CARACTÈRE DU CHANT ECCLESIASTIQUE
les passions de la Liturgie, avec les ressources en apparence si bornées du chant ecclésiastique. Nous ferons une seule remarque" : c^est que le xiii^ siècle a réussi principalement dans les séquences, plutôt que dans les répons et autres pièces en prose. Ceci tient aux observations que nous avons faites au chapitre xi. Les compositeurs du moyen âge étaient plus à l'aise, dans ces morceaux qu'ils pouvaient traiter en suivant le génie national, que dans les pièces sans rhythme, que les réminiscq^ices de la musique grecque, appliquées par saint Grégoire, ont revêtues d'ailleurs de tant de majesté. Déjà, un fait antérieur à Toffice du saint Sacrement avait attesté cette faculté musicale au xii*' siècle; le beau chant de la prose d'Abailard, Mittit ad Virginem^ n'était déjà plus de la famille des anciennes séquences. Il ne se peut rien voir de plus tendre et de plus mystiquement joyeux. Nous avons dit que ce chant appartient à la France, comme les paroles sur lesquelles il a été mis. L'Italie nous a, en revanche, donné le Lauda, Sion^ et le Dies irœ; quant aux répons, antiennes, et autres pièces de- l'office du saint Sacrement, la France et la Belgique les ont fournis.
On ne peut rien voir, sans doute, de plus remarquable* ment mélodieux que ces répons et ces antiennes; mais, pour être juste, il faut ajouter qu'elles ne sont rien moins qu'originales. Nous surprendrons même plus d'un lecteur en disant que toutes, ou presque toutes les pièces en prose de l'office du saint Sacrement ne sont que les pastiches de morceaux plus anciens, et presque tous du xi* et du xii^ siècle. Ainsi, le répons Homo quidam est pris sur Vïrgojlagellatur de sainte Catherine; Immolabit, sur Te Sanctum Deum des saints Anges; Comedetis^ de Stirps Jesse de la Nativité de la sainte Vierge; Unus PaniSy de Ex ejus tumba de saint Nicolas; Misit me, de Verbum caro du jour de Noël ; l'antienne O quain suavis, est calquée sur 0 Christi pietas de saint Nico-