‹ Institutions liturgiquesChapitre 145 sur 195 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

ment aux sources les plus pures de Tantiquité : son bréviaire, dégagé de toutes superfétations inutiles, n'avait plus Nature de la ,'rien, il est vrai, qui flattât l'orgueil diocésain ou national, par fe saint^ mais aussi on retrouvait à peu près tout ce qu'il contenait ^p|^^ ?app^of tT dans les bréviaires locaux. Les diocèses qui se trouvaient l'adoption de dans le cas de l'exception prévue par la bulle, avaient encore le choix entre l'adoption pure et simple du bréviaire réformé, ou la correction si facile des leurs, d'après ce modèle excellent. Saint Pie V ayant supprimé à perpétuité le bréviaire de Quignonez, et détruit par là l'influence qu'il pouvait avoir à raison de sa plus grande brièveté, la question se réduisait à savoir quel parti on devait prendre dans les églises qui étaient dans le cas de l'exception, savoir d'adopter le bréviaire réformé purement et simplement, en faisant imprimer à part un Propre supplémentaire qui contiendrait ces précieuses traditions locales dont Rome ne fut jamais l'ennemie, ou de faire imprimer de nouveau le bréviaire sous le titre diocésain, en unissant, dans une même rédaction, les particularités du rite local avec tout l'ensemble du bréviaire réformé. Toute la question se réduisait donc à peu près à savoir quelle dépense on pouvait supporter pour les frais de l'impression. La seule raison d'une plus grande économie détermina beaucoup de diocèses à prendre les livres romains purement et simplement.

Rome tout entière adopta immédiatement les nou- Seule parmi les

éslises

veaux livres. La basilique de Latran elle-même s'empressa de Rome,

IV j . , , . . . , , . 1 la basilique

a inaugurer dans son sem un bréviaire qui n était plus vaticane simplement celui de la chapelle papale, ou encore celui nouveaux^ livr des frères mineurs , mais le bréviaire de TÉglise catho- j^^JJi'ffic^'tioï lique. La basilique Vaticane, elle qui, suivant Abailard, avait moins souci des anciens usages, au xii® siècle, que l'église de Latran, fut la seule qui n'adopta le nouveau bréviaire qu'avec modification. Elle fut maintenue

ivres

Situation des

différents ordres

religieux

relativement

à la réforme

de saint Pie V.

Saint Charles

Borromée

sauvegarde à

Milan les

prérogatives de

son Eglise

et les droits du

Saint-Siège.

dans le droit de conserver l'usage de l'ancien psautier Ita^ lique ; mais, pour le reste^ son bréviaire n'est que le romain actuel avec l'office des saints papes et autres dont les corps reposent dans la basilique ou dans son trésor.

A propos de la ville de Rome, il est naturel de parler des ordres religieux dont elle est la patrie commune. Les ordres de moines se trouvant dans le cas de l'exception, non depuis deux siècles seulement, mais depuis près de mille ans, conservèrent l'ancienne forme de leur office. Les ordres mendiants, hors les dominicains et les carmes, qui gardèrent leur bréviaire romain-parisien^ réformèrent leurs livres suivant l'office de saint Pie Y, qui n'était que le bréviaire des frères mineurs épuré; mais ces derniers continuèrent d'y fondre leur propre. Les ordres de clercs réguliers suivirent sans exception les nouveaux livres; les théatins avaient puissamment influé sur cette réforme ; les jésuites devaient, suivant la volonté de leur grand patriarche, garder toujours la forme d'office observée par l'Eglise romaine ; les autres familles religieuses du même genre étaient amenées à les imiter par la nature même de leur constitution de corps cosmopolites. Enfin, les ordres de chanoines réguliers, si l'on excepte les prémontrés, dont l'office était, comme nous avons dit, un mélange de romain et de parisien, ne tardèrent pas à embrasser, en tous lieux, la liturgie réformée. Quant aux religieuses, elles suivirent, pour l'ordinaire, les livres propres aux différents ordres de moines ou autres auxquels elles se rattachaient ; celles dont l'institut était isolé adoptèrent, sans plus varier jamais, le bréviaire de saint Pie V.

L'Église de Milan était alors gouvernée par saint Charles Borromée. Nous avons vu plus haut le grand zèle de cet illustre cardinal pour le maintien de la vénérable Liturgie ambrosienne. Il ne se montra pas moins exact observateur des volontés du souverain Pontife, en procurant Fin-

EN ESPAGNE, EN FRANCE ET DANS LE RESTE DE l'oCCIDENT 429

troduction des livres de saint Pie V dans toutes les églises de sa ville, de son diocèse et de sa métropole, qui étaient obligées, par le droit ou la coutume, à suivre l'office romain. On peut voir, dans sa vie, avec quelle intégrité il sut ménager à la fois les prérogatives de son église et les droits du Siège apostolique. Les évêques de sa province se montrèrent jaloux de Timiter, et dans le second concile de Milan, tenu en lôôg, nous trouvons un décret

. par lequel les prélats des seize églises de la province de Milan déclarent expressément que les clercs, sous peine de ne pas satisfaire au précepte de Poffice divin, sont tenus de réciter les Heures canoniales, suivant la forme du Bréviaire romain publié par saint Pie V, à moins qu'ils ne soient attachés à des églises qu'une ancienne coutume ait placées dans le cas de l'exception prévue par la bulle (i).

' Le saint archevêque donna lui-même une édition du missel ambrosien, en iSyo, et une du bréviaire en i588. Elles ont été fidèlement reproduites jusqu'à nos jours , sans autres changements que la correction de quelques hymnes et Paddition d'un certain nombre de fêtes de saints.

Nous ferons, au sujet de la province de Milan, une observation dont l'occasion se présentera encore plus d'une fois, et dont le but est de montrer, par les faits matériels eux-mêmes, que la liturgie publiée par saint Pie Y n'était

(i) Episcopi curent, in sua quisque diœcesi, ut officia divina, quœ singulis canonicis horis praestari debent, et publiée in ecclesia, et privatim a singulis sacerdotibus clericisve inferioris ordinis, qui illa obire debent, celebrentur et peragantur ad praescriptam breviarii Romani nuper editi rationem': nisi tamen ecclesias hujusmodi sint in quibus , ex veteri consuetudine, ut summi Pontificis PU Quinti litteris, eo nomine confectis, cautum est, alius ritus aliaque ratio adhibeatur. Si vero secus a quibusdam factum erit, cum isti, ut eisdem summi Pontificis litteris nominatim sancitum. est, horarum canonicarum officio,quod debent, non satisfacient* eos ipsos episcopi pœnis iis mulctent, quœ Lateranensi concilio a Leone X, et provincial! synodo superiori contra clericos constitutae sunt, qui canonicarum horarum officium intermittunt. (Labb., tom. XV, pag. 35i.)

I PARTIE CHAPITRE XV

L'œuvre

de saint Pie V

consiste dans de

simples

corrections

et non dans

l'introduction

d'une Liturgie

inconnue

et nouvelle.

INSTITUTIONS poiiii uuQ Llturgic nouvelle, mais simplement la restitu-

■ tion et correction de lantique Liturgie romaine établie

déjà par tout l'Occident. Un canon du sixième concile de Milan, parlant des livres de chœur, recommande aux évêques de veiller à ce qu'on les corrige, conformément au bréviaire nouvellement publié (i). C'étaient donc de simples changements^ de pures modifications qu'avait faites saint Pie V, et non une Liturgie inconnue qu'il avait introduite. L'unité du culte avait donc toujours existé malgré les incorrections qui s'étaient glissées dans les livres ecclésiastiques.

L'Église L'Église de Milan était la seule non-seulement de l'Italie,

"^^euie^unT^^ mais de l'Occident, qui eût une Liturgie propre, si l'on Liturgie propre, excepte les quelques églises d'Espagne, dans lesquelles la liturgie mozarabe se maintenait par privilège. Toutes les églises qui se trouvaient dans le cas de l'exception prévue par la bulle de saint Pie V, avaient simplement mêlé la liturgie romaine avec quelques usages locaux, et donné à cet ensemble un titre d'Eglise particulière. Cette observation s'applique même au rite de l'Eglise d'Aquilée, le plus vénérable de ces rites mélangés qu'il y eût en Italie, au xvi^ siècle. Il était connu sous le nom de Rite patriarchin^ et ce nom lui était venu delà dignité de l'Église d'Aquilée qui s'en servait dans les offices divins. Comment le Peu après la publication de la bulle de saint Pie V,

rite patriarchin . i / • • j

propre l'église patriarcale se trouvant dépourvue de bréviaires de d'Aquilée SOU rite, et hésitant^quelque peu à faire la dépense d'une ^ ^suTte^d?^^ réimpression , demanda au Saint-Siège la permission de ^'^des^îivres^^ ^^ servir, hors du chœur seulement, du bréviaire romain, de saint Pie V. jusqu'à Ce qu'on pût commodément réimprimer le bréviaire patriarchin. La Congrégation romaine, qui fut

(i) Libri qui certis Antiphonarum modulationibus olim notati, ex breviarii nuper editi praescripto nondum emendati sunt, in sua quisque diœcesi episcopus curet , ut quam primum et accurate emendentur, atque accommodentur ad breviarii novi editionem. (Labb., t. XV, p. ySo.)

EN ESPAGNE, EN FRANCE ET DANS LE RESTE DE l'oCCIDENT 4*3 I

consultée à ce sujet, accorda la dispense nécessaire, dans les termes les plus honorables. « Cest, dit-elle, dans une « lettre adressée le lo septembre 1589 à Paul Bisanti, « suffragant du patriarche, c'est une chose sainte et con- « venable que de conserver le rite si antique et approuvé « de cette Église, et que tous s'y conforment dans l'office. « Le chapitre aura donc à se pourvoir de bréviaires de ce « rite, ce qui est facile, puisqu'il doit être bientôt imprimé « à Gomo. Comme il ne peut se faire autrement, c'est à « monseigneur le Patriarche d'en procurer l'impression à « ses frais, dans l'espace de deux ans, et jusque-là, il sera « permis de dire l'office romain, mais seulement hors du « chœur (i). « Toutefois, cette impression du bréviaire patriarchin n'eut point lieu ; les livres de saint Pie V, une fois introduits dans Aquilée, y prirent tellement racine, que, dix ans après, il n'existait plus vestige de l'ancien rite, même dans l'église patriarcale ; enfin, en 1596, cette révolution liturgique étant consommée, le patriarche François Barbaro, dans un concile provincial, tenu à Udine, prit des mesurées expresses pour consolider à perpétuité la Liturgie romaine pure dans toutes les églises du patriarcat (2).

L'Église de Gomo, qui était du ressort patriarcal d' Aquilée, quoique située dans le duché de Milan, garda le rite d' Aquilée jusqu'au pontificat de Glément VIII, qui l'obHgea au romain, ne jugeant pas convenable qu'une Eglise enclavée dans le Milanais suivît un office étranger et aboli

I PARTIE CHAPITRE XV

Ce rite suivi

dans l'Église

de Como

jusqu'au

pontificat de

Glément VIII.

(i) E cosa santa e conveniente, che si serva il rito di quella chiesa tanto antico, et approvato, e tutti si confrontino nell' officio stesso. Pero il capitolo si provvederà di breviarii di quel rito : il che potrà fare commodamente, sendo poco fa stampato in Como. Et quando non si possi far altrimenti, monsignor Patriarca procuri, che à sue spese tra due anni sia stampato : e intanto sia lecito extra choriim solamente dir rOfficio Romano. (Madrisius, in Appendice II ad Opéra S. Paulini Patriarch. Aquil.)

(2) Zaccaria, Biblioth. ritual. tom. I, pag. liij.

INSTITbflONS LITURGIQUES

Douceur des mesures prises

f)ar Rome dans 'application des ordonnances pour la réforme de la Liturgie.

même aux lieux d'où il était parti (i). Déjà dès 1679, ^^ synode diocésain de Gomo avait déclaré que les clercs qui ne pourraient se procurer les livres du diocèse, pourraient user du bréviaire et du missel de saint Pie V. On a encore les actes d'une visite apostolique faite la même année dans ce diocèse par Jean-François Bonomo, évêque de Verceil, en vertu d'une commission de Grégoire XIII : le prélat y reconnaît expressément le droit de TEglise de Gomo à conserver son rite particulier, bien qu'il exhorte les chanoines à abandonner leur ancien rite pour le romain. Il dit, au sujet des missels du rite patriarchin, qu'ils ne sont qu'en petit nombre, manuscrits, qu.Hls ne diffèrent presque en rien du missel romain (2), et en conclut la grande facilité qu'on aura de passer à l'usage exclusif des livres de saint Pie V. Le Père Lebrun^ à qui nous empruntons ces détails, dit que l'on conserve dans les archives de la cathédrale de Gomo un manuscrit du bréviaire d'Aquilée qui porte ce titre : Breviarium Patriarchinum nuncupatum secundiim iisiim Ecclesiœ Comensis correctum, et auctoritate Apostolica probatum. A la îîn du volume, est une attestation du cardinal Sirlet, sous la date du 2 1 octobre i583, faisant foi de l'approbation de ce bréviaire par Grégoire XIII. Nous venons de dire pour quels motifs Glément VIII jugea à propos de l'abolir.

Gette histoire de la destruction de l'ancien rite d'Aquilée nous donne lieu de remarquer avec quelle douceur, quelle faveur même, Rome a su ménager les usages an-

(i) Ughelli, Italia sacra, tom. V, pag. 235.

(2) Cum autem missalia Patriarchino Ritu quam paucissima inventa sint , eaque manuscripta, quae praeterea a missali Romano nulla ferme alla re differunt, nisi dierum aliquorum Dominicorum ordine, et sanctissimœ Trinitatis festo die, qui in aliud tempus translatus est; ideo Ritu Romano missas passim celebrari, et a plerisque etiam sacerdotibus pro libito fieri animadvertimus, ex antiqui mi&salis instituto, in quo plurima correctione digna fuisse, novissima ostendit editio. (Lebrun, Expli' cation de la Messe, tom. II, pag. 227.)

EN ESPAGNE, EN FRANCE, ET DANS LE RESTE DE l'oCCIDENT 433

ciens, dans l'application des ordonnances pour la réforme ^ partie

'^ ^^ ^ ^ CHAPITRE XV

liturgique. Ce serait en vain que, considérant la chose ' d'un autre point de vue, on voudrait mettre en contradiction cette indulgence des Papes du xvi^ siècle avec les ordonnances vigoureuses de saint Adrien P^ et de saint Grégoire VII, pour rétablissement du rite romain dans tous les lieux de TOccident. Tout s'explique du moment Cette conduite

n'était pas

que 1 on veut bien remarquer que 1 œuvre accomplie par en contradiction

1 I , ■• , ,, . avec rénereie

ces deux grands papes n avait pas cesse d exister, et que, déployée par sauf les variantes introduites par certains usages locaux, ^^^^et saInT et les incorrections que le progrès de la critique devait ^^^^q^I ^^^ faire tôt ou tard disparaître, l'Occident tout entier louait l'établissement

r ^ du rite romain

Dieu dans une seule et même liturgie. Rome, sans doute, en France et

, . . . . . , en Espagne.

désirait vivement voir toutes les nations complètement unanimes avec elle dans la prière publique ; mais déjà les bulles de saint Pie V avaient conquis la presque universalité des Églises, et chaque année en voyait d'autres encore venir se fondre avec les premières dans l'unité d'un même bréviaire et d'un même missel.

Toute l'Italie, en effet, se conforma successivement aux L'Italie entière,

. . , , . . . sauf le

intentions du Saint-Siège. Les églises de Sicile, par exemple, territoire

, / . . . !• T 1 ambrosien,

qui avaient un bréviaire particulier, se rendirent de adopte avant la bonne heure, et le xvi^ siècle, en finissant, ne vit plus dans ^les^h^res^de^ ^ toute la Péninsule, hors le territoire ambrosien, que des ^^^^^ '^ églises réunies sous la plus ponctuelle observance des usages liturgiques promulgués par saint Pie V. Cependant, on avait donné la plus grande liberté à toutes celles dont les bréviaires et les missels avaient plus de deux cents ans, à l'époque de la bulle ; on avait reconnu non-seulement le droit des cathédrales, mais celui même des collégiales et autres églises qui se seraient trouvées dans une possession analogue (i). Tout cela n'empêcha pas le prin-

(i) Nous avons vu à Rome, dans la bibliothèque de la maison professe des jésuites, un exemplaire du bréviaire particulier de la collégialeabbatiale de Sainte-Barbe, à Mantoue, imprimé aux. frais de cette église,

INSTITUTIONS c'ipQ d^uiiité dc s'étendre dans ses applications, et après

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