‹ Institutions liturgiques (volume 3)Chapitre 3 sur 41 · PRÉFACE. XI · texte numérisé non relu

PRÉFACE. XI

cueil des chants chrétiens, centonisé par spint Grégoire , et devenu l'expression de la foi et de la piété depuis mille ans, dans toute la chrétienté occidentale ? Et encore quelle critique plus sanglante pourrions-nous faire d'une œuvre toute humaine, entachée d'esprit de parti, de prétention nationale, et surtout d'esprit presbytérien, que celle qu'on a osé faire de la Liturgie Romaine, lorsqu'on l'a mutilée, parodiée » expulsée enfin de nos Kglises, comme si elle n'eût pas eu pour elle l'antiquité et l'autorité que donnent la tradition ? S'il a pu être permis de refaire à neuf les prières séculaires de la chrétienté , et de donner cet attentat comme un progrès sublime de la chose religieuse , il nous sera bien permis sans doute d'environner de notre amour ces antiques formes de la piété de nos pères, qui sont enc3re celles de la religion de toute l'Eglise Latine, de les défendre sans faiblesse , et de peser au poids du sanctuaire

ce qu'on leur a substitué.

Au reste , dans cette lutte laborieuse , nous ne paraîtrons pas seul. De nobles champions , a la tête desquels on verra briller l'illustre Languet , Archevêque de Sens, le marteau du Jansénisme , entreront avec nous dans la lice , et pas une parole ne sortira de notre bouche qui ne soit l'écho des doctrines expresses de ces vaillants antagonistes de l'hérésie Anti-lityrgiste, au dernier siècle.

Xn PRÉFACE.

Enfin , fti notre accent est quelquefois sévère , c'est encore parce que non* ne saurions nous résoudre h contempler de sang-froid les ravages que les changements liiurgiques de ces derniers temps onl fait dans les habitudes de îa piélé ealho'i pie, en France: l'altération des Oifiecs divins, l'oubli du symbolisme des cérémonies, la destruction des chants antiques , le refroidissement de la dévotion à la Sainte Vierge et aux Saints ; et, ce qui met le comble h tout, l'intelligence des mystères, si ample et a la fois si faci'e par la Lit irgie, ravalée ro ir la plupart des fidèles à la mesure de ces innombrables petits livres qui inondent de plus en plus la librairie religieuse.

Mais, diront quelques-uns, pourquoi révéler au grand jour une telle situation? Pourquoi? afin d'aider h y mettre un terme ; afin d'empêcher, en si faib!c mesure que ce soit , qu'elle ne s'aggrave encore. Au reste, dans cette histoire, c'est à «les morts surtout que nous avons à faire , et si nous avons cru devoir relever quelques faits contemporains, nous ne l'avons fait qu'en écartant soigneusement les noms des personnes. Toutes les fois aussi que la marche de notre narration nr)usa mis a même de raconter le bien qui s'est fait , et se fait encore, de constater les indices consolants et déjà si nombreux d'un retour aux anciennes formes de la prière et du culte divin, nous nous sommes

PRÉFACE* xrn

étendu avec complaisance sur ces récits . nous en avons fait ressortir avec joie toute la portée.

Mais iî était nécessaire que nous entrassions tout d'abord avec franchise da:is la question des causes de la révolution liturgique du siècle dernier, et que nous montrassions la véritable raison des changements a l'aide desquels il se fait que nos Eglises se présentent aujourd'hui tout aussi modernisées sous le rapport des prières qu'on y récite et des cantiques qu'on y chante, que sous celui de leur architecture, de leur décoration et de leur ameublement. Il fallait prendre les devants sur les hommes de la science laïque et mémo profane qui s'apprêtaient a se lancer, au nom de la poésie et des origines nationales, sur le champ de la Liturgie, comme ils ont déjà, au nom de l'art* du moyenâge, envahi nos édifices sacrés. Mieux valait donc convenir sincèrement des aberrations d'un siècle que personne n'ose plus défendre, et montrer dès l'abord que nous , hommes d'Eglise , n'avons pas besoin d'un secours étranger pour interpréter nos livres, ni des leçons d'aulrui pour reconnaître ce qui reste a faire, en notre temps, quand on voudra aussi restaurer ces livres et y rétablir les droits de l'antiquité , et les glorieux avantages de l'universalité. N'était-il pas urgent de montrer que celle déviation malheureuse n'est point notre ouvrage ; que si nous sommes réduits à en subir les

Xi¥ PRÉFACE.

conséquences, la faute en est, popr la plus grande partie, dans lesobslables malériels'que nous avons hérités d'un autre âge, et, pour le reste, dans ces préjugés de Liturgie perfectionnée qui nous ont bien été imposés avec l'éducation, mais qui s'effacent de jour en jour, comme tant d'autres , pour faire place à une appréciation plus large des institutions catholiques. Oui, nous le disons avec sincérité, nous penserons avoir rendu un service, si, en nous jetant ainsi dans ces questions de l'histoire et de la forme liturgiques, nous parvenons à occuper la place, et à prévenir l'invasion de ces littérateurs , historiens , poètes , artistes , et autres , dont le demi-savoir et l'incompétence produisent journellement tant d'inconvénients dans les publications, périodiques ou non, qu'un zèle, souvent très louable en lui-même, leur fait entreprendre.

Toutefois, nous éprouvons le besoin de protester contre un abus dans lequel , malgré nous, la lecture de notre livre pourrait peut-être entraîner quelques personnes. Il ne serait pas impossible que certains Ecclésiastiques, apprenant par nos récits l'origine peu honorable de tel ou tel livre liturgique en usage dans leur diocèse depuis un siècle, crussent faire tu.c œuvre agréable a Dieu en renonçant avec éclat à l'usage de ces livres. Notre but n'est, certainement, pas d'encourager de pareils actes qui n'auraient guère d'autre résultat

Page 1