DU SAINT SACREMENT
sance d'une scolastique, non décharnée et tronquée, comme aujourd'hui, mais complète comme au moyen âge, a su plier sans effort au rhythme et aux allures de la langue latine, Texposé fidèle, précis, d'un dogme aussi abstrait pour le théologien, que doux et nourrissant au cœur du fidèle. Quelle majesté dans Pouverture de ce :poème sublime! quelle précision délicate dans l'exposé de la foi de l'Eglise ! et avec quelle grâce, quel naturel sont rappelées, dans la conclusion, les figures de l'ancienne loi qui annonçaient le Pain des anges, l'Agneau pascal et la Manne ! Enfin, quelle ineffable conclusion dans cette prière majestueuse et tendre au divin Pasteur qui nourrit ses brebis de sa propre chair, et dont nous sommes icibas les commensaux, en attendant le jour éternel où nous deviendrons ses cohéritiers ! Ainsi se vérifie ce que nous avons dit plus haut, que tout sentiment d^ordre se résout Jiécessairement en harmonie. Saint Thomas, le plus parfait des scolastiques du xin^ siècle, s'en est trouvé parlà même le poëte le plus sublime.
Nous avons encore une production du même temps, et dont l'appréciation doit être la même ; c'est la séquence Dies irœ. On n'est pas d'accord sur le nom du poëte inspiré qui dota la chrétienté de ce cantique si tendre et si sombre qui, sans doute, accompagnera l'Eglise, en ce dernier jour dont les terreurs y sont si lamentablement exprimées; mais quelle majesté, quelle onction, quel rhythme digne d'un si redoutable sujet! On se sent porté à croire qu'une assistance spéciale de l'Esprit-Saint a dû conduire les auteurs du Dies irœ et du Laiida, Sion^ et Içur découvrir les accents célestes qui seuls étaient en harmonie avec de pareils objets.
Si, maintenant, nous en venons à considérer le chant lui-même dont ces incomparables poèmes sont revêtus et encore embellis, nous sommes forcés de reconnaître qu'aucun siècle n'a surpassé le xin^ dans l'art de rendra
I PARTIE CHAPITRE XII
Le Dies irce,
autre chefd'œuvre de la même époque.
Apogée du chant
liturgique au xiiie siècle; sa supériorité éclate surtout
dans les séquen^res.
Défaut
d'originalité
dans les
chants de
l'office et de
la messe du
saint
Sacrement;
le xiiie siècle
dédaigne
de s'exercer sur
les morceaux
en prose.