‹ Institutions liturgiques (volume 5)Chapitre 8 sur 32 · XVIII PRÉFACE · texte numérisé non relu

XVIII PRÉFACE

suivra celui dont on aura combattu les faits, ou les principes.

Maintenant , c'est la grande mode de se porter défenseur de toute sorte d'antiquités ; une nuée innombrable d'archéologues s'est levée sur le pays, et nos monumens , religieux surtout , sont désormais à l'abri non seulement de la destruction, mais de toute mutilation , de toute réparation indiscrète. Le plus bel accord règne sur ce point entre nos autorités civiles et ecclésiastiques , et grâce à une révolution si subite et si inespérée , la France jouira, de longs siècles encore, des trophées de son antique gloire dans les Arts Catholiques. Il y a la , sans doute , de quoi rendre à Dieu de vives actions de grâces. Quand, en 1832 , nous autres , pauvi'es prêtres inconnus , arrachions aux mains des démolisseurs l'admirable monument de Solesmes , qui demandait grâce au pays depuis tant d'années , nous étions loin de penser c{ue nous étions à la veille d'une réaction universelle dont le résultat devait être la conservation passionnée de tous les débris de notre ancienne architecture religieuse et nationale.

Aujourd'hui donc que les pierres du sanctuaire, devenues l'objet d'une étude et d'une admiration ardentes , ne courent plus le risque d'être dispersées par des mains vandales ou malhabiles ; que tous les effoits sont concentrés pour produire des

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restaurùtionsi complètes, et, au besoin , des imitations exactes dans les cintres , les ogives , les rosaces, les vitraux, les boiseries ; n'est-il pas temps de se souvenir que nos Eglises n'ont pas seulement souffert dans leurs murailles , leurs voûtes et leur mobilier séculaire , mais qu'elles sont veuves surtout de ces anciens et vénérables cantiques dont elles aimaient tant à retentir ; qu'elles sont lasses de ne plus répéter , depuis un siècle , que des accens nouveaux et inconnus aux âges de foi qui les élevèrent. Après tout, les paroles de la Liturgie sont plus saintes , plus précieuses encore que les pierres qu'elle sanctifie.

La Liturgie n'est-elle pas l'âme de vos Cathédrales? sans elle, que sont-elles, sinon d'immenses cadavres dans lesquels est éteinte la parole de vie? Or donc, songez à leur rendre ce qu'elles ont perdu. Si elles sont romanes , elles vous redemandent ce Rite Romain que Pépin et Charlemagne leur firent connaître ; si leurs arcs s'élancent en ogives , elles réclament ces chants que saint Louis se plaisait tant à entendre redire à leurs échos ; si la Renaissance les a couronnées de ses guirlandes fleuries , n'ontelles pas vu les Evêques du seizième siècle inaugurer sous leurs jeunes voûtes les livres nouveaux que Rome venait de donner aux Eglises? Toute notre poésie nationale , nos mœurs , nos institutions anciennes , religieuses ou civiles, sont mêlées

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