LITURGISTES DE CETTE ÉPOQUE
Nous entrons dans la partie la plus pénible et la plus délicate du récit que nous nous sommes imposé. Pendant que l'Eglise Latine toute entière reste fidèle aux formes liturgiques établies par saint Pie V, suivant le vœu du Concile de Trente, confirmé par les divers Conciles provinciaux qui l'ont suivi, une révolution se prépare dans l'Eglise de France. En moins d'un siècle, nous allons voir les plus graves changements s'introduire dans la lettre des Ofllces divins, et l'unité Romaine, que proclamait si nettement encore l'Assemblée de 1605, disparaître en peu d'années.
Pour mettre dans tout leur jour les causes de ce changement , il serait nécessaire de faire en détail l'histoire de l'Eglise de France pendant le dix-septième siècle. Peu de gens aujourd'hui la connaissent, et pourtant elle renferme seule la clef de tous les événements religieux accomplis dans le cours des deux siècles suivants. C'est à cette époque qui montre encore de si magnifiques débris des anciennes mœurs catholiques, et qui vit s'élever tant de pieuses institutions,
que les germes du Protestantisme , sourdement implantés dans les mœurs françaises , percèrent la terre et produisirent ces doctrines d'isolement dont les unes, formellement hétérodoxes, furent honteusement flétries du nom de Jansénisme, les autres, moins hardies, moins caractérisées, plus difficiles à démêler dans leur portée, se groupèrent successivement en forme de système national du Christianisme , et ont été dans la suite comprises sous la dénomination plus ou moins juste de Gallicanisme.
La Liturgie devait ressentir le contre-coup de ce mouvement. On peut dire qu'elle est l'expression de l'Eglise ; du moment donc que des variations s'introduisaient dans la chose religieuse en France, on ne pouvait plus espérer que l'unité liturgique pût dès-lors exister entre Rome et la France. S'il est une assertion d'une rigueur mathématique, c'est assurément celle que nous énonçons en ce moment. — Mais, dirat-on , voulez-vous nous faire croire que les changements introduits au Bréviaire et au Missel sont le résultat de principes hétérodoxes et suspects, ou encore qu'ils ont eu pour auteurs et promoteurs des hommes qui n'étaient pas purs dans la foi? A cela nous répondons simplement : Lisez notre récit, et jugez; prouvez que les faits que nous racontons ne sont pas exacts , que les principes que nous soutenons ne sont pas sûrs. Nous n'entendons pas, certes, envelopper, en masse, dans une odieuse conspiration contre l'orthodoxie les générations qui nous ont précédés; mais on ne saurait, non plus, nier l'histoire et les monuments.
Semblable en beaucoup de choses aux sectes Gnostiques et Manichéennes que nous avons signalées au chapitre XIV, essentiellement anti-liturgique comme elles , le Jansénisme eut pour caractère de s'infiltrer au seiu du peuple fidèle, en pénétrant de son esprit, à des degrés divers, la société qu'il
venait corrompre. A ceux qui étaient assez forts, il prêcha un Calvinisme véritable qui, au dix-huitième siècle, se translorma en le Gnosticisme le plus honteux, parles Convulsions et le Secourisme , en attendant qu'à la fin du même siècle, on vît ses adeptes passer, de plain-pied, de la doctrine de Saint Cyran et de Montgeron , à l'athcisiuc et au culte de la Raison. A ceux au contraire qu'un attachement énergique à rcnsenible des dogmes , un éloignenient prononcé pour une révolte contre les décisions évidentes de l'Eglise, garantissait de pareils excès , le Jansénisme chercha à inspirer une défiance, un mépris, un éloignenient même pour les formes extérieures du Catholicisme, pour les croyances qui paraissent ne tenir au Symbole que d'une manière éloignée. S'il n'osa révéler à ces derniers que l'Eglise avait cessé d'être visible , il se plut du moins à la leur montrer comme déchue de la perfection des premiers siècles , encombrée de superfétations que l'ignorance des bas siècles avait entassées autou-r d'elle , et surtout moins pure à Rome et dans les pays de la vieille Cathohcité qu'en France, où la science de l'antiquité, la critique , et surtout un zèle éclairé pour de saintes et précieuses libertés, avaient ménagé d'efficaces moyens de retour à la pureté primitive. Dans cette doctrine , le lecteur reconnaît sans doute, non seulement Jansénius, saint Cyran et Arnauld, mais Letourneux, ElliesDupin, Tillemont, Launoy, ïhiers, Baillet, de Vert, Fleury, Duguet, Mesenguy, Coffin, Rondet, etc. ; or, ce qui nous reste à faire voir, c'est (juc ces législateurs du dogme et de la discipline en France, ces réformateurs des mœurs chrétiennes, ont élé , directement ou indirectement, les promoteurs des énormes changements introduits dans la Liturgie de nos Eglises.
Avant d'offrir au lecteur le tableau de leurs opérations sur le culte et l'office divin, nous ouvrirons notre récit par un
incident liliirgique qui signala le commencement de la période dont nous traçons l'histoire dans ce chapitre.
En d64o, Urbain VIII ayant, ainsi que nous l'avons dit , donné une nouvelle édition du Pontifical Romain , dans laquelle il avait, d'autorité apostolique, introduit plusieins modifications et additions, il se trouva qu'une de ces niocîificalions avait rapport à la promesse d'obéissance à l'Evéque que doivent émettre les Prêtres dans la cérémonie de leur Ordination. Le Siège Apostolique avait jugé à propos de prescrire que l'Evéque , conférant l'Ordination , exigerait cette promesse de la part des P»égu!iers, non pour luimême, mais pour leur supérieur, en ces termes : Promittis Prœlato Ordinario tuo pro tempore existenti reverentiam et obedientiam? En effet, du moment que l'existence des corporations régulières est admise par l'Eglise, il n'est nullement extraordinaire que cette partie du Droit reçoive aussi ses applications dans les formes ecclésiastiques : c'est le contraire qui devrait surprendre. Clément VIII , il est vrai, dans la première édition du Pontifical, avait omis cette particularité; mais l'auloriié de son successeur Urbain VIII , qui répara cette omission , était égale à la sienne, et le motif qui faisait agir ce dernier Pontife ne pouvait être plus rationnel. Le but de la promesse d'obéissance exigée des Prêtres dans leur Ordination , est, sans doute, de les lier à un centre ecclésiastique quelconque. Ce centre naturel est l'Evéque pour ceux qui doivent exercer le Sacerdoce dans un Diocèse en particulier ; mais comme il est évident que les individus faisant partie des corps réguliers doivent se transporter non seulement d'un Diocèse à l'autre, mais d'un Royaume, ou même d'une partie du Monde à l'autre, il suit de là que la promesse d'obéissance émise par i'Ordinand Régulier à l'Evéque qui célèbre l'Ordination deviendrait le plus souvent
illusoire , et que, par conséquent, la véritable dépendance à constater, eu ce moment, est celle qu'il doit avoir à l'égard de son supérieur de droit et de fait.
L'Assemblée du Clergé de 1650 témoigna néanmoins son déplaisii' sur l'addiliou faite au Pontifical, c Le 17 août, » l'Evêque de Coniminge représenta à l'Assemblée que, dans » rédition du Pontifical imprimé à Rome, en 1643 , Von avait «ajouté un formulaire de serment particulier pour les Prêtres î Réguliers, lequel n'était point dans les autres Pontificaux, » dans lesquels il n'y a qu'un même formulaire , tant pour les » Réguliers que pour les Séculiers , lorsqu'ils sont promus à » l'ordre de Prêtrise ; que le formulaire de serment des Reli- «gieux, ajouté dans ledit Pontifical nouveau, porte : Pro' » mittis Prœlato ordiiiario tuo obedientiam , au lieu qu'à celui »qui est pour les Prêtres, il y a : Promittis Pontifici ordi- D nario tuo obedientiam, quand il n'est point son diocésain; » que par ce mot de Prœlato mis dans le serment des Régujiliers, ils prétendent n'être entendu que la personne de sieur supérieur, qu'ils qualifient du nom de Prélat; et, ce ► faisant, qu'ils ne se soumettent point à l'Evêque; qu'il i> croyait à propos d'en écrire au Pape, pour l'en avertir, » et à Messeigneurs les Prélats de ne pas s'en servir. Ce qui Bayant été trouvé raisonnable, Mgr. de Comminge a été prié » de faire les deux lettres.
i Le 20 septembre, Mgr. de Comminge se mil au bureau et »fit lecture des deux dites lettres qu'il avait été chargé de » faire. Ayant été trouvées dans le sens de l'Assemblée, l'on «ordonna de les envoyer, et les sieurs Agents furent chargés Ml'on prendre soin (1). »
(I) Procès- verbaux des assemblées yénêrales du Clergé. Tom. III. pag. GIO e( 611. Dans la môme séance , l'Evêque de Comminge se plai-
Rien , sans doute , ne nous oblige à croire que l'Asseniblée de 1050 ne l'ut pas d'une parfaite bonne foi quand elle écrivait au Pape pour l'avertir des changements qu'oN avait faits au Pontifical ; bien qu'on doive trouver un peu extraordinaire la lettre écrite en même temps Ciu\ Evêquesdu Royaume pour hîur donner avis de ne pas se servir de ce Pontifical ainsi modifié. Quoi qu'il en soit, comme l'édition du Pontifical de 1645 avait été publiée à Rome par autorité apostolique, et accompagnée d'un Bref solennel d'Urbain YIII, qui déclarait ce livre , dans sa nouvelle forme , obligatoire par toute l'Eglise, il était difficile à croire que les changements ou additions qu'oN y avait introduits n'eussent pas été introduits par le Souverain Pontife lui-même. Innocent X, qui tenait alors la Chaire de saint Pierre , reçut donc la lettre de l'Assemblée de 1G50; mais, ou il ne jugea pas à propos d'y répondre, ou il y fit telle réponse que le Clergé n'eut pas lieu d'en être pleinement satisfait.
En effet , dix ans après , l'Assemblée de 1660 s'occupa encore de cette affaire , mais on ne saurait s'empêcher d'être effrayé des dispositions qu'elle fit paraître, t Le 12 août , »Mgr. l'Evêque de Tulle dit que ceux qui doivent revoir »le Pontifical qu'une compagnie d'imprimeurs de Paris t veulent faire imprimer , le sont venus trouver et lui en I ont donné quelques épreuves , dans lesquelles ils lui ont » fait remarquer qu'à l'endroit où les Prêtres font le serment »à l'Evêque lors de leur Ordination, on y avait distingué » celui que doivent faire les Réguliers, comme s'ils ne de- »vaienl prêter le serment qu'à leur supérieur de Religion,
gnit aussi de la formule du serment que doivent prêter, d'après le Ponliiical de 164o,les Al)besses exemptes, dans la cérémonie de leur bénédiction.
» et noH pas aux Evêques qui les ordonnent ; et que, comme » l'Assemblée de 1650 en avait fait plainte au Pap dnno- » cent X, et avait même envoijé une lettre circulaire à tous les » Evêques de France, pour les prier de ne pas vouloir se servir y>de ce Pontifical ainsi recorrigé, il importait a présent » d'empêcher l'impression de celui-ci , s'il n'était conforme » à celui que le Pape Clément VIII avait fait imprimer à » Rome, et dont on s'est toujours servi depuis. L'Assemblée a » prié Mgr. de Tulle et M. l'Abbé Colbert de voir lesdites » épreuves et de mander ceux qui doivent les revoir, afin de ■0 voir par quel moyen on pourra empêcher cette impression, jpour, après en avoir fait leur rapport à la Compagnie, y ïêtre pris telle délibération qu'elle jugera nécessaire (1). »
Ainsi, le Prélat rapporteur jugeait que, du moment qu'on avait adressé des plaintes au Pape sur un acte de sa jurisdiction , et qu'on avait écrit à tous les Evêques de France de n'avoir pas égard à cet acte , on était en droit de passer outre , sans avoir reçu décharge d'obéissance de la part du pouvoir supérieur auquel on s'était adressé. Avec de pareilles maximes, quelle société pourrait subsister? Quel moyen restait dès-lors au Clergé de parer les coups de la puissance séculière, quand lui-mèmo, dans son propre sein, donnait l'exemple fatal d'un refus de subordination?
Tout fut consommé en l'Assemblée de 1670. Voici les termes du procès-verbal : « Le 4 août, Mgr. de Tréguier a pris » le bureau et a rapporté que, dans le Pontifical Romain qui »a été imprimé en 1645 et 166i, il se trouve des additions » et des restrictions qui ne sont pas aux anciens Pontificaux : » et en ayant fait remarquer les endroits à la Compagnie, l'As- » semblée, après y avoir fait ses réflexions, a cru l'affaire
(1) Procès-verbaux du Clergé. Tom. IV. pag. 793.
T. II. k
> d'assez grande importance pour être examinée par des » Commissaires, et pour cet effet, Monseigneur le Président » a nommé Messeigneurs les Evêques de Montauban , de Tréï guier et de La Rochelle , et Messieurs les Abbés de Chavii gny, de Valbelle et de Fromentières.
» Le 24 septembre , Monseigneur l'Evêque de Montauban »adit qu'il avait rendu compte à la Compagnie d'une com- » mission qu'elle lui avait donnée, concernant le Pontifical » Romain, où, dans les nouvelles éditions, il a été changé » quelques endroits; ce qui semble avoir été fait à dessein, »afin que les Réguliers paraissent être seulement soumis à » leur supérieur dans les temps de l'Ordination , et non pas à » l'Evêque ; ce qui étant d'une dangereuse conséquence , porta
> l'Assemblée de 1650 d'en écrire au Pape ; mais comme detpuis ON n'y a pas remédié, il estime qu'il serait à propos de Die faire, en faisant réimprimer la Messe Pontificale dont il t n'y a plus d'exemplaires à vendre , et que l'impression fût
> conforme à l'ancienne manière de parler ; et en faire une
> lettre à tous Messeigneurs Archevêques et Evêques du
> Royaume , pour leur en donner avis. Sur quoi Monseigneur I le Président a dit que ces expédients sont très judicieux , et » qu'il faudrait joindre à l'édition de la Messe la cérémonie de » la bénédiction des Abbesses, conformément à l'ancien usage ; imais comme la Compagnie n'était pas complète, elle a re- »mis à y délibérer quand elle sera plus nombreuse.
iLe 14 octobre de relevée, Monseigneur de Montauban a idit qu'il avait examiné, avec Messeigneurs les Commisisaires, les articles qu'on avait insérés dans les nouvelles
> éditions du Pontifical Romain , où ils ont trouvé des nou- »vEAUTÉs préjudiciables d l'autorité des Evêques; que le
> MEILLEUR REMÈDE scrait dc faire imprimer de nouveau la t Messe Pontificale, selon les exemplaires anciens. Ce qui a
» été ordonné en même temps au sieur Vitré , suivant les » Mémoires qui lui seront donnés par Messeigneurs les Com- » missaires. »
« Le 12 novembre , Monseigneur de Tréguier a dit que le c sieur Vilré , qui avait été chargé d'in)primer les Messes '> Pontificales , a dit qu'ayant été cliez les libraires pour voir ') s'il en trouverait assez pour en fournir tous les Diocèses du !) Royaume, en cas qu'on en eût besoin, il avait trouvé qu'il » y en avait suffisamment , et qu'il faudra seulement en im- » primer quelques feuilles pour les mettre dans l'état que l'As- » semblée dés\r^^ qu'elles soient mises, par sa délibération ; que » cela serait d'une grande épargne pour le Clergé , et ferait » même qu'il ne resterait plus de ces Messes Pontificales ini- » primées qui ne fussent corrigées. L'Assemblée a approuvé » cet expédient j et a prié Monseigneur de Tréguier de tenir la )>m.ain à ce que cela s'exécute ainsi (I). »
Ainsi fut décrétée l'altération d'un livre liturgique reçu dans toute l'Eglise Latine ; ainsi le souverain pouvoir liturgique qui avait déjà reçu une première atteinte dans l'Assemblée de 1606, par l'irrégulièrc iusertion du nom du Roi au Canon de la Messe, en reçut une seconde bien plus violente dans les Assemblées de 1650, 1660 et 1670. Du moins, en 1006, on n'avait pas pris la peine de consulter le Siège Apostolique avant de formuler un icfus positif d'obéissance à ses prescriptions. On n'avait pas dit et inséré au procèsverbal des délibérations, qu une mesure prise par l'autorité apostolique était d'une dangereuse conséquence; qu'un des livres les plus vénérables , les plus sacrés qui soient dans l'Eglise, un livre garanti par le Saint Siège, renfermait des nouveautés préjudiciables à l'autorité des Evêques ; comme si
(i) Procès-verbaux des Assemblées du Clergé. Tom. V. p. 152 et 155.
l'Eglise Romaine n'avait pas, dans tous les siècles, maintenu, pour le bien de la Chrétienté , l'autorité inviolable de l'Episcopat. Il est vrai que, depuis bien des siècles, de concert avec les Evêques eux-mêmes, Rome avait cru devoir assurer par des p";'ivi]éges spéciaux les grands biens produits parles Réguliers; mais cette discipline étant universelle et promulguée par les Canons des Conciles écuméniques et par les Bulles des Papes, deux choses devaient nécessairement être considérées avant tout par ceux auxquels elle aurait déplu La première , qu'une discipline revêtue d'une sanction aussi sacrée ne pouvait, en aucune façon, être contraire à la constitution essentielle de l'Eglise; autrement, il faudrait dire que l'Eglise aurait erré sur la discipline générale , ce qui est hérétique. La seconde , que l'exemption des Réguliers étant une loi générale de l'Eglise , toutes les atteintes qui lui seraient portées par un pouvoir, autre que le pouvoir universel du Concile écuménique ou du Souverain Pontife , seraient illicites et nulles de plein droit.
Il y a donc contradiction de principes toutes les fois que , dans une Eglise particulière, il est porté atteinte à l'exemption des corps Réguliers, et voilà pourquoi les gouvernements ennemis de l'Eglise ont toujours poussé le Clergé qui leur est soumis à annuler, par des règlements spéciaux, l'existence exceptionnelle des Régidiers , et ont même décrété, comme loi de l'Etat, la soumission des Réguliers aux Ordinaires. Rappelons-nous Joseph H en Allemagne, Léopold en Toscane, Ferdinand IV à Naples, les Archevêques Electeurs à Ems, les Cortés de 1822 en Espagne, Nicolas l" en Pologne, les Articles de Baden, en 1834, pour la Suisse, etc. Ceci demitude une histoire à part, et nous n'avons ici à traiter cette question que dans ses seuls rapports avec l'incident liturgique qui nous occupe. Nous dirons
seulement que celle ailéralion du Ponlifical coïncida avec la fameuse déclaration de l'Assemblée de 1645 sur les I*»éguliers, déclaration dont l'effet avait été prépaie dans l'opinion par le Petrus Aurelius, par le livre de Hallier, sur la Hiérarchie, etc., et qui fiit bientôt suivie de la Censure du livre de Jacques Vernant par la Sorbonne, Censure qui fut censurée par Alexandre Vli, dans une Bulle doctrinale qui fut rejetée en France. Mais, sans nous jeter dans toutes ces questions qui sont d'un autre sujet , nous avons à noter ici un acte solennel par lequel les Prélats Français déclarent qu'ils ne sont point tellement obligés à suivre les livres liturgiques de Rome reçus par eux , qu'ils n'en puissent à l'occasion juger et modifier le texte, et ce , sans avoir besoin de l'autorisation apostolique.
Pendant que les Assemblées du Clergé , si zélées d'ailleurs contre les nouveautés, donnaient ainsi le fatal exemple d'une atteinte portée à la Liturgie universelle , la secte Janséniste poursuivait, avec une audace toujours croissante, ses plans ténébreux. Elle marchait à son but en attaquant les principes de l'Eglise SU1* la Liturgie. Son coup d'essai public , en ce genre , fut la publication d'une traduction française du Missel Romain.
Nous avons, dans notre XIV" chapitre, assigné comme le huitième caractère de l'hérésie anti-liturgiste , la haine pour tout ce qui est mystérieux dans îe culte, et spécialement pour l'emploi d'une langue sacrée inconnue au peuple. liCS réformateurs du seizième siècle , ancêtres naturels des Jansénistes, avaient inauguré les traductions de l'Ecriture Sainte en langue vulgaire, comme le plus puissant moyen d'en finir avec la tradition, et d'affranchir l'intelligence des peuples du joug de Rome ; en même temps, ils réclamèrent l'emploi exclusif de la même langue vulgaire dans la Liturgie.
Par là , le culte se trouvait purgé de toute tendance mystique , et le dernier des fidèles devenait à même déjuger de sa croyance , et conséqueniment de sa pratique. Les novateurs Français du dix-seplième siècle n'avaient garde de s'écarter d'une ligne de conduite si éprouvée, et, en attendant le Nouveau Testament (!e Mons, que Port-Royal publia en 1666, et qui excita de si grands troubles dans l'Eglise ; dès 1660,1e sieur Joseph de Voisin , docteur de Sorbonne, faisait paraître, avec l'approbation des Vicaires-Généraux de Paris, un ouvrage en cinq volumes, intitulé: Le Missel Romain , selon ïe règlement du Concile de Trente , truduit en français, avec l'explication de toutes les Messes , etc. Dans leur permission, les Vicaires -Généraux s'étayaient d'une approbation de la Sorbonne qui se trouva être supposée , ainsi qu'il conste d'une Déclaration donnée l'année suivante par la même Faculté, et dans laquelle les Docteurs attestent d'abord qu'ils n'ont point donné la prétendue approbation ; qu'à la vérité on les avait consultés sur un ouvrage , mais qu'on ne leur avait parlé que d'une Explication des Messes de l'année, et non d'une Traduction du Missel en langue française; qu'elle ne pourrait donc s'empêcher d'iniliTOU\er l'apjyrohation qui, dit-on, aurait été donnée par quelques membres de son corps, puisque déjà elle s'est vue dans le cas, en 16oo, de refuser son autorisation à une traduction française du Bréviaire Romain, et en 1649, à une version du Nouveau Testament en langue vulgaire. La Sorbonne rappelle ensuite sa fameuse censure de 1527, contre les propositions d'Erasme, dont une, entre autres, exprimait le désir de voir les Saintes Ecritures traduites en toutes les langues (1).
(1) D'Argentré. CoUectio JuAiciorum. Tom. III. pag. 81.
L'Assemblée du Clergé de 1660, se montra fidèle, dans cette occasion , à ces vénérables traditions qui n'auraient jamais dû périr chez nous. Elle condamna la traduction du Missel en langue vulgaire par le sieur de Voisin , et pour qu'il ne manquât rien à la solennelle réprobation de l'attentat qui venait d'être commis contre le mystère sacré de la Liturgie, un Bref d'Alexandre Vil, du 12 janvier 1661, vint joindre son autorité irréfragable à la sentence qu'avaient, en première instance, rendue les Evêques de l'Assemblée. Le Ponlife s'exprime ainsi. < Il est venu à nos oreilles et nous
> avons appris avec une grande douleur que, dans le royaume »de France, certains fils de perdition, curieux de nouveau-
> tés pour la perte des Ames , au mépris des règlements et de » la pratique de l'Eglise , en sont venus à ce point d'audace » que de traduire en langue française le Missel Romain, écrit » jusqu'ici en langue latine, suivant l'usage approuvé dans » l'Eglise depuis tant de siècles; qu'après l'avoir traduit, ils «ont osé le publier par la presse, le mettant ainsi à la por- » lée des personnes de tout rang et de tout sexe , et , par » là , qu'ils ont tenté, par un téméraire effort, de dégrader les » rites les plus sacrés , en abaissant la majesté que leur I donne la langue latine , et exposant aux yeux du vulgaire »la dignité des Mystères divins. Nous qui , quoiqu'indignes , » avons reçu le soin de la vigne du Seigneur des armées, » plantée par le Christ notre Sauveur , et arrosée de son pré- I cieux sang , voulant ôtcr les épines qui la couvriraient si on » les laissait croître, et même en couper jusqu'aux, racines, t autant que nous le pouvons par le secours de Dieu, détes- >lant et abhorrant cette nouveaulé qui déformerait l'éter- Mielle beauté de l'Eglise et qui engendrerait facilement la » désobéissance , la témérité , l'audace , la sédition , le B schisme , et plusieurs autres malheurs ; de notre propre
• mouvement, de notre science certaine et mûre délibéra- » lion , nous condamnons et réprouvons le susdit Missel tra- »duit en français, défendant à tous les fidèles du Christ de » l'imprimer , lire ou retenir, sous peine d'excommunica- >tion , mandant à iceux de remettre aux Ordinaires ou aux
• Inquisiteurs les exemplaires qu'ils ont ou pourraient avoir
• dans la suite, afin que ceux-ci les fassent immédiatement » jeter au feu (1). »
Tout Catholique verra, sans doute, à la gravité du langage du Pontife Romain , qu'il s'agissait dans cette occasion d'une affaire majeure; mais plus d'un de nos lecteurs s'étonnera, peut-être , après ce que nous venons de rapporter, de l'insensibilité avec laquelle on considère aujourd'hui un abus qui excitait à un si haut degré le zèle d'Alexandre VII. Aujourd'hui , tous les fidèles de France , pour peu qu'ils sachent lire , sont à même de scruter ce qu'il y a de plus mystérieux dans le Canon de la Messe, grâce aux innombrables traductions qui en sont répandues en tous lieux; la Bible, en langue vulgaire est, de toutes parts, mise à leur disposition : que doit-on penser de cet état de choses? Certes, ce n'est pas cà Rome que nous le demanderons : bien des fois , depuis Alexandre VÏI , elle s'est exprimée de manière à ne nous laisser aucun doute; mais nous dirons avec tous les Conciles des trois derniers siècles, que l'usage des traductions de l'Ecriture Sainte , tant qu'elles ne sont pas accompagnées d'une*glose ou de notes tirées des Saints Pères et des enseignements de la tradition, sont illicites , et, avec l'autorité du Saint-Siège et du Clergé de France , nous assimilerons aux versions de l'Ecriture prohibées, toute traduction du Canon de la Messe qui ne serait pas accompagnée d'un com-
(1) Vid. la note A.
menlaire qui prévienne les difficultés. D'autre part, nous confessons avec tous les Catholiques qu'il y a un pouvoir de dispense dans l'Eglise , et il n'est pas le moins du monde dans notre sujet d'en rechercher les règles d'application. Nous poursuivrons donc notre récit.
L'Assemblée du Clergé de France de 1660 sentit si parfaitement la portée que pouvait avoir la traduction du Missel , comme fait liturgique , et le rapport intime qui règne entre l'Ecriture Sainte et la Liturgie , qu'elle décréta qu'il serait publié au nom du Clergé une collection de tous les passages des auteurs graves qui ont traité, soit ex professa, soit en passant, de l'inconvénient des traductions de l'Ecriture et de la Liturgie en langue vulgaire. Cette collection parut en 1661, chez Vitré, in-4^ Malheureusement, une de ces inconséquences dont l'histoire ecclésiastique de France présente un grand nombre d'exemples au dix-septième siècle , vient encore se présenter sous notre plume. Louis XIV, ayant jugé à propos de révoquer l'Édit de Nantes , et un grand nombre d'abjurations ayant suivi cet acte-fameux, on jugea nécessaire de prévenir les nouveaux convertis contre le retour de leurs anciens préjugés , et pour cela , on leur mit en main des traductions de la Messe. C'est ce que nous apprend assez familièrement Bossuet dans sa Correspondance , si importante à consulter pour quiconque tient à connaître l'histoire de France à celte époque, t Le Bref contre le Missel de Voisin, » donné par Alexandre VII, dit Bossuet, n'a jamais été porté »au Parlement, ni les lettres-patentes vues. On n'a eu, en » France, aucun égard à ce Bref, et l'on fut obligé, pour l'ins- » truclion des nouveaux Catholiques , de répandre des » milliers d'exemplaires de la Messe en français (1). »
(1) Correspondance de Bossuet. Tom. XLII. pag. 474.
Voilà , certes , beaucoup de chemin fait en peu de temps. En 1660, une assemblée du Clergé défère un livre au Saint Siège , après l'avoir elle-même censuré ; le Souverain Pontife répond à la consultation du Clergé par un Bref dans le sens de l'Assemblée : la cause parait finie, et trente ans après un Evêque d'un si grand poids nous révèle que ce Bref n'a été jugé d'aucune valeur, par le motif qu'il n'a jamais été porté au parlement , et que les Evêques ont cru pouvoir, nonobstant un jugement si solennel, enfreindre les plus formelles défenses qu'ils avaient eux-mêmes provoquées. Il est vrai que les Evêques de l'Assemblée de 1660 avaient pris l'alarme , voyant la Liturgie ébranlée dans ses bases, et devinant le vœu secret des novateurs qui , par leur prétention d'initier les fidèles à l'intelligence des mystères sacrés, au moyen des traductions en langue vulgaire, ne faisaient autre chose que continuer le plan de leurs prédécesseurs ; tandis que les Evêques desquinze dernières années du dix-septième siècle n'avaient en vue que de dissiper les préjugés des Protestants nouvellement convertis. Mais n'y avait-il pas d'autre mesure qu'une traduction pure et simple du Canon de la Messe? fallait-il compter pour rien les prescriptions du Saint-Siège, du Concile de Trente , lorsqu'on avait le moyen si facile et mis en usage en tous lieux , excepté en France , de joindre au texte un commentaire qui arrête les objections, une glose qui ne permet pas que l'œil du lecteur profane et illétré perce des ombres qui garantissent les Mystères contre sa curiosité. Du moment que le peuple peut lire en sa langue, mot pour mot , ce que le Prêtre récite à l'autel , pourquoi ce dernier use-t-il d'une langue étrangère qui dès-lors ne cache plus rien? pourquoi récite-t-il à voix basse ce que la dernière servante , le plus grossier manœuvre suivent de l'œil et peuvent connaître aussi bien que lui? Deux conséquences
terribles que nos Docteurs anti-liturgistes ne manqueront pas de tirer avec toute leur audace , ainsi qu'on le verra dans la suite de ce récit.
A peine les foudres de l'Eglise avaient cessé de retentir contre la traduction du Missel, que la Sorbonne, encore fidèle à une orthodoxie dont elle devait plus tard se départir honteusement , signalait une nouvelle entreprise de l'esprit de secte , voilée sous des formes liturgiques. Cette fois encore, le piège était dirigé contre les simples fidèles. Un sieur de Laval avait publié , à Paris , un livre intitulé : Prières pour faire en commun , le matin et le soir, dans une famille Chrétienne , tirées des Prières de l'Eglise ; et ce livre était arrivé jusqu'à la cinquième édition. La Faculté, qui avait pris l'éveil à l'occasion du Missel de Voisin, examina ce livre en même temps, et le signala, dans la déclaration de 16GI, que nous avons déjà citée, « comme renfermant d'infidèles » traductions des Prières de l'Eglise , des choses fausses , «ambiguës, sentant l'hérésie et y induisant, sur la matière «des Sacrements, et renouvelant les opinions récemment » condamnées sur la grâce , le libre arbitre et les actes hu- » mains (1). »
Mais quelque chose de bien autrement grave se préparait dans les arsenaux de la secte qui avait formé l'odieux projet d'atteindre le dogme et la morale chrétiennes par la Liturgie. On avait eu en vue les simples fidèles dans la traduction du Missel et dans les Heures du sieur de Laval ; on songea à atteindre le Clergé dans un livre qui fût spécialement à son usage. Il n'y avait pas moyen encore de songer au Bréviaire et au Missel : le Rituel parut être un véhicule favorable aux doctrines qu'on voulait faire prévaloir. Ce livre, qu'un usage
(i) D'Argentré. Collectio Judicionm. Tom, III. Ibid.
déjà ancien en France avait rendu le répertoire de l'instriictîon pratique du saint ministère, aussi jjien que le recueil des formules de l'administration des Sacrements, parut le plus propre à servir les desseins du parti. Un de ses chefs les plus zélés, Pavillon, Evèque d'Alct, osa insérer, dans le Rituel qu'il publia en 1667 pour son Diocèse , plusieurs des maximes de saint Cyran et d'Arnaud , sur la pratique des Sacrements. Le travail fut même revu par Arnaud lui-même, qui avait succédé à saint Cyran dans la dictature du parti.
Ceux qui savent l'histoire et la tactique du Jansénisme connaissent l'art avec lequel ses adeptes étaient parvenus à recouvrir leurs dogmes monstrueux du vernis menteur d'une morale plus sévère que celle de l'Eglise, dont ils proclamaient le relâchement. Ils voulaient , disaient-ils , ramener les institutions des premiers siècles, qui seuls avaient connu la vraie doctrine. Sans nier encore la vertu des Sacrements, ils venaient à bout de les anéantir quanta l'usage, en enseignant que l'Eucharistie est la récompense d'une piété avancée et non d'une vertu commençante ; que les Confessions fréquentes nuisent d'ordinaire plus qu'elles ne servent ; que l'Absolution ne doit régulièrement être donnée qu'après l'accomplissement de la pénitence ; qu'î7 est à propos de rétablir les pénitences publiques , etc. Chacun sait qu'avec de pareilles maximes, les Religieuses de Port-Royal, le fameux diacre Paris, et mille autres, en étaient venus à conclure que la Communion Paschale, supposant une familiarité par trop grande avec Dieu, la perfection était de l'omettre entièrement. Dans la suite , on alla plus loin , et on passa de l'isolement à l'égard des choses saintes au blasphème et à l'apostasie. Quant aux effets que produisit sur les Catholiques de France ce rigorisme qui se glissa, du moins en grande partie , dans les livres et l'enseignement de plusieurs théologiens ortho-
doxes d'ailleurs, on peut dire qu'il porta un coup funeste aux mœurs chréiiennes, en rendant plus rare l'usage des Sacremenls, devenus, pour ainsi dire, inabordables. On sait que le parti n'épargna rien pour décréditer et opprimer le Clergé Régulier et la Compagnie des Jésuites surtout, parce qu'il savait et la popularité dont jouissaient les membres de ces corporations , et leur éloignement énergique pour une morale aussi opposée à celle de Jésus-Christ.
Or, les maximes que nous venons de citer se trouvaient professées et appliquées -dans cent endroits du Rituel d'Alet : quoiqu'on eût cherché avec un soin extrême à ne pas employer des termes trop forts , pour ne pas donner d'ombrage au Siège Apostolique, qui déjà avait foudroyé le livre de la fréquente Communion du docteur Arnaud, et plusieurs autres productions analogues du parti. Rome n'en vit pas moins tout le venin dont les ennemis de la vraie foi avaient su empoisonner une des sources les plus sacrées de la Liturgie.
Clément IX, Pontife dont la secte a plus d'une fois vanté la tolérance , mais qui fut seulement un fidèle et prudent administrateur du troupeau du Seigneur, Clément IX, dès l'apparition du Rituel d'Alet , signala son zèle apostolique par une condamnation solennelle de ce livre pernicieux. Dans son fameux Bref du 9 avril 1 668 , il s'exprime en ces termes :
« Le devoir de la sollicitude de toutes les Eglises qui nous >a été divinement confiée exige de nous que , veillant contiî nucllcment pour la garde de la discipline ecclésiastique dont » le Seigneur nous a établis conservateurs , nous nous efforî cions avec toute sorte de soin et de vigilance à prévenir ï l'invasion cachée des choses qui pourraient troubler cette > discipline , s'écarter des rites ordonnés et ouvrir une voie
t aux errciii's. Comme donc , ainsi que nous l'avons appris , lil a paru l'année dernière, à l*aris, un livre publié en > langue française, sous ce litre : Rituel Romain du Pape tPaul \, à l'usage du Diocèse d'Aleth^ avec les instructions tel les rubriques en français ; dans lequel sont contenues non • seulement plusieurs choses contraires au Rituel Romain «publié par ordre de notre prédécesseur Paul V d'heuieuse » mémoire , mais encore certaines doctrines et propositions «fausses, singulières, périlleuses dans la pratique, erronées, » opposées et répugnantes à la coutume reçue communément > dans l'Eglise et aux constitutions ecclésiastiques ; par l'uisage et lecture desquelles les fidèles du Christ pourraient » insensiblement être induits dans des erreurs déjà condam- »nées et infectés d'opinions perverses. Nous, voulant ap- > porter à ce mal un remède opportun, de notre propre » mouvement, science certaine et mûre délibération, par «l'autorité apostolique, nous condamnons, par la teneur «des présentes, le livre français intitulé Rituel; nous le ré- « prouvons et interdisons, voulons qu'il soit tenu pour con- » damné, réprouvé et interdit , et défendons sous peine d'ex- « communication latœ sententiœ encourue par le seul fait, la «lecture, la rétention et l'usage d'icelui, à tous et chacun »des fidèles de l'un et l'autre sexe, principalement ceux de «la ville et Diocèse d'Alet, de quelque degré , condition, «dignité et prééminence qu'ils soient, quand bien même il «devrait être fait d'eux mention spéciale et individuelle. «Mandant à iceux qu'ils aient à exhiber, livrer et consigner » réellement et sur le champ les exemplaires qu'ils ont ou «qu'ils auraient dans la suite, aux Ordinaires des lieux, ou «aux Inquisiteurs, et ceux qui sont soumis à notre véné- » rable frère l'Evêque d'Alet , au Métropolitain , ou à un « des Evêques les plus voisins ; lesquels , sans retard , livre-
»ronl, ou t'eronl livrer aux llammes les exemplaires qu'on • leur aura remis, nonobstant toutes choses à ce con- •traires (1). »
On aurait dû s'attendre qu'après un jugement aussi solennel, le Rituel d'Alet n'aurait plus trouvé de défenseurs dans l'Eglise de France ; mais , hélas ! la plaie était déjà si grande et si envenimée, que tout le zèle du médecin était devenu presque stérile. Sans parler de l'Evèque d'Alet luimême, qui jusqu'à la fin de sa vie maintint le Rituel dans son Diocèse, et trouva encore, au moment de sa mort, le (liste courage d'écrire au Pape, à ce sujet, une lettre de soumission en termes ambigus , on vit le crédit du parti s'élever jusqu'à faire rejeter, par les influences de l'Episcopat et de la magistrature , ce Bref, et celui que Clément IX venait de donner en même temps contre le Nouveau Testament de Mons, par le motif qu'ils contenaient des clauses de Chancellerie contraires aux libertés de l'Eglise Gallicane. De pareils faits sont lamentables , sans doute ; mais ce qui l'est bien plus encore , c'est l'adhésion expresse que donnèrent vingt-neuf Evêques au Rituel condamné, après la notification du Bref faite par le Nonce à t®us les prélats de l'Eglise de France. De Péréfixe, Archevêque de Paris, si nous en croyons EUies Dupin (2) , aurait témoigné sa sympathie pour le Rituel d'Alet dès qu'il parut; mais nous ne chargerons point la mémoire de ce prélat sur la seule assertion d'un écrivain qui aimait le scandale ; nous nous contenterons de citer le document officiel qu'on trouve en tête de la plupart des éditions du Rituel d'Alet. Vingt-neuf signatures le suivent, et elles sont toutes de l'année 1669, à l'exception des deux
(1) Vid. la note B.
(2) Histoire Ecclésiastique du dix»septième siècle. Tome III. p. 244,
dernières, qui sont de 1676. Ceux qui les ont données avaient reçu, en son temps, le Bref de Clémcnl IX. Voici en quels termes ils rassurent l'Evéque d'Alet contre la flétrissure que venait d'infliger à son œuvre la condamnation du Saint Siège :
j INous avons lu avec beaucoup d'édification le Rituel que > Messire Pavillon , Evéque d'Alet, a composé pour l'usage » de son Diocèse, et nous louons Dieu de tout notre cœur » de ce qu'il lui a plu d'inspirer à ce grand Prélat la pensée de t donner au public de si saintes instructions. Comme les » Evêques sont les vrais Docteurs de l'Eglise , personne n'a t droit de s'élever contre leur doctrine, à moins qu'ils soient «tombés dans des erreurs manifestes, ou que l'Eglise ait
> condamné leurs sentiments , ce qu'elle n'a jamais fait » qu'avec beaucoup de circonspection ; et les ouvrages qu'ils «publient portent leur approbation par le seul nom de leurs «auteurs. Mais quand ils seraient sujets aux mêmes cen- » sures que les théologiens particuliers , tout le monde sait
> que nous pourrions dire à bon droit de Monsieur l'Evéque » d'Alet , ce que saint Célestin I" disait autrefois de saint Au- «gustin, en reprenant l'audacieuse témérité de ceux qui » déclamaient contre ce Docteur incomparable : Hune nun- » quam sinistrœ suspicionis saltem rumor aspersit. Et puisque » ce Rituel n'est qu'un abrégé de ce que Monseigneur d'Alet »a enseigné dans son Diocèse depuis plus de trente ans qu'il » le gouverne avec un soin infatigable , et que d'ailleurs il ne » contient que les plus pures règles de V Evangile ^ et les maximes »les plus saintes que les Canons nous ont proposées , nous ne tpouvons assez en recommander la lecture et la pratique. «C'est le sentiment que nous avons de cet excellent ouvrage, «et nous avons cru être obligés d'en rendre un témoignage «public, pour ne détenir pas la vérité dans l'injustice. »
Les noms des Evêqiies qui curent le mallieur de signer celte pièce appartiennent à l'histoire de la Liturgie en France : nous les donnerons ici. Ces prélats étaient : de Gondrin , Archevêque de Sens; Fouquet, Archevêque deNarbonne; Malliet, Evêque de Troyes; de Berlier, Evêque de Montauhan; de Vialar, Evêque de Chalons-sur-Marne; de Grignan, Evêque d'Uzès ; de Caulet , Evêque de Pamiers ; de Choiseul , Evêque de Comminges ; Arnaud , Evêque d'Angers ; de Péricard , Evêque d'Angoulême ; Jean , Evêque d'Aulonne (i) ; Faure, Evêque d'Amiens; de Ilarlay, Evêque de Lodève ; Choart , Evêque de Beauvais ; de Laval , Evêque de La Rochelle ; de Forbin de Janson, Evêque de Marseille ; Bourlon, Evêque de Soissons; de Marraisse, Evêque de Conserans ; de Clcrraont, Evoque de Noyon ; de Ventadour, Evoque de Mircpoix ; de Ligny, Evêque de Meaux; Fouquet, Evêque d'Agde ; Bertier, Evêque de Rieux ; de La Vieuville , Evoque de, Rennes; de Percin de Montgaillard , Evoque de Saint- Pons; Joly, Evêque d'Agen ; de Bar, Evêque d'Acqs; de Barillon, Evêque de Luçon, et de Bassompierre , Evêque de Saintes.
Pour achever ce qui nous reste à dire sur le Rituel d'Alet , nous remarquerons que ce livre, outre les maximes pernicieuses dont nous avons parlé, présentait encore une nouveauté jusqu'alors sans exemple. Les Rubriques pour l'adminislralion des Sacrements avaient été traduites en français. Cette innovation , qui ne rappelle que trop, dans un pareil livre et de la part de semblables auteurs, le système qui avait produit la traduction du Missel, était très significative, et occupa beaucoup le public. Quel autre motif, en effet,
(i) INous n'avons pu découvrir d'une manière plus certaine le nom et le siège de ce prélat, dont la signature ne porte que les mots que nous avons transcrits.
pouvait-on avoir eu de traduire en langue vulgaire des détails dont la connaissance est exclusivement réservée aux Prêtres , sinon le désir de témoigner de la sympathie aux partisans de la langue vulgaire dans les Offices ? Autrement , quelle insulte faite au Clergé , de supposer nécessaire pour son usage la traduction des règles les plus familières! quelle témérité inouie d'exposer à la profanation les rites les plus vénérables, en soumettant aux yeux profanes la manière mystérieuse de procéder en les accomplissant ! Cette innovation renversait donc à plaisir tous les principes, et montrait ce qu'on pouvait attendre du parti. Nous le verrons bientôt franchir toutes les limites, et pousser à l'usage absolu de la langue vulgaire. Au reste, l'exemple du Rituel d'Alet ne tarda pas à être suivi dans plusieurs Diocèses. Dès 1677, Le Tellier, Archevêque de Rheims , donna un Rituel à rubi-iques françaises : on en compte encore aujourd'hui , en France , un certain nombre (1).
Nous plaçons ici , en anticipant de quelques années , un fait qui rentre dans la même ligne que le Missel de Voisin, les Heures de Laval et le Rituel d'Alet ; c'est la publication de V Année Chrétienne, de Nicolas Letourneux. Cet ecclésiastique, étroitement lié avec Port-Royal , avança grandement les affaires du parti, en publiant certains ouvrages destinés à agir sur les fidèles dans le sens des principes dogmatiques et moraux de la secte. Il déposa cette semence dans son Catéchisme de la Pénitence, dans ses Principes et Règles de la Vie Chrétienne; dans son Explication Littérale et Morale de l'ÈpUre de saint Paul aux Romains. Cherchant aussi à agir parla Liturgie, il publia en l68o un livre sous ce titre :
(1) Il ne faut pas compter parmi ceux-ci tous ceux dont les Instructions sout en languu vulgaire; il ne s'agit ici que (les rubriques pour l'admiûiitralion des bdcrcmenls.
La meilleure manière iVcntendre la Messe, C'est là qu'il prétendit , quoique sous une forme simplement historique , que, durant les dix premiers siècles, on avait toujours célébré la Messe à voix haute. Bientôt nous allons voir la secte anti-litui'giste s'emparer de cette assertion historiquement fausse , et transformer en droit ce prétendu fait. Letourneux, avançant toujours, après avoir donné, en i687, des Instructions sur les sept Sacrements de l'Eglise et les Cérémonies de la Messe , publia , l'année suivante , une traduction du Bréviaire Romain en français ; il paraît toutefois qu'il ne fut que l'éditeur et non l'auteur même de la traduction. Quoiqu'il en soit , sa connivence à cette œuvre n'en était pas moins la même. Le Bréviaire Romain , traduit en français , fut censuré par sentence de l'Official de Paris, en 1688 , et , comme il était naturel , le docteur Antoine Arnaud en prit la défense.
Rome , toutefois , ne jugea pas à propos de fulminer contre celte traduction. Une version du Bréviaire avait beaucoup moins d'inconvénients qu'une version du Missel : il n'y avait plus là de mystères à révéler , et quoique le scandale fût grand de voir des hérétiques ou fauteurs d'hérétiques se faire les interprètes du langage de l'Eglise , ces derniers avaient mis assez de prudence dans leur opération pour que Rome ne se trouvât pas obligée de lancer ses foudres. Mais elles ne tardèrent pas à éclater bientôt après contre un autre ouvrage du même Letourneux , dans lequel, sous couleur d'explication de la Liturgie , cet auteur inoculait le venin de la secte. Il s'agit de V Année chrétienne . dont les premiers volumes avaient paru dès 1677, et dont les derniers , qui sont du llamand Ruth d'Ans , n'ont paru qu'après la mort de Letourneux , ariivéc en 1686. Cet ouvrage fut censuré à Rome , le 17 septembre 1091 , par un décret ap-
prouvé par Innocent XII : plusieurs Evêques français le proscrivirent aussi, vers la même époque.
L€s fidèles durent , après toutes ces condamnations , se tenir pour avertis qu'une conspiration se tramait contre leur foi , et que la secte qui avait juré obstinément de se cacher jusque dans l'Eglise, avait enfin choisi la Liturgie pour le principal levier de sa grande entreprise. Cependant , jusqu'ici, les Livres du Sanctuaire étaient demeurés fermés à ses innovations ; elle devait donc faire tous ses efforts pour les envahir. Les circonstances sont devenues favorables. Le besoin de changement, une vague inquiétude agile les esprits. Le dixseptième siècle, qui n'a pas su purger l'Eglise de France du virus qui la travaille, est sur le point de finir dans l'inquiétude et l'attente de grands événements. Le moment est venu où un acte solennel va résumer aux yeux de la catholicité entière la situation hostile de la France à l'égard de Rome. Le Jansénisme long-temps harcelé deviendra désormais invincible, et achèvera impunément le cours ignominieux do ses scandales. Rome seule pouvait l'atteindre, et les jugements de Rome ne sont plus, comme autrefois, irréformables par cela seul qu'elle les a prononcés. La puissance séculière déclarée indépendante fixera elle-même ses propres limites, et jugera qu'elle peut ouvrir de force le Tabernacle sacré , en attendant qu'elle constitue civilement le Clergé national. Les libertés de notre Eglise proclamées hautement comme le reste précieux de l'ancienne discipline, arrêteront aux frontières de la France toutes les Bulles, Brefs et Décrets des ' Pontifes Romains; en sorte que le centre du gouvernement ecclésiastique deviendra impuissant à réformer chez nous les abus. La constilulion monarchique de l'Eglise , altérée dans ses fondements, du momentqu'on a proclamé la souveraineté des membres sur le chef, fourniia do nouveaux prétextes
au développement des lliéories d'anarchie. Que pouvaienr, produire toutes ces idées imposées, de plus en plus, au Clergé par l'enseignement asservi des Universités? Tout livre favorable aux saines maximes était supprimé par les Parlements et quelquefois par les deux autorités; les corps réguliers , menacés dans leur indépendance , étaient durement surveillés ; quelques-uns même , et les plus favorisés , penchaient vers les nouveautés. Les Jésuites avaient , à la fois , à subir les accusations les plus perfides de la part de la secte , et les plus fatigantes vexations dans certains Diocèses. La science historique toute entière était employée à dénigrer , sous couleur de zèle pour la vénérable antiquité, toutes les institutions , les usages catholiques postérieurs au cinquième ou au sixième siècles. L'éloignement pour le merveilleux et le mystique, faisait tomber dans le mépris les pieuses croyances devenues désormais le partage d'un peuple illélré; la morale pratique, jugée ou enseignée par des hommes étrangers au positif de la vie , se réglait non plus d'après l'autorité des docteurs pratiques , mais sur les expressions oratoires et , partant , exagérées des Pères. La nouvelle école , comme celle de Luther et de Calvin , avait déclaré haine à la Scolastique et anathémalisé les Casuistes. Enfin , le Presbytéranisme se préparait à faire invasion dans une Eglise au sein de laquelle la vraie dignité épiscopale avait faibli , en proportion des efforts qu'on faisait pour la grandir aux dépens du Siège Apostolique.
Au milieu de ce formidable ensemble de nouveautés , le corps de la Liturgie était demeuré intact. Le Sacranientaire et l'Antiphonaire de saint Grégoire formaient toujours le Missel de l'Eglise de France; le Responsorial du même Pontife était, sous le nom de Bréviaire, entre les mains
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de tous les clercs. L'œuvre de Charlemagne , œuvre d'unité Romaine, lui survivait après neuf siècles; seulement , tlome avait complété , réformé ce merveilleux ensemble de prières et de chants sacrés , et la France , comme le reste de l'Eglise Latine , avait embrassé fidèlement les usages que la Mère des Eglises avait en même temps retrempés aux sources pures de l'antiquité , et adaptés aux formes exigées par les temps. Il est vrai que les Eglises de France avaient suivi une route diverse à la grande époque de la régénération liturgique du seizième siècle. Les unes avaient adopté purement et simplement les livres renouvelés par saint PieV, abandonnant ainsi beaucoup de coutumes locales qui, précédemment, se montraient dans les livres diocésains, mêlées au vaste ensemble liturgique de saint Grégoire. Un certain nombre d'autres avait préféré garder ses traditions, et tout en acceptant la lettre du Bréviaire et du Missel de saint Pie V, ces Eglises avaient fondu, dans une réimpressionplus oumoins intelligente , les usages qui leur étaient propres , avec les pures traditions Romaines. Les livres de ces Eglises portaient le titre diocésain, comme par le passé, avec cette addition sur le titre : Ad Romani for mam , ou encore, Juxta mentem Concilii Tridentini. Le lecteur peut revoir toute l'histoire de la réforme liturgique en France au seizième siècle, telle que nous l'avons rapportée ci-dessus, chap. XV. Il suit de là que jusqu'à ce qu'on eût introduit d'autres changements dans la Liturgie, tous les Diocèses de France étaient restés unanimes dans la même prière, et , pour nous servir de l'expression de saint Pie V, la communion des prières catholiques n'avait point encore été déchirée. Seulement, on disputait innocemment entre les Docteurs pour savoir lequel des deux était préférable pour un Clerc habitant un Diocèse où le Bréviaire était à la fois Romain et
Diocésain , de suivre le Romain pur, ou de se conformer à l'usage du Diocèse. On convenait généralement qu'il était mieux de se conformer au rite Diocésain ; mais la presque totalité des canonistes enseignait que les Clercs non bénéficiers étaient libres de réciter purement et simplement le Bréviaire Romain. Plusieurs des lettres pastorales des Evoques, placées en tête des Bréviaires Diocésains ad Romani formam, ou ad formam Concilii Tridentini, le disaient expressément. Nous citerons en particulier, pour le Bréviaire Parisien - Romain , celles de Pierre de Gondy , en 1584; de Henri de Gouly, en 1607; de Jean-François de Gondy, en 1634 ; du Cardinal de Retz , en 1658 ; et pour le Missel, de la même Eglise, celle de Hardouin de Péréfixe, en 1665. En tête du Bréviaire Angevin-Romain , de 1623, Charles Miron , et en tête de celui de 1664 , Henri Arnaud , exceptaient, de la manière la plus précise, lesClercs récitant l'OIfice en particulier, de l'obligation de suivre les livres diocésains, et reconnaissaient le privilège du Bréviaire Romain, etc. , etc.
Il y avait donc, à Paris même, une grande variété de pratique à ce sujet, entre les ecclésiastiques qui n'étaient point astreints au chœur. Ainsi, par exemple , la compagnie de Saint-Sulpice tenait pour les livres Romains purs , jusqu'à ce qu'elle se fût vue forcée par un décret de l'Archevêque à prendre le Parisien (1) ; saint Vincent de Paul , au contraire, enseignait qu'il était mieux de suivre le rite Diocésain , et son avis, ainsi que nous le verrons ailleurs , paraît fondé sur l'avis des meilleurs canonistes (2).
(1) Salgues. De la Littérature des Offices divins, page 332.
(2) Le lecteur ne doit jamais perdre de vue que les livres Diocésains de cette époque étaient conformes î» la Bulle de saint Pie V, acceptée dans les divers Conciles français du seizième siècle.
On se rappelle ce qui a été rapporté précédemment, au sujet de l'Assemblée du Clergé de 1603, qui avait décrété des encouragements pécuniaires à une entreprise pour une réimpression des livres Romains, à l'usage de toutes les Eglises du Royaume. Ainsi que nous l'avons dit, cette réimpression intéressait même celles qui avaient leurs livres sous titre Diocésain, à raison de la conformité de ces livres avec le Romain ; d'ailleurs , ces Eglises étaient loin de former le plus grand nombre. Plusieurs Evêques et Chapitres, voulant diminuer les frais que nécessitent les livres d'Usages particuliers, et sans doute aussi pour témoigner de leur dévotion envers le Siège Apostolique, s'étaient, dans le cours des premières années du dix-septième siècle, rangés à l'usage des livres purement Romains. L'Eglise de Paris en particulier avait vu ses Prélats au moment de réaliser ce projet. Nous avons raconté les difficultés qu'éprouva" Pierre de Gondy, en loSA , et qui l'obligèrent à prendre un tempérament, qui fut de réimprimer le Rréviaire de Paris, en le rapprochant le plus possible de celui de saint Pie V. Dans cette réforme, l'Eglise de Paris conservait du moins une partie de ses usages. Henri de Gondy, en 1607, réimprima le Bréviaire de son prédécesseur; mais, en 1645, l'Archevêque Jean-François de Gondy ayant fait une nouvelle révision des livres Parisiens, les rendit si conformes aux Romains, qu'on pouvait dire que, sauf de rares exceptions, ils étaient une seule et mcrac chose.
Ce fut durant les trente dernières années du dix-septième siècle qu'on commença , en France , à parler d'une réforme liturgique, dans les Diocèses qui avaient des livres particuliers ; car ceux qui s'étaient conformés au Romain pur ne se livrèrent aux innovations que dans le coui% du dix-huitième siècle. Des motifs légitimes et des vues sus-
pectes causaient à la fois celte agitation première qui devait bientôt enfanter la plus complète révolution. D'un côté, le progrès de la critique sacrée , les nouvelles éditions des saints Pères et des écrivains ecclésiastiques , avaient mis les savants à même de découvrir plusieurs imperfections dans les livres du seizième siècle, et d'ailleurs la partie des Bréviaires qui était propre aux Diocèses était loin de présenter une exécution en rapport avec les récentes découvertes historiques et littéraires. D'autre part , l'esprit frondeur qui distingue notre nation, l'envie de s'isoler de Rome en quelque chose , les habitudes de secte déjà contractées par nombre de gens habiles d'ailleurs , l'espoir de faire servir la Liturgie comme de moyen de répandre des doctrines souvent repoussées dans d'autres livres ; en voilà plus qu'il n'en faut pour expliquer les remaniements liturgiques qui signalèrent la dernière moitié du dix-septième siècle. Tout ne fut donc pas mauvais dans les œuvres et les intentions de tous ceux qui travaillèrent ainsi à rajeunir la Liturgie. Les Bréviaires de cette époque sont devenus bien rares ; cependant nous avons pu en étudier plusieurs. Celui de Soissons, donné en 1G76, porte quelques changements que nous traiterions volontiers d'améliorations, attendu que l'élément Romain est respecté, sauf la substitution de quelques Homélies puisées à des sources plus sûres ; les traditions sur les Saints sont généralement conservées, le culte de la Sainte Vierge n'a souffert aucune atteinte, et rien de suspect ne s'y rencontre dans la doctrine. Nous dirons à peu près la même chose du Bréviaire de Rheims , donné par Maurice Le Tellier, en lC8a; de celui du Mans, donné en 1G93, par Louis de Tressan , etc. Le Bréviaire de cette époque, qui ouvrit la voie la plus large aux novateurs, fut celui que publia , en 1678 , Henri de Villars , Archevêque de
Il INSTITUTIONS
Vienne, pour l'usage de coite illustre Eglise. On ne s'y borna plus à substituer des Homélies plus authenliques aux anciennes, à épurer quelques légendes locales ou autres; on commença à donner de nouvelles Antiennes et de nouveaux Répons, que l'on substituait aux Antiennes et aux Répons de saint Grégoire , et on mit en avant, pour la rédaction de ces parties nouvelles , un principe emprunté de l'école Janséniste, et dont l'application a produit, presqu'à elle seule, le bouleversement liturgique au milieu duquel nous vivons. Ce principe dont nous avons déjà préparé l'histoire, et dont nous discuterons ailleurs la valeur, est de n'employer que des passages de l'Ecriture Sainte comme matériaux des pièces de la Liturgie. Les corrections introduites dans le Bréviaire de Vienne, au mépris des anciens livres Grégoriens, furent faites en vertu de ce principe, et ce Bréviaire eut du moins la gloire d'ouvrir une route qui fut grandement fréquentée depuis.
Mais aucun Bréviaire ne présenta, dans les circonstances de sa réforme et dans les principes qui y présidèrent, une histoire plus instructive et un système plus remarquable que celui que donna , en 1680, à son Diocèse , François de Harlay. Archevêque de Paris. C'est de la publication de ce Bréviaire, bien autrement célèbre que celui de Vienne, auquel il n'est, après tout, postérieur que de deux ans, qu'il faut dater l'époque véritable du renversement de l'œuvre de Charlemagne et des Pontifes Romains , oeuvre qu'avaient, cent ans auparavant et depuis encore, sanctionnée les Conciles de France et les Assemblées du Clergé. L'histoire exacte de ces grands changements va nous faire connaître les hommes qui eurent le malheur de prêter leur secours à des nouveautés coupables; plusieurs d'entre eux furent séduits, ou entraînés ; le grand nombre est marqué du sceau de la plus grave responsabilité.
François de lïariny, Archcvôque de Paris, a été loué par ceux qui avaient intérêt au triomphe des principes qu'il fit prévaloir dans son administration. Nous laisserions sa cendre en paix , si , dans ce moment , nous ne remplissions pas le devoir d'historien. Nous n'irons même pas chercher les couleurs de son portrait dans les Mémoires profanes de son temps, et nous passerons sous silence les jugements souvent peu sûrs de M"" de Sévigné, du duc de Saint-Simon et de cent autres. Voici ce que Fénélon disait de ce Prélat, dans sa fameuse lettre à Louis XIV : i Vous avez un Archevêque corrompu , «scandaleux, incorrigible, faux, malin, artificieux, ennemi » de toute vertu , et qui fait gémir tous les gens de bien. Vous » vous en accommodez, parce qu'il ne songe qu'à vous plaire ï par ses flatteries. Il y a plus de vingt ans qu'en prostituant »son honneur, il jouit de votre confiance. Vous lui livrez les » gens de bien , vous lui laissez tyranniser l'Eglise , et nul ï Prélat vertueux n'est traité aussi bien que lui (1). »
Ajoutons à cela que François de Harlay fut l'âme de l'Assemblée de 1682 , le chef de ces Prélats qui disaient : Le Pape nous a poussés, il s'en repentira; de ces Prélats dont l'audace effrayait Bossuet , et lui dicta ces trop fameuses propositions que lui-même qualifiait d'odieuses.
Hardouin de Péréfixe , prédécesseur de François de Harlay, avait déjà songé à une réforme du Bréviaire Parisien , et rien n'était plus légitime , plus conforme à son droit d'Archevêque d'une Eglise qui n'avait point adopté les livres purement Romains. En 1770, il présida la première réunion d'une commission de membres choisis en partie par luimême, et en partie par son Chapitre : cette commission tint
(1) Correspondance de Fénélon. Tom. II. pag. 341. in-S". 1827.
dix-lluit séances, jusqu'à la mort de l'Archevêque, arrivée l'année suivante (1).
Elle était composée ainsi qu'il suit (2) : Jacques de Saiute- Beuve, Docteur de Sorbonne , connu par ses liaisons intimes avec Port-Royal. Il avait été exclu de la Faculté et contraint de se démettre de la chaire qu'il y occupait, en 1858, pour avoir refusé de souscrire à la censure lancée contre la doctrine de son ami Antoine Arnauld. Il faut dire que depuis il signa le Formulaire : mais quels membres de ce parti ne le signèrent pas ?
2" Guillaume de la Brunetière , Archidiacre de Brie , depuis Evêque de Saintes, dont nous mentionnerons ailleurs les belles Hymnes.
5° Claude Chasteiain , Chanoine de Notre-Dame , homme véritablement savant dans les antiquités liturgiques, mais imbu des principes de l'école française de son temps. Il eut la plus grande part aux travaux de la commission.
A" Nicolas Gobillon , Curé de Saint-Laurent.
5" Léonard Lamet, Chanoine de Notre-Dame, depuis Curé de Saint -Eustache.
6° Claude Ameline , d'abord Prêtre de l'Oratoire , et alors grand Archidiacre de l'Eglise de Paris.
1" Nicolas Coquelin , Chancelier de l'Eglise de Paris.
8^ Nicolas Le Tourneux, dont nous venons de signaler la mauvaise doctrine et les relations suspectes. Il est vrai que ses ouvrages ne furent condamnés par le Saint-Siège qu'après sa mort.
(1) Réponse aux re^ïiarques sur le nouveau Bréviaire de Paris. 1G80. in-8". pag. S. ?«ous avons puisé beaucoup de renseignements dans celte apologie anonyme du Bréviaire de François de Harlay.
(2) Ménage, ffistoria mulierum pliilosophiœ artilms excidtarum. p. 45, h l'article de sainte Catherine, où l'auteur parle du relranctieraent de la Légende de cette Sainte par les correcteurs du Bréviaire de IGbO.
François de Haiiay ayant pris en main avec ardeur l'œuvre de la réforme du Bréviaire de P;iris, confirma la Commission formée par son prédécesseur; « mais il joignit aux Députés î M. l'Abbé de Bcnjamain , son Grand-Vicaire et son Officiai; » M. Loisel, Chancelier de l'Eglise de Paris et Curé de SaintîJean; M. Gaude, aussi son Grand-Vicaire; et pria M. le » Doyen de se trouver aux assemblées , autant que ses affaires » pourraient le lui permettre. Et, en effet, il se trouva à toutes K celles qui se firent de son temps en présence de Monseigneur » l'Archevêque, tous les mardis de chaque semaine, depuis » le 17 septembre 1674, jusqu'au 30 avril lG7o; et ce grand ï Prélat, dont tout le monde connoît la capacité et les lu- Kmières, s'étant fait représenter tout ce que l'on avoit fait » auparavant , fit continuer les assemblées en sa présence » durant tout ce temps-là : et étant supérieur en érudition et » en lumières à tous ceux qui en étoient , quelque prépara- » lion qu'ils apportassent , qu'il est élevé au-dessus d'eux par ))sa dignité, il donna ou appuya par de nouvelles preuves ï les principes et les maximes qui ont servi de règle à (^et ouïvrage. Et dans toute la suite du temps qui s'est depuis ï écoulé , on lui a toujours rendu un compte exact de tout » ce qui s'est fait en exécution de sos ordres et de ses lusmières (1). î
Nous venons d'entendre le langage d'un adulateur ; mais nous concluerons du moins de ce que nous venons de lire, que François de Harlay prit sur lui toute la responsabilité de l'œuvre. Jugeons-la maintenant, cette œuvre qui eut une si grande inlluenoe, et observons les principes dont elle fut l'expression.
D'abord, nous conviendrons sans penie de plusieurs points qui pouvaient être favorables à l'idée d'une réforme, en 1080.
{i) Réponse aux remarques sur le nouveau Bréviaire de Paris. P. 0.
!• On ne peut nier que l'Archevêque de Harlay u'eùl le droit de travailler à la réforme du Bréviaire de son Eglise, puisque l'Eglise de Paris s'était maintenue en possession d'un Bréviaire particulier, et que celui de saint Pie V, malgré le désir de Pierre de Gondy, n'avait point été accepté dans le Diocèse, avec les formalités de la Bulle Quod a nobis. ± Ceci admis, il ne pouvait être blâmable de rétablir certains usages dont l'Eglise de Paris était en possession de temps immémorial , et dont la pratique avait été momentanément suspendue dans les Bréviaires ou Missels des derniers Archevêques. En général , les choses anciennes sont toujours bonnes dans les institutions ecclésiastiques, quand leur rétablissement n'est point rendu illicite, ou impossible par un droit contraire, mais légitime.
3° Dans le cas d'une correction du Bréviaire Parisien, c'était une chose louable de remplacer certaines Homélies tirées de livres faussement attribués aux saints Pères , ou même simplement douteux , par des passages puisés à des sources plus authentiques.
A" Il était louable également de choisir dans les monuments de la tradition, pour les placer dans les leçons de l'Office, des endroits où les saints Docteurs réfutent, par leur solennel témoignage les erreurs anciennes et modernes, et appuient plus fortement sur les dogmes qui auraient été davantage contestés par les hérétiques. Il est vrai même de dire que le Bréviaire de Harlay présenta dans sa rédaction un certain nombre de passages dirigés expressément contre la doctrine des cinq Propositions. Cet Archevêque, comme plusieurs Prélats, ses collègues, tout en faisant une guerre opiniâtre au Saint-Siège et à ses doctrines, professaient un éloignement énergique pour la doctrine de Jansénius sur la Giàce. ils pouvaient se servir des gens du parti quand ils en avaient
besoin , mais ils savaient les contenir. L'histoire de l'Eglise au dix-septième siècle dépose de cette vérité.
5" Les légendes des Saints propres au Bréviaire de Paris pouvaient avoir besoin d'être épurées, et la sollicitude de la commission se porta de ce côlé avec raison.
6° Il pouvait être besoin d'ajouter quelques Hymnes pour accroître la solennité de certaines fêtes, pour enrichir les (iOmmuns du Bréviaire : en cela , rien ne dépassait les bornes de la discrétion.
Mais le Bréviaire de Harlay ne se borna pas aux améliorations dont nous venons de parler. L'Archevêque l'annonça à son Clergé par une lettre pastorale, en date des Calendes de Juin 1680 (1) , et dans celte Icllre il disait que son intention, dès son élévation sur le Siège de Paris, avait été de travailler à la réforme des livres ecclésiastiques, voulant suivre en cela les internions de plusieurs Conciles, même tenus à Paris, qui ordonnent de retrancher ùq ces livres les choses superflues , ou peu convenables à la dignité de l'Eglise, et d'en faire disparaître ce qu'on g aurait introduit de superstitieux , pour n'g laisser que des choses conformes à la dignité de l'Eglise et aux institutions de l'antiquité, ÎN'ous verrons bientôt ce que François de Ilarlay entendait par superstitions et superjluités dans le Bi'éviaire de ses prédécesseurs.
En conséquence, le Prélat déclarait que plusieurs choses s'étant, en ces derniers temps , glissées au Bréviaire de Paris, qui n'étaient pas d'accord avec les règles , on s'était mis en devoir, avec toute sorte de soin et de prudence, de rectifier les choses qui s'éloignaient de la splendeur de l'Eglise et de la dignité de la religion, de retrancher les Homélies faussement
(I) Vid. la ûolc C.
attribuées aux Pères , les choses erronées ou incertaines dans les Actes des Saints; enfin, généralement toutes les choses moins conformes à la piété.
De si belles assurances n'empêchèrent pas que l'ouvrage ne devînt l'objet d'une critique sévère. Il parut même des Remarques anonymes sur le nouveau Bréviaire de Paris. Sans adopter tous les reproches qu'on adressait à ce livre et à ses auteurs, reproches qui furent discutés, mais rarement réfutés par l'auteur du factum que nous avons déjà cité, nous nous permettrons de faiie , sur l'œuvre de François de Ilarlay, les observations suivantes.
D'abord, le litre du livre était celui-ci purement et simplement : Breviarium Parisiense; on ne lisait plus à la suite de ces deux mots, comme dans toutes les éditions précédentes, depuis 1584, ces paroles : Ad formam sacrosancti Concilii Tridentini restitutum. Ce lien qui unissait au Bréviaire Romain les Bréviaires diocésains de France était donc brisé pour l'Eglise de Paris ! On aurait donc bientôt une Liturgie qui ne serait plus Romaine ! Dans quelle région inconnue allait-on se lancer? Certes, cette suppression, dès le frontispice du livre , était éloquente , et présageait bien ce que l'on allait trouver dans l'ouvrage.
En effet ( à part le Psautier qui était demeuré conforme à celui de l'Eglise Romaine), si l'on considérait le Propre du Temps, on trouvait qu'un grand nombre de Leçons, d'Homélies et d'Antiennes, avaient été changées, bien que le choix de ces dernières remontât jusqu'à saint Grégoire, ou au-delà. L'Office presque entier de la Sainte-Trinité avait été réformé ; les Leçons de l'Octave du Saint-Sacrement, si belles dans le Romain , avaient été remplacées par d'autres. Le Propre des Saints, comme nous allons le voir, renfermait encore un plus grand nombre de divergences , tant avec la
partie Romaine des anciens Bréviaires de Paris qu*avec la partie purement Parisienne. Les Communs avaient été aussi retouchés en cent endroits, et présentaient beaucoup d'Antiennes et de Répons nouveaux.
Maintenant, si l'on se demande à quelle source avaient été puisées ces modernes formules à l'aide desquelles on refaisait ainsi, après mille ans, le Responsorial de saint Grégoire , on trouvera que des phrases de l'Ecriture Sainte en avaient exclusivement fait les frais. Les paroles consacrées par la Tradition avaient dû céder la place à ces centons bibliques choisis par des mains modernes et suspectes. On n'avait pas su retrouver le style ecclésiastique pour produire une Antienne de deux lignes. Les sectaires qui prônaient l'usage exclusif de l'Ecriture dans le service divin avaient remporté ce premier avantage ; encore un effort , encore cinquante ans de patience , et le reste des formules de style traditionnel que conserve le Bréviaire de 1680 aura disparu dans l'édition préparée alors par les disciples de Nicolas Le Tourneux.
Mais, voyons à l'œuvre ces Commissaires du Bréviaire. Il est trois points sur lesquels l'Ecole Française d'alors n'était que trop unanime avec l'Ecole Janséniste proprement dite. i" Diminuer le culte des Saints, la confiance dans leur puissance ; choses jugées excessives par des auteurs très estimés alors, et depuis encore: les Tillemont, les La unoy, les Baillet , les Thiers.
2* Restreindre en particulier les marques de la dévotion envers la Sainte Vierge. Les mêmes écrivains que nous venons de citer (Baillet surtout, dans un livre spécial qui a mérité les éloges de Bayle ) , n'avaient-ils pas déjà insulté la piété des fidèles sur un article qui lui est si cher, et cela , sans encourir aucune disgrâce ? Est-il besoin de rappeler l'héré- 1. 11. 6
tique Jean de Neercassel , Evêque de Castorie , et son traité du culte des Saints et de la Sainte Vierge, quand Gilbert de Choiseul-Praslin, Evêque de Tournay, qui fut bientôt l'un des plus violents Prélats de l'Assemblée de 1682, osait, en 1674, dans une Instruction pastorale faite exprès, entreprendre la défense raisonnée d'un livre fameux que Rome venait de proscrire, et qui portait ce titre : Les Avis salutaires de la Vierge à ses Dévots indiscrets?
3° Comprimer l'exercice de la puissance des Pontifes Romains et la réduire, sous le vain prétexte des usages de la vénérable anliquité, à devenir une pure abstraction. Des milliers d'écrits composés en France depuis 1660, et dans lesquels il est question historiquement, dogmatiquement, ou canoniquement, delà constitution de l'Eglise, sont autant de pièces de la conspiration anti-Romaine, et l'Assemblée de 1682, décrétant les quatre articles, n'alla pas plus loin, après tout, que la Sorbonne dans les six fameuses assertions de 1663.
lilontrons maintenant l'application de ces trois principes de l'Ecole Française d'alors , par des faits positifs tirés du Bréviaire de Harlay.
1° On put voir que la commission était animée de dispositions peu favorables aux usages et aux traditions qui ont pour objet le culte des Saints, quand on s'aperçut que plus de quarante légendes contenues dans l'Office avaient été retranchées , pour faire place à des passages des saints Pères ou des écrivains ecclésiasliques qui, dans leur brièveté, ne faisaient souvent allusion qu'à une seule circonstance de la vie du personnage, tandis que cette vie était racontée en entier, quoique abrégée , dans les Leçons du Bréviaire antérieur. Nous citerons en particulier, comme mutilés ainsi, les Offices de saint Viuceul , de saint Malhias, des saintes
LlTURGIQUEg, 85
Perpétue et Félicité, des Quarante Martyrs, de saint Apollinaire, de saint Jacques le Majeur, de sainte Marthe, de saint Pierre-aux-Liens , de l'Inveotion de saint Etienne, de saint Lazare , de saint Corneille , de saint Cyprien , de sainte Euphémie, de saint Mallhieu, de sainte Thècle, de saint Clément , de saint Lin , de saint André , de saint Thomas , Apôtre , etc.
Il est vrai que les défenseurs du Bréviaire de Harlay prétendent justifier cette innovation par l'autorité du Bréviaire Romain (1) ; mais, de douze exemples qu'ils citent , cinq sont allégués sans fondement , savoir les Leçons de sainte Agnès tirées de saint Ambroise , et celles de saint Ignace d'Antioche, de saint Jean Porte Latine, de saint Marc et de saint Luc, empruntées à saint Jérôme , puisque ces fragments sont de véritables légendes. Quant à saint Joseph et saint Joachim , la tradition ne nous en apprenant rien de bien précis, l'Eglise les loue , avec raison , par des passages des saints Pères. La Nativité de saint Jean-Baptiste est un fait biblique, ainsi que le Martyre des Machabées ; il eût donc été inutile d'en faire un récit humain dans l'Olfice. Sainte Marie-Madeleine est louée, il est vrai , au jour de sa fête , par un Sermon de saint Grégoire , mais sa légende historique se trouve dans l'Office de sainte Marthe. Enfin , nous convenons que l'Office de saint Pierre et saint Paul, et celui de saint Laurent , sont sans légende ; mais c'est parce que l'Eglise Romaine , à l'époque où les légendes ont été introduites dans l'Office divin , a cru superflu de rédiger un récit de la vie et de la passion de ses deux grands Apôtres et de son plus illustre Martyr. Celte légende n'est-elle pas écrite dans Rome, en vingt endroits qui gardent les vestiges sacrés de ces glorieux soutiens de l'E-
(t) Réponse aux Remarques sur le nouveau Bréviaire de Paris, pag, 13,
glise. Au reste, quand le Bréviaire Romain eût, dans un plus grand nombre d'endroits, remplacé par des Homélies les Leçons historiques des Saints, le reproche que nous adressons aux correcteurs du Bréviaire de Harlay n'en serait pas moins mérité. En effet, nous leur demandons compte des choses qu'ils ont retranchées, et non de celles qui manquaient déjà dans le Bréviaire Romain-Parisien de Jean- François de Gondy , quand il fut soumis à leur correction. Que s'il leur eût semblé utile d'épurer par l'emploi d'une saine critique plusieurs des légendes, ils le pouvaient faire avec modération ; mais supprimer en masse la partie la plus populaire dans un si grand nombre d'Offices , était une démarche digne de censure et qui rappelait les condamnations portées au seizième siècle par la Sorbonne de ce temps-là , contre les Bréviaires de Soissons et d'Orléans (1).
Mais on ne se borna pas à retrancher ainsi une partie considérable des légendes; les traditions catholiques les plus" vénérables furent insultées. Pour commencer par l'Eglise même de Paris, les correcteurs du Bréviaire la déshéritèrent de sa vieille gloire d'être fille de saint Denys l'Âréopagite ; ils portèrent leur main audacieuse sur le fameux prodige qui suivit la décollation du saint fondateur de leur propre Eglise. Ils distinguèrent sainte Marie-Madeleine de Marie sœur de Marthe : ils ôtèrent à cette dernière la qualité de Vierge , et à saint Lazare celle d'Evêque. Ils effacèrent l'histoire si célèbre de sainte Catherine d'Alexandrie ; enfin, ces Docteurs de Paris, marchant sur les traces honteuses de Le Fèvre d'Esiaples et d'Erasme , flétris pourtant par l'ancienne Sorbonne , pour avoir osé attaquer les traditions sur saint Denys et sur sainte Marie - Madeleine , enché-
(l) Voyez ci-desiiL>, tome I", pag« 4i>«.
rirent, comme l'on voit, sur ces frondeurs de la tradition.
Veut-on savoir la vaine excuse qu'ils apportèrent lorsqu'on leur demanda compte de tant de témérités? Eux qui avaient biffé un si grand nombre de récils miraculeux et d'actions extraordinaires des Saints, sans doute pour la plus grande gloire de ces amis de Dieu , on les entendit se faire un mérite de ces retranchements, parce qu'ils avaient, disaient-ils, substitué à des récits purement historiques et contestables, des passages des saints Pères par lesquels les dogmes attaqués par les hérétiques, et particulièrement le culte et l'intercession des Saints étaient confirmés (1 ) . Etrange préoccupation et qui dure encore dans l'Eglise de France, de considérer le Bréviaire et les autres livres liturgiques , non plus comme un dépôt des traditions de la piété , comme un livre pratique qui renferme les monuments de la foi des fidèles, mais comme un arsenal de controverse , un supplément aux Traités qu'on étudie dans l'Ecole !
Ce fut sans doute cette même préoccupation qui porta les Commissaires à statuer dans les Rubriques générales que , désormais, le Clerc récitant rOffîce divin en particulier, ne saluerait plus l'assemblée des fidèles, par ces mots : Domimis vobiscum ; mais qu'il dirait , comme pour lui seul : Domine, exandi orationem meam. Il est triste d'avoir à ajouter que tous nos Bréviaires nouveaux ont embrassé cette pratique , non seulement réprouvée expressément par l'Eglise Romaine, mais contraire à l'essence même de toute prière ecclésiastique. Pourquoi ne supprime-t-on pas de même, au Canon de la Messe , toutes les formules qui font allusion à l'assemblée des fidèles, quand on célèbre à quelque autel isolé? Luther n'est-il pas parti du même principe, quand il a ana-
(1) Réponse aux Remarques, etc., pag. 7—16.
théraalisé les Messes privées, parce que, disait-il, elles étaient pleines de mensonge en ce que les paroles supposent la pré' sence du peuple? Les Jansénistes n'ont-ils pas tiré des conséquences analogues , ait)si que nous le raconterons ? Mais , poursuivons.
2° Si nous considérons maintenant la manière dont le culte de la Sainte Vierge avait été traité dans le Bréviaire de Harlay, nous voyons qu'il y avait été grandement diminué. D'abord, on avait supprimé les Bénédictions de l'Office rfe Beata, qui étaient propres à l'Eglise de Paris , en tout temps si dévote à sa glorieuse Patrone. Les Capitules du même Office , dans lesquels l'Eglise Romaine applique à Marie plusieurs passages des Livres Sapieniiaux qui ont rapport à la Divine Sagesse , tradition si ancienne et si chère à la piété , avaient été sacrifiés , sans doute pour faire droit aux déclamations furibondes des hérétiques du seizième siècle, que l'Eglise Romaine et toutes celles qui la suivent dans les Offices divins bravent encore aujourd'hui.
Désormais, l'Office delà Vierge, au Bréviaire de Paris, ne contenait plus cette Antienne formidable à tous les sectaires : Gaudej Maria Virgo, cunctas hœreses sola interemisti in universo mundo ; ni cette autre non moins vénérable, par laquelle l'Eglise implore le secours de Marie pour déjouer les complots de l'erreur contre la gloire de cette Reine du ciel : Dignare me laudare te, Virgo sacrata ; da mihi virtutem contra hostes tuos.
Mais on ne s'était pas arrêté là. Le Bréviaire de Paris, le Bréviaire de Notre-Dame , fournira désormais des armes contre la vérité de la glorieuse Assomption de Marie. Car, pourquoi avoir retranché ces belles paroles de saint Jean Damascène , dans la sixième Leçon de la fête de ce grand Mystère ; Hanc autem vere beatam qtiœ Dei Verbo aures
pmstititj et Spiritus Sancti operatione repleta est, atque ad Archangell spiritalem salutationem , sine voluptate et virili consortio , Dei Filium concepit et sine dolore aliquo peperit , ac totam se Deo consecravit , quonam modo mors devoraret? Quomodo inferi susciperent? Quomodo corruptio invaderet corpus illud, in quo vita suscepta est ? Pourquoi, le quatrième jour dans l'Octave, avoir retranché les trois Leçons dans lesquelles le même saint Jean Damascène raconte la grande scène de la Mort et de TAssoniplion corporelle de la Mère du Sauveur?
Non content d'avoir supprimé en masse le bel Office de la Visitation de la Sainte Vierge , qui était commun à l'Eglise de Paris et à plusieurs autres des plus illustres du Royaume , le Bréviaire de Harlay portait ses coups sur une des plus grandes gloires de la R<Mne du ciel. Dans la plupart des Eglises de l'Occident comme de l'Orient , la solennité du 25 mars, fondement de l'année liturgique, était appelée V Annonciation de la Sainte Vierge ; par quoi l'Eglise voulait témoigner de sa foi et deson amour envers Celle qui prêta son consentement pour le grand mystère de l'Incarnation du Verbe. La Commission osa s'opposer à cette manifestation de la foi et de la reconnaissance. Elle craignît sans douie les dévots indiscrets, et décréta que cette fête serait désormais exclusivement une fête de Notre-Seîgneur, sous ce titre : Annuntiatio Dominica. Nous verrons bientôt le progrès de cette entreprise : en attendant , que ceux-là se glorifient qui ont fait perdre à l'Eglise de France presque toute entière une des principales solennités de la Mère de Dieu
3° Nous passons maintenant à ce qui regarde l'autorité du Pontife Romain. D'abord, François de Harlay décréta que la fête de saint Pierre serait descendue au rang des fêtes solennelles mineures; en quoi il ne tarda pas à être imité dans
plus de soixante Diocèses. Les légendes qui racontaient les actes d'autorité des Pontifes Romains dans rantiquité furent modifiées d'une manière captieuse , sous couleur de conserver les paroles même des Pères. Nous n'en citerons qu'un exemple entre vingt; c'est dans rOiïîce de saint Basile. Il y est dit de ce Saint : Egit apud sanctiim Athanasium et alios Orient is Episcopos ut auxilium ipsi ah Occident alihus Epis' copis postularent. Les rédacteurs de cette légende savaient bien que par les Evêques d'Occident, il faut entendre le Siège Apostolique, sans lequel l'Occident n'aurait point eu ainsi le droit de recevoir l'appel des Evèques de l'Orient, berceau du Christianisme. On aime mieux profiter d'une expression vague qui n'exprime point clairement le dogme, que de la traduire dans le style précis, mais surtout catholique, d'une légende. Le lecteur peut voir encore celles de saint Athanase , de saint Etienne , Pape et Martyr, etc.
L'esprit qui animait l'Archevêque de Harlay parut surtout dans la suppression de deux pièces anciennes et vénérables, mais qui offensaient à juste titre sa susceptibilité ' Gallicane. La première est le fameux Répons de saint Pierre : Tu es pastor ovium , princeps Apostolorum; tibi tradidit Deus omnia régna mundi : * Et ideo tibi traditœ sunt claves regni cœlorum.
Néanmoins ce Répons se trouve déjà dans les plus anciens manuscrits du Responsorial de saint Grégoire, publiés soit par D. Denys de Sainte-Marthe , soit par le B. Tommasi. Mais le favori de Louis XIV, celui qui était à la veille de proclamer, dans une solennelle Déclaration, la complète indépendance de la puissance temporelle à l'égard de la puissance spirituelle, pouvait-il ( quelle que soit d'ailleurs la portée des paroles du Répons) souffrir que l'on continuât à chanter dans les Eglises de la capitale du grand Roi , que Dieu a livré à
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saint Pierre tous les Royaumes du monde , en vertu du pouvoir des clefs? En pareil cas, un sujet fidèle doit tout sacrifier, jusqu'à l'antiquité qu'il prônera en toute autre occasion.
La seconde pièce est une Antienne que l'Eglise chante aux secondes Vêpres de l'Office des Saints Papes. On les loue de n'avoir pas craint les puissances de la terre, pendant qu'ils exerçaient leur Souverain Pontificat, en sorte qu'ils sont montés, pleins de gloire, au Royaume céleste. Dum esset sumrmis Pontifex , terrena non mettUt , sed ad cœlestia régna gloriosus migravit. Jamais plus beau résumé ne pouvait être fait de la vie de ces grands Pontifes qui, à l'exemple de saint Pierre, n'ont point humilié devant César la Royauté sacerdotale , et en ont été loués et récompensés du divin Pasteur qui expose et donne sa vie pour ses brebis. Mais ponr François de Harlay, tel que Fénélon et , mieux encore , l'histoire nous le font connaître, c'était là une maxime importune, et quelque peu séditieuse.
Au reste, à cette même époque , la Chaire de saint Pierre était occupée par un Pape plein du sentiment de la liberté ecclésiastique, et qui se préparait à faire voir à son tour qu'il ne craignait pas les puissances terrestres. Encoredeuxans, et Innocent XI écrira à François de Harlay et à ses trente-quatre collègues de l'Assemblée de 1682 : < Vous avez craint là où » il n'y avait pas sujet de craindre. Une seule chose était à » craindre pour vous ; c'était qu'on pût avec raison vous ac-
> cuser devant Dieu et devant les hommes, d'avoir manqué à » votre rang , à votre honneur, à la dette de votre devoir pas-
> toral. Il fallait avoir en mémoire les exemples de constance » et de force épiscopales que ces anciens et très saints Evêques, » imités par beaucoup d'autres, en chaque siècle, ont, en » semblable circonstance, donnés pour votre instruction
» Qui d'entre vous a osé plaider devant le Roi une cause
t si grave, si juste et si sacrée? Cependant vos préd-écesscurs, »dans un péril semblable, la défendirent plus d'une fois, » cette cause, avec liberté, auprès des anciens Rois de France, »et même auprès de celui-ci, et ils se retirèrent victorieux > de la présence du Roi , rapportant de la part de ce Roi très » équitable la récompense du devoir pastoral vigoureusement ï accompli. Qui d'entre vous est descendu dans l'arène pour «s'opposer comme un mur en faveur de la Maison d'Israël? » Qui a seulement prononcé un mot qui rappelât le souvenir »de l'antique liberté? Cependant, ils ont crié, eux, les gens i du Roi , et dans une mauvaise cause , pour le droit royal ; » tandis que vous, quand il s'est agi de la meilleure des » causes , de l'honneur du Christ , vous avez gardé le si- »lence (1) ! t L'Antienne dont nous parlons devait donc être sacrifiée
(1) Timuistis ergo ubi non erat timor. Id unum timendum
vobis erat , ne apud Deiim , Lominesque redargui jure possetis , loco atque honori vestro, et pastoralis officii debito defuisse. Memoria vobis repetenda erant quse antiqui illi sanctissimi Praesules, quos quam plurimi postea qualibet aetate suot iniitati, episcopalis constantise et forlitudinis exempla, in hujusmodi casibus,ad vestram erudilionem
ediderunt , Ecquis vestrum lam gravem ,
tam justam causam, tam sacrosanctam oravit apud Regem V Cum lamen prsedecessores vestri eam in simili periculo constitutam non semel apud superioresGiUiœ Reges, imo apud hune ipsum libéra voce defenderint, victoresqae a Regio conspeciu discesserint, relatis etiam ab aequissirao Rege preraiis pastoralis officii strenue impleli ? Quis vestrum in arenam descendit, ut opponeret murum pro domo Israël? Quis vel unam vocem emi-il memorem pristinse libertatis? Clamaverunt intérim si; ut scribiiis, et quïdem in mala causa , pro regio jure, clamaveruni Rpgis administri ; cum vos in opiima pro Ciiristi honore sileretis. Brev. Innoce<tn XI. Il yipril. 1682. Ad Archiepiscopoa, Episcopos et alios Ecclesiasticos viros in Comitiis generalibus Cleri GaUicani Parisiis congregatos.
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par un Prélat capable de mériter d'aussi sanglants reproches et que Dieu frappa de mort subite , sans qu'il ait pu offrir satisfaction convenable au Siège Apostolique.
Le Bréviaire de Harlay renferme encore un grand nombre de choses étranges ; mais nous avons hâte d'en finir. Nous ne pouvons toutefois nous dispenser de mentionner ici deux changements graves dont les motifs nous paraissent au moins inexplicables. Dans le temps où ils eurent lieu , la satire s'en occupa. Nous ne ferons pas de réflexions.
Le public se demanda donc par quel motif François de Harlay avait retranché, dans l'Hymne du Dimanche à Matines, qui est de saint Ambroise et commence par ce vers : Primo dierum omnium, les strophes suivantes , qui sont pourtant le centre de cette prière ; le reste de l'Hymne n'étant que le prélude :
Jam nune, Paterna elaritat^ Te postulamus astatim, Absint faces libidinis , Et omnis actus noxius.
Ne fœda sit , vci lubrica Compago nostri corporis , Ob cujus ignés ignibus Avernus urat acrius,
Mundi Redemptor, quœsumtis.
Tu probra nostra diluas , Nobisque largus commoda Vitœ perennis conféras.
Enfin , on se demanda pourquoi on avait ôté de la légende de saint Louis, les belles paroles de la Reine Blanche, sa mère : Fili, mallem te vita et regno privatum quam leth<ilis
peccati reum agnoscere. Le Cardinal de Noailles, dans les diverses éditions qu'il donna du Bréviaire de Harlay, s'empressa de réparer celte omission, en restituant la mémoire de cette parole si célèbre et si populaire, que la Reine Blanche proféra dans une occasion d'ailleurs fort délicate.
rs'ous venons de donner au lecteur une idée des choses superstitieuses , fausses j incertaines , superflues, contraires à la dignité de l'Eglise, ou aux règles établies par elle, que François de Harlay, dans sa lettre pastorale, se proposait de faire disparaître du Bréviaire. Ce début, dans la réforme liturgique, promettait beaucoup, comme l'on voit, et bientôt il ne serait plus au pouvoir des Archevêques de Paris de sauver les débris des livres Grégoriens, menacés dans leur intégrité par l'audace de la secte.
En attendant , le nouveau Bréviaire de Paris portait en tête l'injonction expresse et jusqu'alors inouie, àtoutesles Eglises, Monastères , Collèges, Communautés , Ordres; à tous les Clercs tenus à la récitation de l'Office divin , de se servir de ce Bréviaire, avec défense expresse et solennelle d'en réciter un autre, quel qu'il soit, tant en public qu'en particulier. Cette défense était, comme l'on voit, bien nouvelle à Paris, lorsqu'on se rappelle les termes des lettres pastorales des prédécesseurs de François de Harlay, qui laissaient l'option entre le Bréviaire Romain et celui de Paris. C'était aussi la première fois qu'on ne faisait pas de réserve en faveur des Corps Religieux approuvés , dont aucun n'a le droit de réciter un Biéviaire diocésain. On n'avait point intention, pourtant, de déroger au privilège des Réguliers, et la brochure que nous avons citée plus haut, qui fut publiée sous les inspirations de l'Archevêché (1) , le dit expressément;
(1) Ou l'attribue à l'Abbé Chastelaio , l'un des Commissaires du Bréviaire.
mais on avait pensé que l'absence de toute restriction dans la formule de promulgation du nouveau Bréviaire rendrait cette formule bien autrement solennelle. Elle devait frapper d'autant plus les esprits, et éblouir ou effrayer ceux qui auraient pu être tentés de résister. Il paraît cependant, comme nous le verrons ailleurs, qu'un grand nombre d'ecclésiastiques continuèrent, malgré tout, l'usage du Bréviaire Romain; mais les Chapitres, les Paroisses, les Communautés séculières, comme Saint-Sulpice, durent subir la loi. Les Prêtres de la Mission , quoiqu'ils ne fussent pas un Ordre Régulier proprement dit , gardèrent le Bréviaire Romain; mais déjà ce corps s'était étendu bien au-delà des limites du Diocèse de Paris , et même des frontières du Royaume.
Après avoir publié son Bréviaire, en 1680, François de Harlay eut occasion de développer ses sentiments sur la liberté ecclésiastique et sur l'autorité du Pontife Romain, dans l'Assemblée du Clergé de 1G8I à 1G82. Sa conduite dans cette circonstance à jamais déplorable pour l'Eglise Gallicane , ne contribua pas à attirer les lumières de l'Esprit Saint sur son administration. Aussitôt après l'Assemblée , il se mit en devoir d'exécuter sur le Missel le même travail de réforme qu'il avait entrepris sur le Bréviaire. La Commission dont nous avons parlé continua ses travaux, et dès le mois de novembre 1684, l'Archevêque fut en mesure d'annoncer à son Diocèse , par une lettre pastorale, le don qu'il lui faisait d'un nouveau Missel digne de l'Eglise de Paris (1).
Nous répéterons d'abord ici , en peu de mots , ce que nous avons dit au sujet de la reforme du Bréviaire. Nous conviendrons donc, avec franchise, que rArchevôquc de Paris
(1) Vid. la uole D.
avait le droit de faire les réformes convenables aux livres de son Diocèse, pourvu qu'il les fît dans l'esprit de la tradition qui est l'élément principal de la Liturgie; pourvu que dans ses améliorations la partie Romaine de ces livres fût respectée , et que les réformes fussent autant d'applications des principes suivis dans toute l'antiquité en matière de Liturgie.
Nous n'attaquerons même pas François de Harlay dans les changements qu'il fît aux rubriques, pour les rendre plus conformes aux anciens usages Parisiens , bien que ces changements ne pussent avoir lieu qu'aux dépens des Rubriques Romaines que ses derniers prédécesseurs avaient fait presque exclusivement prévaloir. Il y avait là du moins une possession , bien qu'interrompue durant quelque temps , et les prédécesseurs de Harlay , malgré le désir qu'ils en avaient nourri, n'avaient pu parvenir à inaugurer, sans retour, les livres purement Romains dans leur Eglise.
Mais nous ne saurions nous empêcher de protester énergiquement contre la maxime protestante qu'on n'avait pas osé avouer toute entière dans la préface du Rréviaire, et qui se trouvait enfin énoncée dans celle du Missel. François de Harlay disait : t Les choses qui doivent être chantées, nous les avons » tirées des seules Ecritures Saintes, persuadés que rien ne
> saurait être ou plus convenable , ou plus en rapport avec la » majesté d'un si auguste sacrement, que de traiter l'acte » divin dans lequel le Verbe de Dieu est à la fois Prêtre et » Hostie , au moyen de la parole à l'aide de laquelle il s'est
> lui-même exprimé dans les Saintes Ecritures. »
C'était aussi le principe de Luther dans sa réforme liturgique , quand il disait : « Nous ne blâmons pas ceux qui 1 voudront retenir les Introïts des Apôtres , de la Vierge et » des autres Saints , lorsque ces trois Jntroits sont tirés des
t Psaumes et d'autres endroits de l'Ecriture (1). » Depuis Luther, tous les sectaires Français et Flamands avaient répété à satiété leurs banalités sui' l'usage de l'Ecriture Sainte qui devait suiïîre partout, suivant eux, et il fallait, certes, être bien aveugle, sinon sourdement complice, pour croire avoir tout fait en signant le Formulaire contre les cinq Propositions , quand on ouvrait en même temps, sur l'Eglise et sa doctrine , cette porte par laquelle tous les hérétiques de tous les temps sont entrés.
Quoi qu'il en soit, François de Harlay entreprit celte œuvre et la consomma; il expulsa de l'Aotiphonaire Grégorien, qui forme, comme on sait, la partie chantée du Missel, il en expulsa, disons-nous, toutes ces formules solennelles, touchantes, poétiques, mystérieuses, dogmatiques, dans lesquelles l'Eglise prête sa voix traditionnelle aux fidèles, pour exalter la majesté de Dieu et la sainteté de ses mystères. Ainsi tombèrent d'abord ces Introïts qui avaient, il est vrai, déjà été interdits par Martin Luther, tels que celui de la Sainte Vierge : Salve, sancta Parens, enixa puerpera Regem, etc. ; et cet autre qui retentit avec tant d'éclat et de majesté dans les solennités de l'Assomption , de la Toussaint, etc. : Gaudeamus omnes in Domino, dlem fesîum célébrantes, etc. Ainsi, le Verset allcluiatique des fêtes de la Sainte-Croix : Dulce lignum, dulccs clavos, etc.; celui de saint Laurent : Levita Laurentius ; ceux de saint Michel : Sancte Michael Archangele, etc., et Concussum est mare et contremuit terra, ubi Archangelus Michael, etc.; celui de saint François : Franciscus , pauper et humilis^ cœlum dives ingreditur, etc. ; de saint Martin : Beutus vir sanctus Martinus, urbis Turonis Episcopus rcquievit , etc., etc.
(1) Vid. ci-dessus. Tome I. chap. XIV, pag. iVô,
Dans les Messes de la Sainte Vierge , tant celles du Samedi que celles des solennités proprement dites, le Missel de 1684 sacrifiait impitoyablement le beau et mélodieux Graduel : Bmedicta et venerahilis es, Virgo Maria, etc. ; les Versets alléluiatiques : Virgo Jesse floruit, elc ; Félix es , sacra Virgo Maria, etc. ; Senex puerum portabat , etc. ; Assumpta est Maria in cœlum ; le Trait : Gaude , Maria Virgo ; l'Offertoire : Beata es, Virgo Maria; la Communion : Beataviscera Mariœ Virginis. Croirait-on que le zèle de l'Ecriture Sainte animait François de Harlay jusqu'au point de lui faire sacrifier la belle Communion de saint Ignace d'Ântioclie, composée de ces immortelles paroles : Frumentum Christi sum ; dentibus bestiarum molar, ut panis mundus inveniar. Il est vrai qu'il avait poussé la haine des prières traditionnelles jusqu'à détruire même les Messes propres des Saints de Paris, entre lesquelles on doit surtout regretter celle si gracieuse que la capitale du noble royaume de France avait composée, dans les âges de foi et de chevalerie, à la louange de sa benoite et douce Patronne.
Le Missel de Harlay, aussi bien que le Bréviaire , attaquait les traditions de l'Eglise de Paris sur saint Denys ; on peut même dire qu'il les renversait pour jamais , en déshonorant par des changements et des interpolations la populaire et harmonieuse Séquence qu'Adam de Saint-Victor, au douzième siècle , avait consacrée à la mémoire du glorieux Apôtre de Lutèce.
Nous ne nous imposerons, certes, pas l'ennuyeuse tâche de signaler en détail toutes les mutilations auxquelles cette pièce admirable fut en proie sous les coups de la Commission du Missel. Nous nous bornerons à faire remarquer la barbarie avec laquelle fut sacrifié le début de cette Séquence cl la maladresse qui suppléa l'omission. Adam de
Saint-Victor avait dit , et toutes les Eglises de France répétèrent :
Gaude proie, Grœcia,
Glorietur Gallia
Pâtre Dionysio.
Ainsi la gloire d'Athènes, qui députe vers nos contrées son immortel Aréopagite , et la gloire des Gaules qui l'accueillent avec tant d'amour, sont confondues dans un même chant de triomphe. Mais maintenant que François de Harlay ne veut plus que la Grèce ait donné le jour à sou saint Prédécesseur, où a-t-il pris le droit de dire :
Exultet Ecclesia , Dum triumphat Gallia Pâtre Dionysio ?
Sans doute la France, et la ville de Paris en particulier, sont quelque chose de très grand dans le monde ; mais n'y a-t-il pas quelque prétention, quand on a, d'un trait de plume , refusé à la Grèce le droit de prendre une part spéciale à la fête de saint Denys qu'elle honore pourtant encore aujourd'hui , comme Evêque d'Athènes et de Paris ; de s'en aller substituer, disons-nous, à la Grèce, d'un trait de plume aussi , l'Eglise universelle , comme obligée de venir s'associer expressément aux gloires de notre T^airie'i Exultet Ecclesia, dum triumphat Gallia. Que si l'on disait que la gloire de tous les Saints appartient à l'Eglise entière qui triomphe en chacun d'eux, nous n'aurions garde de le contester ; mais nous demanderions si l'on est bien sûr de l'assentiment de l'Eglise universelle à tous ces changemens , quand on sait que non seulement le Bréviaire Romain , mais même les livres d'Office de l'Eglise Grecque, proteslenl chaque année en faveur de la qualité d' Aréopagite donnée à saint T. II. 7
Denys de Paris, Voilà bien des millions de témoignages en faveur d'une prescription auguste, et TEglise de Paris qui met tant de zèle , depuis François de Harlay, à faire prévaloir les droits de la critique aux dépens de sa propre gloire, fait ici un triste personnage. Il ne manque plus qu'une chose : c'est qu'il se rencontre quelque protestant qui vienne encore, de parla vraie science historique, nous faire la leçon, à nous autres Gallicans , ainsi qu'il nous est déjà arrivé au sujet du grand saint Grégoire YII que nous avons chitssé du Bréviaire , comme il sera raconté en son lieu. On dit que certains écrivains Catholiques voudraient pourtant, sur saint Denys, disputer l'initiative à ces huguenots.
Encore un trait sur la fameuse Séquence : ce sera le dernier. On y retrancha ce verset fameux :
Se cadaver mox erexit , Truncus truncum caput veccit , Quo ferentem hac ditexit Angelorum legio.
On conçoit encore une controverse sur une question chronologique. Ee sentiment des anli-Aréopagites s'appuie du moins sur des données historiques plus ou moins plausibles : mais si quelqu'un s'avise de contester le miracle du saint martyr portant sa tête dans ses mains , où prendra-t-il ses moyens d'attaque ? où est l'impossibilité de ce miracle? où sont les monuments qui le nient, ou l'infirment en quoi que ce soit ? C'était donc tout simplement un sacrifice fait à l'esprit frondeur que certains écrivains ecclésiastiques avaient fait prévaloir dans la classe lettrée des fidèles. Etait-il, pourtant, si nécessaire d'avertir le peuple, que le moment était venu de suspendre son respect pour les anciennes croyances ?
LITURGIOUES. 99
On avait trouvé aussi le moyen d'en finir avec les traditions de l'Eglise sur l'identité de sainte Marie-Magdeleine avec la pécheresse de l'Evangile ( tradition déjà ébranlée dans le Bréviaire , ainsi que nous l'avons dit) , en changeant totalement la Messe Romaine , dont l'Introït : Me expectaverunt , l'Evangile Rogabat Jesum quidam de Pharisœis, et la Communion Feci judicium , étaient si gravement significatifs. Le croirait-on, si on n'en voyait encore aujourd'hui les effets? on avait poursuivi cette tradition jusque dans la prose de la Messe des morts; on y avait changé ces mots : Qui Mariam absolvisti, en ceux-ci : Peccatricem absolvisti.
Puisque nous parlons de la Messe des Morts , nous dirons aussi que François de Harlay, tout en laissant subsister encore l'Introït Requiem œternam, l'Offertoire Domine Jesu- Christe, et la Communion Lux ceterna, qui sont au nombre des plus magnifiques pièces de l'Ântiphonaire Grégorien, avait donné une Messe toute nouvelle pour la Commémoration générale des Défunts, au second jour de Novembre , et que s'il consentait à garder l'antique Messe pour les Funérailles et Anniversaires des fidèles, c'était après avoir arbitrairement effacé le Graduel et le Trait Grégoriens, et supprimé, dans la Communion, un Verset et une Réclame qui formaient l'unique débris des usages de l'antiquité sur l'Antienne de la Communion.
Nous ne devons pas omettre non plus de signaler l'insigne audace qui avait porté les correcteurs du Missel de Harlay à supprimer toutes les Epîtrcs que l'Eglise Romaine a empruntées des Livres Sapientiaux, pour les Messes de la sainte Vierge , tant celles des fêtes proprement dites que celles de l'Office Votif. Déjà un pareil scandale avait eu lieu pour le Bréviaire; mais il devenait bien plus éclatant dans le Missel. Par là , nous le répétons , tous les blasphèmes des Protestants
étaient autorisés , et en même temps une des sources de rinlelligence mystique des Ecritures fermée pour longtemps. Ceux de nos lecteurs qui ne sentiraient pas l'importance de notre remarque seront plus à même de l'apprécier quand nous en serons venu à expliquer en détail les Messes du Missel Roraain et les traditions qui les accompagnent ; toutes choses devenues étrangères au grand nombre, depuis l'innovation Gallicane.
Dans cette revue générale du Missel de Harlay , nous sommes loin d'avoir signalé toutes les témérités qui paraissaient dans cette œuvre. Elle renfermait, en outre, les plus singulières contradictions. Suivant le plan de réforme tracé dans la Lettre Pastorale, toutes les parties chantées du Missel devaient être tirées de l'Ecriture Sainte; cependant les Proses ou Séquences qui sont bien des parties destinées à être chantées avaient été conservées. Bien plus , on en avait composé de nouvelles, entre autres celle de l'Ascension , Solemnis hœc festivitas, celle de l'Annonciation, Huniani generis, celle de la Toussaint, Sponsa Christi, qui est de J.-B. de Contes, Doyen de l'Eglise de Paris. On ne craignait donc pas tant la parole de l'homme , pourvu qu'on en fût le maître. Etrange nécessité que subira la révolte jusqu'à la fin , de se contredire d'autant plus grossièrement qu'elle se donne pour être plus conséquente à elle-même !
Quoiqu'il en soit de ces honteuses et criminelles mutilalions que subit la Liturgie Romaine dans les livres de Paris, comme il est certain que ces mutilations n'atteignaient pas la vingtième partie de l'Antiphonaire Grégorien, on put dire encore , sous l'épiscopat de François de Harlay , et sous celui du Cardinal de Noailles , que la Liturgie de Paris était et demeurait la Liturgie P»omaine ; que l'unité établie par le Concile de Trente et saint Pie V, si elle avait souffert, n'avait pas
LITURGIQUES. iOl
encore péri. Aussi voyons-nous le Docteur Grancolas dans son Commentaire sur (e Bréviaire Romain^ publié en 1727, consacrer un chapitre entier à démontrer en détail l'identité générale du Bréviaire de Paris avec le Romain (1).
Mais les atteintes portées à l'intégrité de la Liturgie par François de Harlay , les damnables principes qui avaient prévalu dans sa réforme , tout cela devait être fécond pour un avenir prochain. On ne s'arrête pas dans une pareille voie : il faut avancer ou reculer. L'esprit d'innovation comprimé dans le Bréviaire de Paris par la nécessité de conserver la physionomie générale de la LUurgie Piomaine , se jeta d'un autre côté , et alla essayer sur un théâtre plus restreint l'application de ses théories , bien persuadé que la curiosité et la manie du changement si naturelles aux Français en procureraient, en temps convenable, l'avancement et le ti'iomphe. L'Abbaye de Cluny et la petite Congrégation qui en dépendait alors sous le nom û' Ordre de Cluny ^ furent choisis par les novateurs pour y faire l'essai d'une réforme liturgique complète et digne de la France.
On se rappelle ce que nous avons dit du Bréviaire Monastique en général et de celui de Paul V en particulier. L'ordre de Cluny avait alors pour Abbé Général le Cardinal de Bouillon. Ce Prélat si malheureusement célèbre par le relâchement de ses mœurs et par sa colossale vanité, ajouta à ses autres responsabilités devant l'Eglise, celle d'avoir, le le premier, anéanti en France la Liturgie Romaine, et d'avoir choisi pour inaugurer un corps d'Olïices totalement étranger aux livres Grégoriens, la samte et vénérable Basilique de Cluny. Il possédait cette Abbaye, non en Commende, mais par l'élection du Chapitre qui fut maintenu jusqu'à la
[i) Tome \ , pag. 33? et suivaateg,
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suppression des Ordres Monastiques, dans la possession de choisir l'Abbé de Cluny , pourvu que l'élu ne fût pas un Moine {{]. En vertu de sa qualité d'Abbé Régulier, son droit et son devoir étaient de veiller à tout ce qui concernait le service divin , et il était, déplus, susceptible de recevoir et d'exécuter à ce sujet toutes les commissions du Chapitre Général.
L'Ordre de Cluny s'était toujours maintenu dans la possession de ses antiques usages liturgiques. Le Bréviaire de Paul V qui , comme on se le rappelle , n'était point strictement obligatoire pour tous les Monastères , n'avait point été formellement accepté par cette Congrégation. Nous laisserons donc de côté la question de droit , tout en faisant observer que si rien ne s'opposait à la réforme des livres monastiques de l'Ordre de Cluny; la destruction complète et violente de tout le corps des Offices Grégoriens ne pouvait être considérée comme une réforme , et n'en pouvait revendiquer le caractère et les droits.
Ce fut, ainsi que nous l'apprenons de la Lettre Pastorale de l'Eminentissime Abbé de Cluny, ce fut dans le Chapitre de l'Ordre tenu en 1676, que l'on résolut la Réforme du Bréviaire Monastique de Cluny. On donna ce soin à D. Paul Rabusson , Sous-Chambrier de l'Abbaye , et à D. Claude de Vert , Trésorier. C'était précisément l'époque où François de Harlay faisait exécuter, en la façon que nous avons dit , la réforme du Bréviaire Parisien , et comme cette réforme
(1) Cette servitude, si honteuse et dr-gradante qu'elle fût, plaçait néanmoins l'.Uibaye de Cluny dans une situation supérieure à celles de la Congrégation à^ Saint-Maur, qui , étant toutes soumises à la Conimeude , demeuraient totidement étrangères a la désignation des Abbés qu'il plaisait à la Cour de leur nomaier. Il est vrai que ces Abbés simplement Commandataires n'avaient aucune jurisdictioa Epirituelle sur le:j Monastères.
fut l'expression des principes qui s'agitaient alors dans l'Eglise de France , il était naturel de penser qu'on en retrouverait quelques applications dans le nouveau Bréviaire de Cluny. A part la connaissance que nous avons d'ailleurs de D. Claude de Vertel de ses principes liturgiques, la coopération de certains membres du clei-gé séculier qui avaient fait leurs preuves devrait nous éclairer suffisamment. Cette coopération est indiquée expressément dans la Lettre Pastorale (1) , et l'on sait par un auteur contemporain que les deux Moines de Cluny eurent de grandes liaisons j pendant la durée de leur opération , avec les commissaires du nouveau Bréviaire de Paris , et qu'ils prirent dans ce dernier beaucoup de choses dont ils se firent honneur dans leur Bréviaire (2).
Mais de même qu'entre tous les commissaires du Bréviaire de Harlay , il n'y en eut aucun plus suspect de vues hétérodoxes, ni plus hardi , sous ses dehors de sainteté , que Nicolas Le Tourneux ; de môme aussi nul autre ne peut être égalé à ce personnage pour son zèle d'innovation, et pour l'importance des travaux qu'on lui laissa exécuter. « La » confiance que D. Claude de Vert et D. Paul Babusson » avaient en lui, le rendit maître du terrain. Il forma son îplan cl l'exécuta à son aise (5). » Nous devons donc
(1) Qui liane in se proviucîam receperunt , non suam tantum adhibueruut diligenliam quam maximani, sed et , ul)icumque opus fuit, aliéna usi siint industrîa. Porrô alienam cum dicimus iudustriam, eorura dicimus quosnoveranl in Scripturissacrls, in pair uni doctrina, insœculorum traditione, in Ecclesiae disciplinse veteri, ia ritibus monasticis veriatissimos.
(2) Tbiers. Obseï valions sur le nouveau Bréviaire de Cluny, pag. 94.
(3) Mesenguy. Lettres sur les nouveaux Bréviaires (1733), cité par l'Abbé Goujet , dans sa continuation de la Bibliothèque d'ElIies DuplOf Tome m , page 92.
désormais nous tenir pour avertis , et nous attendre à trouver dans le Bréviaire de Cluny l'œuvre de Nicolas Le Tourneux. Les plus grands applaudissements du public de ce temps-là, préparé à tout par le Bréviaire de Harlay, accueillirent le nouveau chef-d'œuvre à son apparition , qui eut-lieu en 1686. Il y eut cependant quelques réclamations fondées sur Vétrangeté de plusieurs particularités qu'on remarquait dans cette production. Mais ce qui surprit tout le monde , ce fut de voir se lever au nombre des adversaires du Bréviaire de Cluny, le trop fameux, mais docte Jean -Baptiste Thiers qui publia deux petits volumes intitulés : Observations sur le nouveau Bréviaire d» Cluny. Sa critique violente , quelque fois même injuste, mais le plus souvent \ictorieuse, aurait grandement nui , en d'autres temps , à une œuvre aussi difficile à défendre que celle de D. Paul Rabusson et de D. de Vert; mais tel était l'engouement des nouveautés liturgiques, que le factura de Thiers qui n'avait pu trouver d'imprimeur qu'à Bruxelles, n'arrêta en rien la marche de l'innovation. On fut même presque scandalisé de voir J.-B. Thiers , un si bon esprit , ne pas s'extasier devant une merveille comme le Bréviaire de Cluny. Son livre qui parut en 1707, appelait néanmoins une réfutation , et D. Claude de Vert s'était mis en devoir de la préparer, lorsque Thiers vint à mourir. D. Claude de Vert ne jugea pas à propos de le poursuivre au-delà du tombeau ; peut-être aussi trouva-t-il son compte à cette suspension d'armes : car, assurément , le Curé de Vibraye n'était pas homme à laisser le dernier mot à autrui , dans la dispute.
En aliendaut que nous fassions connaître un autre associé de D. Claude de Vert dans la fabrication du Bréviaire de Cluny, nous allons révéler au lecteur les progrès liturgiques qui signalaient celte œuvre.
D'abord , le principe émis dans le Bréviaire de Harlay, mais qui n'avait pas reçu alors toute son application, ce principe si cher aux anli-liturgistes , de n'employer plus que l'Ecriture Sainte dans l'Office divin , était proclamé dans la Lettre Pastorale et appliqué, dans toute son étendue, à tous les Offices tant du Propre du Temps que du Propre des Saints et des Communs. Ainsi croulait déjà une partie notable du livre Responsorial de saint Grégoire; mais afin que la destruction fût plus complète encore , les novateurs qui cherchaient si ardemment à faire prévaloir l'Ecriture Sainte sur la tradition, en vinrent jusqu'à sacrifier, sans égard pour l'antiquité , au risque de découvrir à tous les yeux le désir de bouleversement qui les travaillait, en vinrent, disons-nous , jusqu'à sacrifier presque en totalité les innombrables Antiennes et Répons que les livres Grégoriens ont empruntés de l'Ecriture Sainte elle-même, et cela, pour les remplacer par des Versets choisis par eux , et destinés à former une sorte de Mosaïque de l'Ancien et du Nouveau Testament dont ils avaient trouvé le plan dans leurs cerveaux. Et ces hommes osèrent encore parler de l'antiquité , quand ils mentaient à leurs propres paroles.
Après avoir donné la chasse aux traditions dans les Antiennes et les Répons , les commissaires du Bréviaire de Cluny , marchant toujours sur les traces de François de Harlay, mais de manière à le laisser bien loin derrière eux, trouvèrent pareillement le moyen d'en finir avec les légendes des Saints. Pas une seule ne fut épargnée; on mit en leur lieu des passages des saints Pères d'une couleur plus ou moins historique , et si grande fut cette hardiesse que , malgré le bon vouloir de plus d'un liturgiste du dix-huitième siècle , il fut reconnu impossible d'imiter, en cela, le Bréviaire de Cluny (jui devait servir de modèle 50U5 tant d'autreis points,
Ce fut dans un but analogue que , après avoir supprimé la plupart des fêtes à douze leçons pour les réduire à trois, on décréta que le dimanche n'admettrait plus celles qui tombent en ce jour, si ce n'est les Solennités les plus considérables, et que, sauf rAnnoncialion et la fête de saint Benoît, toutes celles qui arrivent durant le Carême seraient ou éteintes, ou transférées. Quignonez lui-même déclare dans la Préface de son Bréviaire , qu'il n'a pas osé aller jusque-là. Par suite de ces bouleversements bizarres , certaines fêtes se trouvaient dépopuîarisées par les translations les plus inattendues ; car, qui se serait imaginé, par exemple, d'aller chercher saint Grégoire le Grand au 3 de janvier, saint Sylvestre au 3 de février, saint Joseph un des jeudis de l'Avent ?
Mais non contents de remanier ainsi le Calendrier pour les fêtes des Saints, les commissaires du Bréviaire de Cluny avaient porté leur main audacieuse jusque sur les grandes lignes de l'année chrétienne. Toujours fidèles au système qu'ils avaient inventé a priori j et auquel il fallait que soit l'antiquité , soit les usages modernes de l'Eglise cédassent en tous les cas, ils imaginèrent pour abaisser les fêtes de la Sainte Vierge , de créer un quintenaire de fêtes de Notre-Seigneur, qui dussent être placées, pour l'importance, à la tête du calendrier. S'ils se fussent bornés au ternaire antique de Pâques, la Pentecôte et Noël, ils se seraient tenus dans les bornes des traditions ecclésiastiques; mais en voulant égaler l'Epiphanie et l'Ascension aux trois premières , et tenir ces cinq solennités dans une classe où nulle autre , pas même la fête du Saint-Sacremont, ne peut trouver place, ils mirent au jour leur manie d'innovation et en même temps les plus énormes contradictions avec leurs solennelles prétentions à la connaissance de l'antiquité.
Le culte de la Sainte Vierge fut réduit dans le Bréviaire de Cluny. La fête de son Assomption descendit au degré appelé par les commissaires Feslivité majeure. L'Octave de la Conception fut supprimée ; l'Annonciation fut nommée , à l'instar du Bréviaire de Harlay, Annuntiatio et Incarnatio Domini, Mais on alla plus loin : François de Harlay avait du moins laissé à la Sainte Vierge la fête de la Purification ; les commissaires de Cluny , toujours inquiets pour la gloire du Sauveur dans les hommages qu'on rend à sa sainte Mère , comme si l'unique fondement des honneurs déférés à Marie ne se trouvait pas dans la Maternité divine, résolurent de nommer cette fête : Prœsentatio Domini et Purificatio B. Mariœ Virginis. Parlerons-nous des Hymnes , des Antiennes , des Répons si remplis de piété et de poésie par lesquels l'Eglise, dès le temps de saint Grégoire, s'était plue à exalter les grandeurs de Marie ? Toutes celles de ces formules antiques et sacrées qui avaient échappé aux coups de François de Harlay, avaient impitoyablement été sacrifiées par Le Tourneux , pour faire place à de muets cantons de la Bible. Certes , on peut dire qu'en cela était porté un coup bien sensible à l'Ordre de saint Benoît , si célèbre en tous les temps pour sa dévotion à la Mère de Dieu ; et les commissaires , pour agir avec cette scandaleuse liberté , non seulement avaient à combattre l'Antiphonaire et le Responsorial de saint Grégoire , mais il fallait qu'ils étouffiissent aussi la voix séculaire de la sainte Eglise de Cluny, comme on parlait autrefois ; car elle déposait hautement de son amour pour la glorieuse Vierge et de son zèle à lui rendre ses plus doux hommages.
L'autorité du Siège Apostolique qui a de si intimes rapports avec la confiance et le culte envers la Mère de Dieu avait souffert de nombreuses atteintes dans le nouveau Bré-
viaire de Cluny. Sans parler de la suppression des féies de la plupart des saints Papes, ainsi que du retranchement des Répons et Antiennes sacrifiés déjà par le zèle de François de Harlay, on avait, à Fimltation de cet Archevêque, humilié la fête du Prince des Apôtres jusqu'au degré de solennité mineure; on avait supprimé une des fêtes de la Chaire de saint Pierre , et cela dans la Basilique de saint Pierre de Cluny, dans le sanctuaire même où avaient si long-temps prié pour l'exaltation du Siège Apostolique, le Prieur Hildebrand , depuis saint Grégoire VII; le Moine Othon de Châtillon, depuis Urbain II; le Moine Raynier, depuis Paschal II ; le Moine Guy, depuis Callixte li !
Qu'on ne nous demande donc plus pourquoi il n'est pas resté pierre sur pierre de cette antique et vénérable Eglise, centre de la réforme monastique, et, par celle-ci, de la civilisation du monde , durant les onzième et douzième siècles ; pourquoi les lieux qui formaient son enceinte colossale sont aujourd'hui coupés par des routes que traversent avec l'insouciance de l'oubli les hommes de ce siècle ; pourquoi les pas des chevaux d'un haras relenlissent près de l'endroit où fut l'autel majeur de la Basilique et le sépulcre de saint Hugues qui Tédifia. Saint Pierre de Cluny avait été destiné à donner abri, comme une arche de salut, dans le cataclysme de la barbarie, à ceux qui n'avaient pas désespéré des promesses du Christ. De ses murs devait sortir l'espoir de la liberté de l'Eglise, et bientôt la réalité de cet espoir. Or, laUbertéde l'Eglise , c'est l'affranchissement du Siège Apostolique. Mais lorsque ces murs virent déprimer dans leur enceinte cette autorité sacrée qu'ils avaient élé appelés à recueillir, ils avaient assez duré. Ils croulèrent donc, et afin que les hommes n'en vinssent pas à confondre cette terrible destructioji avec ces démolitions innombrables que l'anarctiie opéra
à une époque de confusion , la Providence , avant de permettre que les ruines de Cluny couvrissent au loin la terre, voulut attendre le moment où la paix serait rétablie, les autels relevés; où rien ne presserait plus le marteau démolisseur ; où les cris de la fureur n'accompagneraient plus la chute de chaque pierre. C'en fut assez de la brutale ignorance, des mesquins et slupides ressentiments d'une petite ville pour renverser ce qui ne pesait plus que sur la terre. A la vue de celte inénarrable désolation, quel Jérémie oserait espérer d'égaler les lamentations à la douleur ! que le Moine se recueille et prie : ponet in pulvere os suum , si forte sit spes (i) !
Le Bréviaire de Cluny, outre les graves innovations dont nous venons de parler , présentait encore de nombreuses singularités capables d'offenser le peuple Catholique. Nous avons dit , au chapitre VIII, à propos de la Liturgie Monastique^ que l'Ordre de saint Benoît avait de très bonne heure adopté le Responsorial Grégorien. Le Bréviaire Monastique de Paul V, qui était conforme en beaucoup de choses à celui de saint Pie V , avait sanctionné de nouveau cette œuvre du génie Bénédictin qui a semblé toujours porté vers les habitudes romaines. Il a dû résulter de là que plusieurs usages statues dans la Règle de saint Benoit , pour les Offices divins, ont fait place à d'autres usages plus en rapport avec les mœurs des diverses Eglises d'Occident. Ce n'était pas un mal que ces rares dérogations à un ordre d'Office qui, dans tous les autres cas, demeurait toujours dans sa couleur propre , et les effacer n'était pas un progrès, puisqu'on ne le pouvait faire qu'en se séparant do l'Eglise Romaine d'une part, et de l'autre en scandalisant les simples. C'est
(l) Threa. III. 29.
néanmoins ce que firent les commissaires en supprimant les prières de préparation à rODQce, Pater ; Ave, Maria; Credo ; en abolissant les Suffrages de la sainte Vierge et des Saints, la récitation du Symbole de saint Athanase,les Prières qui se disent à certains jours après la Litanie , les Absolutions et les Bénédictions pour les Leçons de Matines, etc. Sans doute saint Benoît n'a point parlé de tous ces rites que l'Eglise n'a établis que dans des siècles postérieurs à celui auquel il a vécu ; mais les Rédacteurs du Bréviaire de Cluny pensaient-ils donc que ce saint Patriarche revenant au monde, après mille ans, eût voulu, sous le prétexte de rendre l'Office de ses Moines plus conforme à celui du sixième siècle , briser tous les liens que cet Office avait , par le laps de temps , contractés avec celui de l'Eglise universelle ?
Mais voici quelque chose de bien plus étrange. Depuis le neuvième siècle , la tradition de l'Ordre de saint Benoît porte que durant les trois derniers jours de la Semaine Sainte, l'Office divin , dans les Monastères , sera célébré suivant la forme gardée par l'Eglise Romaine, afin qu'il paraisse à tous les yeux que les fils de la solitude s'associent en ces jours solennels à la tristesse de tout le peuple fidèle. La même coutume est inviolablement observée dans les autres Ordres qui ont un Bréviaire particulier. iS'eut-on donc pas droit de crier au scandale quand on vit le Bréviaire de Cluny prescrire , à l'Olfice de la Nuit des Jeudi , Vendredi et Snmedi Saints, les Versets Deus , in adjutorium ; Domine, labia mea aperies ; un Invitatoire, un Hymne, douze Psaumes, trois Chimiques, douze Leçons , douze Répons; l'usage du Gloria Patri, non seulement dans ces Répons, mais à la fin de chaque Psaume; à Laudes, aux Petites-Heures, à Vêpres età Compiles, toutes les particularités liturgiques employées parles Usages Bénédictins, dans le reste de l'année. En vain
D. Claude de Vert, pour soutenir son œuvre, a-t-il pris la peine de composer un Dialogue fort pesant entre un certain Doni Claude et un certain Dom Pierre ; il n'est parvenu à démontrer qu'une seule chose , que personne d'ailleurs ne conteste, savoir, que saint Benoît, en établissant la forme de rOITice pour ses Moines, n'a point dérogé, dans sa Règle, à cette forme pour les trois derniers jours de la Semaine Sainte, et qu'on ne peut être contraint à embrasser les Usages Romains, en ces trois jours, en vertu d'une déduction logique. Tout cela est très vrai ; mais, quoiqu'en dise D. de Vert, la coutume suffît bien pour suspendre l'effet d'une loi , et d'ailleurs, les rares exemples d'une pratique contraire qu'il voudrait produire ne détruisent point ceux, beaucoup plus nombreux, qu'on peut alléguer en faveur de la coutume actuelle. Parlerons-nous de la singulière idée qui porta les Commissaires du Bréviaire de Cluny à inventer, pour le 2 novembre, un Office propre de la Commémoration des Défunts, avec des Hymnes, douze Psaumes, trois Cantiques, des Capitules, des Répons Brefs, etc., en un mot toutes les parties qui composent les Offices réguliers du cours de l'année. Ce n'est sans doute là qu'une bizarrerie et une hardiesse de plus. Mais voici une remarque d'un autre genre. Nos doctes travailleurs se piquaient d'érudilion, et comme la connaissance de la langue grecque était alors une sorte de luxe dans l'éducation , ils trouvèrent fort convenable d'afficher dans leur Bréviaire quelqu'une dos découvertes philologiques qu'ils avaient pu faire. Aujourd'hui leur petite vanité nous paraîtra , sans doute , quelque peu risible : alors il en était autrement. Il y avait long-temps que leurs savantes oreilles étaient choquées d'entendre prononcer dans l'Eglise Romaine les deux mots Kyrie, eleison, sans qu'on parût faire la moindre allenlion , pensaient-ils , à la valeur de la
lettre êta. Ils voulurent donc y remédier , et faire ainsi la leçon , non seulement à toute l'Eglise Latine , mais encore à l'Eglise Grecque elle-même. Ils imprimèrent donc , dans tous les endroits où se trouva la Litanie , Kyrie , eleéson. La science a fait un pas , ou plutôt , on s'est mis tout simplement en devoir de demander la prononciation du grec aux Grecs , et aux monuments philologiques des anciens ; et Eijrie , eleéson est devenu simplement ridicule. Il faut convenir, cependant, que si les nombreux Bréviaires du dixhuilième siècle firent de riches emprunts au Bréviaire de Cluny, tous , à l'exception de ceux des Congrégations de saint Vannes et de saint Maur, laissèrent à Dora de Vert son Eleéson. Mais Erasme imposait si fortement à ce novateur, que non content d'en adopter, après François de Harlay, les sentiments audacieux sur saint Denys l'Aréopagite et sur sainte Marie-Madeleine , il se fit l'écho de ce docteur ambigu, jusque dans ses absurdes ihéories sur la prononciation grecque. Son zèle ne s'arrêta donc pas à la création de V Eleéson : il démentit la tradition que François de Harlay avait respectée sur le mol ParacUtus j et alla jusqu'à chanter et osa écrire en toutes lettres, ParacUtus , en dépit de la quantité. Au reste , et ceci prouvera combien les instincts liturgiques s'étendent loin : dans la même censure où la Sorbonne, en 4526 , vengeait les traditions catholiques contre Erasme, elle notait aussi, comme nouveauté intolérable, l'affectation pédantesque du ParacUtus que, cependant, tous nos Bréviaires Français ont emprunté à D. de Vert. Il est curieux qu'aujourd'hui, après avoir parcouru un long cercle, la science vienne à se retrouver au point où était déjà rendue la Sorbonne au seizième siècle , par la seule fidélité aux traditions. Dieu veuille nous délivrer^ pour l'avenir, des hommes à système et à idées toutes faites!
Concluons tout ceci par une appréciation générale du Bréviaire de Cluny, et disons que si cette œuvre, que nous croyons avoir démontrée intrinsèquement mauvaise , ne paraissait pas d'abord destinée à exercer une influence funeste , parce que ce corps d'Offices ne devait , après tout, s'exercer que dans un petit nombre d'Eglises Conventuelles dans lesquelles le public était accoutumé avoir pratiquer la Liturgie Bénédictine , qui diffère déjà de la Romaine en beaucoup de points, elle n'en devait pas moins produire les plus désastreux effets dans l'Eglise de France. Déjà la Réforme Parisienne avait retenti au loin et éveillé le goût de la nouveauté ; mais elle était insuffisante, du moment qu'on se disposait à franchir les limites posées par la tradition. Il fallait un type à tous les créateurs en Liturgie que le pays se préparait à enfanter. 11 fallait un drapeau à ces champions du perfectionnement. Le Bréviaire de Cluny était tout ce qu'on pouvait désirer : tout y était nouveau. Les théories qui ne faisaient que poindre dans l'œuvre de François de Harlay rayonnaient accomplies dans celles de D. Paul Rabusson, de D. Claude de Vert et de Nicolas Le Tourncux. Aussi dirons-nous en finissant, pour la gloire du Bréviaire de Cluny, si tant est que ce soit là une gloire , que la plus grande partie de ce que renferment de meilleur ( dans leur système ) les nouveaux Bréviaires, appartient à celui dont nous faisons l'histoire. Nous ne refuserons donc pas aux Commissaires du Chapitre de Cluny de 1676, mais surtout à Le Tourneux, une grande connaissance des Saintes Ecritures , tout en détestant l'emploi condamnable qu'ils ont fiiit de cette connaissance , en substituant des phrases de la Bible choisies par eux , dans leur lumière individuelle, et dès-lors isolées de toute autorité , à la voix sûre, infaillible de la tradition , ou encore aux passages de l'Ecriture que l'Eglise elle-même avait choisis ,
dans le Saint-Esprit , in Spiritu sancto , pour rendre des sentiments , exprimer des mystères dont elle seule a la clef, parce qu'elle seule est dans la lumière , tandis que les hérétiques et leurs fauteurs se meuvent dans les ténèbres.
Nous n'aurions pas dit tout ce qui est essentiel sur le Bréviaire de Cluny, si nous ne faisions pas connaître son hymnographe. Déjà , nous aurions dû nommer Jean-Baptiste Santeul, Chanoine Régulier de Saint-Victor, à propos du Bréviaire de Harlay pour lequel il fournit plusieurs Hymnes; mais comme il en composa un bien plus grand nombre pour le Bréviaire de Cluny qui semble être le }trincipal monument de sa renommée, nous avons différé d'en parler jusqu'à ce moment. Cet homme dont la gloire n'a fait que s'accroître dans l'esprit des admirateurs de l'innovation liturgique , est véritablement un type : nous avons donc besoin de le considérer un peu à loisir et de caractériser son personnage et son action.
Nous dirons d'abord que nous avons toujours éprouvé une peine profonde en voyant sortir de la sainte et illustre Abbaye de Saint-Victor, un des hommes qui ont le plus contribuée cette lamentable révolution qui a changé, en France , toute la face des Offices divins , et déshérité le sanctuaire de ses plus vénérables traditions. Il fallait, certes, qu'à la fin du dixseptième siècle, le génie Catholique eût bien faibli, en France, pour qu'on n'aperçût pas la contradiction flagrante qu'offraient les allures et la personne toute entière de Santeul , bous ne disons pas seulement avec les Hugues et les Richard, que le cloître mystique de Saint-Victor avait si saintement abrités au douzième siècle, ni avec ce saint Réformateur de l'Ordre Canonial, le Père Fauredontla mémoire était encore toute fraîche , ni avec le pieux et orthodoxe Simon Gourdan qui Tivait sous le même toit et sous le même habit que l'hymno-
graphe de Cluny , mais avec l'illustre Adam de Saint- Victor, dont les admirables Séquences furent long-temps la gloire de l'Eglise de Paris, et seront toujours de véritables trésors de poésie catholique.
Nous avons cité, au chapitre XI de cette histoire liturgique, la fameuse lettre de saint Bernard à Guy, Abbé de Montier-Ramey , dans laquelle le saint Docteur détaille les qualités que doivent réunir el le compositeur d'une œuvre liturgique et son œuvre elle-même.
Or, voici les paroles de l'illustre Abbé de Clairvaux : a Dans » les solennités de l'Eglise , il ne convient pas de faire en- » tendre des choses nouvelles , ou légères d'autorité; il faut » des paroles authentiques , anciennes , propres à édifier l'E- » glise et remplies de la gravité ecclésiastique. » Malheur donc à ceux qui ont expulsé de la Liturgie les Hymnes séculaires composées par des hommes d'autorité, comme saint Ambroise, saint Grégoire, Prudence, etc., pour mettre à la place de ces paroles authentiques, des paroles légères d'auto^ nïe;àla place de ces paroles ancten^ie^, des paroles wowvelles ; à la place de ces paroles remplies de la gravité ecclé^ siastique , des réminiscences de la Muse profane ! Il faut , certes, que la préoccupation égare étrangement les esprits pour avoir pu rendre non seulement supportable une pareille révolution , mais pour en avoir fait l'objet du plus vif enthousiasme à l'époque où elle s'accomplit , enthousiasme qui jette encore aujourd'hui dans plus d'une tête ses dernières étincelles.
IMais voici encore où se montre , dans tout son triste éclat, la contradiction qui poursuivra toujours quiconque , dans l'Eglise , voudra s'écarter de la voie tracée par l'autorité. Les auteurs du Bréviaire de Cluny ( et nous pouvons ajouter do tous ceux qui l'ont suivi ) ont proclamé, comme la maxime
ibndamenlale de leur réforme liturgique, la nécessité d'expulser des livres ecclésiastiques tout ce qui s'y est introduit de parole humaine , pour le remplacer par des textes tirés de l'Ecriture Sainte. On eût été tenté de croire que le reiranchement des Hymnes vénérables que l'Eglise d'Occident chante depuis tant de siècles n'était qu'une consciencieuse application de ce rigoureux principe : mais, en croyant cela, on se fût trompé. La parole humaine des Saints Pères est remplacée par la parole très humaine de Jean-Baptiste Sanleul, et le pubhc docile, ou distrait, ne remarque pas, après cela , combien est contradictoire l'assertion mise en tête de tous les Bréviaires , depuis celui de Cluny : qu'on n'y a rien laissé qui manquât d'autorité , rien qui ne fût puisé aux pures sources des Livres saints.
Encore , sommes-nous bien assurés de n'avoir, dans les Hymnes de Santeul , que la parole humaine du Chanoine de Saint-Victor? Si nous en croyons l'Abbé Goujet et le trop fameux Mesenguy, fort instruit de tout ce qui regarde l'histoire de la fabrication des nouvelles Liturgies , Mcolas Le Tourneux donnait la matière et Santeul faisait les vers (1). Ainsi , deux hommes , l'un , notoirement fauteur d'hérétiques , et auteur d'un ouvrage censuré par l'Eglise , et l'autre qui se faisait l'écho du premier ; voilà ce que le Bréviaire de Cluny mettait à la place de la tradition catholique de la Liturgie ; et aujourd'hui, soixante Eglises de France qui ont expulsé de leurs Bréviaires les vieilles prières de l'âge Grégorien, répètent, dans la plupart des solennités, les communs accents de Le Tourneux et de Santeul ! Un jour viendra , sans doute , où cette contradiction inexplicable
(1) Goujet. Bibliothèque Ecclésiastique du dix - huitième siècle. Tome ///. puge 47i, Mesenguy, Lettres sur les nouveaux Bréviaires.
frappera les hommes, et , ce jour-là, c'en sera fait de Tœuvre liturgique du dix.-huiticme siècle.
Mais, écoutons encore saint Bernard sur les qualités du poète liturgiste , et voyons jusqu'à quel point ces qualités conviennent à Santeul : « Un si haut sujet exige un homme > docte et digne d'une pareille mission, dont l'autorité soit ï compétente , le style nourri , en sorte que l'œuvre soit à la
>fois noble et sainte Que la phrase donc resplendissante
» de vérité, fasse retentir la justice, persuade l'humilité, ï enseigne l'équité ; qu'elle enfante la lumière de vérité dans > les cœurs , qu'elle réforme les mœurs , crucifie les vices , » enflamme l'amour, règle les sens (1). »
Mais peut-on dire de Santeul que son autorité soit compétente j que sa phrase soit resplendissante de vérité, qu'elle enfante la lumière de vérité dans les cœurs , quand on sait , par rhistoire , que la soumission de ce personnage aux décisions de l'Eglise fut, toute sa vie, un problème? Qui ignore les liaisons du Chanoine de Saint-Victor, non seulement avec Le Tourneux, mais plus étroitement encore avec Arnauld? Non content d'avoir fourni pour le portrait de ce coryphée du Jansénisme des vers où sa doctrine est louée avec em ' phase , il osa composer cette inscription pour le monument destiné par les Religieuses de Port-Royal à recevoir le cœur de leur Alhanase :
Ad SANCTAS rediit sedes ejectus et exul : IIosTE TRiuMPHATO , tot tempestatibus actus , Hoc PORTu in PLACIDO, hac SACRA TELLURE quiescit , Arnaldus veri defensor et arbiter ^qui , etc.
Quel Catholique aurait jamais appelé Arnauld le défenseur de la vérité, l'ojbitre de l'équité? Quel est ce triomphe dont
(1) Vid. ci-dessus. Tome 1. page 320.
parle le poète? Cet ennemi terrassé, serait-ce le Siège Apostolique qui tant de fois a fulminé contre ses écrits incendiaires? Cette sainte demeure, ce port tranquille , cette terre sacrée, c'est Port-Royal, c'est la demeure de ces filles rebelles à l'Eglise , plus orgueilleuses , peut-être , que les philosophes Chrétiens qui se sont donné rendez-vous à l'ombre des murs de leur monastère. En faut-il davantage aux yeux d'une foi vraiment catholique , pour signaler Santeul comme fauteur des hérétiques? Qu'importe l'excuse qu'on voudra tirer de sa légèreté naturelle ? l'homme léger jusque dans les choses de l'orthodoxie n'a point l'autorité compétente qu'exige saint Bernard dans l'hyranographe catholique ; la Ivr mière et la vérité ne resplendissent point dans ses vers. En effet, y trouve-t-on un seul mot contre les erreurs de son temps, une seule improbation des dogmes impies de Jansénius sur la Grâce? Il avait pourtant mille occasions de s'expliquer, et si le zèle de l'orthodoxie l'eût animé, il eût su profiter de la popularité qu'il pouvait prévoir pour ses Hymnes ; il en eût profité, disons-nous, pour y déposer l'expression énergique de la foi, la protestation du fidèle enfant de l'Eglise contre les théories damnablesdes hérétiques. A tous les âges de l'Eglise, en présence de chaque erreur, les saints Docteurs n'ont jamais manqué d'en user ainsi, et nous verrons dans cet ouvrage qu'il ne s'est pas élevé dans l'Eglise une seule hérésie à laquelle ne corresponde une protestation spéciale dans la Liturgie,
Suivant le génie du parti qui avait ses plus chères sympathies, Santeul, en même temps qu'il ne manquait aucune occasion dans ses vers d'appuyer les points du dogme auxquels les disciples de l'Evéque d'Ypres prétendaient rattacher tout leur système , usa d'une grande précaution pour ne pas compromettre, par une expression trop crue, les
doctrines chères à la secte. C'était beaucoup pour elle de fournir aux Eglises de France un de ses fauteurs pour hymnographe : une syllabe de trop eiît compromis cette victoire. On peut honorer du même éloge la discrétion de Nicolas Le Tourneux dans la rédaction du Bréviaire de Gluny. Toutefois, quelques Catholiques se plaignirent de certaines strophes deSanteul, mais surtout de la suivante qu'il est impossible de justifier, si on prend les termes dans leur rigueur; elle se trouve dans une Hymne de l'Office des Evangélistes :
Insculpta saxo lex vêtus
Prœcepta, non vires dahat,
Inscripta cordi lex nova
Quidquid jubet dat exequi.
Ainsi , la loi nouvelle diffère de l'ancienne en ce qu'elle donne d'exécuter ce qu'elle commande, tandis que l'ancienne imposait le précepte , mais laissait l'homme sans moyen de l'accomplir. Cette strophe fut toujours très chère au parti ; nous verrons plus loin avec quelle soUicitude il veilla pour la maintenir dans son intégrité. Dieu seul sait combien de temps elle doit retentir encore dans nos Eghses : mais qu'il nous soit donné de protester ici contre une tolérance qui dure malheureusement depuis plus d'un siècle , et de dire, en passant, un solennel anaihême à trois Propositions de Quesnel que Clément XI , et avec lui toute l'Eglise , a proscrites; heureux que nous sommes de n'avoir point à répéter dans nos Offices divins les quatre vers qui les rendent avec tant d'énergie :
Propositio VI. Discrimen intcr fœdus Judaïcum et Christianum est quod in illo Deus exigit fugam peccati et implementum legis a peccatore, relinquendo illum in sua impotentia : in isto vero Deus peccatori dat quod jubet , illum sua gratia purificando, ,
Propositio vu. Quœ utilitas pro homine in 'i)eteri fœdere, in quo Detis illum reliquitejus propriœ infirmitati, imponendo ipsi suam legem ? Quœ vero félicitas non est admitti ad fœdus, in quo Deus nobis donat quod petit a nobis !
Propositio viii. ISos non pertinemus ad novum fœdus, nisi in quantum participes sumiis ijjsius novœ gratiœ quœ operatur in nobis id quod Deus nobis prœcipit.
Le désir d'avoir des Hymnes d'une irréprochable latinité a fait passer, comme on le voit , sur bien des choses; mais il nous restera toujours un problème insoluble à résoudre : c'est de savoir comment quelqu'un peut être obligé, sous peine de péché, à réciter une Hymne qui contient matériellement une doctrine qu'on ne pourrait soutenir sans encourir l'excommunication. A notre avis, trois causes seulement peuvent excuser de mal l'usage de l'Hymne en question : une heureuse distinction dans laquelle l'esprit proteste contre ce que répètent les lèvres; une innocence complète en matière d'orthodoxie ; enfin, une de ces distractions involontaires qui s'emparent de l'esprit durant la prière.
Mais c'est assez sur l'Hymnographe Victorin considéré sous le point de vue de l'orthodoxie; nous l'envisagerons maintenant sous le rapport de la gravité des mœurs si nécessaire , d'après saint Bernard , pour un si noble ministère. Or, voici le portrait que trace de Santeul un de ses admirateurs contemporains , La Bruyère : « Concevez un homme «facile, doux, complaisant, trailable; et tout d'un coup > violent, colère, fougueux , capricieux. Imaginez-vous un » homme simple , ingénu , crédule , badin , volage , un enfant ïcn cheveux gris; mais permettez-lui de se recueillir, ou > plutôt de se livrer à un génie qui agit en lui, j'ose dire > sans qu'il y ait part , et comme à son insu ; quelle verve ! » quelle élévation ! quelles images , quelle latinité ! Parlez-
»vous d'une même personne? me direz-vous. Oui, du même, »de Théodas , et de lui seul. Il crie, il s'agite , il se roule à » terre, il se relève; il tourne, il éclate; et du milieu de
• cette tempête, il sort une lumière qui brille et qui réjouit. » Disons-le sans figure , il parle comme un fou , et pense «comme un homme sage. Il dit ridiculement des choses » vraies, et follement des choses sensées et raisonnables. On > est surpris de voir éclore le bon sens du sein de la bouffon- » nerie, parmi les grimaces et les contorsions. Qu'ajouterai-je
• davantage? Il dit , et il fait mieux qu'il ne sait. Ce sont en
• lui comme deux âmes qui ne se connaissent points qui ne
• dépendent point l'une de l'autre, qui ont chacune leur
• tour , ou leurs fonctions toutes séparées. Il manquerait un
• trait à cette peinture si surprenante , si j'oubliais de dire
• qu'il est tout à la fois avide et insatiable de louange, prêt
• à se jeter aux yeux de ses critiques, et dans le fond assez ï docile pour profiter de leurs censures. Je commence à me
• persuader moi-même que j'ai fait le portrait de deux per- » sonnages tout différents ; il ne serait pas même impossible
• d'en trouver un troisième dans Théodas, car il est bon-
• homme. •
Ce n'est pas tout à fait ainsi que l'histoire nous dépeint les Hymnographes de l'Eglise Latine, saint Ambroise, saint Grégoire, etc. , ou de l'Eglise Grecque , saint André de Crète , saint Jean Damascène, saint Joseph, etc. L'Esprit qui s'était reposé sur ces hommes divins leur avait ôté toute ressemblance avec ces poètes humains qu'un délire profane inspire. Un ineffable gémissement s'échappait de leur poitrine , mais si tendre , si humble et si doux , que l'Eglise qui est la tourterelle de la montagne, l'a choisi pour le thème des chants qui consolent son veuvage. Nous nous délecterons , nous aussi, dans la mélodie de ces sacrés cantiques tout
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resplendissants du plus pur éclat de la foi , propres à enflammer l'amour et à régler les sens, comme le dit si admirablement le grand Abbé de Clairvaux : nous en révélerons à nos lecteurs l'intarissable beauté, et ils sentiront alors que les compositeurs des nouveaux Bréviaires ont eu grandement raison d'élaguer de ces livres, autant qu'ils ont pu, ces chants d'un mode si différent; car , franchement, les nouveaux n'auraient pas gagné au voisinage.
Saint Bernard veut que l'œuvre du poète chrétien , remplie d'onclion , persuadel'humilité^ par cela même qu'elle est produite de la plénitude d'un cœur humble. Or, voyez Santeul courant les Eglises de Paris pour entendre chanter ses Hymnes , jouissant de sa gloire , sous les voîites de Notre- Dame, en les entendant redire ses vers à lui, homme sans autorité , de foi suspecte, comme si le sanctuaire d'une religion de dix-sept siècles fût devenu le tliéâtre d'une ovation académique. Voyez-le , dans sa fureur bizarre, dépeinte non seulement par Boileau le satyrique , mais racontée par les contemporains, déclamant jusque dans les carrefours de la capitale ses Hymnes sacrées , au milieu des gestes et des contorsions les plus étranges , et dites-nous s'il y a rien de pareil dans les fastes de la Liturgie. Franchement , il était trop tard pour changer les habitudes de l'Eglise, et nous savons qu'elle a , dans tous les âges, laissé aux théâtres mondains les écarts d'une poésie délirante, et accueilli seulement les chantres célestes qui ne troublent point du bruit de leur vanité la majestueuse harmonie de sa demeure.
Nous n'entf ndons pourtant pas faire ici , ni la biographie, ni la satire de Sauleul. Nous dirons même que, de l'avis de tous ses contemporains , il avait de bonnes qualités et même une sorte de piété, à sa manière; mais c'est la valeur Uturgique du personnage qu'il nous faut apprécier , et les traits
que nous avons recueillis mettront le lecteur en état de prononcer sur la qnoslion de savoir si l'Hymnographe Gallican avait , ou n'avait pas les qualités exigées par saint Bernard , pour le composilciir liturgique.
La mort de Santcul, ou plutôt la cause de cette mort n'est pas propre à donner une plus inviolable consécration à ses œuvres et à sa mémoire. On sait par le duc de Saint-Simon , qxiHl était de la plus excellente compagnie , bon convive surtout, aimant le vin et la bonne chère , mais sans débauche. Ce fut dans un repas qu'une mauvaise plaisanterie, à laquelle on se trouva enhardi par son humeur joviale , décida de sa vie. Les détails ne sont point de la dignité de notre sujet. Le poète de l'Eglise Gallicane expira peu d'heures après , et , dit-on, dans de grands sentiments de piété. Dieu l'aura jugé sur sa foi et sur ses œuvres ; à lui seul le secret de sa sentence. En attendant le grand jour de la manifestation , où chacun apparaîtra tel qu'il fut , nous n'avons, pour juger Santeul, que des actions extérieures : mais, encore une fois, il nous paraît que ni la gravité de ses mœurs , ni sa foi ne le rendraient digne de l'honneur qu'on lui a fait.
Maintenant , le méritait-il cet honneur, même sous le rapport simplement littéraire ? C'est là une grave question , et qui trouvera sa solution dans la partie de cet ouvrage où nous avons annoncé devoir traiter des formes du style liturgique. En attendant , voici encore ce que dit saint Bernard : «Que la phrase réforme les mœurs, crucifie les vices, en- » flamme l'amour , règle les sens. r> Est-ce à dire pour cela quel'hymnographe chrétien doit aller emprunter, non seulement le mètre de ses Cantiques , mais le style , le tour, les expressions à ces lyriques anciens qui ne reçurent d'autres inspirations que celles d'une muse profane ou lascive? On nous vante le beau latin , le génie antique de Santeul ; il est
vrai qu'en même temps on s'appitoye sur le style dégénéré des Pères de l'Eglise, sur le langage barbare des mystiques et des légendaires du moyen âge ; que prouve tout cela, sinon que l'absurde controverse sur la supériorité des anciens et des modernes n'est pas encore jugée, aux yeux de plusieurs personnes? Quant à nous , nous pensons , avec bien d'autres, que le latm de saint Ambroise , de saint Augustin , de Prudence, de saint Léon, de saint Gélase , de saint Grégoire, de saint Bernard, etc., n'est pas la même langue que le latin d'Horace , de Cicéron , de Tacite , de Pline ou de Sénèque , et que vouloir faire rétrograder la langue de l'Eglise jusqu'aux formes payennes de celle du siècle d'Auguste, c'est une sottise, si ce n'est pas une barbarie mêlée d'inconvenance. Les Hymnes de Santeul et celles qui leur ressemblent , sont tout simplement un des mille faits qu'on aura à citer quand on voudra raconter la déplorable histoire de la renaissance du paganisme dans les mœurs et la littérature des sociétés chrétiennes d'Occident.
Comment se fait-il que le sentiment de l'esthétique chrétienne se soit éteint chez nous, au point qu'il ne soit pas rare de rencontrer des Ecclésiastiques qui conviennent, et, au besoin , démontrent comment la pastiche du Parlhénon bâtie à Paris pour porter le nom d'Eglise de la Madeleine, constitue une des plus énormes insultes dont le culte chrétien puisse être l'objet chez un peuple civilisé, et qui ne sentent pas l'inconvenance bien autrement grande de parler au vrai Dieu et à ses Saints, la langue profane et souillée d'Horace? Cependant, celui qui jette le bronze dans le moule d'une statue payenne , aura beau appeler du nom le plus chrétien le personnage qui en sortira , les formes accuseront toujours l'idée première et trahiront malgré lui le sensualisme qui inspira l'artiste. Placez tant que vous voudrez , dans les Eglises, en
trophée , les dépouilles des temples payens ; faites que les idoles rendent témoignage de leur défaite ; mais voulez-vous accroître le répertoire des chants sacrés de cette religion qui terrassa le Paganisme? n'allez pas, par une substitution sans exemple , expulser la parole et la langue des Saints , pour inaugurer en triomphe , à leur place , la parole et la langue du chantre de toutes les passions.
Comment ne voit-on pas que les Hymnes de Santeul sont , tout simplement , le produit , ou même , si l'on veut, le chefd'œuvre d'une école littéraire, cette école qui ne voyait le beau que dans la seule imitation des classiques anciens? Fautil donc que l'Eglise aille prendre parti dans cette querelle , et décider, jusque dans ses Oftîces, pour le Parnasse de Boi- Icau ? Voilà pourtant ce qu'on a fait ; mais , comme il arrive toujours , le monde littéraire a fait un pas : la notion du véritable chef-d'œuvre a été tant soit peu déplacée. Que fera désormais la France de son Santeul , quand elle s'apercevra enfin qu'il a vieilli comme VArt jmtique de Despréaux ? Une telle situation littéraire sera pourtant réelle quelque jour, et les Français expieront alors la grande faute d'avoir sacrifié à la mode, jusque dans les prières de la Liturgie. Certes, jamais ces écarts n'arriveraient si une Liturgie universelle fondait ensemble toutes les naiionalilés : le génie individuel produirait ses fruits plus ou moins beaux ; mais la voix de l'Eglise ne répéterait que ce qui convient à l'humanité toute entière. Voyez ces Hymnes séculaires que tous les Bréviaires français ont conservées : Audi, bénigne conditor ; VexUla régis; \cs deux P ange , lingua; Vent, Creator ; Ave , Maris Stella , etc. Pourquoi ces Hymnes ont-elles trouvé grâce? Ne forment-elles pas un contre-sens avec celles du répertoire de Santeul ? Est-ce la même langue , la même grammaire ? Non, sans doute ; elles sont aussi exclusivement
chrétiennes que celles du poète Victorin sont classiques. Quel aveuglement donc que d'avoir sacrifié , de gaieté de cœur, tant d'autres pièces analogues pour le style et l'onction , et d'oser encore recueillir dans un même Bréviaire ces chefs-d'œuvre de poésie cathol-ique avec les fantaisies lyriques de Santeul ! Vous convenez donc qu'il y a un style chrétien , une littérature chrétienne : d'autre part , vous voyez que ce que vous lui avez préféré n'est pas chrétien , puisqu'il diffère en toutes choses : jug3z vous-même l'objet de vos prédilections.
D'ailleurs, à le considérer simplement comme latiniste, Santeul est-il sans reproches? Ses Hymnes sont-elles aussi pures qu'on le répète tous les jours? C'est un procès que nous ne jugerons pas par nous-mème, et qui nous entraînerait dans des détails par trop étrangers à cette rapide histoire de la Liturgie. Néanmoins, pour faire plaisir à ceux de nos lecteurs qui aiment la poésie latine , nous placerons à la fin de ce volume une pièce curieuse que nous tirons d'un ouvrage fort rare , VHymnodia Hispanica du P. Faustin Arevalo. C'est une critique détaillée des Hymnes du célèbre Victorin , extraite du Menagiana . dans lequel La Monnoie, qui en est l'auteur, l'a déposée ; le savant Jésuite y a joint ses propres remarques, et le tout forme un ensemble fort piquant.
Mais c'est assez parler de Santeul et de son latin ; nous devons dire maintenant quelques mots de la composition des chants qu'on plaça, tant sur ces hymnes d'un mètre jusqu'aloi'S inconnu dans l'Eglise, que sur ces nombreux Répons et Antiennes qui avaient été fabriqués avec des passages de la Sainte Ecriture. Il nous reste aujourd'hui peu de renseignements sur les auteurs de ces différentes pièces; mais elles sont là pour attester que i'urt de la composition Grégorienne
était à peu près perdu vers la fin du dix-septième siècle. Les Antiennes, les Répons, les Hymnes nouvelles du Bréviaire de Harlay sont de la composition de Claude Chastelain, que nous avons déjà nommé parmi les membres de la commission formée pour la rédaction de ce Bréviaire. Malgré la sécheresse et parfois la légèreté de sa composition (1) , comme il était rare qu'on eût alors du plain-chant à composer, grâce à l'immobilité des usages Romains, ce travail, tel quel, mit Chastelain en réputation. Plusieurs Evêques qui l'avaient chargé d'exécuter des réformes dans leurs Bréviaires, à l'instar de celles de François de Harlay, lui demandèrent de se charger de la composition des pièces de chant. Une petite partie du travail de Chastelain est resiée dans la Liturgie actuelle de Paris ; elle se compose des pièces introduites dans le Bréviaire, ou dans le Missel de Harlay, et qui n'ont pas été remplacées dans les livres de Vintimille , et nous serons assez juste pour reconnaître dans quelques-unes le caractère véritable du chant Grégorien ; tels sont le Répons Christus novi Testamenti du Samedi Saint , V Introït de l'Assomption, Astitit Regina ; celui de la Toussaint, Accessistis f qui est imité avec bonheur du Gaudeamus Romain , etc. Le chant de l'Hymne Stufete , gentes , qui est bien le plus beau , et presque le seul beau qu'on ait composé sur les Hymnes d'un mètre inconnu à l'antiquité liturgique (2), appartient sans
(1) C'est le jugement de l'Abbé Le Ceuf , dans son Traité historique sur le Chant Ecclésiastique , page 50.
(2) C'est à tort que certaines per.onnes voudraient faire honneur au dix-septième et au dix-huitième siècles, de la corapositioa du chant admirable sur lequel on a mis l'Hymne : O vos œlherœi , du jour de l'Assomption. L'Ordre de Citeaux était en possession de ce chant , plusieurs siècles avant la naissance de Santeul. Il fut composé au moyeuâge pour la belle Hymne de saint Pierre Damien : O quam (jlorifica luce coruscas !
doute àChastelain, car nous croyons qu'il a été composé dans l'Eglise de Paris , à l'époque même où ce compositeur y travaillait. Au reste , on voit aisément qu'il s'est inspiré d'un Salve Regina du cinquième ton, qui se chante depuis plusieurs siècles en France et en Italie , et qui doit avoir été composé du treizième au seizième siècles.
Nous ne devons pas non plus oublier, à l'époque qui nous occupe , un habile compositeur de plain-chant dont l'œuvre a acquis en France une juste célébrité. Henri Dumont , né à Liège en 1610, organiste de Saint-Paul , à Paris , et l'un des maîtres delà musique de la Chapelle du Roi, se montra fidèle gardien des traditions ecclésiastiques sur la musique. Ce fut lui qui eut le courage d'objecter à Louis XIV les décrets du Concile de Trente, lorsque ce prince lui ordonna de jomdre désormais aux motets des accompagnements d'orchestre. L'Archevêque de Paris, François de Harlay, leva bientôt les scrupules que la résistance de Dumont avait fait concevoir au Roi; mais, peu de temps après, Dumont demanda et obtint sa retraite (1). Il mourut en 1684 , et laissa plusieurs Messes en plain-chant, dont l'une, celle du premier ton, se chante dans toutes les Eglises de France, dans les jours de solennités. Il est difficile, à notre avis, de produire de plus grands effets, et de tirer un plus brillant parti des ressources du chant Grégorien, que Dumont ne l'a fait dans cette magnifique composition qu'une popularité de cent cinquante années n'a point usée jusqu'ici.
Nous nous bornerons à ces quelques lignes sur le chant ecclésiastique dans la seconde moitié du dix-septième siècle, en ajoutant toutefois qu'en dehors du plain-chant dont nous
(1) Fétis. Biographie des Musiciens. Tom. III. pag. 235. Voyez aussi le Dictionnaire des Musiciens de Choron et Fayolle.
nous occupons principalement , on fabriqua à cette époque un grand nombre de pièces du genre qu'on appelait chant figuré, ou plain-chant musical , genre bâtard que nous aurons encore occasion de mentionner, et qui forme la plus déplorable musique à laquelle une oreille humaine puisse être condamnée. Le musicien Nivers , entre autres , prit la peine de réduire à cette forme le Graduel et l'Antiphonaire Romains, pour l'usage des religieuses Bénédictines, et cet essai servit de modèle à une foule d'autres compositions du même genre.
Si de la science du chant ecclésiastique nous passons à l'architecture religieuse , nous remarquons la même déviation que nous avons signalée dans la Liturgie. A l'époque de l'unité liturgique, sous les règnes de Henri IV et de Louis XIII , la Renaissance prolongeait encore son dernier crépuscule ; dans la seconde moitié du dix-septième siècle , tout devient dur et froid ; si l'on excepte la coupole des Invalides qui appartient tout à fait à l'Italie , on sent la pierre dans toute cette architecture nue et morne. On bâtit des Eglises qui n'ont plus de nombres sacrés, ni de mystères à garder dans les particularités de leur construction. On modernise sans pitié les vieilles cathédrales ; on défonce leurs vitraux séculaires, en même temps qu'on répudie les saintes et gracieuses légendes dont ils étaient dépositaires; d'ailleurs , comme l'observe le noble champion de l'art catholique, M. le comte de Montalembert , il fallait bien y voir clair 'pour lire dam tous ces nouveaux Bréviaires remplis de choses inconnues aux siècles précédents.
Qui eût osé élever la voix en faveur de nos antiques Eglises et défendre leur solennel caractère , les proclamer Catholiques dans leur style incompris ? Les hommes croyants de ce lemps-là étaient parvenus à se créer une natui-e contre
nature , à force de rechercher le Beau là où il n'est pas. Ces mêmes édifices sacrés du moyen-age qui forcent aujourd'hui l'admiraliondes hommes les plus éloignés de nos croyances, le dix-septième siècle les dédaigna comme barbares et vides de toute espèce de beauté. Et non seulement, les hommes de cette époque sentaient ainsi , mais il se trouvait des écrivains pour le dire et l'écrire tout simplement ; témoin Fleury, dans son cinquième Discours sur l'Histoire Ecclésiastique, qu'il emploie tout entier à dénigrer les Ecoles du moyen-âge , avec un zèle et une amertume dignes de faire envie à Calvin. Il dit donc, le sage el judicieux écrivain, en parlant d'Albert-Ie- Grand, de Scot et des autres Docteurs des douzième et treizième siècles , sans doute pour excuser leur barbarie : « Souvenons-nous que ces théologiens vivaient dans un temps ï dont tous les autres monuments ne nous paraissent point •i estimables , du moins par rapport à la bonne antiquité; du 1 temps de ces vieux romans dont nous voyons des extraits ï dans Franchet ; du temps de ces bâtiments gothiques si chargés i de petits ornements, et si peu agréables en effet qu'aucun ï architecte ne voudrait les imiter. Or, c'est une observation ï véritable qu'il règne en chaque siècle un certain goût qui j se répand sur toutes sortes de choses. Tout ce qui nous reste
> de l'ancienne Grèce est solide, agréable et d'un goût exquis :
> les restes de leurs bâtiments, les statues , les médailles , sont
> du même caractère en leur genre que les écrits d'Homère,
> de Sophocle , de Démosthène et de Platon : partout régnent » le bon sens et l'imitation de la plus belle nature. On ne voit trien de semblable dans tout ce qui nous reste depuis la chute ï de l'Empire Romain, jusques au milieu du quinzième siècle,
> où les sciences et les beaux-arts ont commencé à se relever,
> et où se sont dissipées les ténèbres que les peuples du Nord I avaient répandues dans toute l'Europe. »
LITBRGIÛUES. 131
Voilà, sans doute, quelque chose d'assez clair, et on ne dira plus maintenant que nous exagérons quand nous faisons certains hommes et certaines doctrines responsables de la déviation lamentable dont nous écrivons l'hisioire. Ces hommes savaient ce qu'ils faisaient, et c'était après y avoir bien réfléchi qu'ils proclamaient leur propre religion complètement nulle en esthétique durant quinze siècles, après lesquels cette même religion, s'éclairant enfin sur sa propre nudité , s'était avisée d'aller demander à l'art grec qu'il voulût bien la voiler de ses formes. Oui, ceci fut résumé ainsi, écrit ainsi, à la fin du dix-septième siècle, au moment où l'on commençait à mettre en lambeaux la Liturgie, cette divine esthétique de notre foi, à la veille de ce dix-huitième siècle qui jugea qu'il fallait en finir avec l'œuvre envieillie de saint Grégoire qu'avait implantée chez nous cet Empereur barbare dont le nom était Charlemagne.
La peinture catholique expira en France avec l'unité liturgique. Le Sueur terminait, en 1648, les fresques immortelles du cloître des Chartreux ; il ne survécut que trois ans à l'achèvement de cette œuvre bien autrement liturgique que les Sacrements de Poussin , qui donnent si peu ce qu'ils promettent. Quant à la statuaire, elle déclina aussi avec l'antique poésie du culte. Les tra-ditions perdaient du terrain, à la fois , sous tous les points. Le dix-septième siècle , en finissant , inaugura tardivement , à Notre-Dame , le fameux Vœu de Louis XIII de Nicolas Coustou , et ce fut pour proclamer le plus énorme contre-sens qu'il fût possible de commettre en pareille matière. Nous ne parlons pas de l'ignoble maçonnerie dont on plaqua si indignement les colonnes du Sanctuaire ; mais est-il une idée plus ininteUigente que celle d'avoir établi en permanence , comme le centre des vœux et des hommages des fidèles , dans la Basilique de Marie
triomphante , la scène du Calvaire qui nous montre la Vierge éplorée , adossée à la Croix , soutenant sur ses genoux le corps glacé du Christ ; en sorte qu'au jour même de Pâques, il faut que le Pontife célébrant les saints Mystères de la Résurrection, pendant que V Alléluia retentit de toutes parts, ait encore sous les yeux, comme une protestation, la scène lugubre du Vendredi-Saint; et que le jour de l'Assomption, tout en exaltant la magnifique entrée de la Mère de Dieu dans le Royaume de son Fils, il la retrouve encore immobile et abîmée dans cette douleur à laquelle nulle autre ne peut être comparée? Certes, les siècles précédents , illuminés de pures traditions liturgiques , auraient compris autrement le Vœu de Louis XIII ; c'est aux pieds de Marie, Reine de l'univers, le front ceint du diadème, ou encore aux pieds de Marie , Mère du Sauveur des hommes, et tenant l'Enfant-Dieu entre ses bras, qu'ils auraient placé l'effigie des deux rois qui représentent la nation française offrant son hommage à sa glorieuse souveraine. Nous ne citerons que ce seul trait; mais de pareils se produisirent en tous lieux, à l'époque de décadence que nous avons caractérisée dans ce chapitre.
Si, après la France, nous considérons maintenant lesautres Eglises de l'Occident , nous voyons qu'elles continuèrent de garder les traditions antiques sur la Liturgie, par cela seul qu'elles s'en tinrent fidèlement aux livres Romains de saint Pie V. Les Papes accomplirent durant cette période les différents travaux de correction, d'augmentation et de complément qu'ils jugèrent nécessaires. Pour le Rréviaire et le Missel, ils se bornèrent à insérer plusieurs Offices de Saints et de Mystères sur lesquels ils jugeaient devoir porter l'attention des fidèles. II est bien entendu que les EgUses de France qui avaient accompli les innovations dont nous avons fait l'iiis-
toire, ne tinrent aucun compte de l'injonction du Pontife Romain et s'isolèrent, de plus en plus, par ce moyen, du reste de la catlioliciié : mais elles étaient encore en petit nombre.
Le premier Pape que nous rencontrons à l'époque qui fait l'objet de notre récit , est Innocent X , successeur d'Urbain VIII. Voici les Oflîces des Saints qu'il ajouta au Calendrier : sainte Françoise , Dame Romaine , du rite double, et saint Ignace de Loyola , du rite semi-double. La fête de sainte Claire fut établie semi-double ad libitum , et celles de sainte Thérèse et de saint Charles Borromée, déclarées semtdoubles, non plus ad libitum , mais d'obligation.
Alexandre VII éleva saint Charles Borromée au rang des doubles, et saint Philippe de Néri au rang des semi-doubles ^ et introduisit au Calendrier saint François de Sales, dont il composa lui-même la belle Collecte , saint Pierre de Nolasque , et saint Bernardin de Sienne , comme semi-doubles d'obligation; saint André Corsini, et saint Thomas de Villeneuve , du même rite, mais seulement ad libitum.
Clément IX établit l'Office double de saint Philippe de Néri, de saint Nicolas de Tolentino , et de sainte Thérèse. Il inaugura dans le Bréviaire , avec le degré de semi-double , sainte Monique et saint Pierre Célestin , Pape , et déclara d'obligation les Offices , jusqu'alors semi-doubles ad libitum , de saint Jean Gualbert , de saint Henri II , et des Stigmates de saint François , ayant , en outre , établi , du même rite , mais ad libitum^ les fêtes de saint Vincent Ferrier, de saint Raymond Nonnat , et de saint Remy.
Clément X, celui de tous les Papes de cette époque qui donna le plus grand nombre de nouveaux. Offices , éleva au degré des doubles de seconde classe la fête de saint Joseph , et iutroduisit comme double mineure celle de sainte Elisabetti^
de Hongrie. De plus, il fit doubles j de semi-doubles qu'elles étaient , les fêtes de saint François-Xavier, de saint Nicolas , Evêquc de Myre , de saint Pierre de Nolasque , de saint Pierre, Martyr, de sainte Catherine de Sienne, de saint Norbert, de saint Antoine de Padoue, de sainte Claire, de saint Eustache et ses Compagnons , Martyrs , des saints Anges Gardiens et de saint Bruno. Les Offices de saint Raymond de Pennafort, de saint Venant, Martyr, de sainte Marie-Magdeleine de Pazzi , de saint Gaétan de Thienne , de saint Pierre d'Alcantara, et de saint Didace ou Diego, furent introduits comme semi- doubles. Clément X établit du même degré, mais simplement ad libitum, les fêtes de saint Canut , Roi de Danemark et Martyr, et de saint Wenceslas, Duc dé Bohême, aussi Martyr. Par ces nombreuses additions au Calendrier, Clément X peut être considéré comme l'auteur d'une véritable révolution liturgique. Jusqu'à lui , on n'avait admis de nouveaux doubles qu'avec modération , afin de sauver la prérogative du dimanche, et les semi-doubles même n'avaient été créés qu'en petit nombre ; ce Pape dérogea à cette règle d'une manière si solennelle, qu'après lui la plupart des Offices qu'on a établis l'ont été du rite double ; ce qui a changé définitivement la face du Calendrier Romain.
Innocent XI institua la fête du Saint Nom de Marie , double majeur, et éleva au degré double les fêtes jusqu'alors ^emidoublesde saint Pierre Célestin, saint Jean Gualbert, saint Gaétan de Thienne , saint Raymond Nonnat, et saint Janvier. Il décréta, du rite semi-double, les fêtes de saint Etienne, Roi de Hongrie , et de saint Edouard le Confesseur, roi d'Angleterre.
Alexandre VÎII, dans son court pontificat, établit semidouble rOflTice de saint François de Borgia , et , seulement ad libitum^ du môme degré, celui de saint Laurent Justinien,
Innocent XII institua l'Octave de la Conception de la Sainte Vierge et la fête de Notre-Dame de la Mcrcy, du rite double majeur. Il éleva au degré double mineur les Offices de saint François de Sales et celui de saint Félix de Valois, et inscrivit au Calendrier, comme du même rite, les fêtes de saint Jean de Mallia et de saint Philippe Benizzi. Enfin , il rendit semi-doubles d'obligation les Offices de saint André Corsini , de saint Alexis et de saint Thomas de ViUeneuve.
Le Calendrier Romain reçut, comme l'on voit , de grandes augmentations à l'époque qui nous occupe ; mais toutes ces additions n'atteignaient en rien le corps même du Bréviaire et du Missel. Ces Offices nouveaux étaient une richesse pour l'Eglise , et comme un surcroît de splendeur à la couronne de l'Année Chrétienne. En cela même, se manifestait énergiqueraent la différence des principes catholiques sur la Liturgie d'avec les théories humaines des liturgistes français. Ainsi , à Rome , le culte des Saints prenait de nouveaux développements , en proportion des restrictions dont il était l'objet en France.
Durant la seconde moitié du dix-septième siècle , les Pontifes Romains n'exécutèrent aucun travail sur le Pontifical, ni sur le Rituel. Le Cérémonial des Evoques fut seul l'objet d'une réforme , qui eut lieu par les soins d'Innocent X , et qui fut promulguée dans un Bref du 30 juillet 1650, qui commence par ces mots ; Eisi alias. Clément X, en 1672, donna une nouvelle édition du Martyrologe , dans laquelle il plaça en leurs jours, avec un éloge convenable, les noms des Saints canonisés par lui-même et par ses prédécesseurs immédiats.
Venons maintenant à l'imposante liste des liturgistes que produisit notre époque : on peut dire qu'aucune autre ne s'est montrée plus féconde. En tête, nous placerons Giiil-
d36 INSTITUTIONS
laume Dupeyrat, Trésorier de la Sainte -Chapelle de Vincennes, qui mourut, il est vrai, en 1643, mais laissa un ouvrage qui fut imprimé après sa mort, sous ce titre : Histoire Ecclésiastique de la Cour, ou les Antiquités et Recherches de la Chapelle et Oratoire du Roi de France , depuis Clovis 1'^. { Paris, in-folio.)
(1630). Jean-Baptiste Gasali, savant antiquaire Romain, a donné plusieurs ouvrages très estimés au point de vue liturgique. Nous citerons son livre intitulé : De Veteribus sacris Christ ianorum ritihus, sive apud Occidentales, sive Orientales, Catholica in Ecclesia prohatis. {Rome 1647, in-folio.) Les autres ont pour but de recueillir les différents rites payens, tant des Egyptiens que des Romains, et ont été réunis dans une même publication faite à Francfort, en 1681 et 4684.
(1651). Théophile Raynaud, Jésuite, célèbre par le nombre de ses écrits, qui sont remarquables par une érudition aussi bizarre qu'étendue, est auteur de plusieurs ouvrages sur des matières liturgiques. On trouve, dans la grande et précieuse collection de ses ouvrages , publiée à Lyon, en vingt volumes in-folio, de 1665 à 1669, les traités suivants : 1° Christianorum sacrum Acathistum ; judicium de novo usu ingerendi Cathedras assistentibus Christiano Sacrificio; 2" De prima Missa, et prœrogativis Christianœ Penteeostes ;
3" 0 Parascevasticum septiduanis Antiphonis majoribus Natale Christi antecurrentibus prœfixum ;
4" Agnus cereus Pontificia benedictione consecratus ; 5" Rosa Mediana Romani Pontificis benedictione conseerata : Ritus sacer Dominicœ quartœ Quadragesimœ enucleatus ;
6° Natale Domini Pontificia gladii et piUi initiatione «o- Imnel:
7" Traetatus dePileo, cœterisque capitîs tegminibus tam sacris , quam profanis.
(1651). Jean Morin, Prêtre de l'Oratoire de France, travailla durant trente années à l'ouvrage intitulé : Commentaritts historicus de disciplina in administratione Sacramenii Pœnitentiœ , tredecim primis sœculis in Ecclesia Occidentali et hue usque in Orientali observata. ( Paris , 16S1 . ) Il le fit suivre, quatre ans après, d'un autre livre non moins savant et tout aussi hardi que le précédent, sous ce titre : Commentarius de sacris Ecclesiœ Ordinationibus , secundum antiquos et recentiores Latinos , Grœcos , Syros , et Bahjlonicos, inqiio demonstratur Orientalium Ordinationes Conciliis generaUbus et summis Pontificibus , ab initio schismatis in hune usque diem fuisse probatas, (Paris 1655, in-folio.) Le Père Morin avait composé un grand traité de Sacramento Matrimonii qui est resté manuscrit, et dans lequel l'érudition était répandue avec profusion comme dans les précédents ; mais on y remarquait le même penchant pour les opinions suspectes. On imprima après sa mort l'ouvrage suivant : /. Morini opéra posthuma de catechumenorum expiatione, de Sacramento Confirmationis , etc. ( Paris 1703, in-4".) De savants opuscules du P. Morin sur les matières liturgiques ont été publiés à diverses reprises , et notamment, dans le premier tome des Mémoires de Littérature du P. Desmolets, les lettres latines du savant Oratorien à Allatius sur les Basiliques chrétiennes. Richard Simon fit imprimer à Londres, en 1682, sous le titre de Antiquitates Ecclesiœ Orientalis, la correspondance du P. Morin avec divers savants , sur plusieurs points importants d'antiquité ecclésiastique.
(1651). Jacques Sirmond , l'un des plus savants hommes dont puissent s'honorer la France et la Sociélé des Jésuites, a
laissé une histoire de la Pénitence publique ^ imprimée à Paris en 1631, in-8% et reproduite dans ses œuvres complètes qui ont été recueillies en cinq volumes in-folio. (Paris 1696.) (1651). François de Harlay, Archevêque de Rouen, oncle de l'Archevêque de Paris de même nom, mort en 1653, a laissé un volume in-S" intitulé : La manière de bien entendre la Messe de Paroisse. Ce livre, r^pli d'édification , fut réimprimé par ordre de l'Archevêque de Paris , en 1683 , avec une Instruction Pastorale pour exhorter les fidèles à y puiser leurs lectures.
(1631). Paul Âringhi, Prêtre de l'Oratoire de Rome, est principalement connu par son ouvrage non moins précieux pour la science Uturgique que pour l'étude des origines chrétiennes , et intitulé : Roma subterranea novissima , in quapost Antonium Bosium, Johannem Severanum et alios antiqua Christianorum et prœcipue Martyrum Cœmeteria illustrantur. ( Rome 16ol, 2 vol. in-folio.) Nous avons attendu l'article d'Aringhi pour parler d'Antoine Bosio , Procureur de l'Ordre de Malte en Cour de Rome , à qui appartient la gloire d'avoir fondé la science des origines souterraines du Christianisme à Rome, par son ouvrage, en langue italienne, intitulé : Roma sotterranea , qui fat publié après la mort de Bosio , avec des additions du P. Jean Severano de l'Oratoire de Rome , à qui nous devons aussi un ouvrage curieux et devenu rare qui porte ce titre : Memorie sacre délie sette chiese di Roma. ( A Rome, 1650 , in-8°. )
(1632). Jean Fronteau, Chanoine régulier de Sainte-Geneviève, mérite une place parmi les écrivains liturgistes, par deux excellentes dissertations, l'une de Diebus festivis cum Nativitatis j tum mortis Gentilium, hœbreorum, Christianorum, deque ritibus eorum ; et l'autre, de Cultu sanctorum, et Imaginum et Reliquiarumj et de Adorations veterum^ «?«•
que ritibus et speciebus ejus. Elles sont placées à la fia du fameux Kalendarium Romanum nongentis annis antiquiu», qu'il publia sur un manuscrit de l'Abbaye de Sainte-Geneviève , en 1652. ( Paris , in-S". )
(1654). Barthélemi Corsetli , Cérémoniaire Italien, a donné un ouvrage sous ce titre : Novissima ac compendiosa praxis sacrorum Rituum ac Cœremoniarum quœ in Missis solemnibus , aliisque Ecclesiasticis functionibus servari soient, ad instar Cœremonialis Episcoporum. (Venise 1654, in-12. )
(1655). Paul-Marie Quarti, Clerc Régulier Théatin, a laissé sur la Liturgie les ouvrages suivants : l» Rubricœ Missalis Romani commentariis iUustratœ. ( Rome 1655 , infolio.) 2° De Sanctis Benedictionibus . ( Naples 1655, in-folio.) 30 Biga Mtherea, hoc est tractatus duplex de Processionibus Ecclesiasticis, et Litaniis Sanctorum. (Venise 1655, in-folio.)
(1655). Thomas Hurlado de Mendoza , célèbre théologien de Tolède , est auteur d'un écrit intitulé : De coronis et tonturis GentilitatiSj Synagogœ, et Christianismi , qui se trouve parmi ses œuvres imprimées de son vivant, à Cologne , en 1655, in-folio.
(1656). Joseph-Marie Suarès , Evêque de Vaison, Prélat rempli d'érudition , publia à Rome, en 1656, un travail liturgique sous ce titre : Corollaria ad Panvinium de Baptismate Paschali , origine et ritu consecrandi AgnosDei. (In-S". ) Il a donné aussi une dissertation de Crocea veste Cardinalium in Conclavi. ( Rome 1670, in-4°. ) Zaccaria mentionne plusieurs autres ouvrages , comme de Psalterio Basilicœ sancti Pétri ; de Ritu annuœ ablutionis Arœ Majoris Basilicœ sancti Pétri, etc.
(1656). Jean-Jacques Olier , fondateur et premier supérieur de la Communauté des Prêtres, et du Séminaire de
Saint-Sulpice, à Paris, mérite une place distinguée dans la bibliographie liturgique de l'époque que nous traitons , par son admirable Traité des saints Ordres ( Paris 4676, in-12 ) , et par son Explication des Cérémonies de la Grand'Messc de Paroisse ( 1636, in-12). Ce saint Prêtre, l'un des derniers écrivains mystiques de la France , avait reçu d'en haut l'intelligence des mystères de la Liturgie, à un degré rare avant lui , nous dirions presque inconnu depuis. Il fut en cela le digne contemporain du Cardinal Bona ; mais Olier était déjà mort en 1657.
(1656). Thomas Tamburini, Jésuite Sicilien, a laissé, entre autres ouvrages, le suivant : De Sacrificio Missœ expedite celehrando libri très. { 1636 , in-18. )
(16o7). Charles Guyet , savant Jésuite Français, est un des hoELmesqui ont le mieux mérité delà science liturgique, par l'admirable traité qu'il a donné sous ce titre : Heortologia, sive de festis Propriis locorum et Ecclesiarum. (Lyon 4637, in-folio , réimprimé à Urbin en 4728. ) Guyet, à la fin de son livre, a inséré un grand nombre d'Hymnes dont les unes sont de sa composition et les autres simplement retouchées par lui , à l'usage de plusieurs Eglises de France. Quelques-unes de ces Hymnes ont été admises dans les nouveaux Bréviaires , où elles contrastent grandement avec celles de Santeul , pour le style et le genre d'inspiration. Le P. Guyet avait composé aussi un Ordo perpetuus divini Officii. ( Paris 4622 , in-8°. )
(4637). Simon Wagnereck, Jésuite Bavarois, a extrait des livres d'Offices des Grecs , un choix d'Hymnes et autres prières en l'honneur de la Sainte Vierge , et l'a publié sous ce titre : Pietas Mariana Grœcorum. ex XJl tomis Menœorum, et VII reliquis Grœcœ Ecclesiœ voluminibus deprompta.
(1658). Jean-Baptiste Mari, Chanoine d'une Collégiale de
LITURGIQUES. i41
Rome, a composé rouvragc suivant : Diatriha de Mystica rerum signi/icatione quœ in sanctorum Canonizatione ad Missarum solemnia summo Pontijîci offerri soient. ( Rome 1058 , in-8'\ )
(1603). Jean du Tour ne nous est connu que par Zaccaria qui lui attribue un traité de AmiclUj veste sacerdotali , de origine , antiquitate, et sanctitate vestium sacerdotalium legis naturœ, mosaicœ , et Evangelicœ , et de frceceptohominibus data orandi in Ecclesia nudo capite. ( Parisiis 1662 , în--4*. )
(1604). François Van der Veken, théologien de la Pénitencerie Romaine , mort en 1664 , avait publié l'ouvrage suivant qui a été depuis traduit en italien : In Canonem sacrifcii expositio brevis. (Cologne 1644, in-i2.)
(1664). Dom Hugues Vaillant, Bénédictin de la Congrégation de Saint-Maur, nous semble le premier homme de son siècle pour la composition hturgique. Nous citerons, en preuve de notre assertion , l'admirable Office de sainte Gertrude , qui a été adopté successivement par l'Ordre de saint Benoît tout entier. Il a composé pareillement l'Office de saint Maur, qui est aussi d'une grande beauté, mais en usage seulement chez les Bénédictins Français. Dom Vaillant était tellement célèbre par le rare talent que Dieu avait mis en lui, qu'ayant composé, en 1666, un Office de saint François de Sales , non seulement l'Evêque d'Auxerre l'adopta pour son Diocèse, mais l'Archevêque de Narbonne lui-même l'établit dans les onze Evêchés de sa province.
(1666). Gilbert Grimaud, Chanoine de la Métropole de Bordeaux, est auteur d'un ouvrage excellent, sous ce titre : La Liturgie sacrée, ou l'Antiquité, les Mystères et les Cérémonies de la sainte Messe sont expliquées. Ensemble, diverses résolutions au sujet de la mémoire des trépassés, avec un traité de l'Eau bénite, du Pain béni, des Processions et des
Cloches. (Lyon 1666, in-^^, et Paris 4678, 3 volumes in-18.)
(1667). Du Molin, Primicier de l'Eglise Métropolitaine d'Arles , est auteur d'un ouvrage de Liturgie pratique , presque oublié aujourd'hui , mais fort remarquable en son genre. Il est intitulé : Pratique des Cérémonies de l'Eglise, selon l'usage Romain, dressée par ordre de l'Assemblée gênéraie du Clergé de France. Nous n'avons entre les mains que la seconde édition qui est de Paris, 1667, in-4''.
(1667). Arnaud de Peyronnet, Théologal de la Cathédrale de Montauban , a composé un excellent livre intitulé : Manuel du Bréviaire Romain , où sont exposées clairement et méthodiquement les raisons historiques et mystiques des Heures canoniales. (Toulouse 1667, 4 vol. in-8\ )
(1668). François Macédo de Saint-Augustin , Franciscain Portugais , a laissé : 1' Concentus euchologicus sanctœ Matris Ecclesiœ in Breviaria , et sancti Augustini in iihris. (Venise 1668, in-folio.) 'i° Azxjmus Eucharisticus siveJoannis Bona doctrina de usu fermentati in sacrificio Missœ per mille et amplius annos a Latina Ecclesia observato , examinata, expensa, refntata. (Vérone 1673, in-8''.) 3" De Diis Tutelaribus Orbis Christiani. (Lisbonne 1687, in-folio.) Cet auteur bizarre aurait eu besoin d'une érudition plus nourrie et d'un jugement plus sain.
(1668). Jean-Baptiste Tliiers, Curé de Vibraye au Diocèse du Mans, homme hardi dans ses jugements et célèbre par l'originalité de ses productions, s'exerça principalement sur les matières liturgiques. Nous citerons de lui : 1° De Festorum dierum immunitione liber pro defcnsione Constitutionum Urbani YIII, et Gallicanœ Ecclesiœ Pontificum. (Lyon 1668, in-12.)
2" Dissertatio de retinenda in Ecclesiasticis libris voce ParacUtus. (Lyon 1669, in-12. )
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5" De stola in Arehidiaconorum visitationibus gestanda a Parochis. ( Paris 1G74, in-12. )
A" Traité de l'Exposition du saint Sacrement de l'Autel. (Paris 1679, 2 vol. in-12.)
5° Dissertation sur les porches des Eglises. (Orléans 1679, 6° Traité des Superstitions. (Paris 1704. 4 vol. in-12.) 7" Dissertations Ecclésiastiques sur les principaux Autels, la clôture du Chœur, et les Jubés des Eglises. ( Paris 1688 , in-12. )
8° Histoire des Perruques. ( Paris 1690, in-12. ) 9° Observations sur le nouveau Bréviaire de Clumj. ( Bruxelles 1702, 2 vol. in-12.)
10° Traité des Cloches, et de la sainteté de l'offrande du pain et du vin, aux Messes des morts. ( Paris 1721, in-12. )
Parmi ces divers écrits que nous venons de citer, deux ont été misa V Index, k Rome, savoir celui sur la diminution des Fêtes, et le Traité des Superstitions. Les Observations sur le nouveau Bréviaire de Cluny sont devenues rares : l'ouvrage ayant été supprimé en France , par le crédit du Cardinal de Bouillon qui avait publié ce Bréviaire, en qualité d'Abbé de Cluny.
(1669). François-Joseph Taverna, Capucin, a publié un livre intitulé : Copiosa raccolta di vaghi et varj fiori nell'ameno campo dé" sagri Riti. ( Palerme 1669, in-i". )
(1669). Dominique Macri ou Magri, Chanoine Théologal de l'Eglise de Viterbe , est un des principaux liturgistes de son époque. Il a mérité ce titre par l'ouvrage suivant : Notizia de' vocaboli Ecclesiastici, con la dichiarazione délie cérémonie, dell'origine dei Ritisacri, voci barbare e frazi usate dd Santi Patri, concilj e scriptori Ecclesiastici. (Messine 1044, in-4". Rome 16t)0-lGG9, etc. ) Cet ouvrage important
fut traduit en latin et imprimé deux fois en Allemagne ; mais Charles Macri, ou Magri, frère de Dominique, peu satisfait de celle traduction , en fit une nouvelle et la publia sous ce titre : Hierolexicon , sive sacrum dictionarium, in quo Ecdesiasticœ voces , earumque etymologiœ , origines , symbola , cœremoniœ , duhia, barbara vocabula , atque Sacrœ Scripturœ et sanctorum Patrum phrases obscurœ , elucidantur. (Rome 1677, in-folio.) L'ouvrage réimprimé à Venise en 1765 (deux volumes in-4" ), a été considérablement augmenté.
(1670). Jean de Launoy, Docteur de Sorbonne, l'un des plus audacieux critiques de son temps, soupçonné même de socinianisme , influa grandement sur les destinées de la Liturgie en France , par ses écrits contre l'Assomption de la Sainte Vierge et contre les traditions relatives à saint Denys l'Âréopagite, sainte Marie-Madeleine, saint Lazare et les divers Apôtres de nos Eglises. Il appartient à notre Bibliothèque par les ouvrages suivants , que nous trouvons réunis dans la collection de ses œuvres publiées à Genève ( 1631 ) , en dix volumes in-folio : Dissertatio de veteri more baptizandi Judœos et infidèles. — Dissertatio de priscis et solemnibus baptismi temporibus. Nous devons mentionner aussi son livre de Sacramento Unctionis infirmorum. (Paris 1673, in-8^.)
(1670) . Chrétien Wolf , savant Augustin ,plus connu sous le nom de Lupus, appartient aussi à la liste des liturgistes du dixseptième siècle par les ouvrages suivants, qui ont été recueillis dans ses œuvres complètes, publiées à Venise (1724-1729, douze tomes in-f". ) 1" Dissertatio de sanctissimi Sacramenti publica expositione et de sacris processionibus. 2" De Consecratione Episcoporum j)er Romanum Pontificem. 7>° De veteri disci- |)lina mHHiœ Christianœ. 4' De Sacerdotalis benedictionis ati'
tiquitate, forma et fructu, et de maledictione. On peut encore trouver des choses très importantes pour la science liturgique dans le grand et orthodoxe ouvrage de Lupus sur les Conciles, qui porte ce titre : Synodorum Gcneralium et Provincialium statuta et canones , cum notis et historicîs dissertationibus. (Louvain et Bruxelles 1665-1673, cinq volumes in-4". )
(1670). Jean Bona , Abbé général des Feuillans et Cardinal, peut être considéré non seulement comme l'un des plus saints et des plus savants hommes qui aient été revêtus de la pourpre romaine , mais aussi comme l'un des plus illustres lilurgistes de l'Eglise Catholique. Ses ouvrages peu nombreux , il est vrai, sont et demeureront à jamais autant de chefs-d'œuvre. Nous entendons parler des deux principaux qui sont : !<> Rerum Liturgicarum libri duo. (Rome 1671, in-4". ) 2° Psallentis Ecclesiœ harmonia. (Rome 1653, in-4^) Ce dernier ouvrage est intitulé: De divina Psalmodia , dans l'édition de Paris, 1663. Les œuvres de Jean Bona ont été recueillies plusieurs fois et sont assez fticiles à rencontrer. Les lettres de ce savant Cardinal , dans le-squelles il traite tantôt à fond, tantôt par occasion, de nombreuses questions liturgiques , n'ont paru que dans l'édition de Robert Sala , à Turin, 1747. Le Cardinal Bona a donné des preuves de son talent pour la composition liturgique , dans les excellentes Leçons et la gracieuse Oraison qu'il a rédigées pour la fête de sainte Rose de Lima , au Bréviaire Romain.
(1670). Robbes, Docteur de Sorbonne , personnage que nous ne connaissons que par son livre, est auteur d'une Dissertation sur la manière dont on doit prononcer le Canon et quelques autres parties de la Messe. (Neufchâteau 1670, in-12. )
(1671). En cette année, fut publié à Rome , à l'imprimerie
de la Propagande , l'Opuscule suivant , in-4° : Instructio super aliquibus Ritibus Grœcorum ad Episcopos Latinos . in quorum diœcesibus Grœci, tel Albanenses degunt.
(1672). Charles Seltala , Evoque de Derllion , est auteur d'un ouvrage qui a pour titre. Mister j , e sensi mistici délie Messa. (Derton 1672, in-4o.)
(1672). François-Marie Brancacci , Cardinal , a publié huit Dissertations à Rome, 1672, in-folio. Parmi ces dissertations plusieurs traitent des matières liturgiques, telles sont celles De privilegiis quibus gaudent Cardinales in propriis capellis. — De sacro Viatico in extremo vitœ periculo certantibus exkihendo. — De benedictione diaconali. — De altarium consecratione.
(1673). Martin Claire, Jésuite, entreprit une correction des Hymnes du Bréviaire Romain, qui n'a jamais été adoptée dans aucune Eglise , mais dont il fit jouir le public sous ce titre : Hymni Ecclesiastici novo cultu adornati. (Paris 1673, in-4.°.) Il s'en est fait depuis plusieurs éditions. Le travail du Père Claire est précédé d'une Dissertation De vera et propria Eymnorum Ecclesiasticorum ratione, et suivi de plusieurs Hymnes très bonnes en l'honneur des Saints de sa Compagnie.
(1673). Dom Benoît de Jumilhac, Bénédictin de la Congrégation de saint Maur , a composé sur le chant ecclésiastique un ouviage qui peut être considéré comme un chefd'œuvre d'érudition et de science musicale. Il est intitulé : La science et la pratique du Plain-chant , où tout ce qui appartient à la pratique est établi par les principes de la science, et confirmé par le témoignage des anciens philosophes , des Pères de l'Eglise, et des plus illustres musiciens, entre autres de Gui Arétin et de Jean des Murs. ( Paris 1673 , in-4*. )
(1076), >'ous plaçous 50Ui> celte date les Cçnfmnces £c-
clésiastiques du Diocèse de La Rochelle , ouvrage fort remarquable qui a môme été traduit en langue italienne, et dans lequel un grand nombre de questions relatives à la Liturgie sont traitées avec érudition et sagacité. Notre exemplaire est de la seconde édition, 1670 , à La Rochelle , in-i2.
(1677). Raymond Capisucchi, Dominicain, Maître du Sacré Palais , puis Cardinal , a donné sous ce titre : Controvev' siœ theologicœ selectœ (Rome 1677, in-folio), une suite de dissertations parmi lesquelles plusieurs ont trait à la Liturgie ; telles sont celles où il parle du mélange de l'eau et du vin dans le calice, de la bénédiction de l'Eucharistie , de la forme de la consécration , de la communion pour les morts , du sens de ces parotes de l'Offertoire , dans la Messe des morts : Domine Jesu-Christe, rex gloriœ, libéra animas omnium fidelium defunctorum depœnis inferni, etc.; du culte des Images, etc.
(1677). Etienne Baluze, l'un des plus doctes personnages de son temps , a droit d'être compté parmi les savants qui ont bien mérité de la Liturgie , par son édition du Cornes , dit de saint Jérôme, qu'il publia sur un manuscrit de Beauvais et qu'il plaça dans l'Appendice du deuxième tome de ses Capitularia Regum Francorum.
(1677). Jean de Sainte-Beuve, célèbre casuiste, a laissé aussi un traité intitulé : Tradition de l'Eglise sur les Bénédictions. (Toulouse 1679. )
(1679). Pierre Floriot, Confesseur des Religieuses de Port-Royal , donna en 1679, in-8% à Paris, un livre assez remarquable, sous ce titre : Traité de la Messe de Paroisse, oit l'on découvre les grands mystères cachés sous le voile de la Messe publique et solennelle.
(1680). Jean Garnier, Jésuite Français, publia à Paris, en 1680 » iïi-4', le fameux Libçr dimms RçmmQrmn Pçuti/i'*
cum, dont nous avons parlé ailleurs, et qui est, sous plusieurs rapports, ainsi que nous l'avons dit , une des sources de la science liturgique.
(1680). Le bienheureux Joseph-Marie Tommasi, Théatin, pu!.s Cardinal, béatifié par Pie VII, est un des hommes qui ont le plus puissamment contribué à l'avancement de la science liturgique, par les monuments qu'il a publiés et annotés, et dont la connaissance suffirait à elle seule pour donner à un homme l'intelligence la plus complète des Liturgies occidentales.
1° Il a publié : Codices sacramentorum nongentis annis vetustiores. (Rome 1680, in-4°. )
2° Psalterium juxta edUionem Roman am et Gallicam, cum Canticis , Hymnario et Orationali. (Rome 1683.)
3° Responsorialia et Antiphonaria Romance Eeclesiœ a S. Gregorio magno, disposlta cum appendice monumentorum veterum et scholiis. [ Rome 1686.)
A" Antiqui libri Missarum Romanœ Eeclesiœ, idest Antiphonarium S. Gregorii. (Rome 1691. )
5" OlJïcium Dominicœ Passionis feria VI Parasceve , Majoris Hehdomadœ , secundum ritum Grœcorum. (Rome 1693.)
6" Psalterium cum canticis et versibus primo more distinctum, argumentis et orationibus vetustis, novaque litterali expUcaiione brevissima dilucidatum.
Joseph Bianchini , de l'Oratoire de Rome , ayant résolu de donner une édition des œuvres du B. Tommasi , il en publia le premier volume, in-folio, à Rome, en 1741 ; mais cette édition n'eut pas de suite. En 1748, le Père Antoine François Vezzozi , Théatin , en entreprit une autre en sept volumes in-4% qui fut achevée à Rome , en 1754. Il est à regretter qu'il n'y ait pas fait entrer plusieurs choses importantes que comprenait déjà le travail de Bisnchini. Cette
édition n'en est pas moins le plus précieux répertoire pour les amateurs des antiquités liturgiques. Les six premiers volumes contiennent les ouvrages que nous venons d'énumérer (1). Le septième est -rempli par un grand nombre d'opuscules dont nous citerons seulement ceux qui ont rapport à notre objet.
1° Breviculus aliquot monumentornm veteris moris quo Christiani ( a sœculo tertio ) ad sœculum usque decimum utebantur in celebratione Missarum, sive prose, sine pro aliis viviSj vel defunclls et in ejusdem reioneribus.
2° Missa ad postulandam bonam mortem , jussu Clemen' tis XI j circa annum 1706^ composita.
50 Orationes et Antiplionœ , petendœ a repentina morte liberationi accommodatœ. Eodem anno, jussu ejusdem Pontificis. Le Siège Apostolique a, depuis, accordé des Indulgences à la récitation de ces prières et antiennes.
4° Annotationes miscellaneœ ad Missale Romanum,
5° Notulœ in dubia proponenda Congregationi sacrorum Rituum pro nova impressiotie MissaUs.
6° Prisci fermenti nova expositio.
7° De fermento quod datur sabbato ante Palmas , in Consistorio Lateranensi.
8° De privato ecclesiasticorum ofjîcîorum Breviario extra chorum.
9" Ordo temporis servandus in recitatione Officii EccU' siastici.
10° Trois dubia sur la consécration d'une Eglise. Un votîim sur la demande faite par les Napolitains d'ajouter les
(1) Il faut excepter pourtant l'Office du Venilredi-Saint suivant le rite Grec, queVezzozi a rejeté au septième volume, parmi les opuscules du B. Tommasi.
mots Patris nostri au nom de saint Janvier. Une note sur une supplique pour une Fêle du Père Eternel.
il" De translatione festi et ratione illud servandi , quando incidit in Majorera Hebdomadam.
42" Riflessioniintorno ad una niiova accademia di Liturgia.
13° Scrittura nella quale si p'ova che l'istituzione délia Ferla Quarta in capite jejunii e stata prima di S. Gregorio Magno , contro l'opinione del Menardo.
14° Brève istruzione del modo d'assistere fruttnosamente al S. Sacrifizio délia Messa seconda lo spirito, ed intenzione délia chiesa.
(1680). François-Marie Florentini, de Lucques, publia en cette ville , en 1668 , des notes précieuses sur le Martyrologe dit de saint Jérôme. Il fit paraître, quelques années après, un livre intitulé : Tumultuaria disquisitio de antiquo usu fermenti panis et azimi. (Lucques 1680 , in-4''. )
(1680). Louis Thomassin, Prêtre de i'Oratoire de France, a porté dans l'élude de la Liturgie cette érudition intelligente qui caractérise tous ses écrits. Nous avons de lui sur cette matière : 1' Traité des Jeûnes de l'Eglise. (Paris 1680, in-8".) 2° Traité des Fêtes de l'Eglise. (Paris 1683, in-8°. ) 3° Traité de l'Office divin. ( Paris 1086. )
(1680). Guillaume de la Brunetière , Evêque de Saintes, est célèbre par les belles Hymnes dont il a enrichi le Bréviaire de Paris. Ces compositions, d'une latinité pure et d'une versification correcte, contrastent, comme celles du P.Guyet, avec les odes et épodes de Jean-Baptiste Santeul. Nous citerons entre autres les belles Hymnes du Commun d'un Confesseur Pontife : Christe . pastorum caput , atque princeps ; et Jesu, sacerdotum decus.
(1080). Claude Santeul, du Séminaire de Saint-Magloire , d'où' lui vient le surnom de Maglorianus, est pareillement
LITTOGIOUES. 1S1
auteur de plusieurs Hymnes du Bréviaire de Paris qui l'emportent sur celles de son frère le Victorin, par l'onction et la simplicité. Il est inutile de les indiquer ici. Il paraît que l'hymnographie était innée dans cette famille , car on trouve encore un Claude Santeul, parent des deux premiers, marchand et éclievin de Paris , qui a publié aussi un recueil d'Hymnes. (Paris, 1723, in-8\)
(1680). Michel Nau, savant Jésuite , Missionnaire dans le Levant, est auteur d'un livre intitulé : Eccîesiœ Romanœ Grœcœque vera efjîgies. (Paris, 1G80, in-4°. ) Ce livre renferme beaucoup de choses sur la Liturgie des deux Eglises.
(1681). Charles Cartari , Prélat Romain , a publié un livre curieux sous ce titre : LaRosa d'oroPontifîcia. (Rome, 1681, in-i". )
(1682). Charles-Barthélémy Piazza, de la Congrégation des Oblats de Milan , a donné plusieurs ouvrages curieux sur les matières liturgiques. Il est auteur des ouvrages suivants : Iride sacra, ovvero de colori eccîcsiastici. (Rome 1682, in-8% ) — Eorterologio , ovvero stazioni sacre Romane, efeste mobili, loro origine, sito e venerazio-ne nella Chiesa Romana, colle preci cotidiane. (Rome, -1702, in-8". ) — Necrologj . a discorsi dell'uso, mistero ed antichità appresso diverse nazioni de'riti e cerimonie neU'Esequie, e funerali, passait a'secoli nostri Cristiani. (Rome, 1711, in-4°. )
(1682). Claude Fleury, suflîsamment connu par son Histoire Ecclésiastique et ses autres productions dans le même esprit, appartient à notre Bibhothèque liturgique par ses Mœurs des Chrétiens, ouvrage remarquable et bien connu qui parut pour la première fois à Paris, en 1782, iD-12.
(4682). Jacques-Bénigne Bossuet, Evéquede Meaux, dont les savants et éloquents écrits embrassent tant de sujets, doit aussi être compté parmi les liturgistes de son temps,
pour les deux ouvrages suivants : 1'^ Traité de la Communion sous les deux espèces. (Paris 1682, in- 12.) 2" Explication de quelques difficultés sur les Prières de la Messe. (Paris 1689, in-12.)
(1082). Jean-Gaspar Scheitzer, plus connu sous son nom latinisé de Suicerus, ministre Calvinisie et professeur de langues à Zurich , a droit de trouver place ici pour son bel ouvrage intitulé : Thésaurus Ecclesiasticus de Patrihus GrœciSjOrdine alphabetico exhibens quœcumque phrases, 7'itus , dogmata , hœreses et hujusmodi alia spectant. ( Amsterdam 1682, deux volumes in-folio.) La seconde édition, qui est aussi d'Amsterdam, 1728 , est corrigée et augmentée d'un supplément par les soins de Jean-Henri Suicerus, fils du précédent.
(1683). Nivers , organiste de la Chapelle du Roi , et maître de la musique delà Reine, est auteur d'une Dissertation sur léchant Grégorien. (Paris 1685, in-S". ) Ce livre , assez mal rédigé , est savant et annonce un amateur éclairé du chant ecclésiastique. Nous avons parlé ci-dessus des essais malheureux de Mvers sur l'Aniiphonaire et le Graduel Romains, à l'usage des Religieuses ; il a en quelque façon réparé ses torts en publiant une fort bonne édition de l'Antiphonaire Romain pur, Paris in-8% 1701.
(168o). Daniel Papebrok, Jésuite, le plus illustre des successeurs de BûUandus, a inséré dans son Propylœum ad Acta sanctorum Maii (Anvers 1683, in-folio), plusieurs dissertations sur des matières liturgiques. Nous citerons , entre autres, la trentième, de lingua Slavonica in sacris apud Bulgaros, Moravosque recepta , et Apostolicœ Sedis ea de re judicio ; la trente-cinquième , de solemnium Canonîzationum initiis , atque progressihns ; la quarantième, de forma Pallii, aliorumque Pontificalium indumentorum tnedio œvo mutata;
la quarante-troisième , rfe Ojficîo pro festo Corporiê Christi, Urbani IVjussu per sanctum Thomam composito, etc.
(1685). Emmanuel de Schelstrate, gardien delà Bibliothèque du Vatican, non moins distingué par son attachement inviolable au Saint Siège , que par sa profonde érudition , a publié un ouvrage important sur le secret des Mystères, avec ce titre : De Disciplina arcani dissertatio apologetiea. (Rome d685, in-4°.)
(1685). Jean Cabassut , Prêtre de l'Oratoire de France , d3iïis sSiNotitia Ecclesiastica historiarum et conciliorum {Lyon 1670, in-folio ) , a inséré un grand nombre de dissertations dont plusieurs ont pour objet les matières liturgiques.
(1683). Dom Jean Mabillon, Bénédictin, l'éternel honneur de la Congrégation de Saint-Maur, débuta dans sa carrière littéraire par une œuvre liturgique. Pendant son séjour à Corbie, il composa des Hymnes en l'honneur de saint Adalhard et de sainte Bathilde, et travailla aux Offices propres de cette Abbaye. Le recueil de ces différentes pièces porte ce titre : Hymni ïn laudem sancti Adalhardi et sanctœ Bathildis reginœ. Ofj^cia Ecclesiœ Corbeiensi propria vel nova édita, vel vetera emendata ; quœ omnia inunum collecta typis vulgatasunt ad ejusdem Ecclesiœ usum. ( Paris 1677, in-4''.) Dom Mabillon , en publiant avec Dom Luc d'Achery les Aeta sanctorum Ordinis sancti Benedicti , enrichit chacun des neuf volumes de cette précieuse collection d'une savante préface dans laquelle il traite avec profondeur un grand nombre de questions liturgiques. Ces préfaces ont même été recueillies à part dans un volume in-4", publié à Rouen en 1752. En 1674, Dom Mabillon donna sa Dissertatio de pane Eucharistico azimo et fermcntato (Paris, in -8° ); mais jusqu'alors il n'avait rien publié d'aussi important sur ces matières que son ouvrage sur la Liturgie Gallicane.