‹ Institutions liturgiques (volume 4)Chapitre 5 sur 45 · PRÉFACE. XV · texte numérisé non relu

PRÉFACE. XV

final que de scandaliser le peuple fidèle, et d'énerver le lien sacré de la subordination cléricale. Pour produire un bien médiocre, on s'exposerait à opérer un mal considérable. Nous désavouons donc à l'avance toutes démonstrations imprudentes et téméraires, propres seulement à compromettre une cause qui n'est pas mûre encore. Sans doute, notre intention est d'aider h l'instruction de cette cause , et nous la voudrions voir jugée déjà et gagnée par la tradition contre la nouveauté ; mais une si grande révolution ne s'accomplira qu'à l'aide du temps , et la main de nos Evoques devra intervenir, afin que toutes choses soient comme elles doivent être dans cette Eglise de Dieu qu'il leur appartient de régir.

Tel est notre avis que nous déposons ici pour la décharge de notre conscience , nous souvenant de notre qualité de membre indigne du Clergé Régulier, lequel a dans tous les temps témoigné de son attachement inviolable à l'Ordre Hiérarchique, sans croire parla porter atteinte aux privilèges dont la discipline générale de l'Eglise l'a investi ; tandis qu'on a vu constamment les docteurs du Presbytérianisme , guidés par un secret instinct , confondre dans une même aversion la prérogative divine de l'Episcopat et les droits concédés aux corps privilégiés. Nous en appelons, sur ce point, à l'histoire des controverses cjui s'agitèrent , en

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France , aux dix-firpiièmeol dix-liiiilicme siècles; sur la Hiérarchie et ses applications. Ce qui nous |;ercl aujourd'hui , c'est l'ignorance de ce passé , sans lequel, pourlant, on espérerait en vain co;npi endre et terminer les questions présentes.

Il ne sera peiil-éire pas inutile de répéter ici ce que nous avons déjà dit ailleurs, savoir que , dans cette Introduction Ilisîoiiipie, nous touchons un grand nombre de questions, sur lesquelles nous sommes amenés à prendre un parti , saiis que la marche du récit nous permette de nous arrèîer assez pour motiver notre avis. Si queicpiefois le lecteur avait peine à se rendre compte des raisons qui nous déterminent pour telle ou telle conclusion , nous le prierions d'attendi*e le développement même de l'ouvrage; il n'est pas une seule des questions soulevées dans l'Introduction , qui ne doive être discutée dans la parlie didactique de notre travail. 0;i psiit revoir le plan de l'ouvra^^e entier dans la préface du premier volume.

On nous a prié de caractériser la nature et l'étendue de la réa(;lion liturgique du dix-huitième siècle; c'étaii déjà notre intention, et nous croyons même que rien ne sera [)lus uli'.e, qnanJ , d'une mimière précise, nous en viendrons à l'explicaiion dnaillée (Kis Oïi.;os divins, (pi nie p'acer jour par jour, en regard djs for.Uides d3 l'anfiquité, les innombrables pièces nouvellci qu'on y a subsii-

tn6o% , en France. La gcîoncc liturgique , comme tonte science do faits, avance principalement par la réunion et la compaiaison des données positives; c'est ce qni nous a porté à ne rien iu'i^!i;4er ponr procurer à noire ouvrage les comp'éuients doia il a besoin |)onr être, autant qvie nos forces nous le permettront , une véritable Somme lilurfiijîie. Ainsi nous n'interiogerons point seulement les anciennes Liturgies do rOi'ienl et do l'Occident ; mais nous éludieions , dans le pîns grand détail, les produits de notre fécondité nalion;ile en ce genre, h pariii* dii Bréviaire de Cluny, de 1G86, jusqu'aux récents Bréviaires que notre siècle a vu paraître.

Nous avons déjà dit cl nous répétons ici volontiers que nous nous ferons un devoir de répondre francbcmenl aux observations ou réclamations qui nous sei'aienl adressée s : la pr. face du volume suivant contif^ndrait nos éclaircissements sur les poinis contestés, ou môme, s'il y avait lieu, les i-ectifications qu'une plus ample insU'uciion do la matière nous mettrait à même de fournir.

Jusqu'ici du moins, nous le disons en toute simplicité , nous n'avons recueilli que des suffraj^es bienveillants. Ponr n<^ parler que de la France, les ercouiagemenis directs (juo nous ont ti'ansmis plusieurs de nos Arcbevcques et de nos Evoques, la sympathie que d'autres Prélats nous ont fait

XVIII PRÉrACB.

Icmoigner, l'assenliment d'un nombre^ très consi-r dérable des membres les plus éclairés du Clergé du second ordre, toutes ces choses sont pour nous le motif d'une consolation d'autant plus grande , que nous n'avons fait aucune démarche pour nous attirer ces honorables témoignages de satisfaction. Nous ne formons maintenant d'autre vœu que celui de nous en rendre digne de plus en plus.

Le public laïque a accueilli les Institutions Liturgiques avec un empressement, sur lequel, nous le répétons , nous étions loin de compter. La presse catholique s'est exprimée avec la plus précieuse et la plus rare unanimité en faveur du retour aux anciennes et véritables traditions du service divin, et nos faibles efforts vers ce but ont été récompensés à l'excès , par les articles qu'ont bien voulu consacrer h notre livre les Annales de Plii/osophie Chrétienne , V Université Calliolique , VAmi de la Religion , V Univers, etc.

Mais ce qui nous a semblé encore plus digne de remarque, a été devoir notre livre et ses doctrines devenir , dans un journal anglican , l'objet non seulement d'une attention sérieuse , mais d'une sympalliie presque catholique. Le Britisch Crilic, organe solennel et véritablement grave du Clergé de VEglise-établie j dans le n'' d'octobre 1841, après avoir développé les plus hautes considéralions sur l'importance de la Forme Religieuse ,

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conclut ainsi le long et bienveillant article qu'il a consacré à notre premier volume :

« Toutes formes donc , autant qu'elles sont religieuses , étant des symboles des choses spirituelles , l'uniformité , comme nous le rappelle l'Abbé, en doit être la condition, et par là même le gage de V unité de l'Esprit. (1) En effet , pour employer les propres paroles de l'Archidiacre iManning , n'est-il pas certain que l'uniformité est le langage symbolique et silencieux de l'unité? Y a-l-il quelque loi dans l'œuvre de Dieu qui n'ait sa propre forme invariable? Qu'est-ce que la variété de la nature , si non l'expression uniforme d'une variété de lois, et non pas l'expression variée d'une seule loi ? Là où il n'y a qu'un cœur, il n'y aura aussi qu'une.voie, a dit Jérémie (2). En conséquence, l'Abbé condamne la variété des rites dans l'Eglise ; il la poursuit comme un manque d'appréciation de l'importance de l'unité » chrétienne, et il propose de surmonter la diffî- » culte en prenant Rome pour centre. Ici , il ouvre » une question dans laquelle nos lecteurs nous » pardonneront certainement de ne pas nous en- » gager, à la fin d'un long article. Nous nous bor- » nerons donc pour le présent , à dire que , quant

. (1) Eph. IV. 3.

(2) Jerera. XXXII. 5». .

XX PnÉFACE.

» aux vues de l'Abbé sur l'imporlaiice de l'unité » reliî^i.'use, cl sur la fuiililc de lous les efforts dé- » penses à proeurer ceiie uniié sans l'iniiformiié, » il peul , si cela lui esi de quelque cousolalion , » êii'e assui'C de la franche sympalhie de plus d'un M cœur auf;lais.

)j Certes, il n'est pis un cœur catholique (1) qui » ne soupire aidenuiienl vers uneroglc p'us forte, » vers une plus grande uuilé d'actio;) , el non » seulement en Au^îeierre , ni.iis (>ar toute la »chréiienlé. Nous sympathisons du foud de nos M cœurs avec l'auteur dont nous venons d'exami- » ner l'ouvrage , en ce qu'il dit contre l'esprit de » nationalitc en reli,^ion. Nous ne pouvons i-esson- » tir le moindre attrait pour le parti Ga!lica:i , en ))îant qu'il s'oppose h l'éco'e Ultiamontaine. Les » théories nationales , y compris même la théorie » Gallicane, qui, par le fait, est plus ou moins la «théorie actuelle des divers pays de la Commu^ » nion Romaine, nous pnraissenl receler un subtil » Erastianisme , el témoigner en môme lemi>s h d'une véi-i(ab!e insouciance pour la pléuitude et » pour la liberté de l'Evangiîe. C'est en émettant » cette profession de symj)athie que nous prenons » congé de l'Abbé , lui sojhaiianl de cœur la santé

(1) I.o mot Catholique est pris ici dans le s^ns de l'Anglicanisme , qui rétend à ses propres membre».

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