CHAPITRE
^UTIO^'S PRLLIÎJIXAIRES.
Ïj\ Liturgie, coiisidérce en général , est ^ensemble des symboles, des chants et des actes au moyen desquels l'Eglise exprime et manifeste sa religion envers Dieu.
La LiUu'gic n'est donc pas simpIemenL la prière, mais bien la prière considérée à i'élat sociaL Une piière individuelle , faite dans un nom individuel, n'est point Liturgie. Cependant les formules et les signes de la Liturgie peuvent cire légitimement et convenablement employés par les particuliers , dans l'intention de donner plus de force et d'efficacité à leurs œuvres de prière; comme lorsqu'on récite des oiaisons consacrées , des iiymnes, des répons , pour s'exciter à la religion. Ce genre de prière est même le meilleui', en fait
de prière vocale , car il associe à l'effort individuel le mérite et la consécration de l'Eglise entière.
Quant à la récitation privée des formules de la Liturgie dans Toffice divin par les clercs , les béuéficiers et les réguliers, lesquels sont tenus de suppléer en particulier à ce qu'ils n'accomplissent pas au chœur , on ne saurait la considérer conmic une œuvre de dévotion privée : elle est un acte de religion sociale. Celui qui prie ainsi est député officiellement pour ce sujet. Sa parole , son intention même , appartiennent à l'Eglise. S'il pèche en cet emploi , c'est contre l'Eglise autant que contre lui-même qu'il pèche. Ainsi , la récitation du Bréviaire , quoique dans nos malheureux temps et dans notre pays , elle n'ait plus guère lieu que dans le particulier , n'en est pas moins une chose liturgique , une œuvre liturgique.
De même que la vertu de religion renferme tous les actes du culte divin , ainsi la Liturgie , qui est la forme sociale de cette vertu, les comprend tous également. On peut même dire que la Liturgie est l'expression la plus haute , la plus sainte de la pensée , de rintelligence de l'EgUse , par cela seul qu'elle est exercée par l'Eglise en communication directe avec Dieu dans la Confession , la Prière et la Louange.
CoxFESSiox , Prière , Louange : tels sont les actes principaux de la religion ; telles sont aussi les formes principales de la Liturgie.
La Confession , par laquelle l'Eglise fait hommage à Dieu de la vérité qu'elle en a reçu , redisant mille fois en sa présence le triomphant symbole qui renferme écrites dans le langage de la terre des vérités qui sont du ciel. Ce symbole , elle le répète chaque jour en abrégé plusieurs fois dans les Heures canoniales ; plus développé dans l'action du sacrifice au jour du dimanche et dans les grandes solennités ;
LITinCIQUES. T)
enfin , elle le confesse en grand , dans l'enscmbh; de l'aniiéc! chrôticniio , au soin de laquelle il esl représente; , mystère par mystère , avee toute la richesse des rites , toute la pompe du langage, toute la profondeur des adorations, tout renthousiasme de la Toi.
Dr là, l'importanee si grande pour rintelligence du dogme, donnée dans tous les temps aux paroles et aux faits de la Liturgie. On connail l'axiônie : Legem credendi statuât lex suppUcandi. C'est dans la liturgie que Tesprit qui inspira les Ecritures sacrées parle encore; la Liturgie est la tradition môme à son plus haut degré de puissance et de solennité.
La Pr.iÈRE , par laquelle l'Eglise exprime son amour , son désir de plaire à Dieu , de lui être unie, désir à la fois humbli; et fort , timide et hardi, parce qu'elle est aimée et que celui qui l'aime est Dieu. C'(;st dans la Prière qui vient à la suite de la Confession^ comme l'espérance après la foi, que l'Eglise présente ses demandes , expose ses besoins , explique ses nécessités, car elle sait ce que Dieu veut d'elle , et combien elle en est éloignée , jusqu'à ce que le noml.)re des élus sijit complet.
Delà, l'onction ravissante, l'ineffable mélancolie , la tendresse inconnnunieable de ces formules, les unes si simples , les autres si solennelles, dans lesquelles apparaît tantôt la douce et tendre confiance d'une royale épouse envers le monarque qui l'a choisie et couronnée , tantôt la sollicitude empressée d'un cœur de mère qui s'alarme pour des enfans bien-aimés ; mais toujours cette science des choses d'une autre vie , si profonde et si distincte , suit qu'elle; confesse la vérité >, soit qu'elle désire en goûter les fruits , que nul sentiment ne saurait être comparé au sien, mil langage rapproché de son langage.
La LouANCL , car l'Eglise ne saurait contenir dans une
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silencieuse coutemplation les transports d'amour et d'admiration que lui fait naître i'aspect des mystères divins. Comme Marie , à la vue des grandes choses qu'a faites en elle celui qui est puissant , elle tressaille en lui , elle le glorifie. Elle célèbre donc les victoires du Seigneur et aussi ses propres triomphes. Le souvenir des merveilles des temps anciens la ravit et l'exalte ; elle se met à en faire le récit pompeux , comme pour raviver les sentimens qu'elles lui inspirent.
Elle célèbre , après Dieu , les élus de Dieu ; d'abord l'incomparable Marie , pour qui elle a des accens d'amour et de prière d'une douceur céleste; les Esprits bienheureux , dont les relations et les influences l' embellissent et la protègent ; ses propres enfans qui l'ont arrosée de leur sang , illuminée de leur doctrine , sanctifiée de leur glorieuse confession , embaumée du parfum de leurs lis et de leurs roses. Chaque année, elle redit avec amour et maternité leurs vertus et leurs combats.
Or , ces ti'ois parties principales , Confession , Prière , Louange , deviennent dans la Liturgie une triple source d'intarissable poésie : poésie inspirée du même esprit qui dicta les cantiques de David , d'isaïe et de Salomon ; poésie aussi ravissante dans les images que profonde et inépuisable dans le sentiment. Dieu devait à son Église un langage digne de servir de si hautes pensées , de si ardens désirs.
Mais , comme toutes les grandes impressions de l'àmc , la foi, l'amour, le sentuuent de l'admiration , la joie du triomphe , ne se parlent pas seidcmcnt , mais se chantent , et d'autant plus que tout sentiment établi dans l'ordre se résout en harmonie , il s'ensuit que l'Église doit naturellement chanter louange, prière el confession, produisant, par une gradation quelque peu affaiblie sans doute , à mesui'C qu'elle s'éloigne du principe , un cIîîuU beau comme les paroles ,
LlTURGtQUF.S. S
des paroles élevées comme le senlimenl , elle soiiiiinciu luimême en rapport fini mais réel avec eolui qui en est roltjel et la source.
Et, comme l'Église est une société, non d'esprits, mais d'hommes, créatures composées d'âme et de corps, qui traduisent toute vérité sous des images et des signes , portant eux-mêmes dans leurscorps une forme ineffable de leur âme ; dans l'Église , disons-nous, ce céleste ensemble de confession, de prière et de louange^ parlé dans un langage sacré, modulé sur un rythme surnaturel, se produit aussi par les signes extérieurs, rites et cérémonies, qui sont le corps de la Liturgie.
Ainsi, sentiment, parole, mélodie, aciion , tels sont les élémens qui , mis en rapport avec le vrai et le bien, produisent l'ordre et l'harmonie parfaite; que ne doivent-ils pas enfimter quand ils prennent la proportion de l'Église même de Dieu, initiée par le Verbe aux secrets de la vie éternelle , dépositau'e de la vérité immuable et féconde , nourrie constamment de l'élément surnaturel ? Ne craignons donc pas de le dire , la Liturgie renferme éminemment toute beauté de sentiment , de mélodie et de forme , non seulement à l'égal, mais infiniment au-dessus de tout ce qu'où pourrait lui comparer, à part les livres saints. Nous verrons àloisir la preuve.