CHAPITRE V
Description
de la
basilique
de Tyr.
86 DE LA LITURGIE DANS l'ÉGLISE EN GENERAL
INSTITUTIONS « sculptuFcs en bois du travail le plus délicat, et par les-
LITURGIQUES . 1 -^ lui
« quelles une abondante lumière tombe d en haut sur tout
« rédifîce. Quant à la décoration de cette demeure royale, « Paulin a su y répandre une richesse, une opulence « véritablement colossales. Je ne m^arrêterai donc point à « décrire la longueur et la largeur de Fédifice, son éclat « splendide, son étendue prodigieuse, la beauté rayonnante « des chefs-d^œuvre qu^il renferme, son faîte arrivant « jusqu^au ciel et formé d'une précieuse charpente de ces a cèdres du Liban, dont les divins oracles ont célébré « la louange, quand ils ont dit : Les bois du Seigneur, les c( cèdres du Liban seront dans la joie. Parlerai-je de « rhabile et ingénieuse disposition de Touvrage entier, de « Texcellente harmonie de toutes les parties, lorsque déjà « ce que Toeil en contemple dépasse ce que Toreille en « pourrait ouïr. Après avoir établi Tensemble de Tédifice, « et dressé des trônes élevés pour ceux qui président, en « même temps que des sièges de toutes parts pour les « fidèles, Paulin a construit le Saint des Saints, Tautel, au « milieu ; et pour rendre inaccessible ce lieu sacré, il en a « défendu l'approche, en plaçant à distance un nouveau « treillis en bois, mais si merveilleux dans Fart qui a pré- * c( sidé à son exécution, qu'à lui seul il offre un spectacle « digne d'admiration à tous ceux qui le considèrent. Le « pavé même de l'Eglise n'a point été négligé : le marbre « décrit de riches compartiments. Sur les nefs latérales de « la basilique ouvrent de três-amples salles que Paulin, « nouveau Salomon vraiment pacifique, a fait construire « pour l'usage de ceux qui doivent recevoir l'expiation et « la purgation par l'eau ou le Saint-Esprit. «
Après ces détails de description dont nous n'offrons ici qu'une traduction libre et abrégée, l'évêque de Césarée se livre de nouveau aux transports de l'enthousiasme que lui inspire la délivrance de l'Église, figurée dans la splendeur du glorieux édifice élevé par la main de Paulin ; mais
bientôt il rentre dans son sujet, et expose ainsi quelquesuns des mystères exprimés dans les formes de la construction du temple qu'il vient de décrire.
« Sans doute cet œuvre est merveilleux et au-dessus de c( toute admiration, si on en considère l'apparence extéc( rieure; mais bien autrement merveilleux est-il, si Ton c( s'élève jusqu'à son type spirituel, savoir l'édifice divin « et raisonnable bâti par le Fils de Dieu dans notre âme, « qu'il a choisie pour épouse et dont il a fait un temple à « lui et à son Père. C'est ce Verbe divin qui a purgé vos « âmes de leurs souillures, et qui les a confiées ensuite au (c pontife très-sage et aimé de Dieu qui vous régit. C'est « ce Pontife lui-même, tout entier, au soin des âmes dont « il a reçu la garde, qui ne cesse d'édifier jusqu'à ce jour, c( plaçant en chacun de vous l'or le plus brillant, l'argent « le plus éprouvé, les pierres les plus précieuses, en sorte tt qu'il accomplit par ses œuvres sur vous, la mystérieuse « prédiction qui porte ces paroles : Voici que f ai préparé « l'escar boucle pour tes murs, le saphir pour tes fonde^ ce ments, le jaspe pour tes remparts, le cristal pour tes « portes^ les pierres les plus recherchées pour ton enceinte « extérieure : tous tes enfants sont instruits par Dieu « même^ tes fils sont dans la paix ^ toi-même es bâtie dans « la justice. Donc^ Paulin édifiant dans la justice, a disposé c( dans un ordre harmonieux les diverses portions de son ce peuple, enserrant le tout d'une vaste muraille extérieure c< qui est la ferme foi. Il a distribué cette multitude infinie « dans une proportion digne de la plus imposante ce structure. Aux uns il a confié le soin des portes et la ce charge d'introduire ceux qui veulent entrer ; ils forment ce ainsi comme un vestibule animé. D'autres se tiennent ce près des colonnes qui supportent la galerie quadranee gulaire de la cour intérieure, parce qu'ils épellent encore ce le sens littéral des quatre Evangiles. D'autres, qui sont « les catéchumènes, ont leur place sous les galeries latérales
I PARTIE CHAPITRE V
Mystères
exprimés
par la forme
même
du temple.
Toutes
les églises
du ive siècle
bâties sur un même ty}3e antérieur
à la paix de Constantin.
88 DE LA LITURGIE DANS l'ÉGLISE EN GENERAL
« du royal édifice, pour signifier qu'ils sont moins éloignés ■ « de la connaissance de ces mystères secrets qui font la « nourriture des fidèles. Quant à ceux-ci, dont les âmes « sont immaculées et purifiées comme For, dans le divin « lavoir, ils se tiennent soit auprès des colonnes de la nef c< principale qui, s'élevant à une hauteur supérieure à celles « du portique, figurent les sens mystérieux et intimes des « Écritures; soit auprès des fenêtres qui répandent la « lumière dans l'édifice. Le temple lui-même est décoré « d'un simple et imposant vestibule, pour marquer la « majesté adorable du Dieu unique ; les deux galeries « latérales qui accompagnent l'édifice, expriment le Christ « et le Saint-Esprit, double émanation de lumière : enfin, « toute la doctrine de notre foi rayonne dans la basilique « avec un éclat éblouissant. Les trônes, les sièges, les bancs ce placés dans ce temple sont les âmes dans lesquelles « résident les dons qu'on vit un jour s'arrêter sur les apôtres « en forme de langue de feu. D'abord le pontife qui pré- « side est pour ainsi dire rempli du Christ : ceux qui siègent « après lui (les prêtres), font éclater dans leurs personnes « les dons du divin Esprit. Les bancs rappellent les âmes « des fidèles sur lesquelles se reposent les anges confiés à « la garde des élus. Enfin, l'autel lui-même unique, vaste, « auguste, qu'est-il, sinon l'âme très-pure du pasteur « universel, de l'évêque, véritable Saint des Saints, dans « lequel réside le Pontife suprême, Jésus, Fils unique de « Dieu (i) ? »
Nous avons enregistré ces paroles d'Eusèbe comme le point de départ des traditions écrites sur la construction des basiliques, portion si importante de la science liturgique. Toutes les églises bâties au quatrième siècle, tant en Orient qu'en Occident, nous apparaissent sous la forme si éloquemment décrite ci-dessus : ce qui prouve jusqu'à
(i) Vid. la Note A.
AU QUATRIÈME SIECLE 8g
Févidence que le type, pour être ainsi universel, était antérieur à la paix de Constantin (i). Les mystères cachés sous les détails de la construction, etsi magnifiquement racontés par Févêque de Césarée, étaient connus du peuple fidèle, à qui le langage des symboles était familier dans une religion qui sanctifiait toutes les parties de la création. Nous verrons cette symbolique s^enrichir encore dans FÉglise d'Occident, jusqu'à Fépoque où Fesprit positif de la Réforme, réagissant même sur les peuples catholiques, en vint à dicter des plans d'église muets et déshérités de tous les souvenirs de la tradition. Quant aux rites au moyen desquels les temples étaient consacrés^ au quatrième siècle, dans FÉglise d'Orient, nous serions réduits à de pures conjectures, du moment que nous voudrions les reproduire. Il est hors de doute que le chant des psaumes et des hymnes y occupait une grande place ; que des oraisons de consécration, dans le style du reste de la Liturgie, devaient résumer la prière des pontifes et lui donner une plus grande force de sanctification; que, dans ces occasions, les évêques paraissaient avec de riches habits pontificaux ; qu'enfin une dédicace était comme aujourd'hui un sublime spectacle de religion, destiné à graver, dans l'esprit et le cœur des peuples, un profond sentiment de la sainteté et de la majesté de cette demeure que le Seigneur daigne se choisir au milieu des hommes.
Dans l'Occident, les traditions de l'Eglise romaine nous apprennent que le pape saint Silvestre institua et régla en détail, dès le quatrième siècle, les rites que nous pratiquons aujourd'hui dans la dédicace des églises et des autels (2).
I PARTIE CHAPITRE V
Incertitude
sur les rites
employés
en Orient
pour
la dédicace
des Eglises.
Saint Silvestre
règle
ces rites dans
l'Occident
dès le iv^ siècle.
(i) Nous rapprocherons des paroles d'Eusèbe ce passage des Constitutions apostoliques : Primo quidem Sddes sit oblonga, ad orientem versa, ex utraque parte pastophoria versus orientem habens, et qiiœ navi sit similis. {Constitut. apostoL, lib. II, cap. lvii. Cotelier, pag. 261.)
(2) Ritus quos in consecrandis ecclesiis et altaribus Romana servat Ecclesia, Beatus Silvester Papa primus instituit. {Brev.Rom. IX,Novemb.)
go DE LA LITURGIE DANS L EGLISE EN GENERAL
INSTITUTIONS Qq pontlfc cut Ics plus magnifiques occasions de les prati-
" quer dans Tinauguration des basiliques fondées à Rome
par la munificence de Constantin. Cet empereur bâtit, en Dédicaces son palais de Latran, une église quUl dédia sous le titre du
des ■*■ . 1 1 o •
basiliques cons- Sduveiir, et qui mamteuaut, connue sous le nom de Samt-
tantiniennes ^ ,^ , i-'j-t^t
de Rome. Jean-de- Latran, est devenue le siège du Pontife romain, la Mère et la Maîtresse de toutes les églises de Rome et du monde entier, ainsi que le porte Tinscription qu^on lit sur sa façade principale. Outre cette église, Constantin éleva celle de Saint- Pierre, sur le corps même de cet apôtre, au Champ-Vatican; celle de Saint-Paul, sur le corps de Fapôtre des Gentils, sur le chemin d'Ostie ; celle de Saint-Laurent, extra muros, sur la voie Tiburtine ; celle de Sainte-Croix en Jérusalem, ïn agro Sessoriano ; celle de Sainte- Agnès, sur la voie Nomentane; celle des Saints-Marcellin-et-Pierre, sur la voie Lavicane; et plusieurs autres encore dans Rome et dans les environs de cette capitale.
Constantinopie Non content de réédifier les sanctuaires de Tancienne
d'égii?es Rome avec une magnificence vraiment impériale, le pieux
^^"^ pa?^^^^ empereur voulut, autant qu'il était en lui, sanctifier la nou-
son fondateur, y^lle qu'il bâtissait sur l'ancienne Byzance. Il y construisit de magnifiques basiliques^ entre autres celle qu'il dédia à la Sagesse éternelle, sous le nom de Sainte-Sophie; celle de Sainte Irène, qui fut sous son règne la Grande Eglise ; celle des Douze Apôtres, qu'il destina pour sa sépulture, et un grand nombre d'autres dans la ville et aux environs, principalement sur les tombeaux des martyrs. Son zèle pour les solennelles manifestations de la foi parut aussi dans le soin qu'il prit de placer la figure de la Croix dans les lieux publics de la nouvelle capitale. Il aima aussi à faire représenter sur les fontaines, au milieu des places, deux sujets principalement chers aux chrétiens de l'âge primitif, le bon Pasteur et Daniel dans la fosse aux lions (i).
(i) Euseb. Vita Constantini, passim.
Mais un sujet qui émut particulièrement en ce siècle les ^ partie