ÉTAT DE LA LITURGIE AU TEMPS DES APÔTRES
La Liturgie est une chose si excellente , que , pour en trouver le principe, il faut remonter jusqu'à Dieu; car Dieu, dans la contemplation de ses perfections infinies, se loue et se glorifie sans cesse, comme il s'aime d'un amour éternel. Toutefois, ces divers actes accomplis dans l'essence divine n'ont eu d'expression visible et véritablement liturgique que du moment où une des trois Personnes ayant pris la nature humaine, a pu dès-lors rendre les devoirs de la religion à la glorieuse Trinité.
Dieu a tant aimé le monde , qu'il lui a donné son Fils unique (1) pour l'instruire dans l'accomplissement de l'œuvre liturgique. Après avoir été annoncée et préfigurée pendant quarante siècles, une prière divine a été offerte, un sacrifice divin a été accompli , et, maintenant encore et jusque dans l'éternité , l'Agneau immolé dès le commencement du monde s'offre sur l'autel sublime du ciel et rend d'une manière infinie à l'ineffable Trinité tous les devoirs delà religion, au nom des membres dont il est le Chef, lesquels confessent , supplient et glorifient avec lui, par la vertu du divin Esprit qui , les animant de son souffle i^) et les couvrant de son ombre (5), forme en eux cet inénarrable gémissement (4) qui retentit doucement dans les cœurs.
(Ij Joan. m. 10. — {i) Psalin. XXXII. U. (ô) Luc. I. j-j. — (4) Rom. VIII. 26.
18 LNST1TUTI0>S
Infiniment au-dessous de l'Agneau, mais incomparablement au-dessus de toute autre créature, Marie, mère de Dieu, assistant en corps et en âme , afin que rien ne manque à la plénitude de son expression liturgique, offre à Dieu la prière la plus pure et la plus complète après celle du Fils de Dieu , auprès duquel elle introduit les vœux de la création, les com.plétant de sa perfection propre, les rendant agréables de sa faveur toujours agréée.
Les chœurs des esprits angéiiques célèbrent aussi la louange de Dieu. Ils ne cessent de crier alternativement : Sainte suint, saint! lîs rendent tous les devoirs de la religion pour euxmêmes, et aussi pour le reste de la création, particulièrement pour les hommes auxquels Dieu a , comme à eux, confié l'honneur de son service (1).
Les hommes élus et glorifiés, les saints , établis dans une harmonie parfaite de grâce et de gloire , chantent aussi la divine louange, continuant d'un Ion plus foit et plus mélodieux encore leurs cantiques de la terre , et , afin que rien ne manque aux conditions de leur Liturgie , ils reprendront un jour leurs corps pour lui pouvoir donner une forme visible.
L'Église militante enfin loue Dieu avec l'Agneau qui est son époux et sur lequel elle est appuyée {^} ; avec Maiie , qui est sa miséricordieuse reine ; avec les anges , qui la gouvernent sous Tceil du Très-Haut; avec les saints, qui l'aiment toujours d'une tendresse fi.iale et la tirent d'en haut; enfin dans cette demeure mortelle oîi la retiennent les déci'ets divins et qu'elle est appelée à sanctifier, elle remplit admirablement toutes les conditions de la Liturgie , ainsi que nous le ferons voir en détail dans ces Institulions.
(1) L'eus q li mivo oi'diue angelorimi miaistoria honiiiiunique dispensas, etc. (Missal. Rom. in dedicat. et upparU. S. Micluielk),
(2) Cant. YIîI. 5.
IJTURGIOUES. 19
Mais suivons d'nbord les principes ei les développenions de celle IJkuyie sous ses formes gëncTales. Ileconnaissoiis d'abord que le monde n a jamais été sans elle : car, connnc rËglise date du commencement du monde, suivant la doctrine de saint Augustin (1) , la Liturgie date de ce même commencement. En eflet, l'homme n'a point été sans connaître Dieu qui se révéla à lui tout d'abord ; or, connaissant Dieu, il n'a point été sans l'adorer, sans le supplier , sans célébrer ses grandeurs et ses bienCails, et ces sentimens n'ont point non plus été dans l'homme sans se produire par des paroles et des actes.
Dieu daigna révéler ces formes de la Liturgie , comme il donna à l'homme la pensée , comme il lui donna la parole , comme il se manifesta à lui en qualité d'auteur de la nature et d'auteur de la grâce et de la gloire. Aussi voyons-nous , dès l'origine , la Liturgie exercée par les premiers hommes dans le principal et le plus auguste de ses actes, lesacriiice. Ma'gré la différence de leurs hosties, et par la raison de cette différence même , Caïn et Abel attestent dans leurs offi'andes diverses un ordi'e préétabli, un rite commun, quoique le sacrifice du second soit sanglant et que l'oirrandc du premier ne le soit pas.
Bientôt, à ceile même époque antédiluvienne, si riche de communications divines, nous lisons d'Enos, homme juste et serviteur de Dieu , qu'il commença tl'invoquer le nom du Seigneur (2), c'est-à-dire, comme l'ont entendu les {-ères, à enrichir de dévcloppcmens plus vastes cette pi-cmièrc forme
(1) Ipsarcs qiuc luiiic clu'istiima rcligio nuncupatur ci"at cl ainid anliquos , iicc defiiil ab iiiitio generis liumaiii , quôusque ip-e Ciiristus veniret iu carnem , uudè vcra l'eligio qiiac jaiu eiat cœpit appellari clirisiiana. S. Jucftist. Ptetrud. lib. I. cliap. Xîlî, n. 3, tvm. I, col. Id.
(2) Geu. IV. 26.
30 INSÏITCTIOS
qui remontait au joui- incme de la création de l'horame. Dul'ant cette période , le sacrifice persévéra toujours ; car >oé . au sortir de rArche , pendant que l'arc du Seigneur resplendissait à l'horizon , immola en action de grâces plusieurs des animaux pars (i) que , dans cette intention même , Dieu avait ordonné de conserver en plus grand nombre.
Ainsi le principe liturgique avait été sauvé du redoutable cataclysme qui engloutit pour jamais la plupart des souvenirs de ce premier monde ; il survécut avec le langage, avec les traditions sacrées des patriarches. Nous en voyons de fréquentes applications dans les pages si courtes du récit antémosaïque. Abraham, Isaac , Jacob, offrc-nt des sacrifices d'animaux (2) ; ils dédient au Seigneur les lieux où ils ont senti sa présence (5) ; ils élèvent des pierres en autel (A) ; ces pierres, comme aujourd'hui, ont besoin d'être inondées d'huile pour devenir dignes de recevoir la majesté de Dieu (5) ; et non seulement l'autel paraît , mais le sacrifice futur est montré de loin. ïout-à-coup un Roi Pontife , tenant en ses mains le pain et le vin , offre une hostie pacifique (6), et avec tant de vérité , que la mémoire de son sacrifice et de sa consécration demeure pour être invoquée mille ans après, par un autre projjhète-roi , mais non plus pontife , comme type du sacerdoce et du sacrifice du Messie à venir.
Durant toute cette époque primitive , les traditions lituigiques ne sont point flottantes et arbitraires , mais précises et déterminées : elles se l'eproduisent toujours les mêmes. On voit clairement qu'elles ne sont point de l'inven-tion de l'homme, mais imposées par Dieu lui-même; car
(1; Gen. VIII. 20.
(2) Gea. XV. 9. XXII. 13. — (o) Geu. XII. 7. 8. XXVI. '2o. XXVIII. 16. XXXII. 30. — (4) Geu. XXVIil. 18. ±2. XXXIII. 20. — (i5) Gcn. XXVIII. 18. XXXI. 13. XXXV. 14. — (6) Gea. XIV. 18.
lo Seigneur loiio Abraham d'avoù- gardé non seiilonienl ses lois et ses préceptes, mais encore ses cérémonies (1).
La loi mosaïque fut ensuite promulguée en son temps, à l'efti^t de donner une forme plus précise encore et plus solennelle à la Liturgie , de créer un corps de Prêtres présidé par un Pontife souverain , de fixer, au moyen de réglemens écrits, des traditions jusqu'alors conservées pures, mais dont la défection générale des peuples menaçait l'intégrité. Toutefois , avant que Moïse montât sur le Sina où il devait recevoir celte loi , déjà l'Agneau pascal avait été immolé an milieu des rites les pins mystérieux, et déjà le chef des Hébreux avait chanté l'hymne du passage de la Mer Rouge , pendant que Marie, à la tète du chœur des vierges d'Israël, l'accompagnait du son des instrumens sacrés.
Dieu parle donc et révèle cet ensemble de rites dans lequel on voit figurer en un ordre admirable les diverses espèces de .sacrifices , les expiations, l'offrande des prémices, le feu sacré, lesthurifications, les habits sacerdotaux, etc. La Liturgie sort de l'enfance et passe à son âge intermédiaire, durant lequel (Ile ne devait plus être exercée sous une forme simplement domestique , mais sous une forme plus sociale , au moyen d'nne tribu sacrée ; mais, d'autre part, ses symboles, si riches qu'ils fussent , ne devaient pas renfermer les réalités qu'ils signifiaient, I^e développement de ce magnifique tableau n'entre point dans notre plan; de nombreux et savans commentateurs s'en sont occupés dans des ouvrages spéciaux que tout le monde peut consulter.
D'ailleurs , le Lévilique ne renfermait pas tous les détails rituels du culte mosaïque, non plus que les tables de la loi.
(1) E6 quod obedierit Abraham voci nieœ , cl custodierit prceccpla et mandata laen , et cœremonîas legesque servaverit. Gen. XXFI.o.
22 i>:sTiTUTio>-s
toutes les croyances du peuple de Dieu. Beaucoup de particularités liturgiques se conservaient par la tradition; tels sont le rite du cantique des degrés (1) , la prière sept fois le jour et au milieu de la nuit (2) , l'onction des rois (3) , et mille autres faits épars dans les livres historiques et prophétiques de l'Ancien Testament.
Nous ne devons pas manquer de signaler aussi ce phénomène si remarquable , qui frappe dès l'abord l'observateur des anciennes religions, savoir la ressemblance frappante des formes religieuses cm.pioyécs par la plupart des peuples Gentils avec les rites liturgiques du peuple Israélite. Ce foit est incontestable, et, ainsi qu'on l'a remarqué il y a long-temps, il a contribué piiissamnient à préparer les voies à l'établissement du cuite chrétien, soit qu'on l'explique, avec la plupart des anciens Pères, par une suite de communications de ces peuples avec les Juifs , soit qu'on le considère comme un débris des traditions patriarchales dont le culte mosaïque n'était qu'un vaste développement.
Quoiqu'il en soit, la plénitude des temps étant venue, le VERBK SE riT CHAirv ET HABITA PARMI ?(ous : il sc donua à voir, à entendre , à toucher aux hommes (-4) , et, descendu du ciel pour créer des adorateurs en esprit et en vérité (5) , il vint, non détruire, mais accomplir et perfectionner les traditions liturgiques (6). Après sa naissance, il fut circoncis, oGert au temple, racheté. Dès l'âge de douze ans, il accomplit la visite du temple, et, plus tard, on l'y vit fréquemment venir olnii- sa prière. Il remplit la carrière du jeûne de quarante jours ; il sanctifia le sabbat ; il consacra par son exemple la prière nocturne. A la dernière cène , où il célébra
(1) Psalra. H9. — (2) Psalm. M8. — (5) I. Reg. X. XVî, (i) i, Joan. I, i , — (o) Joan, IV. 23. — (6) 3Iatth, V. 17,
le grand Acte lilurgiquc , et pourvut à son accomplissement futur jusqu'à la fin des siècles, il préluda par le lavement des pieds que les Pères ont appelé un mystère, et termina par un hymne solennel, avant de sortir pour aller au mont des Oliviers. Peu d'heures apiès, sa vie mortelle, qui n'était ellemême qu'un grand aele liturgique, se termina dans ['elTusion du sang sur l'autel de la croix ; le voiic de l'ancien temple se déchirant, ouvrit comme un passage à de nouveaux mystères, proclama un nouveau labei'nacL' , une arche d'alliance étcrnclie , et désormais la Liturgie commença sa période complète en tant que culte de la terre.
Car le sacrifice ne cesse pas en ce jour, bien qu'il soit consommé. Du lever du soleil à son couchant (I) , il devient perpétuel , quotidien , universel ; et non seulement le sacrifice , centre de la Liturgie , r^ste , mais une nouvelle naissance par l'eau est offerte au genre-humain ; la visite de l'Esprit de sanctification est annoncée , ses dons sont communiqués aux apôtres pour toute l'Église par l'insufïïation et l'imposition des mains. Enfin , lorsque le Médiateur ressuscité a emp'.oyé quarante jours à instruire ses disciples de tout ce qui regarde le royaume de Dieu (2) , c'csl-à-dire l'Égiise, lorsqu'il leur a dit solennellement, invoquant la puissance qui lui a été donnée au ciel et enterre : AlUz, baptisez toutes les nations ; enseignez-leur à garder loiitts les citoses que je vous ai enjointes , il les quitte en montant au ciel, hiissant ouvertes sur touics les nations du monde sept sources principales de salut dans les sacremens, dont chacun
(i)Malacli.l.ll,
(2) Act. I S Lém dit à ce suj t : Koa cnim ii dies qui intcr riisurreclioiiem Doiniui asjensioiieinque fluxeruul olioso transiôre de cursii : sed inaga.iin liiscoulirmati sacr.imenta, magna suiU rcvclata mysteria. Scrm, LXXll, £ait. Bidlerin, pug, 291,
rontiont une grâce agissante, mais invisible, en même temps qu'il la signifie à l'extérieur par les symboles les plus précis et les plus énergiques.
Jésus-Christ laissa donc sur la terre ses apôtres investis de son pouvoir, envoyés comme il avait été envoyé luimême (1) ; aussi, s'annoncent-ils non pas simplement comme propagateurs de la parole évangélique , mais comme ministres et dispensateurs des mystères (2). Le pouvoir liturgique était fondé et déclaré perpétuel pour veiller à la garde du tlépôt des sacremens et des autres observances rituelles que le Pontife suprême avait établies, pour régler les rites qui devaient les rendre plus vénérables encore au peuple chrélien, pour étendre et appliquer, suivant les besoins de i'Iionnne et de la société, cotte grâce de sanctification qu'était venu apporter au monde Celui qui, comme le chante l'Eglise, ôlant la malédiction , adonné la bénédiction (5).
Les apôtres durent donc établir et promulguer un ensemble de rites , enseniljle supérieur sur tous les points à la Liturgie mosaïque. Tel était le génie de la nouvelle religion, comme de toute religion; car, ainsi que ledit saint Augustin : Jamais on ne parviendra à réunir les hommes sous aucune lôime ou appeliaiion religieuse, vraie ou fausse, si on ne IfS lie par une association de sacremens visibles (4). C'est pourquoi le saint concile de Trente, traitant dans sa Wli^ session des cérémonies augustes du saint sacrifice de
{[) Joan. XX. 21.
(2) Sic uos existimetliomo ut ministrosCbristi et dispeiisatores mysteriorum Dei. I. Cor. IV. I.
(3) Qui solvens nialedictioueni , dcdil henedictioueni. In nativit. B. M- V. Jntipli. ad Maguilical //; secuudis ve.sp.
(4) lu inillum aulem nomen religiouis , seu verum , sen falsura coagulari liuminespossunt, nisialiquo signaculorumvei sacrameiitorum visibiiium consortio çolligentur. lib. contrii Fauslum. XIX. cap. XI,
la messe, déclare, avec loiuc l'autorité de la S(;ioncc et de l'enseignement religieux , qu'il faut rapporter à l'institution apostolique les bénédictions mystiques, les cierges allumés, les encensemens , les habits sacrés , et généralement tous les détails propres à relever la majesté de cette grande action , et à porter l'amo des fidèles à la contemplation des choses subhmes cachées dans ce profond mystère , au moyen de ces signes visibles de religion et de piété (1).
Or, ce saint concile n'était point amené à produire cette assertion par quelque conjecture incertaine, déduite de prémisses vagues, il parlait comme parlaient les premiers siècles. Il invoquait la tradition primitive , c'est-à-dire apostolique , comme l'avait si éloquemment invoquée TertuUien, dès le troisième siècle , pour rendre raison de tant de rites qui ne paraissaient point fondés sur la lettre des saints évangiles , tels que le renoncement au démon avant le baptême , la triple immersion, la confession du baptisé dont elle était précédée ; la nourriture de lait et de miel qu'on lui donnait, l'obligation de s'abstenir du bain durant la semaine qui suivait le baptême; la communion eucharistique fixée au matin, avant toute autre nourriture ; les oblationspour les défunts; la défense de jeûner ou de prier à genoux , le dimanche et durant le temps pascal ; le soin tout particulier des espèces consacrées; l'usage continuel du signe de la croix, etc. (2]. Saint Basile signale aussi la même tradition comme source des
(1) Cœreraouias ilcm adhibuit ecclesia , ut niyslicas benedictiones, lumina, thyniiamata , vestes , aliaqne iil geniis imilta , ex apostolicfi disciplina et Iraditione, quo et majestas tanli sacrifioii oommendaretur, et mentes fidelium per lisec visibilia religionis et pictatis signa ad rerura altissimarum qu;c in lioc sacvificio latent , contcmplationcm excitarentur. Conc, Trid. Sess. XXII. cap. V.
(2) Voyez G<;t important passage Note A , à la fin de ce chapitre.
?C LNSTITUTIONS
mêmes observances, auxquelles il ajoute, en manière d'exemple, les suivantes, comme de prier vers l'orient, de consacrer l'eucharistie au milieu d'une formule d'invocation qui ne se trouve rapportée ni dans saint Paul, ni dans l'Evangile; de Jjénir l'eau baptismale et l'huile de l'onciion, etc. (l).Et non seulement saint Basile et Tertullien , mais toute l'antiquité , sans exception, confesse expressément celte grande règle de saint Augustin devenue banale à force d'être répétée : quod universa tenet ecclesia , nec conciliis institulum , sed setnper retentnm , non nisi auctoritate apostolicâ traditum rectifsimè creditur (;2).
C'est pourquoi les prolesians éclairés, en dépit des conséquences que les catholiques en peuvent tirer contre eux , ne font aucune difficulté de rapporter à l'institution apostolique les rites qui accompagnent la célébration des sacrés mystères , toutes les fois que ces rites présentent un caractère d'univerealité. Grotius confesse franchement qu'il ne voit pas le plus léger sujet d'en douter (5) ; Grabe va plus loin et déclai'e qu'il ne comprend pas comment un homme de sens se pourrait persuader un instant qu'il en pût être autrement. « -\on , dit-il , que je prétende adjuger toutes les » Liturgies dites Apostoliques à ceux dont elles portent les » noms ; il suffit bien que les apôtres aient été les auteurs , > sinon les rédacteur des anciennes Liturgies (4). ^ En quoi
(1) Vid. ibidem. >'ote B.
(2) De Bajjlism. contra Donat. lil). IV. cap. 2i.
(5) Consensus lilurgiaruni per omuia loca ac tempera in precihus illis, ut Deus dona per Spiritum suum sanclificet, eaqiie facial corpus et sanguiuera CLristi, me duhiiare uou siuunt venire hoc à prima a];oslu!orum institulioae. De pace ecc'esiœ, pag. 670.
(4) i!!os qui omnibus i^tis Liturgiis expr.muutur, qnique jam o'im «bique iuter sacra mysieria usilali fuiruut, raus ex opostolicà iraJitioue lîuxisse ; ecclesias enim ab apostolis iusiiiulas foruiam aliquam et ritum offerendi gacritiçium, cui tara arcta sit, et prjecipua cuœ
ils se trouvent pleinement d'accord l'un et l'autre avec le grand cardinal Boua qui résume admirablement toute cette question dans les paroles suivantes :
« Il est dans toutes les Liturgies certaines choses sur » lesquelles toutes les Églises conviennent , et qui sont telles s que sans elles l'essence du sacrifice n'existerait pas, comme «sont la préparation du pain et du vin, l'oblation, la conseil cration , la consommation , enfin la distribution du sacre- »ment à ceux qui veulent communier. Ensuite , il y î> d'auîtres parties importantes qui, bien qu'elles n'appartiennent » pas à l'intégrité du sacrifice , se retrouvent cependant dans » toutes les Liturgies, comme le chant des psaumes, la lecture »dc l'Écriture suinte, l'assistance des ministres, l'encensej> ment , l'exclusion des cathécumènes et des profiuies , la ï fraction de l'hostie, le souhait de paix, les prières multi- »pliées, l'action de grâces et autres choses de celte naïturc (1). »
Mais si les apôtres doivent être incontestablement considérés comme les créateurs de toutes les formes liturgiques universelles, on n'est pas moins en droit de leur attribuer un grand nombre de celles qui, pour n'avoir qu'une extension bornée, ne se perdent pas moins, quant à leur origine, dans la nuit des temps. En effet, ils ont dû plus d'une fois assortir les institutions de ce genre , dans leur partie mobile , aux mœurs des pays, au génie des peuples, pour faciliter par cette condescendance ia diffusion de l'évangile : et c'est-là l'u-
religionc connexio noa accepisse, qnis saniis sil)i pcrsuadeat? IVon quod tamen liturgias omiies apostolicas ils , quorum nomina insigiiiuûtur, adjudicare velim. Sufliciat liiurgiarum aiitiquarum si noa scriptores, sallem primos auctores fuise apostolos. (In S. Ircncum , lib. 1. cflp.3. annotât.) (1) Yid, Je texte l» I9 note C,
iiiquft manière d'expliquer les dissemblances profondes qui régnent entre certaines Liturgies d'orient , qui sont l'œuvre plus ou moins directe d'un ou plusieurs apôtres, elles Liturgies d'occident, dont l'une, celle de Rome, doit reconnaître saint Pierre pour son principal auteur. Ainsi encore pourra-t-on expliquer comment les Églises d'Asie , au second siècle, soutenaient , comme une tradition apostolique, leur manière de célébrer la Pàque, contraire à celle de l'Église romaine qui invoquait , avec raison , la tradition trèscertaine et très-canonique du Prince des apôtres.
On est même en droit de conjecturer que le même apôtre a pu , dans le cours de sa carrière de prédication, se trouver dans le cas d'employer des rites différens, à raison de la divei-sitë des lieux qu'il ëvangélisait tour à tour. C'est la remarque du savant Père Lesleus dans l'excellente préface de son édition du Missd Mozarabe ; ce qu'il faut m-anmoins toujours entendre , sauf la réserAe des points sur lesquels ou trouve accord universel dans toutes les Liturgies (1). Ces diversités n'ont donc rien qui doive surprendre : elles entraient dans les nécessités de l'époque apostolique, puisque, aujourd'hui même, l'unité fût-elle rétablie entre l'orient et l'occident , on n'oserait se flatter de les voir disparaître. Concluons donc que ce n'est point une raison pour refuser d'admettre l'origine apostolique des Liturgies générales et particulières, de ce que celles qui portent les noms de saint Pierre, de saint Jacques, de saint Marc, etc. , ne s'accordent ni entre elles, ni avec celles de l'occident, dans les choses d'une importance secondaire, telles que l'ordre et la teneur des formules de supplication. On ne saurait non plus leur disputer cette même origine, sous prétexte que , dans l'état
(1) Yid. infrk la note D.
LITUnCTÔUES,. 21>
où elK's sont nujourdMiui , elles présentent ])liisieui-s choses qui paraissent visiblement avoir été ajoutées dans des temps postérieurs. Les apôtres tracèrent les premièi-es lignes, imprimèrent la direction ; mais l'œuvi'e liturgique dut se perfectionner sous l'influence de l'Esprit de vérité (|ui était donné à l'Église pour résider en elle jusqu'à la fin des temps. Telle est la manière saine d'envisager les controverses agitées plusieurs fois par des hommes doctes , à propos de ces Liturgies ; assez généralement , on a excédé de part et d'autre , en soutenant des principes trop absolus.
Laissons donc saint Jacques auteur de la Liturgie qui porte son nom, puisque l'antiquité l'a cru ainsi. Qu'importent quelques changemens ou additions? ne fait-elle pas le fond de toutes celles de l'orient? Quant à saint Pierre, il y a deux questions à examiner. D'abord, comme chef et prince des apôtres, il n'a pu être étranger à l'institution ou règlement des formes générales de Liturgie que ses frères allaient porter par tout l'univers. Du moment que nous admettons son pouvoir de chef, nous devons admettre, par là même, sou influence principale , en ceci comme en tout le reste , et reconnaître , avec saint Isidore , que l'on doit faire remonter à saint Pierre, comme instituteur, tout ordre litui'gique (pii s'observe universellement dans toute rÉglis(î (1). En second lieu, quanta la Liturgie particulière de l'Église de Piome^ sans s'airéter à donner ici des autorités que la suite de la discussion amènera plus loin, le seul bon sens nous apprend que cet îqiôtrc n'a pu habiter Piome durant de si longues années, sans s'occuper d'un obiet si important, sans
(i) Ordo ïïiissx vel oralioilum, quilms oblalu Dco .sacrificia coos»:cl'antur, priimira U saiicto Petro est inslilutus, cujiis celebrationeiii uuo eodemque inodo universus peragit orbis. De Eccles. Officiis. Lib. \i cap. XF.
30 rs'STITUTIONS
établir, dans la langue latine , et pour le service de celle Eglise qu'il faisait par sou libre choix mère et maîtresse de toutes les autres, une fonue qui, eu égard aux variantes que nécessitait la diCférence des mœurs, du génie et des habitudes , valût au moins celles qu'il avait établies et pratiquées à Jérusalem , à Antioche, dans le Ponl et la Galatie.
Admettons tant qu'on voudra que cette formation de la Liturgie par les apôtres a dû, comme toutes les grandes choses, s'accomplir progi'essivement ; que l'ensemble des rites du saint sacrifice et des sacrcmens ne se sera pas complété dès le jour même de la Pentecôte : le Nouveau-Testament lui-même n'a-t-il pas été formé successivement ? De l'apparition de l'Evangile de saint Matthieu, à la publicaîion de l'Evangile de saint Jean, cinquante années ne se sontelles pas écoulées ? Accordons encore ceci , que les nécessités de l'instruction chrétienne devant naturellement abs«)rber la plus grande partie des momens que les apôtres passaient dans les diverses Eglises, ou se trouvait obligé d'abréger le temps destiné à la Liturgie , comme il arriva à Troade, où la fraction du pain, c'est-à-dire la célébration de l'Eucharistie se trouva retardée jusqu'au-delà du milieu de la nuit , par suite de la longueur des instructions que l'Apôtre reprit encore après la célébration des Mystères et continua jusqu'au lever du jour (1) : mais du moment que la foi chrétienne avait pris racine dans une ville et que les apôtres avaient pu y établir un évèque , des prêtres et des diacres , les formes extérieures acquéraient de l'extension et le culte devenait nécessairement plus solenncsl. Ainsi saint Paul, dans sa première Épiîre aux Corinthiens ('2), nous montre-l-il cette nouvelle Église déjà en possession des ?>Iystères
(1) Vid. la note E. — (2j I €ur. Xi. ô^i. >'-'
LITURGIQURS, 51
du corps cl (lu sang du Seigneur; mais il ne croit pas avoir accompli tous ses devoiis à son égard, s'il ne la visite encore, s'il ne dispose dans un ordre î)1us parlait, plus canonique, ce qui concerne les choses saintes. Tel est le sens que les saints docteurs ont constamment donné à ces paroles qui terminent le passage de cette épîlre où il est paiié de l'Eucharislie : Cœtera cum venero disponam. Saint Jérôme, dans son commentaire succinct sur ce passage , s'explique ainsi : Cœtera de ipsius Mysterii Sucramento. Saint Augustin développe davantage cette pensée dans sa lettre ad Januarium (1) : « Ces paroles, dit-il, donnent à entendre que, de même qu'il j avait dans cette épître fait allusion aux usages de l'Église » universelle ( sur la matière et l'essence du sacrifice ) , il éta- »blit ensuite lui-même ( à Corinlhe ) ces rites dont la diverisité des mœurs n'a point arrêté l'universalité. »
Mais, afin de préciser davantage la vérité de fait sur cette matière et appuyer nos observations sur des données posi-^ tivcs,nous allons essayer de produire quelques traits de l'ensemble de la Liturgie primitive. Nous en puiserons les notions dans les Actes et les Epitres des apôtres, et aussi dans les témoignages de la tradition des quati-e premiois siècles, où ces usages figurent comme remontant à l'origine même du Christianisme , en même temps qu'ils y offrent une idée de ces rites généraux qui , par leur généralité même , doivent être censés apostoliques, suivant la règle de saint Augustin que nous avons citée, et que ce grand docteur exprime encorc ailleurs d'une manière non moins précise (!2). .;;,;,
(1) Cœtera mtem cum venero ordinubo. Uiidè iiUi'lligi datui>, (juiu iiiullum crat ut in epislolà toliim illiiia ageudi ordinein iasinnaiet qneni un versa pcrorbem serval ecclesia, ab ipso ordiiialum esse qnod lu'.liâ monim divcrsitate varialur. S. .lugnstlniopp. tom. II. pag. 127.
(2) Suut nuilta qiue uuiversa tenet eccîesia cl ub Iidc ab apostoîis prwcepta b.Miè creduatur. lib. F. de Vapthmo. cap. 23,
Commençons par le sacrifice eucharistique. Nul doute que tout ce qui le concerne ne soit à la tête des prescriptions liturgiques. La Fraction du Pain paraît dès la première page dos Actes des apôtres (1) , et saint Paul , dans la première épitre aux Coiinthiens , enseigne quelle est la valeur liturgique de cet acte (2) . Mais le culte et l'amour que les saints iipôtres portaient à celui avec lequel cette Fraction du Pain les mettait en rapport, les obligeait, suivant l'éloquente remarque de saint Proclus de Constantinoplc , de l'environner d'un ensemble de rites et de prières sacrées qui ne pouvait s'accomplir que dans un temps assez long (3) : et ce saint évoque ne fait que suivre en cela le sentiment de son glorieux prédécesseur, saint Jean Chrysostôme (4). D'abord cette célébration, autant qu'il était possible, avait lieu dans quelque salle décente et ornée ; car le Sauveur l'avait pratiqué ainsi , à la dernière cène , cœnaculum grande , stratum (o). Quelquefois des lampes nombreuses y suppléaient à la lumière du jour (G). On doit comprendre que la Fraction du Pain célébrée chez Gamaliel , à Jérusalem , ou à Rome , chez le Sénateur Pudens , devait s'y accomplir avec plus de pompe que lorsqu'elle avait lieu dans la maison de Simon le corroyeur (7).
Le lieu de la célébration était remarquable par un autel ;
(1) Act. 2. i6. — i;^) I. Cor. X. IG. — (3) Vid. la noie F.
(l) Cum sacras illas cœnas accipiebant apostoli, quid tiini faciebant? nonne in preces conveitebantur et liymnos? nonne in saactas vigilias ? nonne in longam illani doctrinara el luultaî pLilosophi^e plenam? Ilomil. XXVII. i)i I ad Cor.
(o) Luc. XXII. 12. — (6) Art. XX. 8.
(7) On peut voir au premier volume des Origines de l'Église romaine , pag. :273, quelques détails sur la pompe du culte U l'âge des persécutions. Ils seront confirmés et enricLis de nouvelles particularités dans les volumes suivants.
LîTURGIOUES. 35
ce n'était d(^ù plus une table. Saint Paul le dit avec emphase : Altare habemus , « nous avons un autel, et les ministres du «tabernacle n'ont point droit d'y participer (1). » Autour de cet autel étaient rangés , dès l'origine de l'Eglise , suivant les traditions du ciel dévoilées par saint Jean, dans l'Apocalypse (2) , d'abord , en face, l'apôtre ou l'évèque qui tenait sa place, comme celui-là tenait celle du Père céleste; à droite et à gauche du siège , les prêtres figurant les vingtquatre vieillards ; près de l'autel , les diacres et autres ministres , en mémoire des anges qui assistent aussi dans l'attitude de serviteurs près de l'autel sur lequel se tient , dans les cieux, l'Agneau commz immolé (3). Tout le monde sait que cette disposition des sièges , dans l'abside de l'Eglise chrétienne , s'observe encore en orient, et que si, en occident , elle est presque partout tombée en désuétude, Rome en a gardé la tradition dans la disposition du Chœur de plusieurs de ses anciennes Eglises , et la suit exactement aux jours où le Pape célèbre , ou assiste pontificalement , dans quelqu'une des Basiliques Patriarchales.
Les fidèles réunis ainsi dans le lieu du Sacritlce , que faisait le Pontife ^ à l'époque apostolique? Comme aujourd'hui, il présidait d'abord à la lecture des Epîtres des Apôtres, à la récitation de quelque passage du saint Évangile , ce qui a dès l'origine formé la Messe des Catéchumènes ; et il ne faut pas chercher d'autres instituteurs de cet usage que les Apôtres eux-mêmes. Saint Paul dit aux Colossiens : « Lorsque cette » Epître que je vous écris , aura été lue parmi vous, ayez soin » qu'elle soit lue dans l'église de Laodicée , et lisez ensuite » vous-mêmes celle qui est adressée aux Laodiciens (i). » A la fin de la première Épitre aux Thessaloniciens , ce môme
(1) Hfel). XIII. 10. - (2) Apoc. IV, (3) Apoc. V. 0. - (i) Col. IV. 16.
Apôtre ajoute : « Je vous adjure par le Seigneur, que cette » Épîtrc soit lue à tous les frères saints (1). » Cette injonction apostolique eut force de loi tout d'abord, car dans la preniièic moitié du second siècle , le grand Apologiste saint Justin atteste la fidélité avec laquelle on la suivait , dans la description qu'il a donnée de la Messe de son temps (ii) . TertuUien (5) et saint Cyprien (i) confirment son témoignage. Voilà pour l'Épître.
Quant à la lecture de l'Évangile , Eusèbe (5) nous apprend que le récit des actions du Sauveur écrit par saint Marc fut approuvé par saint Pierre pour être lu dans les Églises : et saint Paul fait , peut-être , allusion à ce même usage , lorsque, désignant saint Luc, le fidèle compagnon de ses pèlerinages apostoliques , il le nomme ce frère devenu célèbre , par l'Évangile j dans toutes les Eglises (6).
Le salut au peuple par ces paroles : Le Seigneur soit avec fow5, était en usage dès l'ancienne loi. Booz l'adresse à ses moissonneurs (7) ; et un prophète à Asa , roi de Juda (8). Ecce ego vohiscum sum , dit le Christ à son Eglise (9). Aussi l'Eglise tient- elle cette coutume des Apôtres, comme le prouve l'uniformité de celte pratique dans les anciennes Liturgies d'Orient et d'Occident , comme l'enseigne expressément le premier Concile de Brague ^10).
(1) I. Thess. Y. 27.
(-2) Commeniaria Apostuloruni , sciipiâ Prophetarum , quoad tempu> fert , leguntur. S. Justini ylpolog. //. (ô) Apuloget. cap. XXXIY. — (i) Epist. 33 et 51. (o) Hist. Eccles. lil). 2. cap. XV.
(6) Cujus laus est in Evangelio per omnes ecclesias. 2. Cur. VIll.
(7) Ruth. 2. — (8) 2. Parai. XV. — (9j Math. XXVIII.
(10) Placuit ut non aliter episcopi, et aliter pre>ljyteri populum , sed uno modo salutent , dicentes : Dominns vobiscum, sicut ia libre Ruth iegitur, et ut respondealur a populo : £t cum spirilu tiio : sicut et ab ipsis apoitolis tradilum omnis retinel oriens , et non sicul Priscilliaaa praviias imniutavii. Concil. Braccaren. Can. 21.
La Collecte , forme de prière qui résume les vœux de l'assemblée, avant même l'oblalion du sacrifice , appartient aussi à i'instituliou primitive. Saint Augustin l'enseigne dans un passage que nous citerons plus loin : l'accord de toutes les Liturgies le démontre également. La conclusion de cette oraison et de toutes les autres par ces mots : Dans les siècles des siècles, est universelle , dès les prcmieis jours de l'Eglise. Saint Irénée, au second siècle, nous apprend que IcsYalcntiniens en abusaient pour accréditer leur système des Eones (l). Quant à la coutume de répondre Ainen, personne, sans doute, ne s'étonnera que nous la fassions remonter aux temps apostoliques. Saint Paul lui-môme y fait allusion , dans sa première Epître aux Corinthiens (2).
Dans la préparation de la matière du Sacrifice, a lieu le mélange de l'eau avec le vin qui doit être consacré. Cet usage d'un si profond symbolisme, saint Cyprien nous enseigne à le faire remonter jusqu'à la tradition même du Seigneur (5). Les encensements qui accompagnent l'oblation ont été reconnus pour être d'institution apostolique, par le Concile de Trente, cité plus haut.
Le môme saint Cyprien , nous apprend que , dès le berceau de l'Eglise, V Action du Sacrifice était précédée d'une Préface ; que le prêtre criait Siirsùm corda : à quoi le peuple répondait : //aôemn^ ad Dominuni (4). Et saint Cyrille, parlant aux Catéchumènes de l'Eglise de Jérusalem, cette Eglise de
(1) Adv. H.xres. lib. 1. cap. 1. — (2) 1. Cor. XIV.
(5) Admoaitos autcm nos scias ut in calice olTerendo Dominica traditio servctur,... qua in parte invenimus calicera niixtum fuisse quem bominus obtulit. Epist. G3. pag. 27G et scq.
(i) Ideo sacerdos, ante oralioaem, praefalione pnomissa, parât fratriun mentes dicendo : Sursum corda, ni dum rcspondet i)leL>s : J/abemus ad Dominum, admoneatur niliil aliud se quam Dominum cogilarc debere. J?e Orat. Domin. pag. 107.
ô6 INSTITUTIONS
fondation apostolique, s'il en fut jamais, leur explique cette autre acclamation qui retentit aussi clans nos Basiliques d'Occident : Graiias agamus Domino Deo nostro! Dignum H justum est (Ij !
Vient ensuite le Trisagion : Sanctus, Sanctus, Sanctus Dominus ! Isaïe , sous l'ancienne loi , l'entendit chanter au pied du trône de Jéliovah; sous la nouvelle, le prophète de Pathmos le répéta tel qu'il l'avait ouï résonner auprès de l'autel de l'Agneau. Ce cri d'amour et d'admiration révélé à la terre, devait trouver un écho dans l'Eglise chrétienne. Toutes les Liturgies le connaissent, et l'on peut assurer que le Sacrifice Eucharistique ne s'est jamais offert sans qu'il ait été proféré.
Le Canon s'ouvre ensuite, et qui osera ne pas reconnaître son origine apostolique? Les fondateurs des Eglises pouvaientils laisser flottante et arbitraire cette partie principale de la Liturgie sacrée ? S'ils ont réglé tant de choses secondaires, avec quel soin n'auront-ils pas déterminé les paroles et les rites du plus redoutable et du plus fondamental de tous les mystères chrétiens ? « C'est de la tradition apostolique , dit »le Pape Vigile, dans sa lettre à Profuturus de Brague, que » nous avons reçu le texte de la prière Canonique (2). »
C'est cette même prière Canonique que saint Paul a en vue , quand , dans sa première Epître à Timothée , parlant des prières solennelles à adresser à Dieu , il distingue les Obsècrations, les Oraisons, les Postulations , les Actions de
(1) Deinde dicit sacerdos : Gratins agamus Domino ; certè gratias agere debemus.... ad hïuc vos subjicitis : Dignum et justum est! etc. Calèches. Mystagog. V.
(-2) Quapropter et ipsius Canonicse précis textum direximus subter âdjectum , quam Deo propitio ex apostolica traditione aocepimus. Vh^xi, ad Profulurmi Braccarementi Labbc, Tom, F', pay, 51o.
MTUnOIQUES. 57
grâces {{). Voici le commentaii'O de saint Augustin sur ce passage : « Mon avis est qu'il faut entendre ces paroles de » l'usage suivi dans toute ou presque toute l'Eglise, savoir: îles supplications {precationes)^ c'est-à-dire celles que dans » la célébration des mystères nous adressons avant même de > commencer h bénir ce qui est sur la Table du Seigneur ; les » prières {orationes ) , c'est-à-dire , tout ce qui se dit lorsqu'on » bénit et sanctifie , lorsque l'on rompt pour distribuer, et » cette partie se conclut par l'Oraison Dominicale, dans prèsïque toute l'Eglise; les interpellations {interpellationes) , ou ï comme portent nos exemplaires, les postulations {postula- » tiones), qui ont lieu quand on bénit le peuple : car alors les » Pontifes, en leur qualité d'avocats , présentent leurs cliens » à la très-miséricordieuse bonté ; enfin , lorsque tout est ter- » miné et qu'on a participé à un si grand Sacrement, l'Action >de grâces ( Gratiarum actio) conclut toutes choses (2). »
Après la divine consécration , les dons sanctifiés reposant sur l'autel , cette prière prolixe dont parle saint Justin (5) , et par laquelle il désigne le Canon , touchant à sa fin , l'Oraison Dominicale est prononcée avec une confiance solennelle ; car, dit saint Jérôme : & C'est d'après l'enseignement du » Christ lui-même, que les Apôtres ont osé dire chaque jour » avec foi , en offrant le sacrifice de son corps : Notre Père qui » êtes aux cieux (4) .
Le Sacrificateur procède ensuite à la Fraction de l'Hostie,
(1) Obsecro igitur primum omnium fieri obsecrationes, orationes, postulaiiones , gratiarum acliones pro omnibus hominibus, etc. 1. Tim. If. 1.
(2) Vid. la note G.
(3) Apolog. 1. n°63.pag. 82.
(i) Sic docuit Cliristus apostolos suos , ut quotidie in corporis illius sacrificio credentes audeant dicere : Pater noster, qui eo plis [Jdv.Peiag.lib.l.capAS).
en quoi il se montre rimitateiir,non-seulcmcnt des Apôtres (1), mais du Clirist lui-même, qui prit le pain, le bénit et le rompit avant de le distribuer (2).
Mais, avant de conmiunier à la victime de charité, tous doivent se saluer dans le saint baiser (5). < L'invitation de » l'Apôtre, dit Origène, a produit, dans les Eglises, l'usage » qu'ont les frères de se donner le baiser, loi*sque la prière > est arrivée à sa fin (4). »
■ Voilà donc certifiée l'origine apostolique des rites principaux du sacrifice, tels qu'ils se pratiquent dans toutes les Eglises. Notre plan ne nous permet pas ici de traiter plus en détail cette matière : nous ajouterons seulement quelques mots, pour achever de donner une idée de la Liturgie , au siècle des apôtres.
D'abord , pour ce qui regarde l'administration des Sacremens, nous y découvrons de suite la matière non seulement présumée, mais entièrement certaine, d'un grand nombre de prescriptions apostoliques. Les cérémonies principales qui précèdent, accompagnent et suivent l'application de la matière et de la forme essentielles ; comme , dans le Baptême , les insufflations, les exorcismes, l'imposition des mains, la tradition du sel, les onctions, avec les formules qui y sont jointes, tous ces rites dont l'origine se perd dans les ombres de la première antiquité, ne peuvent avoir d'autres auteurs que les Apôtres eux-mêmes. L'Eglise l'enseigne, les anciens Pères l'attestent , la raison même le démontre; car, autre^
(1) i. Cor. X. 16.
(-2) Matth. XXVI. 26. Marc. XIV. 22. Luc. XXII, 19.
(5) Rom. XVI. 16. 1 Cor. XYI. 20. 2 Cor. XIII. 12. 1 Thess. V. 26. i Pelr. y. U.
{i) Ex hoc sermone mos ecclesiis tradiius est ut post oraliones, osculo invicem se recipiant fratres. ( Origen, in Epist, ad Rom. Cap,
xri.j
ment, comment expliquer l'univcrsalilé de ces rites? Il faut donc admettre nécessairement un Rituel apostolique, écrit DU traditionnel , peu importe , renfermant le détail de ces augustes pratiques, avec les formules de prière ou de confession qui les accompagnent : ainsi , pour le Baptême , les insufflations, les exorcismes et impositions de mains, les onctions, les habits blancs; pour la Confirmation, le Chrême, avec la manière de le consacrer, l'imposition des mains qui diffère dans l'intention et dans les formules de celle qui se fait sur les Catéchumènes , de celle qui réconcilie les pénitens , et de (die qui , dans le sacrement de l'Ordre , enfante à l'Eglise des Evêques, des Prêtres et des Diacres, etc. Il suffit d'indiquer ici ces points de vue généraux , le lecteur peut suppléer aisément.
Nous ferons seulement remarquer ici que , comme l'Eglise n'exerce pas seulement le pouvoir des Sacremens, mais aussi celui des Sacramentcmx , par la vertu de bénédiction qui est en elle , les Apôtres , de qui elle a tout reçu , n'ont pu mau!!quer d'exercer ce droit de sanctifier toute ci'éature pour la faire servir au bien spirituel et temporel des enfans de Dieu , et ont dû, par conséquent, laisser sur cette matière desen-r seignemens et une pratique qui complètent cet ensemble rituel dont nous venons de parler. Il n'y aurait ni orthodoxie, ni logique , à contester cette évidente conséquence qui ne peut déplaire qu'à ces novateurs qui parlent sans cesse do l'antiquité, et la déclinent ensuite lorsqu'on vient à les confronter avec elle.
Parlerons-nous maintenant des habits sacrés? Comment les Apôtres de la loi nouvelle, de cette loi qui ne détruisait le symbolisme vide de l'ancienne que pour y substituer un symbolisme plein de réalité , eussent-ils emprunté aux rites mosaïques les onctions, le mélange de parfums qui forme le
Chrême, les encensemens et tant d'autres choses , et négligé la sainteté et la majesté des vêtemens sacerdotaux; détail si important, que Dieu lui-même, sur le Sinai, l'avait minutieusement fixé pour les ministres du premier Tabernacle ? La tunique de lin que portait saint Jacques à Jérusalem (1) , et la lame d'or dont saint Jean ceignait son front (2), à Ephèse, attestent que ces pêcheurs savaient s'environner de quelque pompe dans la célébration de leurs mystères. Xous ne citerons ici que ce seul trait ; le témoignage de saint Denys l'Aréopagite , dans sa Eiérarchk ecclésiastique , éclaircirait grandement cette matière ; mais nous nous interdirons les inductions tirées de cet auteur, jusqu'à ce que nous ayons ailleurs justifié l'autorité des écrits qu'on lui attribue.
Parlerons-nous des fêtes établies par les Apùtres? Saint Augustin énumère celles de la Passion, de la Résurrection, de l'Ascension de Jésus-Christ et celle de la Pentecôte (3) . Nous démontrerons ailleurs l'origine apostolique de plusieurs autres. Nous voulons seulement , dans ce chapitre , tracer les premières lignes et fixer le point de départ de la Liturgie Chrétienne ; nous ne pousserons donc pas plus loin dans cet endroit ces observations de détail , dont l'occasion se présentera de nouveau. Nous placerons seulement ici , en finissant , quelques remarques fondamentales.
0) Euseb. Hist. Eccles. lib. IV. cap. VIII.
(2) Ibid. lib. V. cap. XXIV.
(3) lUa autem qure non scripta sed iradita custodimus , quse quidem toto terrarum orbe servantur, dalur intelligi vel ab ipsis apobtolis, vel plenariis conciliis, quorum est in Ecclesia saluberrinia auctorilas, commendata atque sialuta retiaeri, sicuti quod Domini Passio et Resurreclio et Adscensio in cœlum, et Adventus de co?Io Spirilus Saocti, aaniversaria solemnitate celebrentur, et si quid aliud taie occurrit quod servatur ab universa quacumque^se diffuadil Ecclesia. (Epist, ad /«mtar. Opp,(om.2,pag.iiij.
LITURGIQUES. 4i
1" La Liturgie éiablie par les Apôtres a dû contenir né-, cessairement tout ce qui était essentiel à la célébration du Sacrifice chrétien, à l'administration des Sacremens, tant sous le rapport des formes essentielles que sous celui des rites exiges par la décence des mystères , à l'exercice du pouvoir de Sanctification et de Bénédiction que l'Eglise tient du Christ par les mêmes Apôtres, à l'établissement d'une forme de Psalmodie et Prière Publique ; enfin , ce recueil liturgique a dii comprendre tout ce que l'on rencontre d'univei'sel dans les formes du culte , durant les premiers siècles , et dont on ne peut assigner ou l'auteur, ou l'origine. L'étude de l'antiquité chrétienne ne saurait manquer de révéler à ceux qui s'y livrent la grandeur de cet ensemble primitif des rites chrétiens, en même temps que la réflexion et la considération sérieuse des besoins de l'Eglise, dès cette époque , leur montrera toute la nécessité qu'elle avait , dès-lors , de compléter et ses moyens de salut et ses moyens de culte , qui forment , avec le dépôt des vérités spéculatives , la principale partie de l'héritage divin confié à sa garde.
2" Sauf un petit nombre d'allusions dans les Actes des Apôtres et dans leurs Epîtres, la Liturgie Apostolique se trouve lout'à-foit en dehors de l'Ecriture, et est du pur domaine de la Tradition. Ces allusions, même les plus claires, par exemple celle de saint Jacques, sur l'Extrême-Onction, tout en nous apprenant qu'il existait des rites et des formules, ne nous apprennent rien , ni sur le genre des premiers, ni sur la teneur des secondes. On doit donc considérer, dès le principe, la Liturgie comme existant plus particulièrement dans la Tradition que dans l'Ecriture , et devant par conséquent être interprétée, jugée, appliquée, d'après cette source de toutes les notions ecclésiastiques. Il ne faut ni étudier, ni réfléchir long-temps , pour savoir que la Liturgie s'exerçait parles
Apôtres et par ceux qu'ils avaient consacrés Evêqiies, Prêtres ou Diacres, long-temps avant la rédaction complète du Nouveau Testament. Plus tard , nous verrons d'importantes conséquences sortir de ce principe.
LITUnCIQUES. 43