eglise d'Occident, formulée , disposée , corrigée par des Evéques ; saint Léon , saint Célase, saint Grégoirc-le-Grand , saint Léon II, saint Grégoire VU, Paul IV, dans l'Eglise de Rome ; saint Àmbroise dans l'Eglise de Milan ; saint Paulin , dans l'Eglise de Noie ;

Maximien et Johannicius, dans l'Eglise de Ravenne; Théddose, dans l'Eglise de Syracuse; saint Paulin, dans celle d'Aquilée; Voconius, dans l'Eglise d'Afrique; saint Hilaire, saint Césaire d'Arles, saint Sidoine Apollinaire, saint Venantius Fortunat , saint Grégoire de Tours , saint Protadius de Besançon, saint Adelhelme de Séez, dans l'Eglise des Gaules; saint Léandre, saint Isidore, Conantius, Jean de Saragosse, Eugène II de Tolède, saint Ildefonse, saint Julien de Tolède , dans l'Eglise Gothique d'Espagne ; saint Euslhate d'Antioche, saint Basile, saint Maruthas, saint Cyrille d'Alexandrie, saint Jean Maron, saint André de Crète, Corne de Maïuma, Joseph Studite, George de Nicomédie, etc., dans les Eglises d'Orient. La Liturgie est donc l'oeuvre des Evêques ; ils l'ont rédigée, fixée en établissant les Eglises; c'est d'eux qu'elle a tout reçu; c'est par eux qu'elle subsiste. Les diverses réformes de la Liturgie n'ont jamais élé autre chose que le rétablissement de l'œuvre liturgique des Evêques dans son ancienne pureté ; de môme que la réforme de la Discipline n'est que le retour aux Constitutions Apostoliques, et aux Décrets des Conciles. Ondoitserapler que le soin donné par Grégoire IX aux Frères Mineurs ne regardait pas la composition de la Liturgie , mais une simple épuration, dans le genre de celle qu'accomplirent les Commissions Romaines nommées par saint Pie V, Clément VIII et Urbain VIII ; encore ces dernières renfermaient-elles plusieurs membres revêtus de la pourpre Romaine, ou honorés du caracière épiscopal.

En France, au contraire, il ne s'agit point de corriger, de mettre dans un meilleur ordre la Liturgie Romaine-Française, ni de rétablir l'antique et vénérable rite Gallican ; il s'agit de donner de fond en comble une Liturgie à une Eglise qui n'en a pas, et aucun Evêque ne couvre de la

responsabilité de son travail personnel cette œuvre qui doit remplacer celle de tant d'Evêques des premiers siècles , de tant de Souverains Pontifes. Pour opérer celle grande et inouie révolution, les Evêques Français du dix-huitième siècle se constituent sous la dépendance de simples Prêtres qui se sont érigés en législateurs de la Liturgie. Les plus justes réclamations sont étouffées, comme on va le voir, et il faut que saint Grégoire disparaisse avec tout l'imposant cortège de ses Cantiques séculaires, pour faire place à des Prêtres comme Le Tourneux, de Vert, Foinàrd, Petitpied, Yigier, Robinet , Jacob ; bien plus, à des Diacres, comme J.-B. Santeul ; à des Acolytes, comme Le Brun des Marelles et Mesenguy ; à des Laïques , comme Coffin et Bondet !

Nous n'ignorons pas qu'il serait possible de montrer dans la Liturgie Romaine certaines pièces , des Hymnes principalement, qui ont eu pour auteurs non seulement de simples Prêtres , mais des laïques même , comme Prudence, Charlemagne, etc. C'est à Elpis, femme de Boëce, que l'Eglise Romaine a emprunté les Hymnes de la fête de saint Pierre et de saint Paul. Mais d'abord, à l'Eglise appartient de choisir avec une souveraine autorité, parmi les œuvres de ses enfants, celles qu'elle juge dignes de servir d'expression à ses propres sentiments dans les divins Offices. Ajoutons encore que ces adoptions d'Hymnes ont eu rarement lieu du vivant des auteurs, mais souvent plusieurs siècles après leur mort; que l'esprit de parti et de coterie n'y ont été pour rien. Enfin , quand l'Eglise, pour orner le texte d'un de ses Offices, daigne emprunter quelque composition à un de ses enfants, elle ne déroge en rien à l'ensemble de sa Liturgie, qui n'en demeure pas moins invariable dans sa forme traditionnelle.

L'Eglise , on a dû le voir dans tout ce qui a précédé, ne renouvelle donc point sa Liturgie, suivant les siècles. Elle la t. n. *8

corrige , elle l'enrichit ; mais le Missel Romain est encore aujourd'hui le composé de l'Antiphonaire et du Sacramentaire de saint Grégoire, comme le Bréviaire demeure toujours le Responsorial du même Pontife, qui n'avait guère fait autre chose que mettre en meilleur ordre l'œuvre des Papes ses prédécesseurs.

Nous avons raconté comment, pour la réforme du Bréviaire et du Missel par saint Pie Y, on tint surtout à ce que les correcteurs de ces livres ne s'écartassent point des anciens Bréviaires conservés dans les plus iUustres Eglises de Rome et dans la Bibliothèque Vaticane. C'est le témoignage rendu par le Pontife, dans les deux Bulles de publication ; témoignage dont nous sommes à même de vérifier toute l'exactitude , sur les anciens Antiphonaires , Responsoriaux et Sacramentaires publiés par Pamclius, D. Hugues Ménard, D. Denys de Sainte-Marthe, leB. Tommasi, D. Gerbert, etc. 11 en devait être ainsi dans l'Eglise Romaine , dont la vie et la force consistent uniquement dans les traditions. Foinard et Grancolas jugèrent , dans leur sagesse , qu'il en pouvait être autrement dans l'Eglise de France.

Ecoutons ces deux grands législateurs de nos sanctuaires; Foinard est le plus explicite dans ses désirs. Le titre de son livre mérite tout d'abord notre attention : Projet d'un nouveau Bréviaire; ainsi, le Bréviaire est, parmi les institutions de l'Eglise Catholique , la seule qui n'ait pas besoin d'antir quité, qui puisse être refondue , après les siècles, sur le plan donné par un simple particulier. — d'un nouveau Bréviaire dans lequel l'Office divin, sans en changerla forme;— on consent donc à laisser, dans ce Bréviaire, les Matines, les Laudes, les Petites Heures, Vêprçs , Complies, avec le même nombre de Psaumes , d'Hymnes , etc. Il y aura encore un Psautier, un Propre du Temps , un Propre et un Commun des Saints.

UTURGIQW». Î75

~dans lequel V Office divin serait particulièrement composé de l'Ecriture Sainte ; — l'Eglise , jusqu'ici , employait sa propre voix à célébrer ses mystères; elle se croyait en droilde parler à son Epoux ; l'élément traditionnel lui semblait divin comme l'Ecriture; or, le Bréviaire, avec ses Antiennes, ses Répons et ses Versets, qu'était-ce autre chose que la Tradition? Le Docteur Foinard, qui sait bien qu'un simple particulier- ne fiiit pas de la Tradition , propose de farcir son œuvre de , phrases bibliques qu'il choisira à son loisir et suivant les convenances. — Instructif; — ainsi, la Tradition n'apprend rien; l'Eglise, dans ses œuvres, ne sait pas nous instruire, elle qui a les paroles de la vie éternelle. Il nous faut pour cela avoir recours à certains Prêtres de doctrine suspecte, qui nous initieront à la doctrine. — Edifiant; — si l'Eglise instruit mal, elle ne peut guère édifier. Que ceux-là qui vont nous instruire daignent donc aussi nous édifier. — dans un ordre naturel, sans renvois ; — plus de ces Rubriques compliquées qui obligent le Prêtre à faire de l'Office divin une étude sérieuse ; au reste, ces Rubriques sont.elles-mêmes des traditions, il est trop juste qu'elles disparaissent. — sans ré" pétitions ; — il est pourtant malheureux que ceux qui prient i Dieu ou les hommes soient ainsi faits, qu'ils éprouvent le besoin de répéter souvent leurs demandes.— .Et très court; —voilà le grand moyen de succès ! C'est peu de tenter les hommes par la belle promesse de les éclairer et de les édifier ; c'est peu de les flatter par l'espérance que le livre qui contient la prière sera désormais réduit à un ordre naturel, tans renvoie, que l'on ne perdra plus de temps à lire et étudier des Rubriques ; la somme des prières sera diminuée, et afin qu'on puisse désirer un nouveau Bréviaire avec connaissance de cause, l'engagement de le rendre très court est exprimé en toutes lettres sur te Utre du livre destiné.àpropager en tous

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lieux une si merveilleuse nouvelle ! On prétend donc faire rétrograder l'Eglise de France jusqu'au Bréviaire de Quignonez (1) . SaintPie V, les Conciles du seizième siècle* l'Assemblée du Clergé de 1605 et 1606, tout est oublié, méprisé. On veut un Bréviaire composé d'Ecriture Sainte, et, par dessus tout, un Bréviaire court ; on l'aura ; il Se trouvera des Jansénistes, des hérétiques pour le rédiger.

Entrons maintenant dans le détail des moyens choisis par notre improvisateur liturgique, pour réaliser le plan qu'il a daigné concevoir, et qu'il rédigera bientôt à l'usage de l'Eglise. D'abord, son élément constituant , c'est l'Ecriture Sainte, ainsi qu'il l'a annonce sur le titre de son livre. Mais, dit-il, il ne la prendra que dans des sens autorisés (2). Rien de plus rassurant qu'une pareille déclaration ; mais si l'esprit de secte vient à s'emparer de la rédaction liturgique, au milieu de l'ébranlement général que ces brillants systèmes vont causer dans l'Eglise de France, quelle sera la garantie? Les sens autorisés, aux yeux d'un Janséniste, sont tout différents des sens autorisés à ceux d'un Catholique. Encore, si, dans ce triomphe de l'Ecriture sur la Tradition, on voulait consentir à laisser dans nos Bréviaires les nombreuses pièces empruntées à l'Ecriture elle-même par saint Grégoire, nous n'aurions d'examen à faire que sur les nouvelles pièces substituées aux Antiennes, Versets et Répons de style ecclésiastique. Mais celte retenue n'est pas du goût de Foinard , ni de ses successeurs. Les parties de l'Office Grégorien qui sont tirées de l'Ecriture Sainte pourraient ne pas s'harmoniser dans le plan d'Offices inventé au dix-huitième siècle, t II ne faudrait • donc pas, dit notre Docteur, se faire un scrupule de subs-

(1) Encore le Bréviaire de Quignonez était-il rempli de formules traditionnelles

(2) Projet d'un nouveau Bréviaire, page OU

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> tituer certains textes de PEcriture Sainte à ceux qui sont » employés dans les anciens Bréviaires, pour composer des • Antiennes, des Répons, des Capitules, etc. Il semble, en » effet, que c'est une chose très indifférente en soi-même » qu'un Répons ou un Capitule soit pris d'un endroit de > l'Ecriture Sainte plutôt que d'un autre, et que, quand un

> texte convient mieux qu'un autre dont on se servait aniciennement, il est fort permis de le prendre (1). i On le voit, nous n'exagérons rien ; au reste , depuis long-temps , en France, on n'en est plus aux théories. Les Bréviaires ont été produits et sont là pour attester le dédain avec lequel l'œuvre Grégorienne a été traitée sous tous les points.

Foinard dispose , avec une incroyable assurance, l'échelle de proportion qu'on devra suivre désormais entre les Fêtes du Christianisme. Ce qui existe à ce sujet dans l'Eglise n'a que l'autorité du fait; voici donc comme il entend régler pour l'avenir l'harmonie entre ces nobles parties de la Liturgie

universelle. Former une classe supérieure de Fêtes de Notre- Seigneur, dans laquelle on ne puisse admettre aucune Fête de la Sainte Vierge , ni des Saints , ainsi que le pratique d'une manière si inconvenante le Bréviaire Romain. Telle est l'idée de Foinard (2), celle aussi de Grancolas (3), et tous deux, le croirait-on? si on ne le lisait de ses propres yeux , si plus d'un Bréviaire de France ne nous l'attestait encore ; ils osent refuser à la Fête du Saint-Sacrement une place parmi les grandes Fêtes de Notre-Seigneur ! Languet a-t-il donc si grand tort de signaler des instincts calvinistes dans toute cette révolution liturgique, révolution, nous le répétons,

(1) Jbid. page 178.

(2) Jbid. page 15.

(3) Commentaire du Bréviaire Romain. Tome I. Projet d'un tumeau Bréviaire, page 317.

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venue d'en bas, entachée de presbytérianisme, et poussée par des hommes en rébellion contre le Siège Apostolique ? Quant au refus d'admettre aucune fête de la Sainte Vierge ou des Saints dans la première classe, qu'est-ce autre chose, à part la leçon faite à l'Eglise Mère et Maîtresse, qu'une manière d'humilier la piété catholique sous le superbe prétexte de venger l'honneur de Dieu , comme si Jésus-Christ n'avait pas dit : Qui mihi ministrat me sequatur, et ubi sum ego , iUic sit et minuter meus (1) ?

Foinard et Grancolas consentent néanmoins à ne pas faire descendre la Fête-Dieu , l'Assomption et la Féte du Patrori , au-dessous de la seconde classe (2) ; mais , en retour, saint Jean-Baptiste , et saint Pierre et saint Paul , n'étant pas jugés dignes de s'arrêter encore à ce second degré, tombent au troisième qu'on appellera solennel majeur (3) . Ainsi ces Docteurs voulaient-ils étendre à la France entière les audacieuses réformes de Le Tourneux et de Dom de Vert. N'est-cè pas une chose profondément humiliante, et non moins désolante pour la piété, que de voir qu'ils y ont réussi?

Toujours à la suite des auteurs du Bréviaire de Cluny, nous voyons nos deux Docteurs s'imposer la tâche de diminuer, d'une manière encore plus efficace, le culte de la Sainte Vierge et des Saints, au moyen de certaines mesures liturgiques qui finirent par devenir propres à tous les nouveaux Bréviaires. C'est d'abord leur grand principe de la sainteté du Dimanche qui ne permet pas qu'on dégrade ce jour jusqu'à le consacrer au culte d'un Saint, ni même de la Sainte Vierge. Il ne pourra donc céder qu'à une solennité de Notre-Seigneur. Il sera désormais privilégié à l'égard même de l'Assomption de là Sainte

(1) Joan. XII. 26.

(â) Foinard. page 19. Grancolas. page 347. (I) Foinard. page 20. Grancolas. Ibidem.

LIimCttOUBS. 27fr

Vierge, de la Toussaint, etc. (i). À plus forte raison, les doubles majeurs, ou mineurs, qui diversifiaient si agréablement pour le peuple fidèle la monotonie des Dimanches , en lui rappelant les amis de Dieu , leurs vertus et leur protection , devaient-ils être pour jamais renvoyés à des jours de férié dans lesquels leur féte sf écoulerait silencieuse et inaperçue.

En outre-* pour donner au temps du Carême une couleur sombre et conforme, pensait-il, au génie de l'Eglise primitive, Foinard proposait de retrancher toutes les fêtes des Saints qui tombent dans ce temps, même r Annonciation (2). Grancolas, moins austère, daignait tolérer l'Annonciation et même saint Joseph (3), et n'admettait pas non plus l'idée qu'avait eue Foinard, de privilégier aussi contre les fêtes des Saints les fériés du temps Pascal. Cette dernière idée n'a été admise, que nous sachions, dans aucun Bréviaire : mais toutes les autres réductions du culte des Saints dont nous venons de parler, sont encore à l'ordre du jour dans la plupart des Eglises de France.

Une autre manière de relever la primitive Eglise dans le nouveau Bréviaire, c'est la proposition que fait Foinard d'introduire de nouvelles'fétes de Martyrs, divisées suivant les diverses persécutions. Nous allons bientôt voir cette idée en action. Pour achever ce qui a rapport au culte des Saints, nous citerons cette phrase naïve de Grancolas : c On devra abréger • l'Office des Dimanches et des fériés; car dès que l'Office de

> la férié ne sera pas plus long que celui des fêtes, comme il

> est plus diversifié et plus affectif que celui des Saints, il n'y a » personne qui n'aime mieux le dire que celui des fêtes (4). > Quant aux fêtes des Saints, voici ce qu'on en fera. Saint Jean-

(1) Foinard. page 24. Grancolas. 546.

(2) Page SO.

(3) Page 351. "

(4) Page S47.

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Baptiste , saint Pierre et saint Paul , descendront au solennel mineur; les autres Apôtres ne seront que doubles, les saints Docteurs semi-festifs , les Martyrs simples, c Les fêtes des • Confesseurs, ajoute notre Docteur, n'auraient qu'une seule » mémoire dans l'Office férial , et on renverrait leur Office , » s'ils sont Evêques, dans leurs Diocèses; s'ils sont Moines, > dans leur Ordre ; et les autres Saints et Saintes , dans les » lieux où ils se sont sanctifiés; ne faisant aucune féte d'In- »vention ou de Translation de Reliques, que dans les lieux >où Von croit avoir de ces Reliques (i)4 > Le Calendrier sera désormais épuré, comme l'on voit, et puisque le but avoué de Grancolas et de ses complices, est de faire que le Clergé préfère l'Office de la férié à celui des Saints , on ne peut nier qu'il n'ait pris un excellent moyen d'assurer cette préférence, en réduisant à des bornes si étroites cet Office des Saints. Mais aussi, quel lamentable spectacle que de voir pénétrer dans nos Eglises des maximes entachées de calvinisme , et si grossièrement opposées à celles du Siège Apostolique , qui n'a cessé depuis deux siècles de fortifier le Calendrier de l'Eglise par l'accession de nouveaux protecteurs ! Nous n'avons pas besoin de dire que les idées de Foinard se rapprochent totalement de celles de Grancolas. Il déclare expressément que l'Office sera de la même longueur aux férics et aux fêtes, pour éviter l'ennui (2) , et qu'on devra diminuer autant que possible le nombre des fêtes à neuf leçons (3). Quant aux leçons des Saints, nos deux Docteurs s'accordent à dire qu'elles ne devront renfermer que des histoires bien approuvées (4). Nous verrons bientôt ce qu'on doit entendre par ces paroles.

(1) Page 348.

(2) Page 83.

(3) Page 188.

(4) Foinard. page 114. Grancolas. page 348.

Le Bréviaire , ainsi réduit, n'est bientôt plus qu'un livre de lecture privée; il perd son caractère social. C'est pourquoi, rétrogradant toujours jusqu'à Quignonez, et jaloux d'enchérir sur les traditions de François de Harlay, Foinard ne se borne plus à retrancher de la récitation privée le salut au peuple Chrétien, Domina? vobiscum, il yeut en exclure la répétition des Invitatoires, des Répons brefs; le Jube, Domine, Benedicere, le Tu autem. Domine. miserere nobis, et même le Benedicamus, Domino, sans doute à cause du pluriel Benedicamus (i). Il faut pourtant avouer que Foinard n'a pas été suivi , dans nos Bréviaires, sur tous ces points : on s'est borné généralement à la suppression du Domimis vobiscum dans l'Office récité en particulier ; après tout, c'est accorder le principe et nier la conséquence. Foinard a été plus heureux dans la proposition de supprimer les Pater. Ave, Credo, qui précèdent les Heures de l'Office. On lui a, en grande partie, octroyé sa demande, en cessant de réciter ces prières en tête des différentes Heures quand on les chante, ou quand on les récite à la suite les unes des autres.

On voit dans cette dernière innovation, comme dans tout le reste, le grand désir d'abréger l'Office, la crainte de n'en pas venir à ses fins, si on n'offrait pour compensation à la ruine de toutes les traditions l'appât d'un Bréviaire très court. C'est dans cette intention qu'un si grand enthousiaste de l'antiquité que prétend l'être Maurice Foinard, ne craint pas de proposer l'établissement d'Offices à six leçons pour les Fêtes auxquelles on voudra donner un rang médiocre. Nous ne connaissons qu'un seul Bréviaire dans lequel cette étrange forme d'Office ait été admise.

Maintenant, si on se demande en vertu de quel droit nos

(1) Page ».

28S IHSTITCTlOlfS

faiseurs imaginaient rendre licite un pareil bouleversement du culte divin , Foiaard nous répond , et cette réponse a été souvent donnée, de nos jours, avec tout autant d'irréflexion et d'un air tout aussi triomphant, Foinard nous répond que saint Grégoire écrivit, au sixième siècle, à saint Augustin, Apôtre d'Angleterre, qu'il le faisait libre d'admettre dans le service divin les coutumes, soit des Gaules, soit de toute autre Eglise, si leur fusion avec celles de l'Eglise Romaine pouvait faciliter et confirmer la conversion des Anglo-Saxons. Cest une bien étrange distraction que celle-là ; car, outre que, comme nous l'avons prouvé ailleurs , il ne s'agissait point de l'Office divin proprement dit, qui fut toujours celui de Rome dans l'Eglise Anglo-Saxonne (4), mais simplement de certains usages et observances d'une importance secondaire ; saint Grégoire donnait à saint Augustin un pouvoir légitime et spécial, non moins qae personnel. En vertu de quelle extension aurait-on pu se Pattribuer en France, après tant de siècles, après la destruction du rite Gallican, après l'établissement du rite Romain, après le Concile de Trente et la Bulle de saint Pie V, après les Conciles de France pour accepter cette Bulle, etc.? Est-il raisonnable, en outre , d'assimiler les usages liturgiques des Gaules , et autres anciennes Eglises de fondation Apostolique, à ceux dont Foinard ou ses pareils ont pris l'idée dans leur cerveau? En un mot, de ce que saint Augustin aurait pu licitement, d'après la permission expresse de saint Grégoire-le-Grand , unir les rites sacrés de l'Eglise Romaine avec quelques-uns de ceux, si vénérables, institués parles Pothin , les ïrénée , les Hilaire et les Martin , s'ensuivait-il qu'on pouvait , onze siècles après , remplacer la plus grande partie des formules sacrées de l'Office divin par d'autres for-

(1) Tome I. ptge 174 et *eq.

LITURGIQUEI.

mules improvisées par de simples Prêtres ou laïques , les uns hérétiques, les autres suspects dans leurs relations et leurs tendances personnelles? Mais en voilà pins qu'il n'en fout sur la lettre de saint Grégoire à saint Augustin : nous y reviendrons cependant une dernière fois dans la partie de cet ouvrage où nous aurons à traiter du Droit de la Liturgie.

Les utopies liturgiques de Grancolas et de Foinard doivent aussi être considérées sous le rapport des conséquences qu'elles amenèrent. Non seulement elles accélérèrent le remaniement des Offices divins dans plusieurs Diocèses , et leur complet renouvellement en d'autres, mais, et ceci n'est pas -moins grave , elles firent descendre la Liturgie au rang vulgaire des compositions du génie humain. Chacun se crut en droit de juger des convenances du Bréviaire, et pendant que de nombreux amateurs dissertaient sur ce qu'il y avait à faire pour donner enfin à l'Eglise une expression digne de ses mystères, dès liturgistes de profession se formèrent de toutes parts. Jusque-là, on avait pensé que la Liturgie, c'était la Tradition , et que de même qu'on ne fait pas de la Tradition comme on veut , on ne fait pas non plus de la Liturgie à volonté, bien que la Tradition et la Liturgie reçoivent Tune et l'autre, parle cours des siècles, certains accroissementsqui viennent se fondre dans la masse. Alors , car il faut toujours que des mots soient faits pour exprimer les idées , ou les nouvelles formes d'idées , alors on vit paraître ces expressions, faire un Bréviaire, V auteur de tel Bréviaire : le Bréviaire de tel Diocèse est bien fait, cet autre est mal fait, celui-ci est mieux fait» Etrange renversement d'idées, mais qui trahissait bien les vues toutes humaines, toutes nationales, tontes personnelles qui avaient présidé à cette oeuvre téméraire! On ne réfléchissait pas que s'fl était encore temps, que même s'il était devenu nécessaire , après tant de siècles ,

284 IHSTITUTIONS

de rédiger sur un nouveau plan la forme des prières et de la confession publique de l'Eglise, de deux choses Tune, ou le premier besoin de l'Eglise était demeuré si long-temps sans être satisfait et n'avait pu l'être que par quelques Prêtres et laïques Français, ou ces Prêtres, ces laïques, en contradiction avec l'Eglise qui dédaignait leur œuvre, avaient assumé sur eux la plus énorme responsabilité. Or, l'Eglise universelle n'a pas fait un pas vers ces hommes et leur œuvre. Le Siège Apostolique les a laissés dans leur isolement. Ils sont des hommes, ils ont fait une œuvre humaine; elle aura le sort des œuvres humaines.

C'était donc une nouvelle branche de littérature dont Foinârd et Grancolas avaient doté le pays. Les auteurs du Bréviaire de Cluny avaient du moins gardé le secret de leurs théories ; nos deux Docteurs les ébruitèrent , et un grand mouvement commença dans nos sanctuaires appelés à la régénération. Toutefois, les plus zélés partisans de cette œuvre sont bien obligés de convenir que le bienfait des nouvelles Liturgies n'a pas contribué à faire refleurir l'antique foi de nos pères : il leur faut même convenir, l'histoire en main, que cette foi antique a subi une décadence proportionnelle aux progrès de l'innovation. Après tout , il eût été difficile que le mauvais arbre produisît de bons fruits, que les conceptions des Jansénistes ou de leurs fauteurs donnassent parmi nous des fruits de piété et d'orthodoxie. Rien n'est plus commun et plus divertissant en même temps que d'entendre, comme on en est à même tous les jours, les partisans des nouveaux Bréviaires convenir ingénuement que la piété et Yonction ne forment pas le caractère de ces livres de prières qu'ils ont substitués à ceux de cette Eglise Romaine qui , fondée inébranlablement sur la foi et la charité, mue et conduite par l'Esprit Saint dont elle est l'épouse, soupire, dans tous les

siècles, cet ineffable gémissement dont notre faible livre cherchera à faire sentir la merveilleuse douceur.

Après 1727, nous ne retrouvons plusGrancolas sur la scène liturgique. Le Commentaire du Bréviaire Romain , dont le Projet d'un nouveau Bréviaire forme un des chapitres, est son dernier ouvrage. C'était Tannée précédente, 4726, que Foinard, joignant l'exemple au précepte, avait fait imprimer son Breviariuh ecclesiasticum. Le coup était hardi de la part d'un homme qui alors n'avait plus aucune juridiction, s'étant démis de sa Cure de Calais. Aussi, n'ayant ni Diocèse, ni Paroisse mémo à qui le destiner et dont il pût lui donner • le nom , il jugea convenable d'en faire le Bréviaire de l'Eglise , et l'ouvrage parut sous ce titre : Breviarium ecclesiasticum , editi jam prospectus exécution** exhibens. Ainsi sa Liturgie, après avoir été à l'état de prospectus, existait enfin en réalité.

De si grands avantages émurent plusieurs diocèses , et on remarqua bientôt un nouveau mouvement dans la Liturgie. Les Bréviaires qu'on avait réformés dans les dernières années du dix-septième siècle et dans les premières du dix-huitième, tout en présentant de fâcheuses imitations de celui de François de Harlay , ne s'étaient pas cependant écartés d'une manière énorme de l'ancien fonds Grégorien de l'Office (1). On avait hésité à se lancer tout-à-fait dans la nouveauté : mais , après 1720 , on osa franchir le pas et embrasser dans toute son étendue la responsabilité d'une nouvelle création

(f) Parmi cos Bréviaires nous citerons ceux de Senez (1700), de Ltsieux (1704) » de Narbonne (1700) , de Meaui (1713) , d'Augers (1716) , deTroyes (1718) , etc. II y a de mauvaises intentions dans plusieurs de ces Bréviaires. Généralement , celui de Cluny a trop inOué sur leur rédaction ; mais ils sont loin d'être à la hauteur de ceux dont U nous reste a parler.

liturgique. Ainsi, le Diocèse de Sens qui avait reçu, en 1702 , de son Evêque,Hardouin de la Hoguette, un Bréviaire encore assez pur, fut obligé , dès 1725 , d'en accepter un autre des mains de Denys-François Bouthillier de Gbavigny. Ce second Bréviaire, comme nous l'avoue Languet, successeur deChavigny, dans sa controverse avec l'Evéque de Troyes, avait eu pour rédacteur un homme de parti qui s'était appliqué à y faire entrer, à l'aide de passages de l'Ecriture choisis dans un but suspect , les principes de la secte Janséniste (1).

Daniel-Charles-Gabriel de Caylus , Evêque d'Auxerre , le même qui, après avoir suivi pendant douze ans la doctrine Catholique contre le Jansénisme , se déclara pour cette hérésie, peu de jours après la mort de Louis XIV, et en fut jusqu'à la fin l'un des plus opiniâtres champions, ne manqua pas de doter son Diocèse d'une nouvelle Liturgie. Le Bréviaire donné par le Prélat, en 1726, eut pour principal rédacteur Jean- André Mignol, Grand- Vicaire de Caylus, et son complice dans les mêmes doctrines. .

En 1728 , nous trouvons le Bréviaire de Bouen , publié par l'Archevêque Louis de La Vergue de Tressan, et rédigé par le Docteur Urbain Bobinet, personnage de sentiments orthodoxes, il est vrai , et dont l'œuvre n'a rien qui tende , soit directement, soit indirectement, au dogme Janséniste proprement dit, bien qu'elle n'en soit pas moins le produit d'un amour effréné de la nouveauté. Comme nous devons parler à loisir , dans un autre endroit, du Docteur Bobinet, nous nous bornerons à mentionner ici son premier essai liturgique , et nous ferons observer en même temps combien il était déplorable que l'Eglise de Bouen qui, dans le Concile Provincial de 1581 (2) , avait décrété si solennellement l'a-

(1) Voyez ci-dessus, page (S) Vld. tome I. page 460.

LITUMIQUES. 287

doption du Bréviaire de saint Pie V, et qui avait pris soin de s'y conformer dans les éditions de 1587, 1594 et 1626 , se livrât désormais, pour la Liturgie, à la merci d'un simple particulier.

Le Diocèse d'Orléans participa au bienfait d'une Liturgie régénérée. Dès 4693, il avait reçu du Cardinal Pierre du Gambout de Coislin , un Bréviaire déjà modernisé , mais qui gardait cependant la plus grande partie des prières antiques. Louis Gaston Fleuriau (f Armenonviile le dota , en 1731, d'un nouveau Bréviaire rédigé d'après les principes de Poinard et de Grancolas. L'auteur de ce travail était Jean-Baptiste Le Brun Desmarettes, fils d'un libraire de Rouen qui fut condamné aux galères pour avoir imprimé des livres en faveur de Port-Royal. Le fils élevé par les Solitaires de cette maison , garda toute sa vie un grand attachement pour ses anciens maîtres et pour leur doctrine ; attachement qui l'entraîna dans certaines démarches par suite desquelles il fut renfermé à la Bastille durant cinq ans : encore, n'en sortit-il qu'à la condition de signer le formulaire. Il est vrai qu'il rétracta cet acte d'orthodoxie, en 1717, et se porta appelant de la Bulle Unigenitui. Etant tombé malade et craignant un refus de Sacrements , il se traîna à PEglise pour faire ses Pâques, le dimanche des Rameaux 1731 , et mourut le lendemain. Il avait pris l'Ordre d'Acorythe et ne voulut jamais entrer dans les Ordres Sacrés (1). Ce fut d'un pareil homme que l'Eglise d'Orléans consentit à apprendre la manière de célébrer les louanges de Dieu (2). Il y avait en cela une humilité sans exemple. Dans tous les cas^ c'est une chose

(1) Vid. Biographie universelle, Feller, Picot, etc.

(2) Dès 1729, Le Brun Desmarettes avait pu jouir du succès de son œuvre liturgique. Le Bréviaire de Nevers, publié eette année-U, était de sa rédaction.

288 IHSTITOTIONS

bien curieuse, mais non pas unique, comme nous verrons bientôt, que le Clergé d'Orléans pût se trouver en même temps obligé par ses devoirs de refuser les Sacrements à Le Brun Desmarettes, et d'autre part contraint d'emprunter la voix du même Le Brun Desmarettes pour satisfaire 4 l'obligation de la prière publique. Le Mandement de l'Evéque d'Orléans , pour la publication du nouveau Bréviaire , était fort significatif dans le sens des nouvelles théories. On y faisait ressortir principalement les grands avantages d'un Bréviaire composé des paroles de l'Ecriture Sainte, i Dans cette réforme

> du Bréviaire , y était-il dit , nous nous sommes proposé de

> faire choix des choses les plus propres à louer Dieu et à

> l'apaiser, en même temps qu'à instruire les Clercs de leurs

> devoirs. Comme rien ne nous a semblé plus capable d'at- » teindre ce but que l'emploi des propres paroles des divines

* Ecritures ( car, dit le saint Evêque et Martyr Cyprien , c'est

* une prière amie et familière que celle qui s'adresse à Dieu

* comme venant de lui ) , nous avons jugé qu'il ne fallait rien

> admettre dans les Antiennes , les Versets et les Répons qui » ne fût extrait des livres saints, en sorte que dans toutes >ces pièces, ou Dieu nous parle, ou il nous fournit lespa- » rôles que nous lui adressons. Et cette résolution n'a point

> été chez nous une témérité ; car si , suivant saint Augustin,

> Dieu non seulement se loue lui-même dans les Ecritures, afin >que les hommes sachent comment il doit être loué, mais en-

> core s'il a préparé dans les mêmes Ecritures des remèdes

> nombreux propres à guérir toutes les langueurs de notre âme, >et qui doivent être administrés par notre ministère, quand » on fait les divines lectures dans V Eglise; quoi de plus digne

> de Dieu et de plus utile pour nous que de pouvoir emprun-

> ter aux livres sacrés , c'est à dire à Dieu même tout ce que

> notre bouche fait entendre , quand nous chantons les

» louanges de Dieu? Certes, ces choses ne déplairont point à > Dieu, puisqu'elles ont Dieu même pour auteur ; elles détrui- » ront l'aveuglement du cœur, elles guériront l'âme, puisque la » parole de Dieu guérit toutes choses, ayant été écrite pour Mu- » miner les yeux et convertir les âmes (1).

Il était facile de répondre à ces belles paroles , d'abord , que Luther, Calvin elQuesnelse sont exprimés en des termes analogues sur la suffisance de la Bible ; que la Constitution Unigenitus, véritable palladium de la foi , au dix-huitième siècle, ne pouvait plus subsister du moment que les Evôques affecteraient ainsi l'éloge et l'emploi des Ecritures , sans recommander avec une égale force l'importance de la Tradition, qui est divine comme Ie^ Ecritures, qui seule constate leur autorité, seule les interprète ; que si les paroles de la Bible, arrangées en formules liturgiques, ne peuvent défi) In hujus autem Breviarii récognition hoc nobis propositom est, ut ea, quae ad Deum laudandum simul et placandum, et ad Clericos Officii admonendos essent magls idooea, seligerentur. Cum vero ad id asseqaendum nibil magis expedirt fideatur, quam si ipsamet divinarum Scrlpiurarum verba adhibeantur ( arnica enim et famitiaris est oratio, ioquit sa net us Martyr et Episcopus Cyprianus, Deum de suo rogare), nibil Antiphonis, nibil Versiculis, et Responsoriis inserendum esse duximus , quud ex Scripturis Sacris non sit desumptum , Ha nt bis omnibus *el Deus ipse nos loquitur, vel verba suppeditet, quibns Ipsum alloquamur. Nec teuiere ad id impulsi sumus. Nam si Deus juxta sanctum Augustinum non solum in Scripturis se ipsum laudat, ut sciant homines, quomoto laudandus sit, sed etiam ut curet et sanet omnem anhnœ languorem, multa medicamenta de Hsdem Scripturis profert, quœ per ministerium nostrum adhibenda sunt, cum leetiones divinœ in Ectksia leguniur. Quid Deo dignius et nobis esse potest utilius, quam si quidquid personamus, cum Dei laudes canimus, quantum tieri potest, ex libris sacris , id est, ab ipso Deo mutuemur? Quae Deo sine dubio non displicebunt, cum Deum autorem habent; et cœcitatem cordis avertent, animamque sanabunt; cum sermopei sanet omnia, et ideo scriptus sit ut Uluminet oculos, et animas convertat.

plaire à Dieu, auteur de l'Ecriture, il n'est pas également évident que Dieu , auteur de la Tradition , doive voir avec faveur qu'on efface celte Tradition , et, qui plus est, que d'innombrables passages des Ecritures choisis et employés depuis tant de siècles, et en tous lieux, dans les divins Offices par l'Eglise, seul juge et interprète de l'Ecriture, cèdent la place à d'autres passages choisis aujourd'hui ou hier, pour l'usage de l'Eglise d'Orléans, par un hérétique; que ie Bréviaire d'Orléans , comme tous les autres , renferme une grande quantité de passages de l'Ecriture , mis en Antiennes et en Répons, et dans lesquelles le texte sacré n'exprime ni un discours de Dieu à l'homme vni une parole de l'homme à Dieu ; que la fameuse parole de saint Cyprien , arnica et fanùliaris oratio est Deum de suo rogare , parole vraie de tout point quand il s'agit de l'Oraison Dominicale, au sujet de laquelle il l'a dite ( 1 ) , est complètement sans application quand il s'agit de la presque totalité des pièces liturgiques empruntées à l'Ecriture par le Bréviaire d'Orléans et les autres ; outre que, Dieu étant l'auteur de la Tradition aussi, bien que de l'Ecriture, on peut dire dans un sens que c'est louer Dieu de suo que de lui adresser les prières que l'Eglise a composées avec son assistance, et que l'usage des siècles a sanctifiées de plus en plus; enfin que, comme le dit avec Une grande vérité l'Archevêque Languet , les centons bibliques dont sont garnis les nouveaux Bréviaires, c ne peuvent avoir » d'autre autorité que celles d'un Evêque particulier, homme » sujet à erreur, et d'autant plus sujet à erreur qu'il est seul, » qu'il introduit des choses nouvelles, qu'il méprise l'anti- >quité et l'universalité (2). » Nous aurons à revenir sur tout

(1) Via. tome I. page 78.

(2) Vid. ci-dessus, page 196.

ceci dans la partie de cet ouvrage où nous traiterons de l'autorité de la Liturgie : mais, notre rôle d'historien dans des matières si négligées depuis long-temps, nous oblige parfoisd'introduiredans notre récit une sorte de polémique. Nous le faisons à regret , mais la crainte de n'être pas suffisamment compris nous contraint d'effleurer ainsi la partie doctrinale de cet ouvrage , avant d'être arrivé à la discussion théorique. Le lecteur voudra bien excuser ces auticipations que nous ne nous permettons que dans l'intérêt de plusieurs. De toutes les choses qu'on ignore aujourd'hui , l'histoire même contemporaine de la Liturgie est peut-être la plus ignorée. C'est un fait dont nous recueillons de toutes parts l'ingénue confession.

L'année 4736 est à jamais fameuse dans les fastes de la Liturgie, par l'apparition du Bréviaire de Paris publié par l'Archevêque Vintimille. Avant d'entamer le récit de la publication de ce livre célèbre, nous signalerons, en passant , un autre événement d'une importance majeure. En 1737, la sainte et vénérable Eglise de Lyon, qui jusqu'alors avait gardé religieusement la forme auguste de ses Offices, dans lesquels l'ancien rite Romain se mariait à de vénérables réminiscences de l'antique Liturgie Gallicane , voyait porter atteinte à ce précieux dépôt. L'Archevêque Charles-François de Châteauneuf de Rochebonne inaugurait un Bréviaire dans lequel une chose aussi grave que la division du Psautier était sacrifiée, malgré sa forme séculaire, à de nouvelles théories d'arrangement , toujours dans le but d'abréger les Offices divins. Le nombre des formules traditionnelles était diminué, les légendes des Saints soumises à une critique exagérée; enfin, si l'Eglise de Lyon ne se voyait pas privée dans une proportion plus considérable du trésor de ses vénérables prières, c'est que, fort heureusement , le Prélat qui lui donnait le nouveau Bré-

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viaire avait été retenu par P inconvénient qu'il y aurait eu de déroger à cet usage de Lyon, en vertu duquel on chantait encore sans livre les Heures Canoniales (1). Nous verrons bientôt un Archevêque de Lyon que cette considération n'arrêtera pas.

L'Eglise de Paris et son nouveau Bréviaire vont donc nous occuper maintenant, la même Eglise de Paris qui, au moyenâge, communiquait à un si grand nombre d'autres les poétiques et harmonieuses richesses de sa Liturgie Romain»- Française. Nous allons la voir recueillant, dans une œuvre trop fameuse, tout ce que renfermaient de nouveautés suspectes, de formes audacieuses, et le Bréviaire de François de Harlay, et celui de Cluny, et les Projets de Foinard et Grancolas , et les essais tentés à Sens , à Auxerre , à Rouen , àNevers,àOrléans, etc.

Toutefois , il y eut une transition de la Liturgie de Harlay à celle de Vintimille. Le Cardinal de Nouilles , le même qui , durant sa longue occupation du Siège de Paris, fatigua si long-temps de sa mesquine et opiniâtre rébellion le Siège Apostolique et la Cour de France , ne pouvait manquer de laisser dans les livres Parisiens quelques traces de son passage. Nous trouvons deux éditions du Bréviaire dé Paris données par son autorité , celle de 1698 et celle de 1714 , et une du Missel, en 1706. L'édition du Missel paraît avoir été dirigée par François Vivant, Pénitencier de Notre-Dame et Grand-Vicaire du Cardinal , auquel on doit attribuer la plupart des Proses qui s'y trouvent (2). Les Lettres Pastorales

(1) Eqnldem prisca Ecctesia nostrae lege coaretatte, joxta quam sine codice Officium nocturnum , diurnumque persolfi consnevit , nova Responsona, novasque Antiphonas plurhnasex Scriptura — nandinobis copia non fuit, ne tôt imitation! bns inier turbaretur Officiuin , et ab state tenerrima choro nostro addictis fieret impossibUis sacrorum Canticorum praxis inexperta.

(2) Picot, dans rartlcle rivant, en la Biographie universelle.

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placées en tête du Bréviaire et do Missel portent expressément que Ton n'a voulu faire aucuns changements graves aux livres de François de Harlay dont on vante la perfection , et, en effet, il y a très peu de différences entre les Bréviaires et Missels de ces deux Archevêques.

Cependant, nous signalerons quelques traits fortement caractéristiques. François de Harlay avait répudié les traditions de l'Eglise Romaine et celles de l'Eglise de Paris, sur sainte Marie-Magdeleine, et dans l'Office de cette Sainte, il avait professé expressément la distinction de Marie , sœur de Lazare, et de Marthe, d'avec l'illustre péchereSe, amante du Christ. Il y avait quelque chose de mieux à faire encore ; c'était, en continuant de célébrer la fête de sainte Marie- Magdeleine, le 22 juillet, de consacrer un autre jour à la mémoire de Marie de Béthanie. Les ûdèles ne seraient plus exposés à s'y méprendre et à retomber dans les préjugés insoutenables de l'Eglise Romaine. Il est vrai que si, pourtant, Marie de Béthanie et Marie-Magdeleine sont une seule et même personne , l'acte souverain de Louis-Antoine de Nouilles, pour les scinder en deux, ne pouvait avoir d'effet que dans le Bréviaire ; car Dieu même ne pourrait faire qu'une personne unique durant sa vie , en puisse jamais former deux après sa mort. Toutefois , comme le Gallicanisme , qui refuse à l'Eglise le pouvoir sur les choses terrestres , n'a pas si généreusement renoncé à l'empire sur les choses célestes , comme nous le verrons encore ailleurs , le Bréviaire du Cardinal portait, sur le Calendrier, au i 9 janvier, ces mots : Mariœ BetKanidis, sororis Lazariet Marthœ, en même temps qu'au 22 juillet, ceux-ci : Mariœ Magdalenœ.

En si beau chemin , il était difficile de s'arrêter. François de Harlay, dans ses livres liturgiques, avait vilipendé les glorieuses traditions de l'Eglise de Paris sur l'Aréopagiiisme

29fr INSTITUTIONS

de son saint Apôtre ; mais il n'en était cependant pas venu jusqu'à inaugurer à un jour spécial la fête d'un saint Denys l'Aréopagite qui ne fut pas i'Evêque de Paris. Le Cardinal de Nouilles le fit. Son Calendrier portait, au 3 octobre,' ces mots: Dionysii Areopagitœ , Athenarum Episcopi et M art y ris t et plus bas , au 9 du même mois , ceux-ci : Dionysii , primi Parisiorum Episcopi, et Sociorum ejus Martyrum. Il n'est pas nécessaire d'être profondément versé dans les antiquités ecclésiastiques pour savoir que plusieurs anciens Martyrologes portent en effet le nom de saint Denys au 3 octobre; mais, outr^jue les partisans de l'Aréopagilisme de saint Denys de Paris satisfont à celte objection, était-ce au Bréviaire de Paris de rétracter et de flétrir d'une manière aussi humiliante ses propres traditions, tandis que la presque universalité des Eglises , tant de l'Orient que de l'Occident , s'unit encore pour la féliciter de ce qu'elle a reçu la foi par le ministère de l'illustre disciple de saint Paul? C'est une triste condition que celle de ces Liturgies locales , et, par là même , mobiles, d'être condamnées à ressentir le contre-coup des révolutions que la mode introduit et que le retour à des idées plus saines peut anéantir. L'un des oracles de la critique moderne a dit : c L'opinion qui identifie saint Denys l'Aréopagite avec * saint Denys de Paris , née du temps de Louis-le-Débonnaire ,

> est beaucoup moins ancienne que celle qui a rendu saint

> Denys l'Aréopagite auteur de divers ouvrages qui ont com-

> mencé à paraître sous son nom plus de quatre ceuts ans » après sa mort. Mais elle ne vivra point apparemment plus

> long-temps , et l'on peut attribuer au siècle de Louis-le- » Grand la gloire de les avoir ensevelies dans le même tom- » beau (\) . » Ainsi parlait Adr icn Baillet, en 1701 : mais si le

(1) Baillet. Fies des Saints, Tome X. au 3 octobre, page 72.

dix-neuvième siècle voit ressusciter ces deux opinions, qui sont du nombre des opinions de l'Eglise Romaine , que deviendra le Calendrier actuel de Paris ? Quels cartons ne faudra-t-il pas pour le Missel et le Bréviaire de cette Eglise?

Quoique les changements faits au Missel de Harlay par le Cardinal de Noailles fussent assez légers, on remarqua néanmoins qu'on avait fait quelques additions. Nous en signalerons une entre autres dans la fameuse Postcommunion de saint Damase , au 11 décembre, laquelle est entrée de plein pied au Missel de Vintimille , et de là dans la presque totalité des Missels français. La voici : Nullum primum nisi Christum sequentes , et Cathedrœ Pétri communione consociatos , da nos, Deus, Agnum semper in ea dmo eomedere in qua Beatus Damasus successor piscatoris et discipulus crueis meruit appellari.

Ceux de nos lecteurs qui connaissent la fameuse lettre de saint Jérôme au Pape saint Damase reconnaîtront tout d'abord que cette Postcommunion est entièrement composée de paroles tirées de cette lettre ; mais en quel sens ont-elles été détournées ! D'abord , ces mots Nullum primum nisi Christum sequentes , séparés du reste de cette magnifique Epitre dans laquelle saint Jérôme célèbre si éloquemment la Principauté Apostolique, qu'expriment-ils, dans leur isolement du contexte , sinon que les fidèles n'ont point d'autre Chef que Jésus-Christ? Certes, si saint Jérôme eût vécu au temps de Luther ou de Jansénius, il eût marqué avec son énergie ordinaire que s'il n'entendait suivre d'autre Chef que Jésus- Christ , il ne voulait parler que du Chef invisible, sans préjudice de cet autre Premier, de ce Chef visible qui est le Pontife Romain. Et ces paroles Cathedrœ Pétri Communione consociatos signifiaient-elles uniquement dans la bouche de saint Jérôme un simple lien extérieur, sans dépendance sous le

double rapport de la foi et de la discipline? C'est ainsi , on le sait, que l'entendent les Jansénistes, témoins lesEvéques de l'Eglise d'Utrecht et ceux de l'Eglise Constitutionnelle de France, leurs disciples. Mais ce n'est pas là le sens de saint Jérôme qui , dans la même Eptire, inquiet de savoir s'il faut dire une hypostase ou trois hypostases, demande au Pape de décider souverainement sur celte question : Decernite, et non timebo très hypostases dicere; de saint Jérôme, disonsnous, qui ne se borne pas à dire qu'il est uni de Communion à la Chaire de Pierre, mais qui entend cette Communion d'un lien tellement fort, d'une union tellement intime, qu'il ne craint pas d'appliquer au Pape ces paroles que Jésus-Christ dit de lui-même : Qui tecum non colligit dispergit.

La dernière partie de la Postcommunion , moins importante , il est vrai , offre encore matière à observation. On voit que l'auteur profite des paroles de saint Jérôme, pour flétrir à propos de l'humilité de saint Damase, ce que la secte appelle le faste et l'orgueil de la Cour Romaine. On y demande à Dieu la grâce de manger l'Agneau dans cette maison où Damase a mérité d'être appelé le successeur du pécheur et le disciple de la Croix. Cependant on pourrait, avec vérité, faire observer à François Vivant que Clément XI fut le digne successeur du pêcheur, et un sincère disciple de la Croix , bien qu'il ait cru devoir écraser l'hydre Janséniste par la Bulle Vnigenitus, et condamner comme hérétiques ceux qui ne se soumettraient pas aux décisions [decernite) Apostoliques, malgré qu'on les entendit crier de toutes parts qu'ils étaient et voulaient être toujours unis de communion avec l'Eglise de Rome.

Mais il ne s'agit plus maintenant de quelques altérations faites aux livres liturgiques de Paris, qui, comme nous l'avons remarqué , sont encore demeurés conformes , pour la plus grande partie, à ceux de Rome , en dépit des innovatio ns

de François de Harlay, et môme de son successeur. L'Eglise de Paris va voir substituer en masse, aux Offices Grégoriens qu'elle chante depuis le huitième siècle, un corps d'Offices nouveaux, inconnus, inouis, fabriqués à neuf par de simples particuliers, un prêtre , un acolyte , un laïque , et cet événement va entraîner dans la plus grande partie de la France la ruine complète de l'œuvre de Charlemagne et des Pontifes Romains.

Vers l'année 1725, François-Nicolas Vigier, Prêtre de l'Oratoire et successeur de Duguet en la charge de Supérieur du Séminaire de Saint-Magloire , s'étant livré aussi à la composition d'un Bréviaire , suivant les idées nouvelles , se trouvait en mesure de faire jouir le public du fruit de ses labeurs. Ce personnage obscur devait être l'instrument de la plus grande révolution liturgique que l'Eglise de France ait vue depuis le huitième siècle. Il avait enfanté le Bréviaire de Paris. Cependant , ce n'était point à cette Eglise en particulier qu'il avait destiné son chef-d'œuvre. Le Cardinal de Noailles , qui mourut en 1728 , avait refusé de l'adopter. François Armand de Lorraine, Evêque de Bayeux, avait paru mieux disposé ; mais son Chapitre s'était retranché dans une si courageuse opposition, que le Prélat s'était vu contraint de se désister de son entreprise.

H n'est pas difficile de comprendre les motifs de cette résistance; c'était le sentiment de la foi qui se révoltait contre une œuvre suspecte. On savait que le P. Vigier appartenait à un corps profondément gangrené par l'hérésie Janséniste, et , quant à lui-même , bien qu'il n'eût pas appelé de la Bulle , sa réputation n'en était pas moins celle d'un homme rebelle dans le fond de son cœur. Au reste , il le fit bien voir lorsque, ayant été élu Assistant de son Général , le P. de la Valette , en 1746, il composa, pour aider à la pacification des esprits

dans sa Congrégation, sur le sujet des controverses du temps, un Mémoire dans lequel il écartait de la Bulle le caractère et la dénomination de Règle de foi , la qualifiant simplement de règlement provisoire de police qui n'obligeait qu'à une soumission extérieure. Le Bréviaire du P. Yigier ne démentait pas trop , comme on va le voir, une pareille manière de penser dans son auteur : mais il fallait un patron à ce livre.

Dieu permit , dans son impénétrable conduite , qu'il trouvât ce patron dans Charles-Gaspard de Vinlimille, qui venait de succéder au Cardinal de Noailles sur le siège de la capitale. Ce Prélat, qui avait occupé successivement les sièges de Marseille et d'Aix , parvint à celui de Paris vers sa soixantequinzième année. Homme de ménagements et de tolérance , il essaya de tenir le milieu entre les Appelants et les partisans de la Bulle. Toutefois t il fit fermer le cimetière de Saint- Médard, profané parles honteux miracles du Diacre Paris; il eut même l'honneur de voir condamné , par le Parlement de Paris, un Mandement qu'il avait publié contre les iVbi*velles Ecclésiastiques ; mais, en même temps, on savait qu'il avait écrit, sous la date du 22 mai 1731 , au Cardinal de Fleury, une lettre fameuse ainsi conçue : « Ma foi, Mon-

> seigneur, je perds la tète dans toutes ces malheureuses • aûaires qui affligent l'Eglise. J'en ai le cœur flétri, et je ne

> vois nul jour de soutenir cette Bulle en France , que par un »mo}en qui est de nous dire, à la franquette, les uns aux » autres, ce que nous entendons par chacune des propositions, >quel en est le sens, le bien que nous approuvons, le mal >que nous rejetons, et après, frapper brutalement sur les » uns et sur les autres qui ne voudront point nous suivre ; et »si Borne ne veut pas se rendre facile à ce que nous avons

> fait, lui renvoyer sa Constitution. Ce projet, je l'avoue, que •j'ai fait plus d'une fois, et que mon chagrin me fait faire,

» mérite quelque attention : mais en vérité on se lasse de «battre l'air et l'eau inutilement (1). >

On doit convenir qu'il était difficile de gouverner un Diocèse comme celui de Paris , inondé de Jansénistes , dans la Sorbonne, dans les Cures, dans les maisons religieuses, dans le Parlement , et qui , durant les trente années de l'épiscopnt du Cardinal de Noailles, avait été le théâtre des Saturnales de l'hérésie triomphante. Aussi les actes par lesquels l'Archevêque Yintimille avait signalé le commencement de son gouvernement, bien qu'ils fussent compensés par une grande douceur sur d'autres points , lui avaient aliéné promplement les Jansénistes : il eut le malheur , en 1736, de les entendre chanter ses louanges , et faire l'ardente apologie d'une de ses œuvres. Cette œuvre était l'adoption solennelle du fameux Bréviaire.

Charles de Yintimille s'était laissé persuader que l'Eglise de Paris ne devait pas rester, en retard des autres qui , en si grand nombre, par toute la France, avaient convolé à une Liturgie nouvelle. Il avait entendu parler des travaux du P. Vigier; il y avait souri, et, décidément, cet Oratorien avait été choisi pour doter l'Eglise d'un nouveau corps d'Offices. On lui avait seulement associé deux hommes dont les noms seuls rappellent les plus grands scandales de cette époque. Le premier, François-Philippe Mesenguy, était notoirement en révolte contre les décisions de l'Eglise. Re\étu de l'ordre d'Acolyte, et, à l'exemple de Le Brun Desmarettes, n'ayant jamais voulu prendre le Sous-Diaconat, il fut un des plus ardents, en 1739, à s'opposer à la révocation de l'appel par la Faculté des Arts. Son Exposition de la doctrine Chrétienne (2) , qui avait été mise à V Index dès 1757, fut condam-

(t) Biographie universelle. Article FmtimiU*. (2) 174*. 0 vol. «H2.

SOt INSTITUTIONS

née par un Bref solennel de Clément XIII , en date du 14 juin 1761. Ses écrits contre la Bulle et en faveur de l'appel (i) en faisaient l'un des plus célèbres champions du parti.

Le second des collaborateurs de Vigier était un simple laïque. Charles Coffin, successeur de Rollin dans l'administration du collège de Beauvais, à Paris, et Appelant comme son prédécesseur, s'était chargé de composer les Hymnes nécessaires pour le nouveau Bréviaire. Nous mettons, certes, son mérite comme hymnographe beaucoup au-dessus de celui de Santeul ; il est d'autant plus triste pour nous d'avoir à raconter jusqu'à quel point il le prostitua. Mais si l'hymnographe du nouveau Bréviaire était supérieur à Santeul pour le véritable génie de la poésie sacrée ; sous le rapport de l'orthodoxie , il offrait moins de garanties encore. Le poète Victorin , homme léger et sans conséquence, était, il est vrai, ami et fauteur d'hérétiques; Coffin, personnage grave et recueilli, était hérétique notoire. C'était donc d'unljomme étranger à l'Eglise Catholique, que l'Eglise de Paris , et tant d'autres après elle , allaient recevoir leurs Cantiques sacrés. Les poésies d'un Janséniste contumace allaient remplacer les Hymnes de l'Eglise Romaine , que François de Harlay et le Cardinal de Noailles avaient du moins retenues presque en totalité.

Ce fait unique dans les fastes de l'histoire ecclésiastique, et qui témoigne d'un renversement d'idées sans exemple, est d'autant plus inexplicable , que l'Eglise de Paris ellemême , quand son hymnographe fut sur le point de mourir, en 17*9, lui refusa le baiser de sa communion. Coffin mourut sans Sacrements , et le refus que fit le Curé de Saint- Eiienne-du-Mont de les lui administrer, fut approuvé par l'Archevêque Christophe de Beaumont. Et l'Eglise de Paris

(1) La Constitution Unigenitus arec des Remarques t in-12. — Lettre a an ami sur la Constitution Unigenittu, in-12 , etc.

LITimClûUES. 301

continua de chanter et chante encore les Hymnes de Coffin, cette même Eglise qui, comme toutes les autres, n'admet point dans son Bréviaire une seule leçon de Terlullien, d'Origène, ou d'Eusèbe de Césarée, même tirée de leurs ouvrages orthodoxes, parce que la pureté de la foi et la sainteté des Offices divins ne le pourraient souffrir, parce que tous les siècles chrétiens déposeraient contre une semblable témérité ! Quoi donc ? Charles Coffin est-il plus que Tertullien , dont presque tous les écrits sont un miroir de doctrine; plus qu'Origène,' dont les intentions paraissent avoir été toujours pures; plus qu'Eusèbe de Césarée, dont la parole est presque toujours si lumineuse et si éloquente? Pour nous, Dieu sait à quel prix nous désirerions, pour la gloire et l'entière pureté de l'Eglise de France qui nous a élevé, voir disparaître jusqu'au souvenir de ces désolantes traces des influences de l'hérésie la plus méprisable qui ait jamais insulté le Corps mystique de Jésus -Christ. Nous nous sentons cruellement humilié, quand nous lisons, dans le Journal de la secte , ces dures paroles auxquelles il nous est impossible de répondre autrement qu'en baissant la téle. c On chante tous les jours dans l'Eglise de Paris la » foi que professait M. Coffin , contenue dans des Hymnes » que feu M. de Vintimille lui-même l'avait chargé de com- > poser. M. de Beaumont , successeur de M. de Vintimille »dans cet Archevêché, les autorise par l'usage qu'il en fait, >et par l'approbation qu'il est censé donner au Bréviaire »de son Diocèse. Le P. Bouettin (1) les chante lui-même,

• malgré qu'il en ait ; et les Sacrements sont refusés à la

• mort à celui qui les a composées! Le Curé fait le refus,

• l'Archevêque l'autorise (2) ! > Ce n'est pas tout encore. Le

(1) GénoYéfoin , Curé de Saint-Etienne-du-Mont. (î) nouvelles Ecclésiastiques. 10 juillet 1748.

302 mSTlTDTIONf

Parlement de Paris fut saisi de cette affaire. On entendit le conseiller Angran dénoncer aux Chambres assemblées le refus de Sacrements fait à Charles Coffin, comme un acte de schisme. Il partait de ce principe, que c'est un acte de schisme que de refuser la Communion à ceux qui sontdans l'Eglise, aussi bien que de communiquer avec ceux qui en sont séparés ; d'autre part, disait-il, on ne pouvait pas raisonnablement admettre que l'Eglise de Paris eût été demander à un excommunié de lui composer des Hymnes. C'est pourtant ce qui était arrivé ! Angran disait en outre que « les refus de Sacrements étaient

> sagement établis à l'égard des Protestants, des Déistes, etc.;

> mais que ce serait en faire un abus manifeste que de s'en » servir à l'égard d^ fidèles dont la vertu et la catholicité • sont connues de tout le monde et justifiées depuis si longtemps (par rapport à M. Coffin en particulier) , par la con- > fiance du public et par celle de M. de Vintimille lui-même, » qui l'avait chargé de composer les Hymnes du Bréviaire de » Paris (1). » Notre devoir d'historien nous a contraint de ne pas omettre ces détails vraiment pénibles : mais si nous ne les produisions pas avec cette étendue, qui, aujourd'hui, croirait à nos assertions ?

La commission désignée par Charles de Vintimille pour donner à l'Eglise de Paris un Bréviaire digne d'elle , était donc composée de ces trois personnages, Vigier, Mcsenguy et Coffin. Ce choix avait été suggéré à l'Archevêque par Louis- Abraham d'Harcourt, Doyen du Chapitre de Notre-Dame (2); il doit nous éclairer sur l'esprit et les principes de cet ecclésiastique. Toutefois, nous ne passerons pas outre, sans faire remarquer au lecteur le contraste frappant qui règne entre la

(t) Nouvelles Ecclésiastiques. 18 septembre 1749. (2) Vdnà de la Religion. Tome XXT. page 290, Article curieux lur la rémpreuton au Bréviaire de Parie.

commission chargée par rArchevêqueVintimillede renouveler de fond en comble la Liturgie Parisienne, et celle qui avait opéré la simple correction dii Bréviaire et du Missel, au temps de François de Harlay. Dans cette dernière , presque tous les membres occupent un rang distingué dans l'Eglise de Paris. Ils sont au nombre de douze et tous revêtus du sacerdoce. La commission de Vintimille n'était plus composée que de trois membres; un seul était Prêtre; des deux autres, l'un était simple acolyte, l'autre laïque. Beaucoup de conséquences ressortent de ce fait. Nous avons déjà parlé de l'envahissement du Presbytérianisme et du Laïcisme dans les choses capitales de la religion : nous dirons, de plus, qu'une si étrange commission pour une œuvre majeure comme la refonte universelle de la Liturgie , montre clairement que la Liturgie elle-même avait grandement baissé d'importance aux yeux du Prélat qui choisit les commissaires , du Clergé qui accepta le fameux Bréviaire après quelques réclamations, du siècle enfin qui vit une pareille révolution, et ne l'a pas mise à la tête des plus grands événements qui signalèrent son cours. Nous le répétons, ce n'est pas ainsi que saint Pie V, Clément VIII et Urbain VIII avaient procédé pour la simple révision des livres Romains.

Ainsi, l'Eglise de Paris attendait patiemment que nos trois commissaires eussent enfanté leur œuvre. Une année avant que cette œuvre fut en état de paraître au jour, Mesenguy, voulant pressentir l'opinion publique, fit imprimer trois Lettres écrites de Paris à un Chanoine de l'Eglise Cathédrale de * * *, contenant quelques réflexions sur les nouveaux Bréviaires (1). Ce petit écrit, tout imprégné des maximes modernes sur la Liturgie, avait pour but de faire valoir le nouveau Bréviaire;

(1) 173». Io-13 de 80 pages.

mais, comme l'observe judicieusement VAmi de la Religion, dans l'article cité, Mesenguy aurait dû laisser à un autre le soin de louer d'avance son propre travail.

Enfin, Tannée 1756 vit l'apparition de la nouvelle Liturgie. Le Bréviaire , qui avait été annoncé à tout le Diocèse par un Mandement de l'Archevêque Vintimilie, portait en tête une Lettre Pastorale du Prélat, sous la date du 5 décembre 1755 (1). Nous parcourrons avec le lecteur ce monument d'une si haute importance pour notre histoire.

L'Archevêque commence par recommander la nécessité de la prière en général, et le mérite spécial de la prière publique, c L'Eglise, dit-il , cette chaste colombe dont les pieux . t et continuels gémissements sont toujours exaucés de Dieu , » s'est réservé le soin de régler l'ordre des prières de ses

> Ministres, et de disposer lès diverses parties de ce très

• saint ministère. Dans l'Office divin qui renferme toute la

> matière du culte public , elle embrasse les plus augustes

> mystères de Dieu et de la religion , les règles incorruptibles

• de la foi et des mœurs , la doctrine de la tradition consi-

> gnée dans les écrits des saints Pères et dans les décrets des » Conciles. Elle y propose les plus illustres exemples de toutes » les vertus dans la vie et la mort des Saints et des Martyrs

> qu'elle vénère d'un culte public , afin de nourrir la piété »des fidèles, d'éclairer leur foi, d'allumer leur ferveur. Elle

> enseigne que le culte de Dieu consiste dans l'esprit, c'est- » à-dire dans l'obéissance religieuse de l'esprit et du cœur, > et dans l'adoration; que les Saints doivent être honorés,

» non par une stérile admiration, mais par une imitation fidèle i des vertus qui ont brillé en eux. » Rien de plus incontestable en soi qu'une telle doctrine ;

(l) Vid. lt noté A.

mais si l'Office divin est , de la part de l'Eglise , l'objet d'une si juste sollicitude, si c'est à elle de le régler, il devrait être inviolable comme elle ; on no devrait point , après tant de siècles, dans un Diocèse particulier, bouleverser, renouveler une Liturgie fixée par l'Eglise dans l'antiquité, et pratiquée en tous lieux. Si l'Office divin doit contenir la doctrine de la Tradition , il ne faudrait donc pas remplacer les formules séculaires dans lesquelles s'exprime si solennellement cette Tradition, par des Versets de l'Ecriture choisis par de simples particuliers suspects dans la foi. Si l'Eglise, qui nous propose dans le Bréviaire les exemples des Saints, a intention de nourrir la pieté, d'éclairer la foi, d'allumer la ferveur, et non d'exciter en nous une stérile admiration, il faudrait cependant se souvenir que Y admiration est le principe de la louange, et que la louange est une des parties essentielles de la Liturgie. Ainsi, par exemple, en supprimant dans le Bréviaire de Paris jusqu'à la simple mention des Stigmates de saint François, Charles "de Vinlimilfe diminue assurément la somme des^notifs de Y admiration que nous serions tentés d'avoir pour cet ami du Christ; mais si, par cette suppression, il a l'avantage de mettre saint François plus à portée de notre imitation, il se sépare avec éclat, non seulement de François de Harlayct du Cardinal de ÎNoailles, qui avaient laissé le récit des Stigmates dans la Légende de saint François , mais bien plus encore de l'Eglise Romaine , qui , non contente d'en parler dans l'Office du Patriarche Séraphique, au 4 octobre, en a institué une fête spéciale du rite double , pour toute l'Eglise , au 17 novembre. Il est vrai que l'Eglise Romaine a fort à cœur de nous inspirer Yadmiration des Saints ; car elle trouve que déjà ce sentiment est un hommage envers Dieu, 'qui se glorifie d'être admirable dans ses serviteurs.

• Les premiers Pasteurs , continue lu Lettre Pastorale T. u, 2Q

• ayant considéré toutes ces choses , se sont proposé spécia- » lemcnt de réunir dans l'ensemble de l'Office ecclésiastique

• les matériaux nécessaires aux Prêtres pour instruire plus » facilement dans ta science du salut les peuples qui leur sont

> conûés. Tel est le service qu'ont rendu les trois illustres » Prélats, nos prédécesseurs immédiats; à leur exemple, un

• grand nombre d'Evêques de ce Royaume ont publié de » nouveaux Bréviaires avec un succès digne d'éloges. > Ainsi, les trois Archevêques, de Péréfixe, de Harlay et de Noailles, doivent être considérés comme les auteurs de la révolution liturgique. C'est donc à Paris qu'est née celte idée de ne plus faire du Bréviaire qu'un livre d'études sacerdotales, d'ôter à ce livre son caractère populaire, de n'y plus voir le répertoire des formules consacrées par la tradition. Jusqu'alors, on l'avait considéré comme l'ensemble des prières et des lectures qui doivent retentir dans l'assemblée des fidèles; tout ce qu'il contenait était ordonné pour le culte divin; maintenant, il ne sera plus qu'un livrtî de cabinet, parsemé de Psaumes et d'Oraisons, et à celte époque de controverses, on s'en va choisir de préférence pour le rédiger des gens naturellement disposés à l'adapter aux maximes de leur parti , tant par ce qu'ils y inséreront de suspect , que parce qu'ils trouveront moyen d'en ôter.

t Nous donc, aussitôt que, par le don de la divine Provî- •denee, nous avons eu pris le gouvernement de cette Eglise

• Métropolitaine, ayant été averti par des hommes sages et

• érudits, nous avons reconnu la nécessité d'un nouveau

• Bréviaire. En effet, l'ordre admirable et le goût excellent

> de solide piété et doctrine qui brille dans plusieurs des

• Offices des dernières éditions du Bréviaire, nous a fait

> désirer ardemment de voir introduire dans le reste des Of-

> fices une dignité et une pureté semblables. C'est dans ce

•'but qu'oN a travaillé , pour rendre ce Bréviaire digne de la » majesté du culte divin et conforme à nos vœux , qui ont «pour objet la sanctification de tous. > Le Prélat ne désigne point les auteurs du Bréviaire, elaboratum est ; à moins qu'on ne veuille appliquer à Vigier, Mesenguy et Coffin, la qualification d'hommes sages et érudits ! II est remarquable aussi que le Prélatine convient pas franchement du renouvellement entier de la Liturgie opéré par la publication du nouveau Bréviaire. Il n'a voulu autre chose, dit-il, que procurer dans lé reste des Offices le même ordre , le même goût de piété et de doctrine, la même dignité, la même pureté qui brillaient dans plusieurs de ceux du Bréviaire précédent. Cependant, si l'on en excepte un très petit nombre d'Offices, celui de sainte Marie Egyptienne , par exemple , qui fut rédigé dans le Bréviaire de Harlay par Nicolas Le Tourneux , tout est nouveau dans le Bréviaire de Yintimille , soit pour le Propre du Temps, soit pour celui des Saints, les Communs, etc. Remarquons, en outre, que les parties sacrifiées formaient principalement ce vaste ensemble que le Bréviaire de Harlay avait retenu du Bréviaire Romain ; ainsi le reproche indirect de manquer d'ordre, de piété, de doctrine, de dignité, d'élégance, s'adresse à la Liturgie de saint Grégoire et de saint Pie V.

Venant ensuite au détail des améliorations que présente le nouveau Bréviaire, la Lettre Pastorale s'exprime ainsi : « Dans > l'arrangement de cet ouvrage , à l'exception des Hymnes , » des Oraisons, des Canons et d'un certain nombre de Leçons, «nous avons cru devoir tirer de l'Ecriture Sainte toutes les «parties de l'Office; persuadés, avec les saints Pères, que «ces prières seront plus agréables à la majesté divine , qui «reproduisent non seulement les pensées, mais la parole » même de Dieu, i Les saints Pères dont il est ici question

se réduisent à saint Cyprien , qui , du reste , ne dit pas le moins du monde ce qu'on lui fait dire ici. Les saints Pères relèvent sans cesse l'autorité de la Tradition , et l'on ne cilcrait pas un seul passage de leurs écrits dans lesquels ils aient dit ou insinué qu'il serait à propos d'effacer dans les Offices divins les formules de style ecclésiastique, pour les remplacer par des Versets de l'Ecriture. Si la parole de l'Egl/se peut légitimement trouver place dans les Hymnes et les Oraisons, en vertu de quel principe l'exclura-t-on des Antiennes et des Répons ? Voilà le grand problème qu'on n'a jamais résolu qu'en disant : La chose doit être ainsi , parce qu'elle doit être ainsi.

La Lettre Pastorale parle ensuite du soin avec lequel les Leçons des saints Pères ont été choisies et les Légendes des Saints rédigées. Nous en dirons bientôt quelque chose. On a retenu les Collectes des Bréviaires précédents , et même plusieurs Hymnes anciennes. Mais voici quelque chose de capital : c Pour nous conformer au pieux désir d'un grand

> nombre de personnes, nous avons, d'après l'exemple donné

• déjà par plusieurs Eglises, divisé le Psautier, afin de pou-

• voir assigner des Psaumes propres à chaque jour de la se-

> m ai ne et même à chaque heure du jour, en coupant ceux

• qui étaient trop longs. Par ce partage , nous avons fait dis- » paraître l'inégalité des Oflices et fait en sorte de moins

• fatiguer l'esprit et l'attention de ceux qui chantent l'Office. » Saint Basile assure avoir supporté lui-même avec peine les

• inconvénients de cette trop grande prolixité. C'était afin » de diminuer cette fatigue qu'un Concile de Narbonne avait

• statué, dans l'antiquité, que les Psaumes plus longs se-

• raient divisés en plusieurs doxologies; c'est ce que prescrit

• aussi la Règle de saint Benoît. On récitera les Psaumes de la

• férié à toutes les fêtes, à l'exception de ceux qui sont con-

> sacrés aux mystères, ou à la Sainte Vierge. Il résultera de » là que le Psautier sera presque toujours lu en entier dans > l'espace d'une semaine. >

C'était là une grande mesure et qui devait faire taire bien des répugnances. Fpinard avait promis, en tôle de son Projet, que le Bréviaire futur serait très court ; le grand moyen d'abréviation, admis aussi par Grancolas, était de faire disparaître l'inégalité des Offices. La Lettre Pastorale adopte le même système. On n'y dit pas, il est vrai, comme ces Docteurs , que le but est de faire qu'on ait plus de plaisir à réciter l'Office de la Férié que celui des Saints ; mais ce sera pourtant le résultat inévitable, surtout s'il s'agit des Saints dont l'Office sera resté à neuf Leçons. La psalmodie que saint Basile trouvait excessive , était bien autre que celle q> Psautier Romain; on en peut voir le détail dans les Vies des Pères des Déserts d'Orient; et si saint Benoît divise les Psaumes en plusieurs sections , il fallait dire aussi que les Matines de son Office se composent de douze Psaumes, trois Cantiques, douze Leçons, douze Répons, l'Evangile du jour tout entier, etc. Certes, c'est un avantage réel de pouvoir parcourir le Psautier chaque semaine; mais, encore une fois, le Bréviaire de Paris n'aurait pas obtenu un si brillant succès, si cette division des Psaumes ne l'eût en même temps rendu le plus court de tous.

c On a conservé au Dimanche sa prérogative d'exdure » toutes sortes de fêtes, si ce n'est celles qui ont dans l'Eglise » le premier degré de solennité. > Nous sommes ici encore à la remorque des Docteurs Foinard et Grancolas , qui avaient suivi eux-mêmes Dom de Vert et Le Tourneux , dans leur Bréviaire de Cluny. Le but avoué de cette Rubrique est de diminuer le culte des Saints, sous le prétexte de défendre les intérêts de Dieu, auquel seul appartient le Dimanche, trop

souvent occupé par la commémoration de quelqu'un de sesSer* vileurs : il est juste de leur faire céder la place à leur Maître, t Afin d'assigner à l'Office de chaque jour un but, et aussi

» pour les distinguer les uns des autres , le Dimanche , qui est

> le jour de la création de la lumière , de la résurrection de

> Jésus-Christ et de la promulgation de la Loi, on excite dans » le cœur des fidèles l'amour de Dieu et de la loi divine. Le

> Lundi, on célèbre la charité de Dieu et sa munificence en- » vers les hommes. Les trois jours suivants, on recommande

> l'amour du prochain , l'espérance et la foi. Le Vendredi , » qui est le jour de la Passion de Jésus-Christ, l'Office a rapport à la patience que l'on doit avoir dans les labeurs et les

> tribulations de cette vie. Enfin , le Samedi , on rend grâces » à Dieu pour les bonnes œuvres accomplies par les fidèles et » pour la récompense qui leur est assignée. > C'est ici le seul endroit des nouvelles Liturgies dans lequel on ait voulu faire du symbolisme ; mais pour faire du symbolisme , il faudrait autre chose que de la bonne volonté. On pourrait dire d'abord qu'il faudrait avoir vécu, il y a dix siècles, surtout s'il s'agit de symbolisme sur une matière aussi fondamentale que la signification des jours de la semaine. Il faudrait, en outre , que le fonds prêtât à ce symbolisme ; car il ne suffit pas d'attacher par ordonnance une idée à un fait; ce fait doit être par lui-même forme plus ou moins complète de l'idée. Certes, les fidèles du Diocèse de Paris ignorent profondément que le Lundi soit consacré à la bonté de Dieu , le Mardi à la charité fraternelle , le Mercredi à l espérance, etc. On ne s'occupe guère de le leur enseigner, et s'ils veulent eux-mêmes consulter les aneiens liturgistes sur les mystères de la semaine, ils y trouveront toute autre chose. L'Eglise, comme nous le dirons ailleurs , £ attaché aux divers jours de la semaine la commémoration de certains fait*, parce qu'elle procède toujours par les faits

et jamais par les abstractions. Nous reviendrons sur ce sujet ; continuons la lecture de la Lettre Pastorale.

t Pour le rite de l'Olïïce Quadragésimal , nous avons jugé » équitable de rappeler l'ancienne coutume de l'Eglise, qui »ne jugeait pas que la solennité joyeuse des fêtes s'accordât • assez avec le jeûne et la salutaire tristesse de la pénitence. ï Beaucoup de Diocèses nous avaient déjà précédé en cette >voie; c'est à leur exemple que nous avons ôté du Carême > toutes les fêtes, à l'exception de celles dans lesquelles on » s'abstient d'œuvres servîtes. » Ici, nous ne ferons qu'une réflexion. Ou le Bréviaire de Paris a atteint par cette mesure le véritable esprit de l'Eglise dans la célébration du Carême, ou ses rédacteurs se sont trompés sur cette grave matière. Dans le premier cas , l'Eglise Romaine, qui jusqu'ici avait la mission de corriger les autres Eglises , reçoit ici la leçon sur une matière importante, les convenances Quadragésknales, de sa fille l'Eglise de Paris. Dans le second cas, y a-t-il donc si grand mal à supposer que Vigier et Mesenguy, bien qu'appuyés de Foinard et de Grancolas, enfin de Le Tourneux et D.de Vert, aient failli quelque peu dans une occasion où ils avaient contre eux l'autorité de la Liturgie Romaine? Quoi qu'il en soit, Paris s'est déjà relâché quelque peu de cette sévérité, et Rome, de son côté, a jugé à propos, depuis 1736, d'ajouter encore de nouveaux Saints dans la partie de son Calendrier qui correspond au Carême. Rendons grâces toutefois aux rédacteurs du Bréviaire de Paris de n'avoir pas suivi en tout l'idée de Foinard; ce Docteur voulait transférer l'Annonciation au mois de décembre, et, franchement , c'est un peu loin du jour auquel ce grand mystère s'est accompli. Il n'est pas besoin , sans doute, de remarquer ici combien la suppression des fêtes qui tombent dans le cours du Carême dut changer la physionomie de ce temps de l'année, et quelja

froide monotonie en est résultée. On sait bien qu'il en était ainsi dans les premiers siècles; mais si Dieu , dans les siècles suivants , a donné de nouveaux Saints à son Eglise , ce n'est pas, sans doute, pour que nous allions systématiquement fixer leur fête à un jour autre que celui de leur mort, dans le but étrange de maintenir libres les Fériés qui étaient vacantes au Calendrier, avant qu'ils vinssent au monde.

La Lettre Pastorale parle ensuite des Canons insérés dans l'Office de Prime; mesure louable, mais que le Jansénisme, comme nous allons le voir, avait trouvé moyen de faire servir à ses fins. Elle dit ensuite un mot du Calendrier et des Rubriques, après quoi, elle proclame l'obligation absolue pour toutes les Eg lises, Monastères , Collèges, Communautés î Ordres, et généralement tous les Clercs qui sont tenus à V Office divin, d'user de ce nouveau Bréviaire, à l'exclusion de tout autre, tant en public qu'en particulier. C'est la clause que François de Harlay avait mise en tête de son Bréviaire et qui se trouve répétée, presque mot pour mot, dans toutes les Lettres Pastorales qu'on lit dans tous les Bréviaires Français depuis cette époque. Nous ne connaissons qu'une seule exception ; elle se trouve dans la Lettre Pastorale de PEvêque Poncet de la Rivière, en tête du Bréviaire d'Angers de 1716. On y remarque ces paroles qui se trouvent aussi dans le Missel du même Prélat , excepto Romano Breviario ou Missali , pro révèrent ia primœ Sedi débita. C'était bien le moins, en effet, après avoir expulsé des livres liturgiques tout l'élément Romain , de laisser aux Clercs , que le désir d'un Bréviaire plus court ne séduisait pas autant, la liberté de répéter encore ces vénérables prières, auxquelles personne ne saurait enlever le caractère sacré que leur donnent Pantiquité, ^universalité; ces prières que PAssembiée du Clergé ,de 1005 regardait encore comme la Liturgie de la France,

« UTUftGIQUES. 515

Tel était donc le plan du nouveau Bréviaire expliqué par l'Archevêque Vintimille. L'exécution ne démentait pas les promesses que nous venons de lire. Tout, ou presque tout était nouveau. Mais la nouveauté seule ne faisait pas le caractère de cette Liturgie. Elle donnait prise aux plus légitimes réclamations, et se montrait véritablement digne de ses auteurs. D'abord , toutes les hardiesses que nous avons signalées dans le Bréviaire de Harlay s'y retrouvaient fidèlement; puis, on avait enchéri sur l'œuvre de la Commission de 1680. Si les auteurs de la correction du Bréviaire de Harlay s'étaient proposé de diminuer le culte et la vénération des Saints , de restreindre principalement la dévotion envers la Sainte Vierge, d'affaiblir l'autorité du Pontife Romain , ce plan avait été fidèlement continué dans le Bréviaire de 1736 , mais, de plus, on avait cherché à infiltrer les erreurs' du temps sur les matières de la Grâce et autres questions attenantes à celles-ci. Nous avons dit que le Bréviaire de François de Harlay avait, du moins, sur ce point, résisté à l'envahissement des nouveautés , et fortifié même , en plusieurs endroits, les dogmes de l'Eglise attaqués à cette époque.

1° Sur les questions soulevées par Baius, Jansénius et Quesnel, et diriméespar l'Eglise, le Bréviaire de 1736 insinuait souvent, en paroles couvertes, la doctrine de Vigier, de Mesenguy et de Coffin. De nombreux retranchements avaient eu également lieu dans le but de se débarrasser d'autorités importunes.

Ainsi, pour infirmer le dogme de la mort de Jésus-Christ pour tous les hommes, on avait retranché de l'Office du Vendredi-Saint l'Antienne tirée de saint Paul : Proprio filio suo non pepercit Deus, sed pro nobis omnibus tradidit illum. On avait fait disparaître d'une Leçon du Lundi de la Passion ces paroles ; Magnum enim faMnu* trot euju* <wwtV

deratio iîlos faceret desperare, $ed non debebant desperare pro quibus in Cruce pendens Dominus est dignatus or are.

Pour favoriser le damnable système qui prétend que les Commandements ne sont pas toujours possibles, et que Ton ne résiste jamais à la grâce intérieure, on avait fait disparaître de l'Office de saint Jacques le Majeur une Homélie de saint Jean-Chrysostôme, parce qu'elle contenait ces paroles : ChrUtus ita locutus est ut indicaret non ipsius esse solius dare , sed eorutn qui decertant accipere. Nam si solius esset, ipsius omnes homines suivi fièrent , et ad agnitionem veritatis venir ent.

À la fête de sainte Agathe , une autre Homélie du même saint Docteur avait pareillement disparu , parce qu'on y lisait ces mots : Quod ideo dixit , ut ostenderet superiore nobis auxilio opus esse ( quod quidem omnibus illud petentibus paratum est ) si volumus in hae luctatione superiores evadere.

On avait retranché pareillement la deuxième Leçon du Lundi de la Pentecôte, qui renfermait ces paroles : Ergo quantum in medico est sanare venit œgrotum (Christus). lpse se interimit qui prœcepta medid servare non vult. Salvarinon vis ab ipso : ex te judicaberis.

Dans la deuxième Leçon de l'Office de saint Léon, des paroles de ce saint Docteur, qui semblaient mises là tout exprès pour commander l'acceptation du Formulaire et la soumission à la Bulle , avaient été effacées. Mais aussi com- . bien elles étaient expressives ! Damnent ( hœretici ) apertis professionibus sui sup/srbi erroris auctores» et quidquid in

doctrina eorum universalis Ecclesia exhorruit detestentur ; ♦

oin niaque décréta Synodalia quœ ad excisionem hujus hœreseos Apostolicœ Sedis confirmant auctoritast amplecti se et in omnibus approbaret plenis et apertis ac propria manu subserifti* protuWwnibm ebamniur. .

LITURGIQUES. Sè5

Un passage de la troisième Leçon de saint Martin, Pape et Martyr, avait également disparu* On en devinait sans peine la raison , quand on se rappelait qu'il y était parlé de l'édit de l'Empereur Constant , qui prescrivait le silence sur les questions de la foi , et de la résistance du saint Pape à une mesure qui compromettait si gravement les intérêts de l'orthodoxie. Les partisans du Silence respectueux avaient donc retranché les paroles suivantes : Intérim Constant ut euo Typo ab omnibus subscriberetur, silentiumque in eo de quœstione Catholicos inter et Monothelitas agitata indictum obsemaretur, primum Olympium Exarchum Ravennatem Romam misit; tum Calliopem Olympii successorem, a quo Martinue cum edicto impio juxta Lateranense Concilium résister et, Roma vi ab~ ductus est , etc.

C'était dans le même esprit que l'on avait supprimé , au * 26 novembre , l'Office de sainte Geneviève du Miracle des Ardens, à cause de certaines Leçons tirées de saint Irénée, et dans lesquelles étaient données les règles pour discerner les miracles des hérétiques d'avec ceux de l'Eglise Catholique ; ce qui devenait par trop embarrassant, si on en voulait faire l'application aux prodiges du Bienheureux Diacre.

Les additions et insertions faites au nouveau Bréviaire Parisien , dans un but Janséniste , étaient nombreuses : mais, en général, elles étaientprudentes, et les précautions avaient été prises, au moins d'une certaine façon, contre les réclamations des Catholiques. C'est le propre de l'hérésie de procéder par équivoques , de se retrancher dans les sinuosités d'un langage captieux. Languet, dans sa discussion avec l'Evéque de Troyes, a trop bien démasqué ies.artifloes liturgiques du Jansénisme pour que nous ayons besoin de faire ici autre chose que citer des exemples tirés du fyéyiaire de Vicier et Mesenguy,

On sait que durant la première moitié du dix-huitième siècle, les Jansénistes, déconcertés de leur petit nombre, comparativement au reste de l'Eglise qui avait accepté la Bulle, imaginèrent de se faire un mérite de ce petit nombre , prétendant que la visibilité de l'Eglise s'était obscurcie, que la Vérité, c'est le nom consacré par lequel ils désignaient tout leur système, ne triompherait qu'à l'arrivée d'Elie qui était prochaine, et qui devait amener la conversion des Juifs et la régénération de l'Eglise , par ce renfort considérable. Les plus habiles de la secte entreprirent même de grands travaux sur l'Ecriture Sainte, pour appuyer ce système. Le nouveau Bréviaire avait consacré tout le corps des Répons du VII' Dimanche après la Pentecôte , à célébrer de si belles espérances. Comme toutes les paroles de ces Répons étaient tirées de l'Ecriture Sainte , on se sentait inexpugnable. Voici cette composition :

1er Surrexit Elias Propheta quasi ignis,et verbum ejus quasi faeula ardébat : * Verbo Dei continuit cœlum. f. Elias homo erat similis nobis, passibilis : et oravit ut non plueret , et non pluit ; et rursum oravit, et cœlum dédit pluviam. * Verbo Dei, etc.

Ce Répons est le début de l'œuvre toute entière : il n'y faut pas chercher d'autre intention. Voici maintenant la mission du Prophète vers une Veuve désolée :

2' Faetus est sermo Domini ad Eliam , dicens : Surge et vade in Sarepta Sidoniorum , et manebis ibi ; prœcepi enim ibi mulieri viduœ, ut pascat te : * Surrexit et abiit in Sarepta.

Multœ viduœ erant in diebus Eliœ in Israël, cum fada esset famés magna in omni terra; et ad nuflam illarum Missus est Elias, nisi in Sarepta Sidoniœ, ad mulierem viduam, * Surrexit.

Cette grande famine qui ravageait toute la terre t est cette

famine spirituelle doni la secte prétendait que l'Eglise était travaillée; aussi le Prophète s'adressant au peuple, lui reproche-t-il de balancer entre la vraie et la fausse doctrine :

5e Accedens Elias ad omnem populum , ait : Usquequo claudicatis in duas partes? 4 Si Dominus est Deus, sequimini eum. Nemo potest duobus dominis servire. 4 Si.

Après ce prélude, viennent les Répons du secoud Nocturne, dans lesquels le but des rédacteurs, toujours cachés derrière le Prophète, devient de plus en pkis manifeste. C'est Israël même qui a rompu le pacte avec Dieu ; Elie se plaint d'être seul resté fidèle , et encore ses jours sont menacés.

4* Ecce vox Domini ad Eliam; et ille respondit : Zelo zeîatus sumpro Domino Deo exercituum, quia dereliquerunt pactum tuum filii Israël : * Prophetas tuos occiderunt gladio, derelictus sum ego solus, et quœrunt animam meam ut auferant eam. jk An nescitis inEHa quid dicit Scriptùra, quemadmodum interpellât Deum adversum Israël ? 4 Prophetas.

Cependant, Elie n'est pas seul. Israël renferme encore sept mille hommes fidèles. Le nombre n'est pas considérable, mais aujourd'hui encore , ne voit-on pas que l'élection gratuite opère dans la même proportion , jusqu'à ce que vienne la prédication d'Elie ?

5« Quid dicit Eliœ djivinum responsum ? Reliqui mihi septetn tnillia virorum qui non curvaterunt genua ante BaaU 4 Sic ergo et in hoc tempore reliquiœ secundum electionem gratiœ salvœ factœ sunt. f. Ântequam veniat dies Domini magnus) convertet Elias corpatrum atfilios, et cor filiorum ad patres eorum. * Sic ergo.

Maintenant, que fera Elie? Il restituera les tribus de Jacob; il rétablira toutes choses, et ces merveilles auront lieu bientôt , car le Prophète est sur le point de paraître.

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