IMPORTANCE DE L'ÉTUDE DE LA LITURGIE
On sent aisément que de tout cet ensemble de confession y de prière et de louange, qui constitue la Liturgie, doit résulter la matière d'une science véritable ; science des offices divins , c'est-à-dire de cette partie de la Liturgie qui consiste dans le sacrifce des lèvres (1) ; science du sacrifice réel avec tous SOS riles et ses mystères; science des sacremens , organes de la sanclificaiion de l'homme; science des bénédictions et des sacramentaux au moyen desquels toute créature est purifiée et réhabilitée par la venu de la croix ; science enfin des supplications et autres rites solennels que l'Église emploie dans des occasions extraordinaires.
Mais si déjà cette simple énumération des forces et des moyens de la Religion nous place en regard d'un si vaste et si radieux ensemble, que sera-ce, quand, poursuivant à travers la tradition, dans les écrits des Pères, dans les ordonnances des conciles, dans lesmonumens de l'antiquité ecclésiastique, ces diverses formes du culte divin, nous sommes conduits à iiuerroger tous les siècles et à enregistrer leurs réponses si belles d'unité et si fécondes en tout genre d'inspiration? Telle est cependant la science Liturgique telle qu'elle a été conçue, explorée, enseignée "par tant de grands docteurs dont les noms glorieux et les services immenses seront racontés plus loin.
Tous , sans doute , ne sont pas appelés à suivre dans la
(\) Hfob. XIII. lo.
LITinOIQlT.S. 7
s(i(Miee liiurgiquouno Cvari-iôro d'égale («loiuUif , mais on peut allirniLM", sans crainte crèlrcdémcnli, que, pour iic i>:iil('r(|ii(": (les i)tM'somios ecclésiasliqui's , elle doit faii'e pour elles Tol)jet d'une élude non moins spéciale que la casuislicpio à laquelle , dans l'élat préseiil, l'iisiigc esl eu France de consacrer à peu près la moitié du temps assigné à l'éducation cléricale. La récitation et souvent même la célébration des divins ofliccs ne forment-elles pas l'occupation journalière du Prêtre? Quel plus grand inléi'èl pour lui que de pouvoir suivre la chaîne de merveilles qui se déroule dans la succession des fêtes et des temps de l'année chrétienne , de pouvoir bi'iser les sceaux de ce livre journalier que l'Église d'aujourd'hui a reçu de l'Église des pi-emiers siècles avec une tradition de mystères cachés et de chants admirables? Le Prêtre monte chaque jour à l'aulel pour y sacrifier l'agnean inmiolé depuis le commencement du monde (1); où comprcndra-t-il mieux la sainteté , la grandeur de cette action . comme on l'appelait autrefois, où apprendra-t-il mieux la pureté de cœur qu'elle exige , qu'en étudiant la manière dont elle s'est exercée depuis la veille du jour où le Christ souffrit, jusqu'à ces temps plus rapprochés de nous où l'Église, mue par l'Esprit-Saint, a fixé d'une manière irrévocable les rites, de la religion desquels elle a voidu environner le plus auguste des mystères? Et les sacremens, sources divines du salut, et les sacramentaux par lesquels l'Église épanche sur le peuple fidèle la plénitude de sanctification qui est en elle ; si tant dedoctes écrits ont été composés par les plus pieux et les plus suvans hommes de l'Église, à l'effet d'en expliquer les rites, d'en éclaircir les formules, d'en développer toute la majesté, comment le Prêtre, ministre de toute cette dispen-
(i) Apoc. xm 8,
salion à la fois miséricordieuse et sublime , ne se livrcraît-il pas à la recherche de cette perle d'un prix infini ? S'il lui a été dit d'imiter ce qu'il a entre les mains, imilamini quod tractatis (1) , ne lui a-t-il pas été dit par là même de l'étudier et de le connaître ?
Oh ! qui pourrait dire les grâces de salut qui se répandraient sur le peuple chrétien , comme effet direct d'un enseignement basé sur l'explication et la compréhension (les mystères, des paroles et des rites de la Liturgie, si nos peuples savaient et goûtaient ce que savaient et goûtaient les simples cathécumènes des églises de Milan , d'Hippone ou de Jérusalem, initiés par un Âmbroise, un Augustin , un Cyi'ilîe ! Et plus tard nos nouvelles églises d'Occident, quelles lumières ne tiraient-elles pas de l'enseignement liturgique d'un Rhaban Maur, d'un Ives de Chartres , d'un Honorius d'Âutun, d'un Hildeberl du jlans et de Tours, d'un Durand de Mende, etc.! Quelle influence sui' les mœurs catholiques ! quel boulevard de la fui ! quelle disposition à sentir les choses de la vie surnaturelle dans ces populations instruites avec soin et détail des secrets que le Chi'isl et son Eglise ont caché sous le vaste et profond emblème de la Liturgie ! On le sont tous les jours dans ces contrées de l'Amérique du nord , dans lesquelles la vraie église ne possède pour ainsi dire pour fidèles q;ie ces âmes que , sous la conduit 0 du divin Esprit, elle va glanant et recueillant dans les sueurs elles fatigues. Les lettres des missionnaires ne cessent de parler du grand succès qu'ils obtiennent en d(''veloppant à leurs auditeurs le merveilleux symbolisme de la Liturgie catiioiique. Assez heureux pour la posséder en tnîier et pure de tout alhage national, telle en un mot que
(11 Pontilieale Rom. in ordinat, Prc^byteri..
MTrnciQuns. 9
le Siège Apostolique la promulgue , ces nouveaux npôtres n'ont aucune pt'lne à faire senlir riinrmonie et l'autoriU! dans cet ensemble véi'ilablement snihumain. S'il al^i^(^ qu'une nouvelle église viennes à cire dctlicc par l'évcquc, la simple explication des symboles qui, dans cette auguste cérémonie, font tour ;\ tour passer sous les yeux des fidèles les mystères de la Jérusalem céleste , ceux de l'Eglise militante et ceux de la vie spirituelle, préparc une moisson abondante , et loisqu'après avoir accompli tous les riis si profonds de cette-solennité , le Ponlife demande au Dieu qui se ])âfit un temple immorlel ave(; des pierres vivantes, que cette extension matérielle que vient d'obtenir son église , soit encore dépassée par ses accroissemens spirituels (1), il ne tarde pas à connaître qu'il a été exaucé.
Et, en effet, quel autre moyen de faire pénétrer la connaissance du dogme dans les esprits, que celui-là môme que l'auteur et le réparateur de notre nature a choisi pour y faire descendre cette grâce invisible qui nous sanctifie ? Mes paroles sont esprit et vie {^), dit le Sauveur : elles donnent à la fois la lumière à l'intelligence , et au cœur la charité qui est la vie. Il en est de même des paroles de l'Eglise qui possède la plénitude des mystères et la dispense sur le peuple chrétien par des rites et des formules remplis à la fois de vérité et d'amour.
Aussi a-t-on toujours considéré la Liturgie comme le haut enseignement du dogme, en même temps qu'elle est sa forme la plus populaire. Nous verrons bientôt que tous les saints
(1) Dcus , qui de vivis et electis lapulibus aeteruum majestuti tufe pr;up:irasliabitaculiim, auxiliare populo tuosnpplicanti,ut quod ecclesise tuœ corporalibus proficit spaliis, spirilualibus aniplificetur augj mentis. ( Missal. Rom. in Deiiic. Ecclesiœ. Postcommunio.
(2) Joan, VII. 61,
10 ÎXSTITUTIOXS
docteurs étaient Lilurgisles ; que les écrivains ecciésiasti- (|ues qui les ont suivis cultivèrent avec ardeur la science des rites sacrés ; que les théologiens scholastiqiies du moyen âge voulurent aussi ftiire leuv somme des mystères; qu'à l'époque de la réforme, l'activité des docteurs catholiques se porta vers cette étude et donna la première naissance aux Collections Liturgiques; qu'enfin, chose surprenante pour plusieurs , de savans protestans , au risque d'exposer l'héritage de la réforme aux invasions de l'antiquité ecclésiastique, ont cru aussi, ont cru comme tous les anciens Pères et docteurs catholiques , qu'il n'y avait point d'étude complète du dogme chrétien, si la malière des rites et des formules sacrées n'était soigneusement explorée , s'ils n'interrogeaient siècle par siècle ces livres papistes qu'ailleurs ils voudraient donner comme un instrument de corruption pour la doctrine évangélique. On les a vu, on les voit publier des collections , des bibliothèques Hturgiques , et faire honte à plus d'un cathohque parle zèle et l'importance qu'ils mettent ù de semblables travaux. Voici les propres paroles du célèbre Pfafï' de Tubingen, dans une dissertation de Liturgiis , missalibus, agendis et libris ecclesiasticis Ecclesiœ orieU' talis et occidentalis j placée à la suite de ses Institutions d'histoire ecclésiastique : a Comme les livres ecclésiastiques, les * Liturgies , et ceux que l'on nomme Agenda , sont revêtus » d'une autorité publique et de l'approbation de l'Eglise en-
> tière qui en fait usage ; comme ces Liturgies très ani ciennes , qui ont régné et régnent encore dans l'Eglise » orientale et occidentale , ont emprunté beaucoup de choses
> des temps apostoliques ; comme enfin le culte public lui- » même ne peut dériver d'une autre source que de ces
> mêmes Liturgies, il est aisé de voir que leur étude ne » saurait manquer de jeter un grand jour sur toute l'histoire
LITlTiOIQUES. i\
» ccclésiasiiqno, principalcmenl sur la parlic (lognuili(iuo » et riliu'lle, et qu'elle est propre non seulement à re-; » paîlre la curiosilé dos érudils, mais à remplir leur esprit » (l'exeellenles obsorvalioiis (1). » Plus loin , il reeommande la lecture des livres du cardinal Bona , sur les matières liturgiques , comme présentant le plus haut intérêt scientifique , cl liiiit en disant que la théologie polémicpic elle-même ne saurait se passer de ce genre d'études accessoires ('2) .
Qu'il nous soit donc permis d'indiquer ici cette lacune fâcheuse que laisse , dans l'enseignement ecclésiastique de notre pays , l'absence des études liturgiques spéciales, et
(1) Cum libi'i ecclesiasiici , LiturgiiO , atque agenda quœ vocaiit , ccclesiaslicâ pulilicà auetoritate , alqiic approbationc lolius , ul)i quklem eorum est usas, cctlosùi' gaudoant , cum oliam aiili([uissinice ilko , qute in ecclosià oiienlali , atque. occidentali oliui viguère, alquc ctiam nunc vigent , litui-gi;u ex aposlolicis lenipuribus multa trahant ; cum denique non nisi ex liturgiis oullùs publiei ratio derivari , atque erui possit , facile est pcrspicere magnam easdcm lucem omni historia) ecclesiasticîo , maxime vero dogmaticte , et rituali af'» ferre , nec saltem curiosilatom eruditorum pascere , sed et prœclaiH.s ogregiis([ue observatiouibus animuni imbuere. Disquisit. de liturg., missalibusj etc. Tubingœ. 1721.
(2) Porrô qusenam veteris ecclesiœ de sacramentis singulis doctrina exstiterit ex liis maxime tanquam ex earum fontibus discere nos oportet, nec inane hoc est , quod jam dixinuis, veleres lilurgias egregiis quoque observationibus ascclicis, alque liaud tenuiendà piclate aniimim imbuere ; quod qui iniiciari audet , légal , qua'sumns , lilurgias graecas, légat eam quse in Constitulionibus Aposlolicis exslat, légat Chrysosloniianam , légat cl Joannis lionaî libres quibus rcs liturgicas veteres is explicavil, cgrogiisque animadversionibus adspersil. Denique ad theologiam polemicam solidiiis iraclandam lioc sludium vel maxime pertinel. Ilà qui de cullu, et invocaliono sanclorum accurali quid dare lenlaverit, sine vclcrum , récent iorumque lilurgiarum inspectionc nihil egregii efliciet. Idem de cullu imaginum et reliquiarum Bcatœ Virginis Deipartc diclum este. Ibidem. In Epimefro. png. 72,
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d'émettre le vœu de voir nos séminaires imiter le séminaire romain et la plupart des principaux séminaires d'Italie , dans lesquels la jeunesse cléricale se livre , sous la direction d'un professeur, à l'étude d'Institutions Liturgiques plus ou moins complètes. L'intelligence du dogme catholique y gagnera ; la science du droit canonique , qui a tant de points de contact avec la Liturgie, en tirera de grands avantages ; l'histoire ecclésiastique enfin sera mieux comprise et plus attrayante, du moment que la tradition des rites sacrés qui y occupe une si grande place , sera mieux connue et mieux appréciée. Ces études d'antiquité et d'archéologie , qu'on semble vouloir introduire en plusieurs lieux avec un zèle si louable, préparées par la science au moins générale de l'histoire ecclésiastique, obtiendraient des résultats véritables, du moment qu'elles seraient éclairées par la connaissance un peu minutieuse peut-être , mais indispensable , des formules et des symboles du culte divin , depuis l'origine du christianisme jusqu'au temps présent. Enfinl'esprit de foi, si précieux dans la dispensation des dons célestes , dans la garde du sanctuaire , dans la célébration des pompes sacrées , prendrait de nouveaux accroissemens et produirait des fruits d'autant plus durables , que l'étude et la science de la Liturgie est, de toutes, celle qui, présentant pour objet direct et immédiat les choses de Dieu , permet le moins à l'homme de perdre de vue les choses surnaturelles, dont l'attrait seul peut faire entreprendre ce genre de labeur : mais nous aurons ailleurs occasion de développer ces considérations. ■ L'étude de la Liturgie n'est pas seulement nécessaire aux clercs ; sans elle , il est impossible aux savans qui s'occupent d'explorer et de raconter les mœurs des diverses sociétés européennes, depuis la prédication de l'évangile, il leur est impossible de faire un pas sans tomber dans des méprises
tic plus (riiii genre, (le ne pas perdre une niullitudo d'observalions précieuses qui jeteraient une grande vérilé el un plus grand intérêt sur leurs récits, ou sur leurs tableaux. Malheureusement , cet inconvénient est peu senti , et si la fureur du moyen âge qui possède tous les esprits n'est pas parvenue encore à faire apprendre , d'une étude même désintéressée, le catéchisme des peuples dont on raconte les croyances, il faut convenir aussi qu'il n'était guère à espérer que l'on eût la i)atience de pénétrer le mystère de leurs rites et de leurs formules sacrées. C'est un zèle qu'on peut avoir, quoiqu'avec des résultats beaucoup moins faciles et beaucoup moins certains , quand il s'agit des mystères et des croyances de l'Inde , de la Perse , ou de l'Egypte. Pour roccidcnl , il est vrai, on cite faslueusement l'ouvrage de D. ]\Iartène , de antiquts ecclesiœ ritibus ; mais les applications qu'on fait des richesses que renferme ce trésor sont loin de répondre à la bonne volonté qu'on déploie. Toute science, en général, est rebelle à qui ne l'a pas étudiée, et celle des rites catholiques demande par dessus tout une application profonde et non partagée, puisque tout y est à la fois ou mystique , ou positif. Entrevoir une certaine couleur générale de haute et gracieuse poésie, construire sur ces éléniens un récit plus ou moins agréable, c'est chose facile, puisque c'est ciiose superficielle ; mais la science n'est pas là. Les populations dont vous dépeignez les mœurs n'auraient peut-être pas comme vous analysé toute cette poésie; mais elles savaient pourquoi elles agissaient, quelles croyances elles exprimaient dans tel ou tel symbole ; et vous , vous ne le savez pas, faute de connaître l'économie si vaste et si populaire du catholicisme.
Si l'éîude de la Liturgie est nécessah-e à l'historien d<' moeurs et à l'antiquaire , elle ne l'est i)us moins à l'artiste.
li ' IXSTIÏUTIùNs
Mais qui sait aujourd'hui que tous les arts , architecture , pointure , sculpture , musique , sont tributaires de la Liturgie, et par elle du catholicisme? Quel artiste le sait, hors Cornélius et Overbeck en Allemagne , et quelques jeunes talens méconnus en France ? Cependant la Liturgie seule a le secret de la construction des temples ; elle seule sait combi(Mi de mystères devront exprimer les portes, les fenêtres , los colomies, les chapelles, les toui's ou flèches, les distributions de l'édifice. Elle seule sait et peut dire au peintre sous quels emblèmes fixés parles décrets ecclésiastiques les mystères doivent être représentés, avec quels attributs les saints et les saintes seront reconnus tout aussitôt et invoqués par la foi des fidèles. Elle seule peut lui faire éviter ces hideux anachronismes de costume sacerdotal , que Ton voit pompeusement étalés sur les grandes toiles qui encombrent les églises de la capitale , ou les salles de l'exposition annuelle ; anachronismes quelcpiefois d'autant plus risibles, qu'ils sont les résultats d'une <'tude mal digérée. Elle seule peut lui apprendre la tradition si riche et si importante des couleurs, l'expression que donne le contact des mystères divins (1). Elle àeule peut révéler au sculpteur ces détails dépose, cesagenremens de draperies , le secret de ces groupes mystérieux qui se forment dans la célébration des rites sacrés , ces conve-
(Ij On peut lire sur ce sujet les cxcclleutes remarques de M. le comte de Moutalembert sur la perle absolue de l'art catholique en France, dans son admirable introduction aux Monumens de sainte Elisabeth. Seulement, nous le prierons d'ajouter à l'énumération des tableaux étranges qu'il signale dans les cglises de Paris , certaine toile à la Sorbonne sur laquelle est représenté , près de Robert Sorbou , un moine habillé de vert , la seule de toutes les couleurs que jamais aucun ordre religieux n'ait adoptée. Les traditions sont déjà si loin de nous, que nous ne nous flattons pas que tous les lecteurs oomprenuont toute retendue de celte bévue.
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iinncos (lo Viow cl d'objet dont l'appréciation prcviondrail ces malonlcndus dont on n(^ s'apoiroil quchiuolois que lovsqu'ini objet de sculpture, après avoir coûté beaucoup de dépense et de (ravail , est trouvé incapable de remplir la fin à laquelle on Pavait destiné. Elle seule peut révéler au nuisicien ces ineiïables mélodies grégoriennes qui sont à la fois l'unique reste de cette musique antitjue , dont on raconte tant de merveilles, et le produit de la i)lns noble et de la ])lus sublime inspiration catlioli(]ue ; motifs admirables dont on ne s'est écarté que pour tomber dans le barbare , en croyant pouvoir substituer des mélodies tout aussi aisément qu'on substituait des formules nouvelles aux formules de l'antiquité, ou pour se jeter dans un genre tout profane qui forme le contraste le plus révoltant avec la sainteté du lieu , la majesté des paroles , et la religion des mystères ; si ce n'est que d'autres fois on aime mieux composer patiemment et exécuter de même des morceaux insignifians et dépoui'vus d'un sens quelconque , à la condition que l'accord sera parfait et que la mesure ne manquera pas.
Une étude attentive de la Liturgie eût prévenu e( préviendrait tous les jours , dans tous les genres , bien des erreurs ; et ([uellc que soit l'exiguité de notre talent et de nos connaissances en cette matière , nous n'estimerons pas avoir perdu notre temps en composant cet ouvrage , si nous parvenons à troubler quelque peu une indifférence trop long-temps prolongée , à réveiller quelques lionmies et à Icui- faii-e apei'cevoir une science riche et féconde là oîi jusqu'ici ils n'avaient pas soupçonné matière à une application sérieuse. Il nous reste à poser , à discuter , à établir beaucoup de principes, et quelques-uns peut-être assez sévères ; nous procéderons dans ce travail avec franchise , et , s'il plaît à Dieu , sans perdre de vue un instant les principes de l'Kglise sur une
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malièi'e aussi importante. Mais , comme nous avons déjà été à même d'éprouver ([ue, faute d'éclaii'cissemens sur les questions de fait , la véiité sur les matières liturgiques pouvait être quelquefois objet de contestation , nous avons cru devoir placer en tète de la discussion une histoire générale de la Liturgie ; nous n'aurons plus alors qu'à procéder par voie de coiollaires ou d'applications. Nous nous flattons qu'on rendra justice aux CiTorls que nous avons faits pour nous mettre en état de traiter d'une manière neuve des sujets qui, pour être aujourd'hui assez généralement ignorés, n'en ont pas moins, dans tous les siècles précédens, comme on le verra, occupé une grande place dans la science ecclésiastique. Il est bien entendu que , dans ce coup d'œil historique qui va suivre , nous nous arrêterons seulement aux faits généraux, et à ceux des faits particuliers qui sont nécessaires poui' mettre le lecteur à portée de saisir un ensemljle. Les questions de détail seront traitées à leur place dans les volumes suivans , d'après l'ordre que les matières présenteront successivement d'elles-mêmes.