‹ Institutions liturgiques (volume 3)Chapitre 14 sur 41 · Elia, guis potest similiter sic ghriari tibi? Qui re · texte numérisé non relu

Elia, guis potest similiter sic ghriari tibi? Qui re

ceptusesin turbine ignis, in curru equorum igneorum : qui scriptus es in judiciis temporum * Lenire iracundiam Domini, concilia™ cor patris ad filium, et restituera tribus Jacob. }. Elias quidem wnturus est et restituet omnia : dico autem vobis, quia Elias jam venit. ' Lenire.

Le langage devient plus expressif, au troisième Nocturne. On y dénonce les faux Prophètes. Ce sont d'abord les Docteurs qui enseignent de faux dogmes : ceux qu'on cherche à flétrir du nom de Molinistes.

7« Attendite a falsis prophétie , qui" Veniunt ad vos in vestimentts ovium , intrinsecue autem sunt lupi rapaces. }. Non misi eos , et ipsi prophctant in nomine meo mendaeiter, ut pereatis. * Veniunt.

• En second lieu , ces faux Prophètes sont les Docteurs de la morale relâchée ; le lecteur sait quelle école on désigne ainsi dans le parti.

8* Prophetant de corde suo : * {Jonsuunt pulvillos sub omni cubitomanus, et faciunt cervicalia sub capite ad capiendas animas, f. A fructibus eorum cognosceti* eos. * Consuunt.

En troisième lieu , ces faux Prophètes sont des hommes vertueux à l'extérieur, témoin celui que les Molinistes appellent saint Vincent de Paul et que la secte persiste à vouloir toujours nommer Monsieur Vincent. Il importe donc de se prémunir contre cette troisième classe de séducteurs.

9* Non omnis qui dicit mihi t Domine, intrabit in regnum cœlorum; sed* Qui facii voluntatem Patris mei, ipse intrabit in regnutn cœlorum. Qui cuttoditmandatum, eustodit animam suam. * Qui.

Voilà un échantillon du savoir faire de nos liturgistes. Que si quelques-uns de nos lecteurs trouvaient nos défiances exagérées, ou injustes, nous leur conseillerons de lire les livres du parti, les ouvrages do Duguet, par exemple, les

Nouvelles Ecclésiastiques , etc., ils ne tarderont pas à devenir familiers à ce langage biblique de la secte. A force de rencontrer, dans les diatribes du parti contre le Pape, les Evéques constitutionnaires, les Jésuites, etc. , les textes que nous venons de citer, ils les reconnaîtront aisément dans les Répons du VIIe Dimanche après la Pentecôte, et dans plusieursttutrès endroits du bréviaire.

Certes , nous ne nous donnerons pas la peine et nous ne causerons pas nu lecteur l'ennui d'une complète énumération des passages scabreux du Bréviaire de Vintimille^ cependant, nous en signalerons encore quelques-uns. Prenons, par exemple, l'Office des Vêpres et des Compiles du Dimanche, - Office populaire, s'il en fût jamais, et voyons comment la secte s'y était prise pour lui donner une conteur nouvelle et conforme à ses vues.

Dans la Liturgie Romaine, le Capitule de Vêpres, lecture solennelle après la psalmodie , a pour but de recueillir la prière d'action de grâces du peuple fidèle , dans ce jour du Seigneur dont le repos est à la fois un acte religieux et une consolation. Quoi de plus touchant et de plus propre à inspirer la confiance en Dieu , que ces belles paroles de saint Paul !

Benedictus Veus et Pater Domini nostri Jesu-Chritti , Pater misericordiarum et Deus totius consolationiê qui consolaiur nos inomni tribulatione nostral

Ne voit-on pas que le choix de ces divines paroles n'a pu être fait que par notre miséricordieuse Mère la sainte Eglise, qui cherche toujours à nourrir et accroître notre abandon envers noire Père céleste. Elle n'approuve pas qu'on effraie les fidèles en mettant trop souvent sous leurs yeux les terribles mystères de la Prédestination et de la Réprobation , mystères ù l'occasion desquels plusieurs ont fait naufrage

dans la foi (1). La secle Janséniste , au contraire , ne voit qu'une chose dans la religion; elle ne parle que de prédestination , d'efficacité de la grâce , de nullité de la volonté humaine, de pouvoir absolu de Dieu sur cette volonté. Voici donc comment elle a frauduleusement remplacé le sublime Capitule que nous venons de lire. Remarquons que le passage qu'elle y a substitué commence à peu pnès de la même manière , pour atténuer , autant que possible , le fait du changement; mais lisons jusqu'au bout :

Benedictus Deus et Pater Domini nostri Jesu-Christi, qui benedixit nos in omni bénédictions spirituali in cœlestibus in » Christo, sieut elegitnos in ipso ante mundi constitutions , ut essemus sancti et immaculati in conspectu ejus in charitate.

Le Chrétien qui écoute la lecture du premier de ces deux Capitules, entendant dire que Dieu est le Père des miséricordes, le Dieu de toute consolation, si , dans ce seul jour de

(1) C'est la pratique générale de tous les temps et de tous les lieux , si on excepte l'époque du Pelagianisme , dans laquelle il était nécessaire de prémunir les fidèles contre Terreur ; encore doit-on remarquer une graude différence entre 4e ton de saint Augustin dans ses Lettres et ses Traités, et celui qu'il prend sur les mêmes matières dans ses Discours populaires et ses Homélies. Nous rappellerons ici les Règles que donne sur cet article saint Igoace-de Loyola , à la Ûn du fameux livre des Exercices, livre dont la doctrine est formellement approuvée et garantie par le Siège Apostolique : Décima quart a Régula. Advertendum quoque est quamquam verissimum sit nemini contingere salutem nisi prœiestinato ; circumspecte tamen super hoc loquendum esse , ne forte gratiamseu prœdestinationem Dei nimis extendentes , Uberi arbitra vires et operum bonorum mérita excludere velle videamur. A la Règle , quinzième , il est dit : Similem ob causant frequens de prœdestinatione sermo habendùs non est. A la dix-septième : De gratia ergoipsa diffuse quidem loqui fas est, Deo aspirante, sed quatenus in gbriam ejus uberioremredundat, idque juxta modum convénientem, nostris prœsertim temporibus tant periculosis ; ne et Uberi arbitrii usus et operum bonorum efficacia toUalur.

la semaine, où un peu de loisir lui est donne pour réfléchir sur son ame, il sent en lui-même quelques désirs d'amendement , trouvera dans ces douces paroles un motif de conversion ; il se lèvera, et, comme le prodigue, il ira à son Père. Le pécheur, au contraire , qui entend lire le second Capitule et qui sent que dans ce moment il n'est ni saint, ni immaculé, où prendra-t-il la force de se relever? On lui dit que, pour parvenir au salut, il faut avoir été élu en Jésus- Christ avant la création du monde. Quelle garantie aura-t-il de celte élection pour lui-même? Dans celte incertitude, il ne répondra pas aux avances que la grâce lui faisait au fond de son cœur. Il secouera le joug d'une religion qui désole, au lieu de consoler. On convient assez généralement aujourd'hui que le Prédestinatianisme plus ou moins triomphant dans la Chaire, et le rigorisme de la morale, ont élé pour miiiiié dans les causes de l'irréligion, au dix-huitième siècle.

L'Hymne de saint Grégoire, Lucis Creator optime, qui suit le Capitule, dans l'Office des Vêpres du Bréviaire Romain, et dans laquelle l'Eglise remercie avec laul de noblesse et d'onction le Créateur, pour le don sublime de la lumière physique, ei lui demande ia lumière des âmes, avait été supprimée. En piacc, on liiiiit une Hymne de Cofiîn, pièce d'un langage élevé et correct, il est vrai; mais, à la dernière strophe, un vers avaii été lancé à dessein. On y demandait à Dieu qu'il veuille nous adapter à toute espèce de bien. Ad omne nos apla bonum. Sans doule, celte expression est de suint Paul; mais il y a long-temps que saint Pierre nous a prévenus que les hérétiques détourneraient les paroles de ce grand Apôtre des Gentils à des sens pervers (I), el ce vers

(1) Sicut et carissimus fraler noster Paulus sccuuduin data m sibl sapiemiam scripalt vobis, sicut et ia omnibus Epktolis, loqutns in eis

de l'Hymne ne nous rappelle que trop l'affectation ayec laquelle le texte dont il est emprunté a été placé dans la Bénédiction du Lecteur, à l'Office de Prime, en cette manière : Deus pacis aptet nos in omni bono, ut faciamus ejus voluntatem, faciensin nobis quodplaceat coram se. Ce sont précisément ces paroles et d'autres semblables que les Jansénistes nous objectent, pour établir leur système de l'irrésistibilité de la grâce. On sait bien que l'Ecriture est la parole de Dieu ; mais on sait aussi qu'elle est un glaive à deux tranchants qui peut défendre de la mort, ou la donner, suivant la main qui l'emploie. C'est ici le lieu de se rappeler la remarque de Langue! sur des textes du même genre dans le Missel de Troyes. Si, au temps de l'hérésie Arienne , quelqu'un se fût avisé de composer une Antienne avec ces paroles : Pater major me est; ou, au temps de la Réforme, avec celles-ci : Spiritus est quivivificat; caro autem non prodest quidquam, n'eûl-on pas eu raison de considérer de pareilles Antiennes comme hérétiques par suite de leur isolement du contexte sacré? Cependant, l'Ecriture Sainte toute seule en eût fourni la matière.

A l'Office de Corn plies, l'Eglise Romaine met les Psaumes sur une Antienne tirée de l'un d'eux , et qui est un cri du cœur vers Dieu, au milieu des ombres de la nuit. Miserere mei, Domine, et exaudi orationem meam! Le nouveau Bréviaire n'avait pas voulu garder celte Antienne. C'était pourtant une prière, et une prière tirée de l'Ecriture Sainte. On avait mis en place Un Verset du Psaume XC. Scuto circumdabil te veritas ejus; non timebis a timoré nocturno. Qu'est-ce que cette Vérité qui sert de bouclier au fidèle? quelle est

de liis ; in qnihussunt quadam difficilia tntellectu qua? iadoctici itH» ta biles dépravant, «icut et caleras Scripiura* ad suam ipsorum perditionera. /. tel. II ï. 15 1$

celte Nuit dont il ne faut pas craindre les terreurs ? Les écrits du parti ne cessent de parler de Tune et de l'autre. La vérité, c'est la doctrine opposée à la Bulle; la nuit, c'est \' obscurcissement de l'Eglise.

Ecoutons-les maintenant, dans le Capitule qui Vient bientôt après cette Antienne :

Omnes vos filii îucis estis et filii diei ; non sumus noctis neque tenebrarum; igitur, non dormiamus sicut et cœteri, sed vigUemus et sobrii simus.

Toujours même esprit : Les enfants de la lumière , et les enfants des ténèbres ; ne pas dormir comme Us autres. Tout cela serait parfait, en d'autres temps, et dans une autre bouche; mais que l'Eglise Romaine a bien un autre esprit, lorsqu'au lieu de placer ici une froide exhortation, elle s'écrie avec tendresse au nom de ses enfants :

Tu autem in nobis es , Domine , et nomen sanctum tuum invocatum est super nos; ne derelinquas nos, Démine Deus noster l

Vient ensuite le In manus tuas , Domine , commendo spiritum meum. Le nouveau Bréviaire l'avait gardé ; mais voyez ici la différence de la véritable Mère d'avec celle qui n'en a que le nom. L'Eglise Romaine, afin que chaque fidèle puisse répéter avec confiance ces douces paroles : In manus tuas commendo spiritum meum, émet tout aussitôt le motif qui produit cette confiance dans le cœur du dernier de ses enfants. Tous ont droit d'espérer, car tous ont été rachetés : Redemisti nos, Domine, Deus veritatis. Ecoutez maintenant Vigier et Mesenguy : Redemisti me, Domine, Deus veritatis. La rédemption, suivant eux, n'est pas une faveur générale ; le Christ n*est pas mort pour tous. L'Eglise ne peut donc pas dire : Redemisti nos ! Que si vous leur reprochez l'altération du Répons, ils vous diront qu'ils n'ont fait que rétablir

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le texte sacré; que dans l'Ecriture, il y a redemisti me. — Sans doute, et c'est pour cela môme que l'Eglise, interprète de l'Ecriture , craignant qu'on n'en tirât de fausses conséquences, avait dit : Redemisti nos. Dans la Liturgie, il arrive sans cesse que des passages de l'Ecriture sont interprétés, adaptés pour la nécessité du service divin. Les nouveaux livres ont eux-mêmes retenu un certain nombre de prières dans lesquelles les paroles de l'Ecriture ont été modifiées par l'Eglise. Ils en ont même de nouveaux composés dans le même goût.

Après le Répons bref, le Bréviaire Romain, toujours attentif à nourrir les fidèles de sentiments affectifs et propres à entretenir la confiance , avait ajouté cette touchante prière dans le Verset :

Custodi nos , Domine , ut pupillam oeuîi ; sub umbra alarum tuarum protège nos.

C'est la même intention que dans le RedemUti nos. Le nouveau Bréviaire, toujours d'après le même système, individualisant la Rédemption et ses conséquences , avait mis , sous le même prétexte de l'intégrité du texte sacré : Custodi me , protège me.

Mais voici quelque chose de bien plus fort, et en quoi apparaît merveilleusement l'intention des novateurs dans tout cet ensemble. L'Eglise Romaine , après le Cantique de Si* méon , mettait dans la bouche de ses enfants, prêts à se livrer au repos, une Antienne composée de ces touchantes paroles : Salva nos, Domine, vigilantes ; custodi nos dormientes, ut vigilemus cum Christo et requiescamus in pace. Le nouveau Bréviaire , après avoir expulsé cette pieuse formule, la remplaçait par ce Verset de la Bible : Domine, dabispacem nobis ; omnia enim opéra nostra operatus es nobis. On en voit l'intention. Pendant toute la journée qui va finir, nous n'avons point agi; c'est la grâce qui a fait nos œuvres. Que le Sei-

gneur maintenant nous donne le repos , comme il nous a donné l'action. Tel était l'Office des Compiles dans Je nouveau Bréviaire. Sous le masque de cette exactitude littérale au texte sacré, nos faiseurs, comme les appelle Languet, se sentaient inexpugnables vis-à-vis de gens qui leur avaient accordé ce principe, qu'on devait composer l'Office divin avec des passages de l'Ecriture : cette dangereuse opinion, ressuscitée depuis un demi-siècle, avait prévalu dans la plupart des esprits. Nous avons vu que tout le zèle de Languet n'avait pu obtenir que la rétractation de l'Evôque de Troyes portât sur cet article.

Ce n'était pas seulement l'Ecriture Sainte que les rédacteurs du Bréviaire avaient fait servir, à force de la tronquer, au plan criminel qu'ils s'étaient proposé, de faire de la Liturgie un moyen de soutenir le Jansénisme. Dans leurs mains, l'antiquité chrétienne, soumise au même système de mutilation, n'était pas une arme moins dangereuse pour l'orthodoxie. Les passages des Pères placés-dans les Leçons , loin d'être dirigés contre les nouvelles erreurs sur la Grâce , ainsi qu'on avait eu soin de le faire en plusieurs endroits du Bréviaire dé Harlay, donnaient plutôt à entendre s au moyen de coupures faites à propos, des sens tout opposés à ceux dé la vraie doctrine. On avait placé une suite de Canons des Conciles à l'Office de Prime, et cette innovation, que d'ailleurs nous sommes loin de blâmer en elle-même, outre qu'elle servait le système de ces Docteurs qui depuis tant d'années ne cessaient de redemander l'ancienne discipline, avait été conduite de manière à ce qu'on n'y rencontrât pas une seule citation des Décrétâtes des Pontifes Romains , çfui ont pourtant dans l'Eglise une autorité supérieure, pour le moins, à celle d'une infinité de Conciles particuliers et même de Synodes qu'on/ y voit cités. On avait trouvé moyen de placer, au Mardi de \a

quatrième semaine de Carême , quelques.paroles du XI' Canon du NI* Concile de Tolède, en 589, qui enchérissaient sur la 87* Proposition de Quesnel. Voici le Canon : Secundum formam Canonum antiquorum dentur pœnitentiœ, hoc est, ut priut eum quem sui pœnitet facti, a communion* suspensum faciat inter reliquos pœnitentes ad manus impositionem crebro recurrerè ; expleto autem satisfaction* tempore, sicuti sacerdotaUs contemplatio probaverit, eum communioni restituât. Voici maintenant la Proposition de Quesnel : Modus plenus sapientia , luminc et charitate, est dare animabus tempus portandi cum humilitate, et sentiendi statum peccati , petendi spiritum pœnitcntiœ et contritionis , et incipiendi ad minus satisfacere justitiœ Dei, antequam reconcilientur. Il y avait , certes, en tout cela , de quoi faire ouvrir les yeux aux moins clairvoyants.

Quant aux Hymnes du nouveau Bréviaire, elles étaient généralement fort discrètes sur l'article de la Grâce. L'intention secrète était aisée à sentir; mais les mots trahissaient rarement le poète. Coflïn, si supérieur à Santeul, excellait à rendre, dans ses strophes, les fortes pensées de PEpître aux Romains ; son vers cherchait l'écueil avec audace , mais l'évitait avec une prudence infinie. Chacune de ses Hymnes , prise vers par vers , était irréprochable pour ce qu'elle disait ; on ne pouvait reprocher à l'ensemble que ce qu'il ne disait pas. Mais ce silence était la plus complète déclaration de guerre, de la part d'une secte qui avait écrit sur son drapeau : Silence, et même silence respectueux. Nous en avons assez dit sur l'indignité irrémédiable de Coffin à remplir, dans l'Eglise Catholique , le rôle d'hymnographe. Il était notoirement hors l'Eglise : ceci dit tout. 11 n'est donc même pas nécessaire de rappeler à son propos les notes fixées par saint Bernard, dans sa fameuse Lettre à Guy, Abbé de Mon-

tier-Ramey, et dont nous avons fait ci-dessus l'application à Santcul. An reste, ce dernier hymnographc triomphait dans le nouveau Bréviaire , à côté de Coffîn ; il y avait obtenu une plus large place que dans celui de Harlay. On remarquait surtout son Hymne des Evangélistcs, dans l'Office de saint Marc et de saint Luc , et les Jansénistes se délectaient dans la fameuse strophe citée plus haut :

Insculpta saxo lex vêtus Prœcepta, non vires dabat :

Inscripta cordi lex nova Quidquid jubet dat exequi.

Pour en finir sur les Hymnes du nouveau Bréviaire , nous dirons que cette œuvre en renfermait un grand nombre; ce qui prouvait que si les rédacteurs , comme D. de Vert et Le Tourneux , craignaient la parole humaine dans les Antiennes et les Répons, comme eux aussi , ils la souffraient bien volontiers dans d'autres compositions. Au reste, on avait retenu un certain nombre d'anciennes Hymnes dont plusieurs avaient été retouchées par Coffîn; d'autres enfin appartenaient à Santeul de Saint-Maglotrc,La Brunelière , Habert, Pétau, Commire, Le Tourneux, Besnault, Curé de Saint-Maurice de Sens, etc.

2° Si maintenant nous considérons la manière dont le nouveau Bréviaire avait traité le culte des Saints, on dirait que les auteurs avaient pris à tâche d'enchérir sur les témérités de François de Harlay. Déjà , nous avons vu comment le système de la prépondérance du Dimanche sur toutes les fétes occurrentes, à moins qu'elles ne fussent du premier degré, système admis dans tous les nouveaux Bréviaires et dans celui de Paris en particulier, enlevait de solennité au culte des Saints; combien, sous couleur de rétablir les usages de l'antiquité, U était en contradiction avec l'Eglise Romaine, à qui

il appartient d'instruire les autres Eglises par ses usages. Encore on ne s'était pas borné à établir une règle aussi défavorable au culte des Saints, le Calendrier avait subi les plus graves réduclions. En janvier, on avait supprimé les Octaves de saint Etienne , de saint Jean , des saints Innocents et même de sainte Geneviève, la fêle de sainte Emérenliennc et l'antique Commémoration de sainte Agnès, au 28, qui est regardée comme un des plus précieux monuments liturgiques du Calendrier Grégorien. En février, la Chaire de saint Pierre ù Antiochc avait disparu. En mars, saint Aubin n'avait plus qu'une simple mémoire. En avril , la foie de saint Vital était retranchée, le culte de saint Georges et de saint Eulrope était réduit à une Commémorai ion. En mai, on avait effacé les saints Alexandre, Evenlien et Théodule, sainte. Domitille, la Translation de saint Nicolas, saint Urbain, les saints Canlius, Cantianus, et Cantianilla. En juin, ou ne retrouvait plus les saints Basilide, Cyrinus, Nabor et Nazaire , les saintes Modeste et Crescence , les saints Marc et 3Iarccllicn, ni les Octaves de saint Jean -Baptiste et de saint Pierre et saint Paul. En juillet, étaient effacés saint Thibault, les saints Processe et Martinien, saint Alexis, sainte Marguerite, sainte Praxèdc, les saints Abdon et Senncn. En août, avaient disparu sainte Suzanne, saint Cassien , saint Eusèbc, saint Agapet, les saints Timolhée et Apollinaire, et les saints Félix et Adaucte. Le mois de septembre ne présentait d'autre suppression que celle de saint INicomède. Saint Marc et saint Callixte, Papes, a\aient été retranchés, au mois d'octobre. En novembre, on avait ôté les Quatre Couronnés, saint Théodore, l'Octave de saint Martin, saint Véran, saint Mcnnas, sainte Félicité, sainte Geneviève du Miracle des Ardens; saint Martin, Pape, était réduit à une simple Commémoration, Décembre, enfin , avait

vu disparaître sainte Barbe et l'Octave de la Conception ; saint Thomas de Cantorbéry élail transféré au mois de juillet, et saint Sylvestre réduit à une simple Mémoire.

L'Eglise de Paris, comme Ton voit, en acceptant le nouveau Bréviaire, se privait, de gaieté de cœur, d'un grand nombre de protecteurs, et il est difficile d'exprimer quel avantage elle pourrait tirer d'une si étrange épuration du Calendrier. Nous allons examiner en détail quelques-unes de ces suppressions ; mais nous ne pouvons dès à présent nous empêcher de signaler comme déplorable le système d'après lequel on privait l'Eglise de Paris de deux des fêtes de sa glorieuse patrone. En outre, parmi ces divers Saints sacrifiés à l'antipathie Janséniste , si la plupart , tirant leur origine du Calendrier Romain, rappelaient d'une manière trop expresse la source à laquelle l'Eglise de Paris, durant neuf siècles, avait puisé sa Liturgie , plusieurs de ces Saints qui appartiennent exclusivement à la France , comme saint Aubin , saint Eulrope , saint Thibault, saint Vcran , n'en avaient pas moins été honteusement expulsés. On remarquait aussi que le nouveau Calendrier ne renfermait presque aucun des saints nouvellement canonisés, quoiqu'ils eussent bien autant de droit aux hommages de l'Eglise de Paris que ceux des premiers siècles. Mais cette fécondité de l'Epouse du Christ qui lui fait produire en chaque siècle des fils dignes de sa jeunesse, démentait trop fortement le système de la secte sur la vieillesse de l'Eglise > et pouvait devenir gênant dans ses conséquences.

Un bouleversement notable avait eu lieu dans le Calendrier des mois de mars et d'avril. On cherchait en vain à leurs jours propres saint Thomas d'Aquin , saint Grégoire le Grand , saint Joseph, saint Joachira, saint Benoît, sainte Marie Egyptienne, saint Léon le Grand. Le désir de donner plus de tristesse au temps du Carême avait porté nos réformateurs, à les

rejeter à d'autres jours , choisis presque toujours arbitrairement. Par là, les Eglises, les corporations placées sous le patronage de ces Saints , se voyaient frustrées de leurs traditions les plus chères; les fidèles, qui ne pouvaient rien comprendre aux motifs d'une semblable mesure, se trouvaient pareillement dans rembarras pour connaître le jour auquel ils célébreraient désormais les Saints qui étaient l'objet de leur dévotion particulière. S'ils sortaient du Diocèse de Paris pour aller dans un autre, ils retrouvaient leurs Saints bienaimés aux mômes jours auxquels ils avaient eu coutume de les célébrer : comment expliqueraient-ils ces variations inouies jusqu'alors? Et plût à Dieu que les nouvelles Liturgies n'eussent contribué, que par ce seul endroit, à dépopulariser en France les choses de la religion ?

Si maintenant nous examinons la manière dont les Offices des'Saints en eux-mêmes avaient été traités dans le nouveau Bréviaire, nous sommes bien obligé de dire qu'on avait encore enchéri sur le Bréviaire deHarlay. La censure de la Sorbonne, contre le Bréviaire d'Orléans de 1548, était applicable de mot à mot aux nouveaux Offices. Des fêtes de neuf Leçons avaient été réduites à trois , et des fêtes de trois Leçons n'avaient plus qu'une simple mémoire. La plupart du temps, on avait retranché les miracles des Saints, Plusieurs traits importants pour l'édification avaient été élagués , comme le récit des jeûnes, des macérations des Saints , les fondations et dotations d'Eglises faites par eux. On avait supprimé leurs Hymnes propres, leurs Antiennes, etc. (1). Ainsi parlait l'Université de Paris, en 1548 , et elle ajoutait que ces changements étaient une chose imprudente, téméraire, scandaleuse, ,%qui donnait même quelque lieu de soupçonner l'envie de favoriser les hérétiques.

(1) YM. ci-dessu?. Tome I. page 458,

LITUHGIQUES. * 531

Il faudrait un volume entier pour relever toutes les intentions qui ont présidé à la rédaction du corps des Légendes des Saints, dans le nouveau Bréviaire. C'est là que l'art des rélicences est porté à la perfection ; que la nouvelle critique s'exerce dans toute son audace et aussi dans toute sa sécheresse. Nous aurons le loisir d'y revenir jour par jour, dans l'explication générale de l'Office divin ; mais nous ne pouvons mieux qualifier toutes ces Légendes, qu'en disant qu'elles forment, p"our l'esprit et la couleur, un abrégé exact des Fie* des Saints, malheureusement trop- répandues , de l'Acolyte Mesenguy, qui n'avait ainsi qu'à mettre en latin, en le rétrécissant encore , son propre ouvrage.

La Lettre Pastorale nous dit qu'on a évité tout ce qui pourrait nourrir, à l'égard des Saints, une stérile admiration, et comme nous l'avons remarqué à ce propos, cette crainte a été cause que l'on a gardé le silence sur les Stigmates de saint François. C'est sans doute dans une semblable intention que, dans la vie du même Patriarche, on avait retranché les célèbres paroles par lesquelles il exhorte , en mourant , ses disciples à garder la pauvreté, la patience et la foi de la sainte Eglise Romaine. On ne saurait croire jusqu'à quel degré cette manie d'effacer, de cacher, de dissimuler les traditions sur les Saints , était parvenue. Quel homme, par exemple, en lisant ces paroles au sujet de la mère de saint Dominique , hune mater dum utero gestaret quœdam mdisseper quiet em traditur, penserait que cette illustre femme vit un chien tenant dans sa gueule un flambeau, pour embraser le monde? Tout ce magnifique symbolisme est rendu par nos faiseurs dans ce seul mot: Quœdam. Nous citons ce trait entre mille. Réunissez deux clercs, dont l'un récite le Bréviaire de Vintimille et l'autre le Bréviaire Romain : supposons qu'ils ne connaissent l'un et l'autre la vie des Saints, que par les Leçons de leuj

Bréviaire. Qu'ils aient maintenant Tan et l'autre à s'expliquer du haut de la chaire sur les actions , les vertus , les miracles, les attributs des Saints. Le premier ne pourra rendre raison que d'un petit nombre de faits et de traditions ; le second sera à même de dispenser avec munificence un trésor de lumière et d'édification. Quand la foi est vive dans un pays, le culte des Saints , la connaissance de leurs actions et des merveilles que Dieu a opérées en eux, y sont populaires;. quand cette dévotion diminue, la vraie piété s'éteint, le rationalisme envahit toul. Or, c'est dans les Eglises que le culte des Saints se nourrit et se réchauffe ; c'est dans les Hymnes et les Antiennes séculaires qu'il se conserve. Gardée à la fois par les chants de l'autel elles vitraux du Sanctuaire, la Légende sacrée ne s'eflace pas et protège la foi des générations. Quand donc reverrons-nous les merveilles des siècles Catholiques ? Sera-ce quand nons aurons beaucoup de Cathédrales rebâties dans le style du treizième siècle , beaucoup de pastiches des arts du moyen-âge? N on , ce sera quand nous aurons réappris la Vie des Saints, quand nous comprendrons leurs héroïques venus, quand nos cœurs auront retrouvé cette foi naïve qui faisait qu'on était en repos sur ses besoins spirituels et corporels, quand on avait prié devant la chasse qui renfermait les ossements de ces amis de Dieu. Ces temps doivent-ils revenir pour nous? Nous ne savons; mais nous tenons pour assuré que si l'antiqne vénération des Saints doit de nouveau consoler notre patrie , les Légendes du Bréviaire de Paris auront alors disparu du livre des prières du Prêtre.

5° Quant à la manière dont le culte de la Sainte Vierge, ce culte que les théologiens, à cause de son excellence propre, nomment hyperdulie, avait été traité dans le nouveau Bréviaire, nous n'en pouvons parler qu'avec un profond sentiment de Tristesse. On peut dire que c'est là la grande plaie

des nouveaux Bréviaires , et les gens les plus bienveillants, ou, si Ton veut, les mieux prévenus, sont bien obligés de convenir que les rédacteurs ont eu Vintention expresse de diminuer les manifestations de la piété catholique envers la Mère de Dieu. Nous avons raconté les attentats sanctionnés par François de Harlay, dans le Bréviaire de 1680; mais du moins, dans ce livre, on avait gardé des mesures : on n'en gardait plus dans le Bréviaire de 4736. Voici d'abord comment avaient été déhonorées les Hymnes les plus chères à la piété catholique. Commençons par Y Ave, maris Stella. Cet admirable Cantique qui fait la joie et la consolation de l'Eglise, exprime avec assurance le pouvoir de Celle qui n'a besoin que de demander à son Fils pour obtenir, et qui nous sauve par sa prière , comme Lui par sa miséricorde. L'Eglise demande ses besoins à Marie, parce qu'elle peut les soulager, en les exposant maternellement au Sauveur :

Sumat per te preces Quipro nobis natus Tulit esse tuus.

Jaloux de ce pouvoir de recommandation accordé à une pure créature, le farouche Jansénisme avait en horreur cette Hymne si tendre. Chargé de la réformer , il se livre à cette œuvre avec joie ; il se gardera bien de la remplacer par une autre. Il aime mieux la corriger, la rendre chrétienne, faire la leçon à l'Eglise Romaine et à toutes celles qui la suivent, insulter enfin l'idolâtrie papiste dans ses derniers et plus sacrés retranchements. Nous allons placer en regard la leçon catholique , et celle de Collin , en demandant toutefois pardon à la Reine du ciel et de la terre, de donner cette publicité à un des outrages les plus sanglants et les plus froidement

calculés qu'elle ait reçus. Maïs nous devons dire la vérité et faire connaître les hommes qui disposaient alors de la Liturgie.

Texte de y Eglise Romaine, conservé par François de Harlay.

Ave, maris Stella, Det Mater aima, Atque semper Virgo , Félix ccell porta.

Sumens illud ave GabrieUs ore Funda nos in pace Matans Evob nomen.

Solvevincla rels, Profer lumen coecis, Mala nostra pelle , Bona cuncta posce.

Monstra te esse matrem Su mat per te preces Qui pro nobis natus Tulit esse tans.

Virgo singalaris Inter omnes mitis, Nos culpis solutos Mites fac et castos.

Vitam praesta param , Iter para tutum , Ut videntes Jesum , Semper collaetemur.

Texte de Coffin, dans le Bréviaire de Vintimille (lr« édition).

Ave, Maris Stella, Dei Mater aima Atque semper Virgo, Félix cœli porta.

Virgo singularis, Verae vit» parens , Quae mortem invexit Mutas Evae nomen.

Gadant vincla rels.

Lux reddatur cœcis, Mala cuncta pelli, Bona posce dari.

Monstra te esse matrem Sumat per te preces Qui pro nobis natus Tulit esse tuus.

Ce Verset a totalement disparu dans le travail de Coffi*. Il aura sans doute désespéré d'en pouvoir faire la parodie.

Vitam posce puram Iter para tutum , Ut videntes Jesum , Semper collaetemur.

La doxologie Savait pas été changée.

On voit que, pour démentir les expressions de la piété catholique , le poète , d'ordinaire si exact sur le mètre, n'avait pas été exigeant cette fois, Les fautes contre la quan-

tilé abondent dans ces strophes de nouvelle et Janséniste fabrique.

Passons maintenant à une autre Hymne de la Sainte Vierge, non moins maltraitée par Coffin. C'est celle où l'Eglise appelle Marie la Mère de la grâce et de la miséricorde, et de* mande pour ses enfants la faveur d'être reçus par Elle au moment de leur mort.

Texte de V Eglise Romaine Texte de Coffxn , dans le conservé par François de Bréviaire de Vintimilleê Harlay. (V* édition).

Mémento salmis autor Mémento de Deo Deus

Quod Dostri quoadam corporis Qaod maire natus Virglne

Ei illibala Virgine Nostri miserlus, perdit!

flascendo forwam sumpserls. Muudi redemptor veneris.

Maria, mater gratis, Et dos Oei Virgo parens,

Mater misericordiae, Vultu benigno respice :

Tu nos ab hoste protège Placabilem tua prece

Et liora mortis suscipe. Fac esse nobis flliuoj.

La doxologie est, à peu de chose près, la même.

Ce titre de Mère de miséricorde, que l'amour et la reconnaissance du peuple fidèle ont donné a Marie, était encore effacé de l'Hymne de Compiles : Virgo, Dei Genitrix. La troisième strophe ainsi conçue :

Te Matrem pietatis Opem te flagitat orbis :

Subvenias famulis, 0 benedicta tuis ;

avait été totalement supprimée et remplacée par celle-ci :

Suscipe quos pia plébs Tibi pendere certat honores :

Annue, sollicita Quam prece y posât opem.

Si on n'avait pas osé supprimer les Antiennes à la Sainte Vierge : Aima Redetnptoris; — Ave, Regina cœlorum; —Regina cœli, lœtare, et Sake Regina; on avait du moins trouvé moyen de les priver de leurs Verscis si populaires et si vénérables, Angélus Domini ; — Po$t partum, Virgo ; — Dignare me laudare te ; — Gaude et lœlare, et même Ora pro nobis , sancta Dei Genitrix. Ces Versets avaient fait place à des phrases bibliques dont la plupart n'offraient qu'un sens accommodatice et très froid.

Pour ce qui est des Fêtes même de la Sainte Vierge, on était à même de voir, à leur occasion , le plan de la secte se développer sur une plus grande échelle. D'abord, l'Office du jour de la Circoncision, Octave de Noël, qui jusqu'alors avait été en grande partie employé à célébrer la divine Maternité de Marie, avait perdu les dernières traces de celle coutume Grégorienne à laquelle le Bréviaire de Harlay lui-même, si peu favorable au culte de la Sainte Vierge, n'avait pas cru pouvoir déroger. Non seulement les fameuses Antiennes 0 admirabile commercium — Quando valus es — Rubum quem viderai — Germinavit — Ecce Maria — Mirabile mijsierium — Magnum hœreditatis mysterium, qui sont au nombre des plus précieux monuments de la foi de l'ICgîisc au mysière de l'Incarnation, ayant été composées dans l'Eglise Romaine à l'époque des Conciles d'Ephèse et de Chalcédoine, avaient disparu jusqu'à la dernière syllabe; mais, parmi les textes des saintes Ecritures qu'on avait mis à la place, rien ne rappelait la mémoire de l'antique solennité qui consacrait depuis tant de siècles le jour des Kalendes de Janvier au culte do la Mère de Dieu.

Le deuxième jour de février, quarantième du divin Enfantement, continuait d'être désigné sous ce nom : Piésentation du Seigneur et Purification de la Sainte Vierge. Celte har-

diesse, qui avait passé du Bréviaire de Clnny dans la plupart des autres Bréviaires Français, de 1680 à 1736, se faisait aussi remarquer dans le nouveau Calendrier. Du moins, la désignation de cette fête était encore remarquable par le nom de Marie , qui continuait toujours d'être exclu du titre delà fête de Y Annonciation. C'était toujours Annuntiatio Dom>nicat l'Annonciation de Notre-Seigneur, que bientôt, dans d'autres Diocèses , on appela l'Annonciation et l'Incar-* nation de Notre-Seigneur, ou l'Annonciation de l'Incarnation de Notre-Seigneur. La France presque toute entière était donc destinée à perdre cette magnifique solennité de la Mère de Dieu , qui lui fut si chère à ce titre dans le passé, et que l'Eglise Romaine regarde encore et regardera toujours comme le fondement de la gloire de Celle qui, seule, a détruit toutes les hérésies dans le monde entier. Au reste, un grand nombre de fidèles de France , ceux qui sont membres des pieuses Asso~ , ciatiocs que le Siège Apostolique a enrichies de ses faveurs * n'ont point cessé de demeurer en union avec les autres Eglises, dans la solennité du 25 Mars. Us sont avertis par l'annonce des Indulgences et par de pieux exercices, que cette Fête est une Fête de Mi rie. Quand donc elle aura été rendue à notre patrie, celte chère solennité, ces pieuses traditions formeront la vénérable chaîne à l'aide de laquelle on pourra prouver que les vœux et les hommages offerts à la libératrice du genre humain, au jour même où le Verbe s'est fait chair, n'ont point souffert , en France , une interruption totale.

L'Office de la fête de l'Assomption avait été privé de ses glorieuses Antiennes si expressives : Assumpta est Maria in cœlum—MariaVirgo assumpta est — Exaltât a est sancta Dei Genitrix. Les voûtes de Notre-Dame , qui les avaient jusqu'alors répétées , même sous l'épiscopat des Harlay et des Noailles , allaient être condamnées à les oublier pour de t. ii. 22

longues années. On n'entendrait plus lire non plus ces beaux Serinons de saint Jean Damascènc , déjà mutilés par François de Harlay, qui célébraient avec tant d'amour et de magnificence le triomphe de la Vierge bénie.

La Nativité de Marie avait perdu le brillant cortège de ces imposantes et mélodieuses Antiennes, dans lesquelles la voix, de la sainte Eglise retentit avec tant d'éclat pour annoncer aux peuples l'aurore du soleil de justice: Natimtas gloriosœ — Nativitas est hodie — Regali ex progenie— Corde et animo ChrUto canamu8 — Cum jucunditate— Nativitas tua, Dei Genitrix Virgo, etc., etc. Des textes de l'Ecriture, amenés la plupart dans un sens accommodatice et vides du nom de Marie, avaient remplacé tout cet ensemble de chants séculaires.

Et la fête de la Conception , quel soin n'avait-on pas pris de la dégrader? D'abord , on l'avait maintenue au rang de solennel mineur, auquel l'avait abaissée François de Harlay ; mais, de plus, on avait osé supprimer l'Octave de cette grande fête ; cette Octave que Louis XIV avait demandée , pour la France, à Clément IX, que, depuis, Innocent XII avait étendue au monde entier, l'Eglise de Paris ne la célébrerait plus , et elle entraînerait dans celte lamentable défection le plus grand nombre des Eglises du Royaume î

4° Il nous semble que nous en avons dit assez pour dévoiler l'intention expresse qu'avaient eu les auteurs du nouveau Bréviaire de diminuer le culte de la Sainte Vierge. Montrons maintenant ce qu'ils avaient fait contre l'autorité du Siège Apostolique. D'abord, jusqu'à la publication du nouveau Bréviaire, l'Eglise de Paris avait célébré, avec toute l'Eglise, au 18 janvier, la Chaire de saint Pierre à Rome, et au 22 février, la Chaire du même Apôtre à Antioche, pour honorer le souverain Pontificat qui avait eu son

siège successivement dans ces deux villes. C'était trop pour Vigier et Mescnguy, d'employer deux jours de Tannée à la confession d'un dogme aussi odieux à la secle que Test celui de la principauté papale. Us avaient donc réuni les deux Chaires en un même jour, et brisé encore sur ce point avec Rome et toutes les Eglises qui la suivent. L'Invitatoire des Matines était aussi fort remarquable. En place de l'ancien qui était ainsi conçu : Tu es Pastor ovium, Princepg Apottolorum , tibi tradidit Deus claves regni cœlorum, on avait substitué celui-ci : Caput corporis Ecclesiœ Dominum, venite adoremus. Certes, un Calviniste n'aurait garde de se scandaliser d'un tel Invitatoire. Mais il faut avouer qu'il est par trop fort d'avoir été choisir le jour de la Chaire de saint Pierre, Chef de l'Eglise, pour s'en venir taire dans l'invitatoire l'objet de la fêle , ou plutôt pour donner le change sur cet objet. On reconnaît là le même génie qui a créé la fameuse Oraison de saint Damase : Nullum primum nisi CArâtum sequentes , etc.

Au reste, cet Office de la Chaire de saint Pierre était remarquable par une Hymne de Coffin , dont une strophe donnait prise à une juste critique et excita des réclamations. La voici; le poète s'adresse à saint Pierre :

Cœlestis intus te Pater addocet, Hinc voce certa progenitum Deo Parente Christum conjitcris Ingenilo similem parenti.

Il est évident, par l'Evangile, que saint Pierre n'a point parlé de la sorte. Il n'a point dit que Jésus-Christ fut simplement semblable à son Père ; les Ariens le voulaient ainsi , mais le Concile de Nicée condamna cette manière de parler et obligea les fidèles à confesser explicitement l'unité de subs-

tance dans le. Père et le Fils. On conçoit que le Principal du Collège de Beauvais, quoique fort zélé pour la Délectation relativement victorieuse, ne fut pas un très fort théologien. Rien ne Pobligeail à cela : mais on n'était pas obligé non plus de Palier chercher pour composer dans le Bréviaire de Paris les Hymnes destinées à remplacer celles que la tradition et Pautorité de tant d'Eglises, jointes au Siège Apostolique, ont consacrées. Sur ce point, comme sur tous les autres, nous sommes en droit d'exiger, des nouvelles Liturgies, une doctrine plus pure, une autorité plus grande, un caractère plus élevé; autrement, toute cette levée de bouclier contre la Mère Eglise est un scandale , et rien de plus.

On avait procédé aussi par suppression pour affaiblir la dignité du Saint Siège. C'était peu que François de Harhy eût fait descendre la fête de saint Pierre au degré de solennel mineur; le nouveau Bréviaire, enchérissant sur cette témérité, la dépouillait de son Octave. Le beau Sermon de saint Léon , au second Nocturne , l'Homélie de saint Jérôme , au troisième , avaient été sacrifiés. On cherchait en vain une autre Homélie de saint Léon sur la dignité du Prince des Apôtres, qui se trouvait au Samedi des Quatre-Temps du Carême. L'Evangile même auquel se rapportait cette Homélie avait disparu. Dans la Légende de l'Office de saint Grégoire le Grand, on avait retranché les paroles dans lesquelles ce grand Pape se plaint de l'outrage fait à saint Pierre pat- Jean le Jeûneur, Patriarche de Conslantinople, qui s'arrogeait le titre d'Evêquc "Ecuménique. On a vu plus haut que plusieurs saints Papes avaient été effacés du Calendrier, ou réduits à une simple mémoire. Au reste , la secte , en cela , ne faisait rien d'extraordinaire : on sait quelle haine elle porta dans tous les temps au Siège Apostolique.

Si, après avoir reconnu quelques-unes des nombreuses preuves du système suivi au nouveau Bréviaire, dans le but .de comprimer la piété catholique et de favoriser les erreurs du temps, le lecteur vient à jeter un coup d'œil sur l'ensemble de cette Liturgie, il ne saurait manquer d'être choqué par les nouveautés les plus étranges qui s'y rencontrent de toutes parts. Le Psautier n'est plus distribué suivant l'antique division, qui datait pourtant du quatrième siècle. On voit que L'amour de l'antiquité qui transporte tous nos modernes liturgistes, ne les a pas laissés insensibles aux avantages d'un Bréviaire rendu plus court par une distribution moins pénible du Psautier. Nous le répétons, nous sommes loin de blâmer l'intention si louable de procurer la récitation hebdomadaire du Psautier ; mais les rédacteurs du nouveau Bréviaire avaient-ils réussi à donner une solution convenable de ce grand problème liturgique ? Il nous semble qu'un travail si grave appartenait, avant tout, à des mains catholiques ; il intéresse de trop près l'esprit de prière que les hérétiques ne peuvent connaître. En outre, ne devait-on pas, même en s'écarlant de l'antiquité dans ce nouveau partage des Cantiques du Roi-Prophète, suivre le génie de l'ancienne division et en conserver les mystères? Dans ce cas, on n'eût point imaginé , par exemple, de dire les Psaumes de Matines en nombre impair, dans les jours de férié ; ce qui est contraire aux traditions de l'Eglise toute entière. Etait-il donc nécessaire de supprimer en masse les belles Hymnes du Psautier Romain , qui sont toutes des premiers siècles de l'Eglise et si remplies d'onction et de lumière? Il va sans dire que Coffin avait fait les frais de toutes les nouvelles, et quant à la division du Psautier lui-même , elle était, à peu de chose près, celle de Foinard, dans son Breviarium Ecclesiasticum. Au quatrième siècle, saint Damase et saint Jérôme s'étaient

unis pour déterminer la division liturgique du Psautier. L'Eglise de Paris, douze siècles après, voulant donner une nouvelle face à cette grande œuvre , se recommandait à Vigier, à Mesenguy, à Coffin , lesquels , pour toute tradition , consultaient le Docteur Foinard !

Parlerons-nous des Absolutions et des Bénédictions qu'on avait empruntées à l'Ecriture Sainte , et dont la longueur, la phrase obscure contrastaient si fortement avec les anciennes qui étaient de style ecclésiastique, cadencées et si propres au chant ? Nous avons cité plus haut celle de Prime, comme un monument des intentions des rédacteurs. Le défaut de clarté que nous signalons se faisait remarquer principalement dans la Bénédiction de Compiles. Dans la Liturgie Romaine , elle est ainsi conçue : Benedicat et custodiat nos omnipotent et misericors Dominus, Pater, et Filius , et Spiritus Sanctus. Rien de plus simple et de plus touchant que ce souhait de paix sur l'assemblée des fidèles : Que Dieu nous bénisse, qu'U nous garde durant cette nuit : Dieu puissant qui nous gardera. Dieu miséricordieux qui nous bénira, le Père, le Fils, le Saint-Esprit ! Ecoutons maintenant Vigier et Mesenguy : Gratia Domini nostri Jesu-Christi, et caritas Dei et communicatio Sancti Spiritus sit cum omnibus vobis ! On voit tout de suite l'intention des Docteurs. D'abord la Grâce , toujours la Grâce; puis, un texte de l'Ecriture Sainte, un texte qui renferme les trois personnes de la Sainte-Trinité. Voilà leur pensée , l'objet de leur triomphe. Nous dirons d'abord qu'il faut avoir une terrible peur de la Tradition ou une bien violente antipathie contre elle, pour la poursuivre, à coups d'Ecriture Sainte , jusque dans une Bénédiction de deux lignes. Ensuite, le texte biblique qui remplace la formule Romaine est-il donc si propre à remplir le but qu'on se propose? Un théologien trouvera sans doute le mystère de la Trinité dans

celte phrase de l'Apôtre ; mais les simples fidèles > accoutumés à faire le signe de la croix pendant que le Prêtre prononçait ces mois : Pater, et FiUus, et Spiritus Sanctus, comment feront-ils désormais? Voici une formulé dans laquelle on commence par nommer Jésus-Christ , sans la dénomination de Fils ; vient ensuite le nom de Dieu , sans la qualité de Père, ci placé d'ailleurs au second rang, après le Fils; enfiu le Saint-Esprit, avec le mot communication qui n'est pas des plus clairs. Il nous semble que l'Eglise Romaine , quoiqu'elle ne parle pas si souvent de la Grâce, s'entend mieux encore à instruire et à édifier le peuple fidèle. Ce procédé d'examen auquel nous venons de soumettre la Bénédiction Parisienne des Complies, peut être appliqué avec facilité, et presque toujours avec un résultat aussi favorable à la Liturgie Romaine, dans les nombreuses occasions où les nouveaux Livres ont remplacé les formules Grégoriennes.

Le Propre du Temps, dans le nouveau Bréviaire, ne présentait pas un seul Office qui n'eût été refait , et même la plupart du temps, en entier. Les fêtes de Noël (1), de Pâques, de la Pentecôte, n'étaient plus célébrées par les mêmes chants. L'Avent , le Carême , le temps Pascal , avaient vu sacrifier leurs innombrables Répons, Antiennes, Versets, Leçons ; à peine une centième partie avait été conservée. Mais ce qui était le plus grave et en même temps le plus affligeant pour la piété catholique, c'est que l'Office des trois derniers jours de la Semaine Sainte avait été entièrement refondu et présentait, dans sa presque totalité, un aspect différent de cet imposant corps de psalmodie et de chants qui remontait aux premiers siècles , et auquel se conforment chaque année les diverses Eglises et Monastères qui

(1) Si on excepte quelques Antiennes et un Répons.

ont le privilège d'user, le reste du ten ps, d'une Liturgie particulière. Ts'avail-on pas aussi le dr< it de regarder comme un attentat contre le divin Sacremen t de l'Eucharistie , la suppression de cet admirable Office du Saint Sacrement, dont la composition , ou , si Ton veut , la d sposilion, forme une des principales gloires du Docteur Angélique? Ne serait-il pas humiliant pour l'Eglise de Paris de répudier saint Thomas d'Aquin, pour accepter en place Vigier et Mesenguy? Par grâce singulière, on avait pourtant ga^é les Hymnes.

Le Propre des Saints , comme on doit déjà le conclure de ce que nous avons dit, présentait un aspect nou moins affligeant. Les réductions faites au Calendrier Pavaient appauvri dans la même proportion. Les Légendes , dépouillées d'une partie de leurs miracles et de leurs récits pieux ; les anciens Offices propres de la Sainte Croix , de la Toussaint , de saint André, sainte Lucie, sainte Agnès, sainte Agathe, saint Laurent, saint Martin, sainte Cécile, saint Clément, etc., supprimés malgré leur ineffable mélodie ; les Octaves , non seulement de saint Pierre et de saint Paul, mais de saint , Jean-Baptiste et de saint Martin , anéanties ; la plupart des Offices réduits à trois Leçons, afin de rendre l'Office plus court ; voilà quelques-unes des graves innovations qui choquaient tout d'abord la vue dans le nouveau Propre des Saints.

Les Communs n'étaient pas moins modernisés. Dans l'ancien Bréviaire, cependant, ils étaient presque entièrement formés des paroles de l'Ecriture Sainte, et c'était à cette môme source que François de Harlay avait été chercher les Antiennes et les Répons dont il avait jugé à propos de les augmenter. Dans l'œuvre de Vigier et Mesenguy, tout avait été renouvelé , Antiennes, Répons, Versets, Hymnes, Capitules, etc.; à peine avaiUon fait grâce à deux ou trois

textes qui, encore, avaient été changés de place. De nouveaux Communs avaient été ajoutés ; ce que nous ne voulons pourtant pas blâmer en soi ; mais une grave et déplorable mesure était la suppression du titre de Confesseur, qui, cependant, occupe une si grande place dans l'économie de la Liturgie, et qu'on cherchait vainement indiqué dans le partage des différents Communs.

L'Office de Beata in Sabbato , le petit Office de la Sainte Vierge lui-même, déjà défigurés par François de Harlay, avaient reçu le dernier coup dans le nouveau Bréviaire. Hors les Psaumes qu'on avait conservés , c'était à peine s'ils conservaient quelque rapport avec les mêmes Offices tels que le peuple Chrétien a coutume de les réciter et de les chanter.

Les prières de la Recommandation de l'âme avaient été tronquées, et lea*parties considérables qu'on avait fait disparaître et qui étaient remarquables par une si merveilleuse onction et par un langage tout céleste, avaient été remplacées, suivant l'usage , par des Versets et des lectures de la

L'Office des Morts, si ancien, si primitif, se montrait refait sur un nouveau plan. La plupart des Antiennes avaient disparu; les sublimes Répons de Matines, à l'exception d'un seul, ne se trouvaient plus. Ce nouveau Bréviaire de Paris n'avait pas même fait grâce aux Répons de Maurice de Sully, que l'Eglise Romaine et celles qui la suivent gardent encore, en attendant que l'Eglise de Paris vienne les lui redemander. On avait été jusqu'à faire un nouveau Libéra avec des morceaux du Psaume LXVIIL L'Office de Laudes avait été abrégé d'un tiers. Cependant, les morts qui ne sont plus en voie de profiter des avantages d'une prière plus courte, les mort» qui sont si vite oubliés, auraient bien eu droit qu'on fit

pour eux quelque exception dans celle mesure générale d'abréviation liturgique.

Enfin , dans le nouveau Bréviaire tout entier, il n'y avaii que deux articles sur lesquels eût été conservée fidèlement l'ancienne forme. C'étaient la Bénédiction de la Table et Y Itinéraire. On avait été tolérant jusqu'à laisser, dans la première, les paroles Mensœ cœlestis participes, etc., et AdCœnamperpetuœ vitœ, etc. ; et, dans le second, l'Antienne tout aussi peu biblique ln viam parts. Etait-ce oubli, ou préméditation ? Nous ne saurions le dire ; mais nous avons dù faire cette remarque pour compléter ce coup d'œil général sur l'œuvre de Vigier et Mesenguy.

Le nouveau Bréviaire étant tel que nous venons de le décrire, son apparition ne pouvait manquer d'exciter un soulèvement dans la portion du Clergé qui s'était formellement déclarée contre les nouvelles erreurs. Le Séminaire de Saint- Sulpice qui, dès 4680, n'avait renoncé au Bréviaire Romain pour accepter celui de François de Harlay , qu'après une résistance consciencieuse et sur l'injonction expresse de cet Archevêque, protestait contre la nouvelle Liturgie avec une franchise digne de l'inviolable orthodoxie qu'il avait toujours fait paraître. Le Séminaire de Saint-Nicolas-du-Chardonnet témoignait les mêmes répugnances ; plusieurs Curés, entre autres Parquet > Curé de Saint-Nicolas-des-Champs , manifestaient hautement leur indignation. Le conseil même de l'Archevêque était divisé. Les Abbés Robinet et Regnauld, Grands-Vicaires du Prélat , n'avaient qu'un même langage contre le Bréviaire avec le Docteur Gaillande, filleul de Tournely et l'un des plus ardents adversaires du Jansénisme.

Tout à coup , on vit paraître un écrit énergique intitulé : Lettre sur le nouveau Bréviaire, brochure de onze pages

in-4°, datée du 25 mars 4736, dans laquelle étaient résumés avec précision et vigueur les motifs de cette opposition dans laquelle se réunissaient les corps et les personnes que Paris et la France entière connaissaient pour être les plus intègres dans la défense des décisions de l'Eglise contre le Jansénisme. Les Nouvelles Ecclésiastiques attribuèrent cet écrit à Gaillande; mais, suivant l'Ami de la Religion, il avait pour auteur le P. Claude-René Hongnant, Jésuite , un des rédacteurs des Mémoires de Trévoux (1). Quoi qu'il en soit, le scandale monta bientôt à son comble , pour le triomphe de la secte, et aussi, par la permission divine, pour l'instruction des Catholiques. Pendant que l'Archevêché se taisait dans un moment aussi solennel que celui où un Prêtre orthodoxe signalait les perfides manœuvres de l'hérésie jusque dans un livre pour lequel on avait surpris l'approbation d'un Prélat cassé de vieillesse; les gens du Roi, par suite de leurs vieilles prétentions déjuges en matière de Liturgie, prenaient fait et cause pour le nouveau Rréviaire, et un arrêt du Parlement de Paris , rendu le 8 juin , sur le réquisitoire de l'Avocatgénéral Gilbert de Voisins , condamnait la Lettre sur le nouveau Bréviaire à être lacérée et brûlée , au pied du Grand Escalier, par la main du bourreau. C'était sous de pareils auspices que s'annonçait la nouvelle Liturgie.

Cependant, une réaction se préparait à l'Archevêché. Charles de Vintimille , inquiété par les réclamations des deux Grands-Vicaires, mu aussi par les remontrances du Cardinal de Fleury, résolut de faire droit, au moins en quelque chose, aux plaintesqui arrivaient de tous côtés de la part des Prêtres les plus vénérables et d'ailleurs les plus attachés à sa personne. Rejeter avec éclat un Bréviaire qu'on avait annoncé au Diocèse

(1) LAmi de la Religion. Tome XXVI. page 292.

avec tant de solennité, était un parti bien fort et qu'on ne pouvait guère espérer d'un vieillard qui, d'ailleurs, eût trouvé sur ce point une vive opposition dans la majorité de son conseil. Dans le courant du mois de juillet, le Prélat réunit une commission composée de l'Abbé d'Harcourt , Doyen de Notre- Dame, le même qui avait fait choix de Vigier pour la rédaction du Bréviaire; l'Abbé Couet, autrefois Grand- Vicaire du jCardinal de Noailles, et connu pour ses liaisons avec la secte a laquelle avait si long-temps appartenu cet Archevêque ; tes Abbés de Romigny, Joly de Fleury, de La Chasse , et enfin le Père Vigier lui-même. On n'avait pas, sans doute, osé inviter Mesenguy : les deux Grands-Vicaires, Robinet et Regnauld, n'avaient pas non plus été convoques. Dans cette réunion, l'Archevêque proposa la question de savoir ce qu'il pouvait y avoir à faire dans la conjoncture délicate où l'on se trouvait. Les Abbés d'Harcourt et Joly de Fleury, et avec eux le P. Vigier, étaient d'avis qu'on passât outre , sans se préoccuper des plaintes qui s'étaient élevées. Les Abbés de La Chasse et de Romigny se retranchèrent dans le silence sur l'objet de la délibération. Enfin, l'Abbé Couet, qui, si l'on en croit les Nouvelles Ecclésiastiques , pensait au fond comme l'Abbé d'Harcourt et les deux autres, étant effrayé des suites de cette affaire , conseilla à l'Archevêque une demi-mesure qui consisterait à maintenir le Bréviaire , en plaçant des cartons dans les endroits qui avaient le plus révolté les partisans de la Bulle. Cet avis fut adopté (1).

On commença donc de suite une nouvelle édition du Bréviaire, toujours sous la même date de 1756 , et on prit des mesures pour arrêter le débit de la première dont les exem-

(1) Nouvelles Ecclésiastiques. 28 juillet 1736. Ami de la Religion. Mdm. ,

plaires, par suite de cette mesure , sont devenus extrêmement rares. Au reste, les corrections ne furent pas très nombreuses. La plus remarquable fut la suppression de Y Ave maris stella, arrangé par Coffîn, et le rétablissement de celte Hymne dans son ancienne forme. On rétablit l'Homélie de saint Jean-Chrysostôme , qui avait été supprimée dans l'Office de saint Jacques le Majeur. On fit disparaître le Canon du troisième Concile de Tolède, placé à Prime du Mardi de la quatrième semaine de Carême , etc.

Il était aisé de voir que ces légers changements , par lesquels on voulait donner quelque satisfaction aux Catholiques, n'atteignaient point le fond du Bréviaire lui-môme, et laissaient même sans correction plusieurs des passages qui avaient excité des réclamations spéciales. Il fut impossible d'obtenir davantage. Mais aussi de quelle défaveur devait être marquée, aux yeux de la postérité, une œuvre liturgique composée pour une grande Eglise , promulguée par le premier Pasteur, et qui , après cette promulgation , était soumise à l'humiliante insertion de cartons jugés nécessaires pour apaiser le scandale qu'elle produisait clans le peuple fidèle. Que ceux qui nous ont suivi dans toute cette longue histoire des formes du culte divin , disent s'ils ont jusqu'ici rencontré rien de semblable !

Le courageux auteur de la Lettre sur le nouveau Bréviaire , ne jugeant pas que la censure du Parlement eût , pour sa conscience de Prêtre et de Religieux, une valeur réelle, et espérant encore ouvrir les yeux du Prélat qui venait d'attester si hautement que sa religion avait été surprise, crut devoir lui adresser une Remontrance pleine de respect , qui était en même temps une seconde Lettre sur le nouveau Bréviaire. Celte brochure, de douze pages in-4n, éprouva, de la part des magistrats du Parlement , toujours fidèles à leur

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rôle d'arbitres de la Liturgie , le même sort que la précédente (1). Nous croyons faire plaisir à nos lecteurs en donnant ici cette pièce en entier. Ils y admireront le zèle de la foi et la liberté sacerdotale admirablement conciliés avec les souverains égards dus à un personnage tel que Charles de Vintimille.

« Monseigneur,

t Ce n'est point ici le langage de l'indocilité et de l'orgueilleuse révolte que vous allez entendre. Enfant respectueux 9 de l'Eglise qui demande pour première vertu la soumission, » je ne sus jamais qu'obéir ; j'eus toujours pour elle et pour 9 les oints du Seigneur, nos Pères et nos Maîtres, ce tendre

> respect et cette docilité entière qui caractérisent le vrai fi- 9 dèle, et jamais je ne tremperai ma plume dans le fiel amer 9 que présente l'erreur ou la séduction.

9 Si j'ose aujourd'hui vous faire d'humbles représentations • et me plaindre de vous-même à vous-même , c'est l'intérêt

> de votre gloire qui m'inspire , c'est le zèle de celle religion » que vous aimez , que vous soutenez, que vous avez toujours 9 si glorieusement défendue. Daignez un moment jeter les 9 yeux sur ces réflexions simples et naïves. Que le titre ordi- 9 nairement odieux de Remontrance , sous lequel je l'annonce, 9 ne me ferme point, chez Votre Grandeur, une entrée qui 9 ne fut jamais refusée à personne.

9 II en est de différentes espèces, selon la différence des 9 motifs qui font agir, d'intérêt ou de fanatisme. Quoi qu'il 9 en soit, daignez lire celle-ci avec cette bonté ordinaire qui 9 nous charme. Si par hasard elle n'est appuyée sur aucun 9 fondement solide, qu'importe à votre gloire! Regardez-la

(1) Elle fat condamnée au feu par arrêt du 20 août 1736.

9 avec ce noble mépris dont on doit payer un téméraire dé- » lire; tout le public se joindra bientôt à vous. Mais si je suis i assez heureux pour parler le langage de la raison et de

> l'équité , de la religion et de la piété , il est de votre droi-

> ture et de votre grandeur d'âme de ne pas fermer les yeux i à la lumière que j'ose prendre la liberté de vous présenter. » Vous prévenez peut-être déjà ma pensée. Dans tout le cours » d'une longue carrière, il n'est qu'une seule démarche qui » n'ait pas obtenu le suffrage de l'approbation publique dont » je vois toutes les autres marquées. Sans doute qu'elle seule

> peut arracher nos plaintes et suspendre pour un moment

> les justes éloges que vous doivent tous ceux qui savent » discerner le vrai mérite. Cependant, quand il faut m'expli- >quer, je sens qu'il me faut faire un violent effort. Àu nom

> seul de Bréviaire , je crains de vous contrister, et l'idée de » votre peine suffit pour m'accabler moi-même de douleur. » Mais enfin c'est un crime de se taire dans ces circonstances,

• et peut-être un jour me saurez-vous gré de la liberté que

> je prends. Il faut lever ce voile qu'on tâche de vous mettre

> sur les yeux, pour vous empêcher de voir ce que tout le

> monde aperçoit. ,

> Apprenez donc de moi ce que pense tout le public Catho-

> lique ; j'ose protester devant Dieu que tous vos bons Diocésains s!expliquent ici par ma plume, et qu'en lisant ce

> qu'elle vous trace, vous lisez les sentiments de leurs cœurs.

»Oui, Monseigneur, le Bréviaire que vous leur avez mis

> entre les mains ne convient ni à leur religion , ni à la vôtre. » Il détruit ce que vous leur enseignez et ce qu'ils croient. Et

• que faut-il donc enfin pour vous le persuader? Tout parle

• contre lui : son histoire abrégée suflTra pour la conviclion »Ia plus sensible et la plus palpable.

» Le père de cet ouvrage informe est un Prêtre de l'Ora-

> toire , zélé par goût autant que par état pour un parti qu'il » aurait autrement défendu que par la composition d'un Bréviaire, s'il avait eu plus de lumières et de talents. Il s'est » associé depuis, pour la composition des Hymnes , un pré- 9 tendu poète plus connu par son appèl au futur Concile que 9 par ses poésies , plus occupé à fomenter les nouvelles er- » reurs dans son collège, qu'à y faire fleurir les bonnes mœurs »et les belles-lettres.

» Il y a plus de quinze ans que ce fruit conçu dans les té- >nèbres était en état de paraître; mais il fallait trouver un » protecteur à l'ombre duquel il pût impunément braver le » grand jour, et quels efforts n'a-t-on pas mis en œuvre pour »la réussite de ce projet? L'ouvrage était à peine achevé,

> qu'on s'adresse à feu Monseigneur le Cardinal de Noailies » pour le lui faire adopter ; mais nous savons que ce Prélat le » rejeta avec mécontentement, et qu'il ne voulut point souffrir qu'on lui en parlât. Feu Monseigneur de Lorraine, >Evêque de Bayeux, se montra plus favorable au Bréviaire; » il désira d'en introduire l'usage dans son Eglise, mais le

> soulèvement de tout son Chapitre et de tout son Diocèse » contre lui , l'empêcha de tenter l'entreprise, et Son Altesse >ne crut pas que son nom ni sa dignité pussent mettre l'ou- >vrage à couvert de la censure publique. Se serait-on persuadé (et qu'on juge par ce seul trait des intrigues du parti)

> qu'un Bréviaire ainsi proscrit dût être un jour à I'ab» i d'un » nom aussi respectable et aussi cher à l'Eglise que l'est celui » de Vintimille ?

* Voilà, dis-jc , un violent préjugé fondé sur la qualité des

> auteurs et capable de jeter sur cette production un soupçon >plus que légitime, soupçon qui se tourne en preuve convaincante par les événements qui précédèrent et qui ont • suivi l'édition.

» Accuser indifféremment tous les examinateurs ; c'est ce que l'équité ne nous permet pas. 11 y avait parmi eux des Catholiques, et des Catholiques décidés. En quel nombre? Monseigneur, vous le savez ; mais enfln la conduite qu'ils ont tenue, ou que Von a tenue à leur égard, montre ce qu'ils ont pensé. Vous le savez , Monseigneur, la crainte de contrister V. G. m'empêche de la lui remettre devant les yeux. En vain voudrait-on rendre garant de cet ouvrage ces hommes respectables et si dignes de votre confiance. Le public sait que tous (je ne comprends point parmi eux feu M. Couct , dont toute la fonction a été d'encenser en toute occasion et le nouveau Bréviaire et son auteur , et dont fe suffrage devait- rendre l'ouvrage suspect) ont fait plusieurs fois , quoiqu'inutilemcnt , de très importantes représentations, tant sur les auteurs que sur le fond et la forme de ce Bréviaire. Tout Paris sait qu'on n'eut presqu'aucun égard à leurs réflexions; de sorte qu'à proprement parler, on peut dire que tous les approbateurs dd Bréviaire ont été ou les auteurs mêmes, ou des hommes connus pour être partisans de l'erreur.

«Combien d'autres représentations Votre Grandeur n'at-elle pas reçues de tous les côtés? Elle a plusieurs fois témoigné qu'elle en était fatiguée; tristes, mais trop sûrs garants du bruit que devait faire l'édition , et des alarmes qu'elle causerait. Elles sont parvenues jusqu'à vous , Monseigneur, et ce sont des faits que vous ne pouvez dissimuler. Vous n'ignorez pas que l'acceptation du Bréviaire par vos bons Diocésains , est un sacrifice forcé de leur soumission au poids de votre autorité. Le Séminaire de Saint-Nicolas- » du-Cbardonnet n'a point caché ses justes répugnances; «mais le Curé ayant voulu absolument qu'il fût chanté dans » son Eglise , il n'a pas été possible de lui résister.

> Les Prélats gui vous avaient promis de se joindre à vous

> commencèrent à se dégager d'une parole que leur cons-

> cience ne leur permettait pas de garder. M. l'Evéque de

> Valence comptait d'adopter le nouveau Bréviaire ; il a » changé de résolution et s'en est assez nettement déclaré. Le

> Chapitre de Lodève était près de l'accepter de la main de » son Evéque ; aujourd'hui il est déterminé à ne jamais soufi frir que le Diocèse en soit infecté , et ce changement est le

> fruit de la lecture que quelques-uns d'entre eux en ont

> fait.

»M. l'Evéque de La Rochelle a avancé i 0,000 livres; mais » on ne doute point qu'il ne les sacrifie généreusement, plutôt » que de faire un présent si funeste à ses Diocésains.

> Tandis que les Catholiques , par des plaintes et des démarches publiques, montrent l'idée qu'ils ont conçue du

* nouveau Bréviaire, les sectateurs des nouvelles opinions

> triomphent publiquement. M. de Montpellier s'en est déclaré »le protecteur; il met tout en œuvre pour le faire recevoir i par son Chapitre très orthodoxe , qui n'en veut pas.

> Les plaintes des uns , le triomphe des autres , font un

> argument dont un magistrat éclairé a senti toute la force. » Voici comment il s'en est expliqué :

»Si Monseigneur P Archevêque, disait-il, me parlait de son

> Bréviaire, je lui demanderais : Quels sont ceux qui ré-

> clament contre ce nouveau Bréviaire? Ce sont tous les bons

* Catholiques, tous ceux qui sont connus par leur soumis- »sion à l'Eglise, par leur attachement sincère à votre personne et à votre autorité, et qui, depuis votre arrivée à .» Paris, n'ont cessé de la défendre contre les novateurs. Qui

* sont maintenant ceux qui en prennent la défense, qui sont

> empressés à le faire chanter, qui disent que c'est un coup »du ciel que ce Bréviaire paraisse sous votre nom? Ce sont

> ceux qui sont révoltés contre l'Eglise et ses décisions, ceux » qui n'ont cessé de vous déchirer dans leurs libelles , ceux. » qui ont tout mis en œuvre pour noircir votre réputation et » déshonorer votre épiscopat ,. ceux en un mot que vous avez

> toujours paru regarder comme hérétiques. Il ne vous con- » vient pas de vous déclarer ni contre les premiers, ni en » faveur des derniers ; et cependant c'est ce que vous parais- >sez faire, lorsque vous soutenez le Bréviaire et que vous

> vous engagez à le soutenir toujours ; vous donnez lieu aux i Appelants de dire , comme ils le disent en effet , que vous » tournez de leur côté.

» Telles étaient , Monseigneur, les réflexions de ce magis- » trat dont vous estimez la religion , la droiture et les lu- >mières.

» Voilà , ce me semble , pour toutes les personnes non pré-

> venues , des preuves assez solides ; mais on n'aurait pas

> absolument besoin de tous ces arguments étrangers, puisque

> l'ouvrage dont il s'agit porte dans lui-même sa condamna- >tion, pour quiconque se donne la peine de l'examiner.

> L'auteur de la Lettre sur le Bréviaire démontre qu'il ne

> peut être que l'ouvrage du parti , et qu'à ce seul titre , il » nous doit être odieux. Persuadera-t-on jamais , en effet ,

> que des Catholiques aient pu faire les indignes retranche- >ments qu'il cite des passages formels et décisifs contre les » nouvelles erreurs? Il est vrai qu'il ne parle que de peu de » substitutions perverses où le dogme soit directement atta- » qué. Quelles que puissent être les raisons qui l'ont empêché » d'entrer dans un plus long détail, ce n'est pas la faute du «Bréviaire qui s'en trouve rempli.

• Vous-même, oui, Monseigneur, V. G. elle-même s'est » déclarée contre cet ouvrage d'une manière non équivoque. » Les mouvements qu'elle se donne pour le corriger, s'il était

» possible , ces cartons qu'elle fait apposer de toutes parts et » qui se multipliant par la recherche des erreurs, sont autant

• de témoins irréprochables , qui justifient nos plaintes et

• condamnent hautement le Bréviaire.

» Réunissons à présent toutes ces preuves : n'en résulte-t-il >pas\ dans les esprits les plus prévenus, que tout parle effectivement contre le Bréviaire? La qualité des auteurs justement suspects, la difficulté qu'ils ont eu à lui trouver un

> patron , la division des examinateurs , la multitude des représentations, les plaintes des Catholiques et l'approbation

• de leurs adversaires, la lecture du Bréviaire lui-même et

• votre propre conduite, en faut-il davantage pour me faire

• dire avec justice qu'il ne convient ni à vous, ni à vos Diocésains? et peut-il y avoir des préjugés assez forts qui ne i tombent à la vue de preuves si lumineuses?

» Je ne vois rien qui semble parler en sa faveur que l'arrêt » du Parlement par lequel on a prétendu flétrir la Lettre qui » l'attaque ; mais j'ose ici vous le demander à vous-même ,

> Monseigneur, et m'en rapporter aux secrets sentiments de

• votre cœur; si l'opposition que vous trouvez au Bréviaire

> doit vous causer quelques inquiétudes , cet arrêt sera-t-il

> capable de les apaiser?

• Combien de réflexions judicieuses qu'il ne m'est pas

• permis de mettre ici dans leur jour, doivent se présenter à

• votre esprit pour balancer l'autorité d'un pareil jugement ! >N'a-t-on pas vu souvent? Mais je m'arrête , j'oubliais

> que le respect doit conduire ma plume , et qu'il est des vé-

• rités sur lesquelles il ne m'appartient pas de m'expliquer.

• Au moins, n'avez-vous pas sans doute oublié que l'Avocat- > Général qui paraît aujourd'hui prendre votre défense, est

• le même qui , plus d'une fois , éleva la voix dans le Parle-

• ment pour flétrir vos ouvrages et les couvrir, s'il était pos-

>sible, d'une éternelle ignominie? Si les coups qu'il porte » contre la Lettre ont quelque poids, ils curent le même effet

• contre vos Mandements , et approuver aujourd'hui son mi- >nistère, c'est souscrire à votre condamnation. Non, son

• plaidoyer, ni l'arrêt qui le suit, ne calmeront point les in- » quiétudes d'un Prélat véritablement orthodoxe qui ne re-

> connaît que l'Eglise seule pour juge en matière de foi et de

> religion.

• J'ajoute, qu'à ne consulter que l'arrêt lui-môme, le Bréviaire n'est jamais justifié. J'ai en main le répertoire de

• M. Gilbert de Voisins. Que dit-il? et que condamne-t-il? » Entre-t-il dans le fond des matières? exaraine-t-il les preuves » sur lesquelles la Lettre forme ses accusations ? Il n'avait i garde. Le brillant obscur dont il a coutume d'envelopper ses » tortueuses périodes, n'aurait pu répandre aucuns nuages sur

> l'évidence des preuves et des raisons de l'auteur de la Lettre.

»11 s'arrête précisément au détail minutieux de quelques » phrases un peu fortes qu'il accable d'épithètes plus fortes • » encore, mais qui, dans le vrai, ne signifient rien, puis-

• qu'enfin, avant que de condamner ces expressions préten-

> dues trop fortes , il faut prouver qu'elles portent à faux ; » ce qu'il ne fait pas. Le principal motif qu'il apporte pour le

• condamner, est l'affectation singulière des qualités d'héré- » tiques et de Catholiques appliqués à ceux qui vivent dans

• le sein d'une même Eglise; c'est-à-dire , Monseigneur, qu'il

• en veut autant à V. C. qu'à l'auteur de la Lettre, puisque

> vous avez fait la même distinction dans vos Mandements , » c'est-à-dire qu'en feignant de vous défendre, il vous attaque

• véritablement ; c'est-à-dire qu'il flétrit de nouveau vos Maniements avec la Lettre; c'est-à-dire, en un mot, que son 9 réquisitoire vous est aussi injurieux , qu'il pourrait l'être à

> l'auteur inconnu.

358 institutioks

» Il est donc incontestable qu'en recueillant les voix diffé-

> rentes, il s'élève un espèce de cri général contre le nouveau «Bréviaire; vouloir se cacher cette vérité, c'est se mettre i sur les yeux un bandeau volontaire , pour ne pas apercevoir » un objet réel qui blesse la vue. Or, dans de telles circons- » tances généralement avouées, comment convient-il à V. G. »de se comporter? C'est ce qui doit faire l'objet de ses plus

> sérieuses réflexions , et je m'en rapporterai volontiers à la » décision de sa piété rendue à elle-même et débarrassée des » conseils de la molle condescendance. C'est à ce tribunal que >j'en appelle, et je m'assure du triomphe de ma cause. Il n'y » a que deux partis à prendre : l'un , de corriger le Bréviaire

• et d'en retrancher tout ce qui peut blesser la délicatesse

> catholique ; l'autre , de le repousser absolument et de le

> tenir comme non avenu.

» Il paraît que c'est au premier parti que V. G. s'en est » tenue ( car on n'est pas venu à bout de lui cacher tout l'arttifice de ce mystère d'iniquité ) ; mais ce qu'il y a de pcr- » sonnes autorisées dans votre Diocèse vous proteste ici, par » mon ministère , que vous tentez une chose impossible. Mal- >gré la déclamation non prouvée de PAvocat-Général , il » demeure constant parmi eux que tout le Bréviaire est une » masse d'un levain corrompu, de laquelle on n'exprimera » jamais un suc salutaire dont les Catholiques veuillent se

• nourrir. Comment, en effet, rétablir tous les retranchements des fêtes, des Octaves, des prières à la Sainte Vierge

> et de cette immensité de textes de l'Ecriture et des SS. Pères, » que les auteurs ont sacriûés aux mains de Jansénius et de » Quesnel? Comment effacer des Hymnes, des Leçons, des » Capitules , des Répons , des Oraisons , cette multitude de » phrases captieuses, équivoques, mal sonnantes, pour ne » pas dire hétérodoxes, sous lesquelles on a eu l'adresse d'in-

»sinuer des erreurs si souvent condamnées? Il faudrait ab- » somment repétrir, refondre toute cette masse impure, » c'est-à-dire, qu'il n'en coûterait pas davantage pour refaire

> un nouveau Bréviaire.

• La chose fût-elle possible, ce qui n'est pas, croyez- vous, » Monseigneur, que les vrais Catholiques trouveront jamais »du goût à réciter un Bréviaire composé par des ennemis de

• l'Eglise leur Mère? Non, nous ne voulons point de leurs » présents ; nos lèvres ne souffriront qu'avec peine des prières

• dont les auteurs ne furent pas nos défenseurs; et le triste

• souvenir que nous les tenons d'Appelants et de fauteurs "

• d'hérésie, sera capable de troubler la dévotion de nos

> temples et de répandre l'amertume sur la sainte gaieté de

• nos plus belles fêtes. Le dirai-je, Monseigneur? nous craignons de prononcer des blasphèmes, en ne récitant que

> des paroles respectables et uniquement tirées de nos saintes » Ecritures. Un passage isolé , détaché de ce qui le précède » et de ce qui le suit , souvent ne présente par lui-même au-

> cun sens ; mais l'union artificieuse de plusieurs de ces pas-

> sages leur donne souvent un sens tout-à-fait étranger, et

• c'est ainsi que la parole de Dieu dans la bouche des héré- > tiques devient le langage de l'erreur. Par exemple, com-

> parer l'état présent de l'Eglise à l'état d'Israël séduit par

> Jéroboam , faire entendre qu'il ne la faut plus chercher que » dans un petit nombre d'élus que la Grâce du Seigneur s'est

• réservé, n'est-ce pas le langage familier de tous les hérétiques? Attendre que le Prophète Elie vienne soutenir la

> foi du petit troupeau persécuté , n'est-ce pas le fanatisme » dominant de nos jours? Des paroles tirées des saints Livres

• présentent toutes ces horreurs dans plusieurs Bépons et

• plusieurs Versets de l'Office du VIIe Dimanche après la Penttecôte. Dira-t-on que ce n'est pas là le sens naturel des

• paroles citées dans le Bréviaire ? Qu'importe , si les Catho- , » liques ne peuvent douter que ce ne soit là le sens qu'on a » voulu leur présenter ? Les traits de celte nature sont sans » nombre.

• Reste donc, Monseigneur ( ici je sens qu'il faut me faire »une nouvelle violence ; c'est avec peine que l'amour de la

• vérité l'emporte sur le respect ), reste donc, puisqu'il faut

• le dire, de reconnaître généreusement que vous avez été » trompé , et de proscrire hautement un ouvrage qu'une con-

> fiance bien excusable dans un Prélat accablé de tant d'oc-

> cupations vous a fait adopter.

• S'il n'y avait que ce premier pas à faire , je crois aisé-

• ment que V. G. n'y trouverait point de difficulté; une âme » élevée comme la vôtre est au-dessus de cette faiblesse orsgueillcuse qu'un glorieux aveu fait rougir. Vous savez qu'il » n'appartient qu'à l'élévation d'un noble génie de se croire

• sujet à l'erreur, et que ce qui sépare le grand homme d'a-

• vec l'homme faible n'est pas de ne commettre aucune faute,

> mais de savoir les avouer et les réparer. L'immortel Ar- » chevêque de Cambrai ne s'est jamais tant distingué par la

• sublime beauté de ses ouvrages , que par l'humble aveu » qu'il a fait en chaire de s'être trompé. Et son nom ne serait

• pas si glorieux dans les fastes de l'Eglise, s'il avait toujours

• été à couvert de tout reproche.

• Le second doit vous coûter beaucoup plus, sans doute,

> parce qu'il entraîne après lui de fâcheux embarras. Les frais

• sont faits; la dépense est énorme; oii trouver des fonds

• pour rembourser le libraire et l'indemniser de ses avances? » Je conviens que cet article souffre difficulté. Il faudra se

• donner des mouvements, lever bien des obstacles et de dif- » férentes espèces ; mais enfin la chose doit-elle être regardée

• comme impossible? Les fonds de charité, d'honneur et de

» bienséance , sont-ils donc épuisés dans la plus riche capitale

• du monde? ou n'y a-t-il aucune voie à quelque accommo-

> dément? Je conviens encore que , malgré les ressources du

• zèle et de l'ingénieuse piété, différents particuliers pourront

> souffrir quelque perte ; mais fût-elle fort au-dessus de ce

• qu'elle pourrait être en effet, des intérêts purement hu- » mains peuvent -ils arrêter ou suspendre une démarche

• prouvée nécessaire à la religion?

> Rendez-vous donc, Monseigneur, à ce qu'elle vous de-

• mande aujourd'hui. Toujours vous vous fîtes un devoir

> capital d'être docile à sa voix et de vous conduire selon la

> sainteté de ses maximes. Il n'est qu'un seul trait dans une

• longue suite d'années qui ne soit pas à couvert de la cri-

> tique ; trait cependant qui sera marqué dans les fastes de » l'Eglise, trait qui pourra défigurer le glorieux portrait i qu'on y fera de votre personne : hâtez- vous de l'effacer.

> Vous avez toujours été un de ces murs d'airain, une de ces » colonnes inébranlables que la religion oppose à l'hérésie. «Vous êtes encore aujourd'hui son ornement et son appui;

> c'est un éloge que la malignité et l'envie ne peuvent vous » refuser, et auquel je suis le premier a souscrire. Vous soutiendrez jusqu'à la fin ce noble caractère : vous vous soutiendrez de ces beaux sentiments tracés avec tant d'énergie

• dans la lettre que vous écriviez au Roi, quelque temps

> après que vous eûtes pris le gouvernement de cette Eglise : » Je ferai mon devoir ( disiez-vous ) , je le ferai avec le zèle et >la fermeté d'un Evéque , qui, après avoir vieilli dans l'épis- » copat, n'est pas venu dans la capitale pour trahir son minis-

> tère et pour le déshonorer à la fin de ses jours ; jours précieux,

• Monseigneur, pour lesquels je me trouverais heureux de sa-

> crifier les miens inutiles au monde, et qui s'avancent, hélas!

• pour notre malheur, à pas trop précipités, H faudra pa.

56i INSTITUTIONS

» raître devant ce Juge redoutable qui trouve des iniquités •jusque dans ses Saints. Vous porterez à son tribunal des i œuvres de salut et des vertus dignes d'un zélé ministre du

• Dieu vivant dont vous avez soutenu les autels, mais vous y » rendrez compte aussi de ce qui fait le sujet de cette humble

• Remontrance. Au nom du Dieu que nous servons , au nom

• de cette religion que nous suivons, examinez sérieusement

• et pesez dès à présent, au poids sacré du sanctuaire, ce

• que vous voudriez avoir fait dans ce moment terrible et dé-

• cisif , où la vérité pure brillera sans éclat et débarrassée de

• toutes les préventions humaines. >

Il était plus aisé de condamner au feu la pièce qu'on vient de lire que de la réfuter. On ne pouvait refuser à son auteur le zèle de la foi, la connaissance de la matière ; on était obligé de convenir que c'était un homme dévoué à son Archevêque, attaché à la hiérarchie, un digne compagnon de Languet dans la guerre êontre les Anti-liturgistcs. Nonobstant toutes ces raisons , l'Archevêque résolut de maintenir le Bréviaire avec les corrections ; on pensa que le temps calmerait cette agitation. Cependant , on eut la prudence de ne rien faire contre les deux Lettres et la Remontrance. Il n'eût pas été facile, en effet, de rédiger une censure contre ces pièces vraiment orthodoxes , et d'ailleurs , c'eût été accroître la déconsidération du Bréviaire , en provoquant une réplique ; peut-être même le Siège Apostolique eût -il été contraint d'intervenir dans cette question épineuse. Quant à l'opposition des Séminaires de Saint-Sulpice et de Saint-Nicolas, elle dut céder enfin devant l'injonction expresse de la Lettre Pastorale, surtout depuis les cartons mis au Bréviaire qui, tout en attestant l'impure origine de ce livre , donnaient à l'autorité diocésaine une raison de plus de presser l'acceptation de la nouvelle Liturgie. Ainsi l'œuvre de Vigier, Me-

senguyet Coffin, s'implanta pour de longues années dans

l'Eglise de Parts, et par suite dans une grande partie du Royaume. Les Jansénistes, quoique mortifiés par les cartons, se rangèrent autour du Bréviaire, et trouvèrent des éloges pour l'Archevêque Vintimille qui demeurait, malgré tout, le patron de leur œuvre. Rien n'est plus curieux que le langage des Nouvelles Ecclésiastiques sur ce Prélat : tour à tour la feuille Janséniste gémit de son aveuglement et exalte son zèle providentiel dans la publication du Bréviaire.

Cependant, si on n'osait censurer, à l'Archevêché , les Lettres sur le nouveau Bréviaire , ce Bréviaire ne demeura pas néanmoins tout-à-fait sans apologie. Le P. Vigier entreprit une défense de son travail, sous le point de vue de l'orthodoxie. Son intention était de prouver que le Bréviaire renfermait un nombre suffisant de textes favorables au dogme catholique de la mort de Jésus-Christ pour tous les hommes, au culte de la Sainte Vierge et à la primauté du Siège Apos- ( tolique. Quand il en eût été ainsi , cette démonstration n'eût pas infirmé les reproches des Catholiques sur la suppression de tant de choses respectables, sur la frauduleuse insertion d'un si grand nombre de particularités suspectes , reproches d'autant plus fondés, que les carions étaient là pour attester l'existence du mal. 11 n'en demeurait pas moins évident que le Bréviaire était une œuvre Janséniste , par ses auteurs , son esprit et son exécution ; que les cartons n'avaient atteint , après tout, qu'une faible portion des choses répréhensîbles, soit comme exprimant des ambiguïtés sur le dogme , soit comme renversant, en tant d'endroits, les plus sacrées des traditions liturgiques. D'ailleurs , pour qui connaît l'histoire du Jansénisme , rien n'est moins étonnant que ce soin qu'avaient eu les rédacteurs du Bréviaire, d'insérer dans leur œuvre un certain nombre de textes qu'on aurait à faire va-

loir, en cas d'attaque. Vigier était placé tout à son aise pour remplir ce personnage : il n'avait point appelé de la Bulle comme Meseoguy et Coffîn; mais, d'un autre côté, il ne la regardait que comme simple règle de police. Dans cette heureuse situation, sa conscience ne lui défendait point de glisser dans son Bréviaire ses sympathies Janséniennes; et du moment que des réclamations s'élèveraient, il pouvait, sans contradiction, en présence du public, revoir son œuvre, la Bulle Unigenitus en main , et soutenir la thèse de la non contrariété du Bréviaire avec cette Bulle.

Cependant , le parti ne s'accommodait pas trop de cette condescendance de Vigier. Les Nouvelles Ecelésiaitiques expriment hautement leur mécontentement sur l'Apologie : € Tout ce que nous pouvons dire de cet écrit, dit le gazetier,

> c'est que, malgré la protection dont M. l'Archevêque a jugé

> à propos de l'honorer, le public (1) ne lui a pas fait un accueil

> bien favorable. Il se sent partout de l'étrange contrainte où >l'on est, lorsqu'en recevant la Constitution Unigenitus, on se 9 trouve obligé de défendre les Vérités que cette même Constitution condamne, et cette malheureuse nécessité y a ré-

> pandu d'un bout à l'autre une teinture de Molinisme qui a i fait dire à plus d'un lecteur que celte apologie fait peu

• d'honneur au Bréviaire , qui n'en avait pas besoin et qui se

> défend assez par lui-même. Ën un mot, on sait que ceux qui

> ont eu le plus de part à la composition du nouveau Bréviaire

• de Paris » n'ont point goûté cette première Lettre (1). > Ces collègues de Vigier, qui furent mécontents de l'Apologie du Bréviaire, n'étaient autres que Mesenguy (2) et Coffln, aux-

(1) Ce public est principalement celai du Journal.

(2) Nouvelles Ecclésiastiques. 24 novembre 1736.

(3) Ami de la Religion. Ibidem, page 295.

quels leur caractère officiel d'Appelants interdisait toute rétractation même apparente. Vigier était donc comme l'intermédiaire entre le nouveau Bréviaire et les Catholiques. L'Apologie qu'il avait publiée consistait en trois Lettres de M, l'Abbé *** à un de ses amis, en réponse aux libelles qui ont paru contre le nouveau Bréviaire de Paris. Ces trois Lettres, qui forment ensemble cinquante-quatre pages in-4% sont datées des 1er et 15 octobre , et du 30 décembre 4736 , et parurent avec Approbation et Privilège du Roi.

Le courageux Père Hongnant avait publié , vers la fin de la même année, une troisième Lettre sur le nouveau Bréviaire, dans laquelle il s'efforçait de renverser les subterfuges de Vigier et de faire voir que l'Apologie, pas plus que les cartons, ne parviendraient à faire du Bréviaire une œuvre catholique. Nous ignorons si cette troisième Lettre obtint, comme les deux précédentes , les honneurs d'une condamnation au Parlement de Paris (i). Quoi qu'il en soit , la controverse demeura close pour le moment et le Bréviaire resta, comme sont restées beaucoup d'autres choses, que le dixseptième et le dix-huitième siècles ont vu naître, et que le nôtre , peut-être , ne transmettra pas 5 ceux qui doivent le suivre.

Le Bréviaire étant inauguré, il devenait nécessaire de donner un nouveau Missel qui reproduisît le même système. On sent que le Missel de Harlay, revu par le Cardinal de Noailles, était encore trop conforme à la Liturgie Romaine pour se plier au Calendrier et aux autres innovations du moderne Bréviaire; or, il fallait un rédacteur au nouveau Missel. L'Acolyte

(1) VJmi de la Religion parle de Remarques manuscrites sur le nouveau Bréviaire , en i i pages In-i° qui , dit-il , roulent sur les mômes gtïef> que les Lettres d'Hongnant ; mais elles sont plus modérées*

Mesenguy fut choisi pour ce grand travail, sans doute par la protection de l'Abbé d'Harcourt, qui disposait totalement de la confiance de l'Archevêque , dans tout ce qui tenait à la Liturgie. Ce fut, au reste, une étrange influence que celle de Mesenguy dans toute cette opération. Il était auteur en partie du nouveau Bréviaire, et, quand on forma Ja commission pour juger des réclamations que ce livre avait excitées , on ne lui avait pas fait l'honneur de le convoquer. Sans doute, sa qualité d'Appelant et d'hérétique notoire avait exigé qu'on rendit du moins cet hommage à la pudeur publique. Maintenant qu'il s'agit d'un livre plus important, plus sacré encore que le Bréviaire, du Missel , du Sacramentaire de l'Eglise de Paris, on vient chercher cet homme, cet hérétique, étranger même au caractère de Prêtre ; ce sera lui qui déterminera, pour cette Eglise , les prières , les rites , les mystères avec lesquels les Prêtres, désormais, auront à célébrer le grand Sacrifice. Au reste, celte confiance inouïe donnée à un hérétique par un Prélat Catholique, Mesenguy continua d'en jouir pendant toute la durée de l'épiscopat de Charles de Vintimille; car, en 17-45, peu avant la mort de l'Archevêque, il présida à la nouvelle édition du Bréviaire et aux changements, d'ailleurs assez légers, qui y furent faits (1).

Il paraît que Mesenguy avait , depuis plusieurs années , commencé le travail du Missel, car ce livre fut en état de paraître dès 1738, et fut annoncé par une Lettre Pastorale de l'Archevêque, en date du 11 mars. Nous allons parcourir celte pièce importante, qui fut placée en tête du Missel luimême (2).

Elle commence par des reflexions sur la dignité du Sa-

(1) L'Ami de la Religion. Ibidem.

(2) Yid. la noie B.

crifice de la Blesse, considéré sous ses différents rapports, et arrive bientôt à parler des efforts tentés dans plusieurs Diocèses de France pour la correction et le perfectionnement dés Missels. On rapelle ensuite les travaux des Archevêques de Harlay et de Noailles , qui ont cependant encore laissé beaucoup à désirer pour l'entière perfection de ce livre ; mais le nouveau Missel est rédigé d'après des principes totalement conformes à ceux que suivirent ces deux Prélats dans leur réforme liturgique : c'était assez dire que la partie Romaine avait presque entièrement disparu.

La Lettre Pastorale déclare ensuite que le nouveau Bréviaire ayant rendu nécessaire un nouveau Missel , l'Archevêque s'est fait aider dans ce travail, par plusieurs Chanoines de la Métropole. A leur tète était naturellement le Doyen , l'Abbé d'Harcourt , qui ne travaillait pas par lui-même, mais par son protégé, Mesenguy. Nous ignorons quels sont les autres Chanoines désignés ici , et la mesure de leur influence dans la composition du Missel.

Venant au détail des modifications introduites dans ce livre, l'Archevêque parie ainsi : « On ne trouvera presque aucun

> changement dans les Evangiles et les Epîtres des Dimanches >et des Fériés, non plus que dans ceux des fêtes chômées » par le peuple. On a fait davantage de changements dans

> les pièces chantées aux Messes du Propre du Temps ; en

> sorte , toutefois , que nous avons retenu ce qu'il y avait de

> meilleur en ce genre dans le Missel précédent , nous réser-

> vant quelquefois de le placer plus à propos. »

Charles de Vintimille confesse ici, sans scrupule, une des plus graves infractions faites à la Liturgie, sous le point de vue de la popularité du culte divin. Sans parler ici des Graduels , Versets Alleluiatiques , Offertoires et Communions , choisis par saint Grégoire et ses prédécesseurs, et qu'il eût

pourtant été fort à propos de ne pas perdre , à une époque surtout où Ton se piquait si fort d'un zèle éclairé pour l'antiquité, n'était-ce pas une grande faute d'oser violemment changer, dans un grand nombre de Messes, les Introïts euxmêmes, qui, de toute antiquité, servaient à distinguer entre eux les divers Dimanches de Vannée ? Comment désormais lire et comprendre nos chroniques nationales, les chartes et les diplômes de nos ancêtres, dans lesquels les Dimanches sont sans cesse désignés par les premières paroles de cette solennelle Antienne? Il faudra donc, et c'est à quoi on est réduit aujourd'hui, que le Prêtre lui-même ne puisse plus expliquer ces monuments, s'il ne s'est muni d'un Missel Romain , à l'effet de comprendre des choses que le peuple luimême savait autrefois? Qu'il est pourtant triste de voir l'ardeur avec laquelle, à cette époque, on se ruait à tout ce qui pouvait creuser un abîme entre le présent et le passé! Au reste, sous ce rapport, comme sous les autres, on était tombé dans toutes les contradictions où entraîne d'ordinaire une conduite arbitraire. Ainsi, on avait daigné conserver les Introïts : Ad te levavi, du premier Dimanche de l'Avent ; Dominus durit ad me, de Noël, à la Messe de Minuit ; Invocavit, Reminiscere, Oculi, Lœtare, des quatre Dimanches de Carême ; Judica me , de la Passion ; Domine, ne longe, du Dimanche des Rameaux ; Quasi modo, de l'Octave de Pâques, et quelques autres enedre des Dimanches après la Pentecôte ; et on avait retranché Populus Sion, du second Dimanche de l'Avent; le fameux Gaudete, du troisième Dimanche; Rorate, qui est au quatrième; Dum médium , au Dimanche dans l'Octave de Noël ; In excelso trono , au Dimanche dans l'Octave de l'Epiphanie; Omnis terra, au deuxième Dimanche après cette fête; Adorate Dominum, au troisième et suivants; Resurrexi, au jour même de Pâques ; Misericordia, <hvl second Dimanche après

LlTtJEClQUKS. 369

Pâques; Jubilate, au troisième ; Exaudi, Domine, au Dimanche dans l'Octave de l'Ascension; Factus est Dominus,

au second Dimanche après la Pentecôte ; Exaudi, Domine, au cinquième; Omnes gentes, au septième; Suscepimus , Deus, au huitième; Ecce Deus adjuvatme, au neuvième; Deus, in loco, au onzième; Deus in adjutorium, au douzième; Protector twster, au quatorzième; Inclina, au quinzième; Justus es, au dix-septième; Da pacém, au dix-huitième; Salus populi, au dix-neuvième; Omhia.quœ fecisti, au vingtième ; Si iniquitates , au vingt-deuxième ; Dicit Dominus, aux vingt-troisième et vingt-quatrième. Outre ces suppressions, plusieurs des fntroïts conservés avaient été transposés d'un Dimanche à l'autre; ce qui n'était propre qu'à accroître la confusion et à rendre de plus en plus impraticable l'étude» des Chroniques et des Diplômes, cident. Ainsi, le Gaudete du troisième Dimanche de l'Avent, se trouvait transplanté au vingt-quatrième après la Pentecôte; le Vocem jucunditatis , du cinquième Dimanche après Pâques, était anticipé au troisième, etc. Nous ne parlons pas des Introïts du Propre des Saints ; comme ils ne sont pas employés ordinairement dans le style de l'Europe du moyenâge, leur suppression n'offensait que les convenances liturgiques. Quant à ce que disait la Lettre Pastorale, qu'on avait conservé les Epîtres et les Evangiles des fêtes chômées parle peuple , il eût fallu dire : moins l'Evangile de la féle de -saint Pierre et saint Paul. Cet Evangile avait dispai u,avecson fameux texte : Tu es Petrus, et super hune petram œdificaboEcclesiam meam, pour faire place au passage du XXI0 chapitre de S. Jean, où Jésus-Christ dit à saint Pierre : Pasce oves meas; texte important, sans doute, pour l'autorité du Saint Siège, mais moins clair, moins populaire, moins étendu que Tu es Petrus, qu'on avait lu pendant mille ans, ce jour-là, à Paris comme à Rome* t. u. 24

La Lettre Pastorale continue : < Nous avons choisi les passages de l'Ecriture qui nous ont semblé les plus propres à > exciter la piété , les plus faciles à mettre en chant et les

• plus en rapport avec les lectures sacrées qui se font à la » Messe. Cependant, nous ne nous sommes point tellement

• enchaînés à une méthode quelconque que nous ne nous

• soyons proposé, par dessus tout, de rechercher ce qui

• pouvait élever le cœur à Dieu et l'aider à concevoir le feu

• sacré de la foi , de Pespérance et de la charité. > Saint Grégoire s'était bien aussi proposé la même fin dans le choix des pièces de son Antiphonaire , et passait môme pour y avoir réussi. Il est étonnant que le dix-huitième siècle ait eu cette surabondance d'onction et d'esprit de prière , et qu'un Janséniste comme l'Acolyte Mesenguy ait été appelé à devenir ainsi , pour l'Eglise de Paris , l'organe de l'Esprit-Saint. Nous devons seulement remarquer ici que , dans ce nouveau Missel, on avait conservé généralement un plus grand nombre de formes Romaines que dans le Bréviaire, par exemple, la presque totalité des Epitres et. des Evangiles , et que si on avait suivi le système de mettre les parties chantées en rapport avec ces lectures , en substituant de nouveaux Introïts, Graduels, etc., quand les anciens ne s'harmonisaient pas, on n'avait pas cependant pressé, avec la dernière exagération , l'application de cette méthode. Nous aurons bientôt à signaler d'autres Missels fabriqués sur un plan bien plus rigoureux. Reprenons la Lettre Pastorale.

€ La même raison nous a portés à ajouter plusieurs Pré- » faces propres qui manquaient, savoir pour l'Avent et certaines solennités plus considérables, comme la Fête-Dieu ,

• la Dédicace, la Toussaint et autres. Ainsi, nous sommes- » nous efforcés de nous rapprocher, autant que nous avons

• pu, de l'ancienne coutume de l'Eglise Romaine, qui avait

» autrefois presque autant de Préfaces propres que de Messes, » comme cela est encore d'usage aujourd'hui dans les Eglises >du rite Ambrosien. »

Pourquoi donc n'avoir pas pris dansles anciens Sacramen- : taires les Préfaces de l'Avent, de la Dédicace, de la Toussaint, de saint Denys même? Pourquoi en faire rédiger de si longues, de si lourdes, par des Docteurs de Sorbonne dont le style a si peu de rapport avec la phrase châtiée et cadencée de saint Léon et do saiot Gélase ? Pourquoi , surtout , admettre, à l'honneur de composer des prières d'un usage si sacré, un hérétique comme le Docteur Laurent-François Boursier, expulsé de la Sorbonne en 1730, pour avoir écrit contre le Concile d'Embrun ? C'est à un pareil homme que l'Eglise de Paris doit la Préface de la Toussaint, qui se chante aussi à la fête du Patron. Dans cette Préface, Boursier dit à Dieu qu'en couronnant les mérites des Sainte, il couronne ses propres dons, eorum coronando mérita, coronas dona tua ; expression très Catholique dans un sens, et très Janséniste dans un autre. Nous manquerions à notre devoir d'historien liturgiste, si nous ne disions ici que Boursier mourut le 17 février 1749, sur la paroisse de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, sans avoir rétracté son Appel. Le Curé de cette paroisse, quoique opposé à l'Appel, s'étant montré moins ferme sur la foi que ne le fut plus tard, à l'égard de Coffin, celui de Saint* Etienne-du-Mont, et ayant cru pouvoir administrer lés Sacrements à Boursier, fut exilé à Sentis, en punition de cet acte de schisme, par l'Archevêque de Beaumont. Et on a continué depuis à chanter la Préface de Boursier !

c Nous avons apporté le même soin , continue la Lettre > Pastorale, aux Oraisons qui sont propres à chaque Messe , » et qui tiennent un rang considérable dans la Liturgies; nous » voulons parler des Collectes , Secrètes et Postcommunions.

» Nous avons tiré des anciens Sacramentaires la plupart de >ces Oraisons si remplies de l'onction de la piété. Nous en > avons inséré quelques nouvelles, en très petit nombre, » composées autant que possible sur le modèle des anciennes, »et formées en grande partie des paroles même des Sacraîmentaires. En effet, si, comme nous en avertit saint Cé- >lestin, la régie de la Foi dérive de celle de la Prière, avec t quelle pieuse et affectueuse vénération ne devons-nous pas » embrasser ces formules de prières que nous ont laissées ,

> par tradition , ces antiques témoins de la doctrine chrétienne, ces docteurs excellents de la vénérable antiquité! » Nous voulons parler de ces hommes saints , dans lesquels > habitait l'Esprit d'intelligence et de prière, les Léon,, les

> Gélase, les Grégoire, les Hilaire, les Ambroise, les Salvien, >les Léandre, les Isidore. Quelle imposante et sainte nuée

> de témoins ! C'est par leur autorité qu'il nous conste que ,

> dans ces anciens temps , on avait la même foi que nous pro-

> fessons aujourd'hui ; que les mêmes vérités catholiques ont

* été , depuis les siècles les plus reculés , crues et défendues

• à Rome , à Milan , dans les Gaules, en Espagne, en un mot » dans tout l'Occident, i Cette doctrine liturgique de la Lettre Pastorale est , il est vrai , celle de tous les siècles chrétiens ; mais pourquoi faut-il qu'elle ne soit ici qu'une contradiction de plus ? En effet , si l'on doit embrasser avec une si pieuse et affectueuse vénération ces formules de prières que nous ont laissées par tradition ces antiques témoins de la doctrine chrétienne, ces Docteurs excellents de la vénérable antiquité, comment justifier le Missel en tète duquel on lit ces belles paroles, puisqu'il est clair comme le jour qu'un nombre considérable de formules de ce genre sont abolies par le seul fait de sa publication? Si saint Célestin doit être loué d'avoir dit que la règle de la foi dérive de celle de la prière, pourquoi cette règle

de la foi ne dérive-t-elle pas tout aussi pure des paroles d'une prière appelée Introït ou Graduel, que de celles d'une prière appelée Collecte on Postcommunion? Bien plus, ces Introït* , ces Graduels, étant destinés à être chantés par le chœur des Prêtres, auquel s'unit la voix du peuple, n'aiderontrils pas plus puissamment encore à la perpétuité du dogme? ne rendront-ils pas plus solennel et plus éclatant le témoignage des siècles, que ces Oraisons que la seule voix de l'officiant fait retentir au fond du sanctuaire ? Si l'on reconnaît que l'esprit d'intelligence et de prière a animé les Pères de la Liturgie, les Grégoire et les Ambroise, par exemple, comment se justifiera-t-on d'avoir expulsé leurs Hymnes du Bréviaire? Si les traditions liturgiques de l'Eglise de Milan et de celle d'Espagne sont dignes de notre respect , n'est-ce pas , après cela , se condamner soi-même que de rejeter les formules chantées de style ecclésiastique , quand on sait ( et on doit le savoir ) que les Bréviaires elles Missels de ces Eglises gardent avec honneur la plupart de ces mêmes pièces de la Liturgie Romaine que François de Harlay, Le Tourneux, de Vert,Vigier et Mesengny, ont ^si lestement effacées? Est-il permis de parler de la Liturgie de l'Eglise des Léandre et des Isidore, et d'oublier le fameux Canon du IVe Concile de Tolède, que nous avons cité ailleurs, et dans lequel sont si expressément condamnés ceux qui veulent chasser des Offices divins les formules de composition humaine, pour ne chanter que des paroles de l'Ecriture (1) ?

Au reste, le nouveau Missel n'avait pas su se défendre d'une contradiction éclatante avec les principes même de sa rédaction. Dans la Messe du jour de la Pentecôte , on n'avait pas osé remplacer, par un texte biblique, l'antique Verset

(1) Vid. ci-dessus. Tome I. page<îl».

Àlleluiatique, bien qu'il ne fût que d'une simple composition humaine. Soit défaut d'audace, soit respect invincible, soit injonction de l'autorité supérieure, Mcscnguy avait conservé ces grandes et touchantes paroles : Alléluia. Veni , sancte Spiritus, reple tuorum corda fidelium, et tui amoris ineis ignem accende !

Avec cette seule exception , nous sommes en mesure de réclamer, ligne par ligne , tout l'Antiphonaire de saint Grégoire. Y a-t-il, par hasard, moins de piété ou d'autorité dans les autres formules si arbitrairement sacrifiées? 11 nous semble que si, dans la Liturgie régénérée , ont peut encore chanter sans inconvenance : Alléluia» Veni, sancte Spiritus, reple tuorum corda, etc., on pourrait bien aussi chanter, pour honorer la Mère de Dieu , l'Introït suivant :

Salve, sancta Parens, enixa puerpera Regem qui calum terramque régit in sœcula sœculorum. !

Et le Graduel :

Benedicta et venerabilis es, Virgo Maria, quœ sine tactu pudoris inventa es Mater Salvatoris.

Et Y Alléluia :

Assumpta est Maria in caHum : gaudet exercitus angelorum. Et le Trait :

Gaude , Maria Virgo, cunctas hœreses sola interemisti , quœ Gabrieliê ArchangeU dictis credidisti , etc. Et cet autre Alléluia : '

Virga Jesse fioruit ; Virgo Deum et hominem genuit : pacem Deus reddidit, in se reconcHians ima summis. Et l'Offertoire :

Félix natnque es, sacra Vtrgo Maria, et omni. laude rftçnUrima : quia ex te ortus est soljustitim Christus Deus noster. Et la Communion ;

Beata viscera Mariœ Tirginis quœ portaverunt œterni Patris Filium !

Mais, qu'est-il besoin d'insister sur la contradiction d'avoir conservé le Verset Àlleluialiquc de la Pentecôte, quand nous avons si ample matière à un argument ad homintm bien autrement embarrassant? Le nouveau Missel était rempli de Proses nouvelles, pour toutes les fêtes possibles. Ces compositions n'étaient pourtant ni tirées de l'Ecriture Sainte, ni empruntées aux anciennes Liturgies. Elles étaient à la fois une parole humaine et une parole nouvelle. Bien plus, on ne s'était pas contenté de faire des Proses nouvelles ; une des anciennes avait été retouchée d'après les idées modernes. Ainsi on ne lisait plus la première strophe de la Prose des Morts, comme autrefois :

Dies %rœt dies il/a, Solvet secîum in favilla.

Teste David cum sybilla :

Mais bien :

DUsirœ, dm Ma, Crucis eœpandens vexiUa, Solvet seclum in faviUa.

Après la fameuse censure de la Sorbonnc contre les Jésuites auteurs des Mémoires de la Chine , Mesenguy ne pouvait plus souffrir qu'on chantât, dans l'Eglise de Paris, un Verset de Séquence dans lequel était invoqué le témoignage d'une Sybille des Gentils à côté des oracles du peuple Juif. Il est , en effet , bien étonnant que l'Eglise Romaine et le reste de l'Occident s'obstinent à chanter toujours cette strophe, même après le jugement souverain de la Sorbonnc !

Mesenguy avait trouvé l'occasion de faire une autre justice dans le Dies irœ. On y confondait encore, en dépit des progrès

de la critique, sainte Marie-Magdeleine avec Marie sœur de Lazare :

Qui Mariam absohisti ; Mesenguy voulut que Ton chantât et Ton a chanté depuis : Peccatricem absolvisti !

Mais revenons à la Lettre Pastorale, t C'est donc à ces » sources si pures, et principalement dans les Sacramentaires

• de l'Eglise Romaine qui est la Mère et la Maîtresse des

• autres , que nous avons puisé les Oraisons de notre Missel.

• On peut même dire que ce n'est pas sans une conduite de > la divine Providence qu'a eu lieu, pour notre grande con-

• solation et celle de notre troupeau , la découverte récente

• du plus ancien de tous les Sacramentaires de l'Eglise Ro- » maine , qui avait été inconnu depuis plusieurs siècles. Ce

• livre d'or, écrit sur un manuscrit en parchemin de plus de

• mille ans, a été publié à l'imprimerie Vaticane, sous les

• auspices du Souverain Pontife Clément XII, qui conduit

> aujourd'hui , avec non moins de sainteté que de sagesse , la

• barque de saint Pierre. C'est à ce monument considérable

> que nous avons emprunté un grand nombre de prières qui

> respirent une piété excellente et rappellent , pour le style

• et la doctrine, saint Léon le Grand, à qui on les attribue

> comme à leur auteur très certain. > Nous avons déjà dit un mot de ce prétendu Sacramcntaire de saint Léon , qui parut en 1735, à la tête du quatrième tome de l'édition du Liber Pontificalis, dit d'Anastase, parBianchini. Nous y reviendrons dans notre prochain volume. Mais ce manuscrit eût-il été réellement le Sacramentaire de saint lA.u ctaii-ce, pour l'Eglise de Paris, une manière bien efficace de témoigner de son accord parfait avec la Mère et la Maîtresse des Eglises , que de répudier le Missel qu'elle promulgue et garantit de son autorité, pour Ven fabriquer un nouveau, dans la composition

LITUUGIÛUBS» 577

duquel on ferait entrer quelques lambeaux d'un ancien Sacramentaire qui a été l'objet d'une réforme il y a tant de siècles? Ce n'est pas que nous désapprouvions dans une Eglise qui, comme celle do Paris , se trouve en droit de réformer sa Liturgie, qu'on prenne dans les anciens Sacramenlaires certaines prières bien approuvées, pour enrichir , encore le Romain d'aujourd'hui ; mais cette conduite est toute différente de celle qu'on a tenue. On s'est débarrassé du Missel Romain, qui est le Sacramentaire et l'Àntiphonaire Grégoriens combinés , et ensuite , parmi les pièces anciennes que l'on a consenti à recevoir de nouveau, on a daigné remonter jusqu'au prétendu Sacramentaire Léonien, conservant môme la plupart des Oraisons de saint Gélase et de saint Grégoire, parce qu'on le jugeait ainsi à propos. C'est une manière de procéder fort large; mais il ne faudrait pas lui donner la couleur d'un zélé pour la Liturgie Romaine. Clément XII, en faisant les frais du quatrième tomé de l'Anastase de Bianchini , comme ses prédécesseurs avaient fait les frais des trois premiers, n'avait pas, assurément, la pensée que le Sacramentaire tel quel , publié parmi plusieurs autres monuments dans ce volume , dût fournir à l'Eglise de Paris un prétexte de se débarrasser du Missel Romain que les Harlay et les Noailles avaient encore respecté.

t Nous avons largement distribué partout notre Missel ces > richesses liturgiques ; d'où il est arrivé qu'en plusieurs endroits de ce Missel, on trouvera des Collectes différentes >des Oraisons qu'on aura récitées dans le Bréviaire ; inconvénient léger et même nul en soi. Il nous eût semblé plus » fâcheux de priver notre Eglise de tant d'excellentes prières » des anciens Pères. > On dira ce qu'on voudra , mais ce n'en est pas moins une chose inouïe dans la Liturgie , que la discordance de TOraison des Heures avec la Collecte de la Messe,

378 WWTBTIOWS

tens.un même Office. Ce défaut d'harmonie qu'on voudrait excuser ici ne montre que trop la précipitation avec laquelle les nouveaux livres furent fabriqués. Jamais cette Litnrgic Roni ai ne dont on s'est défait si cavalièrement ne fournil d'exemple de ces anomalies, parce que les choses du culte divin sont toujours disposées à Rome avec le sérieux, la gravité, la lenteur, qui seuls peuvent faire éviter de pareilles fautes.

La Lettre Pastorale contient ensuite ces paroles remarquables : « Cependant, nous voulons vous avertir que , dans «plusieurs Oraisons des anciens Sacramentaires , il a été fait

> certains changements, soit dans le but de les abréger, soit

> dans celui d'ôter l'obscurité et d'aplanir le style , soit enûn

> pour les accommoder à la forme spéciale des Collectes, Se-

> crêtes et Postcommunions. Cet exemple, nous était donné

> par toutes les Eglises de tous les temps , dans les livres des- » quelles on rencontre beaucoup de prières transférées d'une «Liturgie dans une autre, et qui ont subi quelques légers

> changements dans les paroles , tout en conservant le même

> sens. Nous avons pensé que la même chose nous était per-

> mise, à la même condition , à savoir que le changement ne » tomberait pas sur le fond des choses , mais seulement sur

> les expressions. Nous pouvons affirmer que les vérités du » dogme catholique, exprimées dans ces prières, ont été reli- » gieusement conservées par nous dans toute leur intégrité et • inviolabilité. * Voilà donc un Evêque Catholique réduit à afirmr solennellement à son clergé, en tête d'un Missel, qu'il n'a pas altéré frauduleusement le dépôt de la tradition sur les vérités catholiques ! Que s'était-il donc passé qui nécessitât cette humiliante déclaration? quel événement avait excité à un si haut point les susceptibilités du Clergé orthodoxe , que le Pasteur fût ainsi obligé de courir au-devant , sans nul souci des convenances les plus sacrées? Cette décla*

ration sans exemple avait pour but de prévenir de nouvelles réclamations dans le genre de celles qui s'étaient élevées sur le Bréviaire, et, dans le fait, Ton doit convenir que le Missel était généralement plus pur que le Bréviaire, bien qu'il renfermât encore une somme immense de nouveautés. On a dû remarquer plus haut que l'Archevêque, en parlant de la Commission pour le Missel, ne s'était pas borné, comme dans la Lettre Pastorale du Bréviaire, à désigner en termes généraux les hommes sages et érudits auxquels il avait confié cette délicate opération, mais qu'il avoue simplement le concours de plusieurs Chanoines de la Métropole. C'était mettre totalement hors de cause la coopération de Mesenguy, de Boursier et leurs semblables.

On trouvait encore, dans les clauses de la promulgation du Missel , une particularité qui faisait voir que le Prélat avait eu en vue de ménager sur plus d'un point les susceptibilités catholiques. Le lecteur doit se rappeler que la Lettre Pastorale sur le Bréviaire déclarait ce livre obligatoire pour toutes les Eglises, Monastères, Collèges, Communautés, Ordres, enfin pour tous les Clercs astreints à l'Office divin, sans exception aucune ; la Lettre Pastorale du Missel , beaucoup moins absolue , n'exigeait cette soumission que de ceux qui, par le droit et la coutume , sont tenus de célébrer et réciter l'Office Parisien (1).

Nous ne nous appesantirons pas davantage, pourie moment, sur les particularités de ce nouveau Missel; il nous suffira ici d'en avoir exposé le plan, d'après la Lettre Pastorale qui lui sert comme de préface. Au reste , nous le répétons , ce livre était en soi moins repréhensible que le Bréviaire. Les réclamations des Catholiques avaient du

(1) Qui de jure vel consuetudine Parisienne officinal celebnre aut recjtare teaentur.

moins eu l'avantage de réprimer l'audace de la secte qui s'était vue à la veille de triompher par la Liturgie. Toutefois, soit lassitude , soit découragement , les répugnances se calmèrent peu à peu : le Bréviaire et le Missel de Vintimille s'implantèrent profondément , et c'en fut fait de la Liturgie Romaine dans l'Eglise de Paris.

Bien plus, cette Eglise que Dieu, dans ses conseils impénétrables, avait ainsi soumise à la dure humiliation de voir des mains hérétiques élaborer les Offices divins qu'elle aurait désormais à célébrer , eut le triste honneur d'entraîner grand nombre d'autres Eglises du Royaume, dans la malheureuse voie ou on l'avait poussée. Déjà l'exemple qu'elle avait donné au temps de François de Harlay avait été contagieux ; celui qu'elle offrit au temps de Charles de Vintimille eut bien d'autres conséquences. Trente ans après l'apparition du Bréviaire de 1736, la Liturgie Romaine avait disparu des trois quarts de nos Cathédrales, et, sur ce nombre, cinquante et plus s'étaient déclarées pour l'œuvre des Vigier et des Mesenguy. La sainte Eglise de Lyon était de ce nombre. Quel événement donc que l'apparition des livres de Vintimille ! Comment n'a-t-il pas laissé plus de place dans l'histoire ? C'est que l'indifférence , le mépris, l'oubli même du passé était la grande maladie qui travaillait les hommes du dix-huitième siècle ; et cependant, quand les Jansénistes et les philosophes eurent totalement miné la société religieuse et civile, beaucoup d'honnêtes gens s'étonnèrent de voir crouler pêlemêle, en un instant, tant d'institutions que les mœurs ne soutenaient plus. Le récit de cette catastrophe n'est pas de notre sujet : nous avons seulement à raconter comment une des formes principales de la civilisation religieuse du moyenâge, la forme liturgique» a péri en France : poursuivons notre histoire.

utwuhqto». 381

Il serait par trop minutieux d'enregistrer ici successivement les divers Diocèses qui acceptèrent tour à tour les nouveaux Livres Parisiens. Ii suffira de dire que partout où cette adoption eut lieu , on fondit le Calendrier et le Propre Diocésains avec ceux de Paris, et qu'on mit en tête du Bréviaire et du Missel le titre diocésain, le nom de l'Evéque qui faisait cette adoption , et une Lettre Pastorale , composée d'ordinaire sur le modèle de celle de Charles de Vintimille. Les premières Eglises qui entrèrent dans cette voie , furent celles de Blois, d'Evreux et de Séez. On fit dans ces Diocèses quelques légères rectifications au Bréviaire , et même les Nouvelles Ecclésiastiques se plaignent amèrement qu'à Evreux on ait osé changer quelque chose dans la fameuse strophe de l'Hymne de Santeul , pour l'Office des Evangélistes. Elle avait été mise ainsi :

Insculpta saxo lex vêtus

Prœcepta , non vires dabat ; ' Inscript a cordi lex nova

Bat posse quidquid prœcipit.

On avait donc adouci le dernier vers :

Quidquid jubet dot exequi ; mais les trois premiers exprimaient encore les Propositions de Quesnel , 6 , 7 et 8.

Le nouveau Bréviaire de Paris fut aussi adopté, en 1764, par les Chanoines Réguliers de Sainte-Ceneviève , dits de la Congrégation de France. Nous ne ferions que mentionner simplement ce fait , si une des circonstances de son accomplissement n'offrait matière à une observation très grave. Le P. Charles- François de Lormo, Abbé de Sainte-Geneviève et Général de la Congrégation , avait placé en tête du Bréviaire, suivant l'usage , une Lettre Pastorale adressée à tous les Abbés, Prieurs, Curés et Chanoines de sa juridiction, et,

dans cette pièce , il rendait compte des motifs qui avaient présidé à la rédaction de ce nouveau Bréviaire de Paris, qui allait devenir désormais celui des Chanoines Réguliers de la Congrégation de France. Après avoir parlé de la correction du Bréviaire Romain par saint Pie V, et du mérite de cette œuvre pour le temps où elle fut accomplie , l'Abbé de Sainte- Geneviève en venait au détail des inconvénients qui avaient porté plusieurs Evêques de France à renoncer à ce Bréviaire : c Autant il était vrai, dit la Lettre Pastorale, que le Brc-

> viaire Romain l'emporte sur tous les autres , autant on

> devait regretter que cette œuvre n'eût pas atteint sa perfection, moins par la faute de ses auteurs que par le mal- >heur des temps. Il y était resté beaucoup de choses qui, > soumises depuis à un examen sévère, ont été trouvées incertaines et même fausses. Il s'y était introduit plusieurs

t Choses CONTRAIRES AUX MAXIMES DE NOTRE EGLISE GaLLI-

» cane (1). » La voilà donc révélée par un témoin grave et contemporain, l'intention qu'on a eue en se défaisant du Bréviaire Romain , d'aider à l'établissement du Gallicanisme. Certes, un pareil aveu n'était plus nécessaire après les faits que nous avons rapportés : mais il ne laisse pas que de réjouir grandement, surtout à cause de la naïveté avec laquelle il est produit.

Tandis que le désir de consolider Us maximes de notre Eglise Gallicane portait une grande partie du Clergé du

Royaume à rejeter le Bréviaire Romain, l'esprit catholique,

(1) At qnam verum erat cœteris omnibus praestare Romanum Officii divini Ordinem, tam dolendnm erat opus nuraeris suis omnibus, vitio seculi potiusquam auctorum, non fuisse absolutnm. Sapererant plurima, quae incerta, quae falsa postraodura , adhibito severiori examine deprehensa sont ; exciderunt nonnulla nostrœ Gallican» Ecclesiae placitis adversa.

. . LlTtmGIÛtjES. 5S3

dont nous avons vu les résistances à Paris, se révoltait dans u ; utres Diocèses. Nous avons malheureusement peu de faits à citer ; mais c'est une raison de plus de les arracher à Poubli. Nous dirons donc qu'à Marseille , l'héroïque Evêque Henri de Belzuncc adressa un Mandement à son peuple, pour l'engager à redoubler de zèle dans le culte de la Sainte Vierge et des Saints , qui était menacé par de téméraires innovations. Des considérations de haute convenance l'empêchèrent d'expliquer plus clairement les attentats qu'il avait en vue ; mais des Curés , tels que ceux des Accoules et de Saint-Martin, crurent pouvoir annoncer en chaire, à 'leurs peuples, que le Prélat avait voulu signaler le récent Bréviaire de Paris, et l'on ne tarda pas à entendre retentir, dans les Nouvelles Ecclésiastiques , tous les sifflets du parti contre l'illustre Prélat à qui la secte n'a jamais pardonné son zèle ardent contre les dogmes Jansénistes.

Ceci se passait quelques mois après l'apparition du Bréviaire de Vinlimille. En 1752, un fait du même genre consola les amis des saines doctrines liturgiques. Jean-Georges de Souillac, Evêque de Lodève, Augustinien zélé, avait été du nombre des Prélats qui les premiers adoptèrent le nouveau Parisien. 11 eut pour successeur, en 1750, un Evêque célèbre pour la pureté de sa doctrine, et dont nous aurons prochainement occasion de parler. Ce Prélat était Félix-Henri de Fumel. Un des premiers actes de son autorité fut de rétablir le Bréviaire Romain et de supprimer le Parisien qu'il avait trouvé en vigueur. Cet acte de courage lui attira, comme à Belzuncc, les injures du parti; mais de pareils outrages de la part des hérétiques sont la plus noble récompense que puisse ambitionner un Evêque.

Tirons maintenant les conclusions qui résultent, pour la doctrine liturgique , des faits exposés dans ce chapitre.

584 instituions

D'abord, sur les douze caractèr es que nous avons signalés dans les œuvres de la secte Ànti-Kturgiste, dix sont visibles dans les divers produits de la gi a ide révolution que nous venons de raconter.

1° Eloignement pour les formule* traditionnelles. Foinard , Grancolas, dans leurs Projets ; les Iiréviaire et Missel de Paris de 1756, etc. Partout, on crie qu'il faut prier Dieu avec ses propres paroles : Deum de suo rogare.

2° En conséquence , remplacement des formules de style ecclésiastique par des passages de la Bible. C'est l'intention expressément avouée et mise à exécution. C'est le génie de l'œuvre toute entière.

3' Fabrication de formules nouvelles. Les Hymnes de Coffin, dont nous avons relevé quelques traits. Préface de la Toussaint, par Boursier. Une immense quantité de Proses nouvelles.

4° Contradiction des principes avec les faits, rendue patente dans ces milliers de nouveautés introduites par des gens qui ne parlent que de rétablir la vénérable antiquité, et qui non seulement fabriquent de nouvelles Hymnes, de nouvelles Proses, de nouvelles Oraisons, de nouvelles Préfaces, mais, de plus, débarrassent le Bréviaire et le Missel d'une immense quantité de pièces Grégoriennes non seulement anciennes, mais empruntées à l'Ecriture Sainte elle-même.

5° Affaiblissement de cet esprit de prière appelé Onction dans le Catholicisme. Tout le monde convient que les nouveaux Bréviaires, avec tout-leur art, ne valent pas, pour la piété, les anciens livres. Continuelle attention de la part de Vigier et Mesenguy, à introduire dans leur œuvre des phrases bibliques à double sens , comme autant de mots d'ordre pour le parti : ce serait un grand miracle qu'il fût demeuré beaucoup d'onction dans tout cela.

6* Diminution du culte de la Sainte Vierge et des Saints. Il suffît de jeter un coup d'œil sur les Projets de Foinard et de Grancolas , qui sont réalisés dans le Calendrier et le Propre des Saints du nouveau Parisien , pour se convaincre que telle a été l'intention. Les résultats sont venus ensuite, et on ne doit pas s'en étonner.

7° Abréviation de l'Office et diminution de la prière publique. On a vu avec quelle impudeur Foinard l'avait affiché jusque sur le titre de son livre. Dans les nouveaux Bréviaires , rien n'a été épargné pour cela.

8° Atteintes portées à V autorité du Saint Siège. Qu'on se

rappelle la Collecte de saint Damase, la réunion des deux Chaires de saint Pierre en une seule, l'extinction de l'Octave de la Fête même du Prince des Apôtres, etc.

9° Développement du Presbytérianisme dans l'innovation liturgique , teuvre de simples Prêtres , à laquelle ont pris part notable de simples Acolytes, des Laïques même : sujet de grande déconsidération pour la hiérarchie , et bientôt pour tout Tordre ecclésiastique.

10° Intervention de la puissance séculière dans l'affaire du nouveau Bréviaire de Paris. Sentences contre un Prêtre dont les sentiments n'étaient que Catholiques. Nulle réclamation de l'autorité compétente contre un si énorme scandale.

C'est donc une déplorable forme liturgique que celle à laquelle sont devenues applicables, et en si grand nombre, les notes auxquelles on reconnaît la secte Anti-liturgiste. En outre, c'est une chose bien étrange que le remaniement total de la Liturgie ait eu pour auteurs et promoteurs des hérétiques Jansénistes, séparés de la communion, même extérieure, de l'Eglise , tels que Le Brun des Marettes, Coffin et Boursier, et d'autres non moins déclarés, Appelants des jugements de l'Eglise, et, malgré cela, par une inexplicable T. il, 25

contradiction, honorés de la confiance des Prélats qui avaient promulgué ces mêmes jugements.

C'est aussi un fait bien instructif que celui d'un Arche* vêque de Paris obligé d'admettre de nombreux cartons dans un Bréviaire dont il a garanti l'excellence dans une Lettre Pastorale, et réduit à protester, deux ans après, en tête d'un Missel, qu'il y a maintenu la foi dans sa pureté, et qu'en retouchant le style de certaines Oraisons, il n'a point altéré la doctrine catholique qu'elles renfermaient.

C'est une chose bien humiliante , qu'en donnant la liste des réformateurs de la Liturgie, il nous faille ajouter, aux noms de Sainte-Beuve, Le Tourneux, de Vert, Santeul, Ledieu, Ellies Dupin, Baudouin, Bossuet, Evêque dcTroyes, Pctitpied et Jubé, tous Jansénistes, ou fauteurs de cette hérésie, ceux de Caylus, Evêque d'Auxcrre, Le Brun des Marettes, Vigier, Mesenguy, Coflin et B mrsier, tous fameux à divers degrés pour leur zèle et leur indulgence envers la secte. Nous serions injuste de ne pas leur adjoindre l'intrépide champion du nouveau Bréviaire Parisien, l'Avocat-général Gilbert de Voisins, dont nous signalerons encore, au chapitre suivant, le zèle pour les maximes françaises sur la Liturgie. Notre impartialité nous oblige, tout en laissant les Docteurs Foinard etGrancolas au rang des hommes les plus téméraires qui aient jamais écrit sur les rites sacrés, à ne pas les faire figurer expressément sur la liste des partisans ou fauteurs du Jansénisme. Il est prouvé que Grancolas , du moins, avait accepté sans arrière-pensée les jugements de l'Eglise.

Sur la liste si peu nombreuse des réclamants contre la destruction de toutes les traditions liturgiques, nous inscrirons à la fin de ce chapitre, à côté de Languct et de Saint-Albin, Bclzunce, Evêque de Marseille ; de Fumel, Evêque de Lodève ; les Séminaires de Saint-SuJpice et de Saint-Nicolas-du-Char-

donnet ; les Abbés Regnauld et Gaillande , et surtout ce courageux Jésuite, le P. Hongnant, qui confessa , malgré la rage du Parlement, ces pures traditions Romaines dont sa Société, toujours fidèle aux enseignements de saint Ignace, ne s'est jamais départie. Nous ne parlons point de Robinet, qui a eu trop de part à l'innovation , à Rouen et ailleurs , pour être recevable à la condamner à Paris.

NOtES DU CHAPITRE XIX.

NOTE A

CAROLUS GASPAK GUILLELMUS DE VINTIMLLLE , E COMIT1BOS MASSILI/E DU LUC, MISERATIONE DIVIN A, ET SANCTJi SEDIS APOSTOLIC41 GRATIA, PARISIENSÏS ARCHIEPISCOPUS ,

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