SIÈCLE
L'Église L'Église enfin sort pour jamais des cryptes qui, trop
des catacombes, souvent, avaient couvert de leurs ombres la majesté de ses mystères. Elle étale au grand jour ces rites dont la pompe et la saint.eté achèveront la victoire, que déjà Tauguste vérité de ses dogmes et la beauté de sa morale lui ont assurée sur le paganisme. Suivant notre usage, nous recueillerons dans ce chapitre les faits généraux, qui donneront l'ensemble de l'époque liturgique quenoustraitons. Le triomphe, Or le Caractère de cette époque est le triomphe : c'est génSarde^cette maintenant que s'accomplit la parole du Sauveur : Ce qui spécmkment ^^ disait à l' Oreille, prêche:{'le sur les toits (i). Ces dans kïfturgie. mystères cachés ou comprimés dans l'enceinte des temples éclatent au grand jour. La pompe et la richesse du culte, quelque splendides qu'elles fussent par les largesses des patriciens disciples du Christ, dépassent toute mesure du moment que les empereurs ont franchi le seuil de l'Eglise. De même que la foi, l'espérance des biens futurs, la charité fraternelle avaient fait jusqu'ici le lien intime des chrétiens par tout l'empire, désormais les formes liturgiques, devenues formes sociales, proclament leur puissante nationalité. « Que si, s'écrie Eusèbe, un seul temple situé ce dans une seule ville de Palestine fut un objet d'admi-
(i) Matth. X, 27.
I PARTIE CHAPITRE V
« ration, combien plus est merveilleux le nombre, la « grandeur, la magnificence de tant d'églises de Dieu ' '
oc érigées dans tout Tunivers (i) ! Les prophéties, dit-il « ailleurs, sont véritablement accomplies, aujourd'hui « que nous voyons des hommes décorés en cette vie de la « dignité royale, confondus dans FÉglise de Dieu avec les c( pauvres et le bas peuple (2). »
De toutes parts, on relevait donc les églises démolies ^ Splendeur
-t^ ' c> jes cérémonies
durant la persécution : on en édifiait de nouvelles par toute . pour
^ . , . l'inauguration
rétendue de Pempire. La dédicace de ces temples s'accom- des églises
,. . 11 • . 1 , A qui s'élèvent
plissait avec une splendeur toujours croissante; les eveques de toutes parts, s'y réunissaient en grand nombre, et le Père de l'histoire ecclésiastique nous a conservé dans des récits pleins d'enthousiasme la mémoire de ces augustes cérémonies.
La première dédicace d'église que nous rencontrons Dédicace
jf t. j - 1 • j /^ • 11 1 1 ^^ 1^ basilique
tout d abord après la paix de Constantin, est celle de la de Tyr basilique de Tyr, inaugurée vers l'an 3x5. Cette ville, qui avait pour évêque Paulin , avait vu périr son église durant la persécution de Dioclétien, et les païens s'étaient efforcés d'en défigurer jusqu'à l'emplacement, en y amassant toutes sortes d'immondices. On eût pu aisément trouver un autre lieu pour construire une église, lors de la paix rendue au christianisme; mais l'évêque Paulin préféra faire nettoyer le premier emplacement et y jeter les fondements de la seconde basilique, afin de rendre plus sensible encore la victoire de l'Église; et la gloire de ce second temple fut plus grande que celle du premier. Eusèbe fut chargé de prononcer l'homélie solennelle de la dédicace au milieu
(i) Quod si templum illud in una Palestinae urbe admiratione dignum erat; quanto magis mirabilis illa frequentia, magnitudo et pulchritudo ecclesiarum Dei in omni loco excitatarum! Nam totus orbis plenus ecclesiis est. (Euseb. Comment, in Isaiam, pag. 56o.)
(2) Quod si videas regios viros dignitate ac praestantiainhacvita ornatos, in Ecclesia Dei cum pauperibus ex infima plèbe congregatos, ne cuncteris dicere etiam hacrationeimpletam esseScripturam. (Euseb. /^2<i., pag. 402.)
Homélie
d'Eusèbe
de Césarée
à cette fête.
Importance
de ce discours
qui nous révèle
la forme
des Eglises
primitives.
84 DE LA LITURGIE DANS l'ÉGLISE EN GENERAL
d'un peuple immense accouru pour prendre part à cette fête.
S'adressant d'abord aux évêques présents à la cérémonie, il commence ainsi : « O amis de Dieu et Pontifes, qui « portez la sainte tunique et la couronne céleste de gloire, « qui avez Ponction di\ine et la robe sacerdotale du Saint- « Esprit (i). » Fleury lui-même a reconnu ici désignés clairement le costume pontifical et le diadème sacré dont les évêques usaient déjà, au moins dans la célébration des mystères ; et comme nous ne voyons à cette époque aucun règlement ecclésiastique pour fixer ces usages, nous devons en faire remonter Tinstitutionà Fépoque qui avait précédé, et durant laquelle nous en avons déjà rencontré plusieurs vestiges significatifs.
Il célèbre ensuite le triomphe que Dieu vient de donner à son peuple sur ses ennemis, et la force victorieuse qu'il a mise en son Christ, qui seul, par la puissance de son bras, a opéré un si merveilleux changement. Après quoi, il s'étend sur l'éloge de l'évêque Paulin qu'il compare tantôt à Beseléel, l'architecte du tabernacle mosaïque, tantôt à Zorobabel, le réparateur du temple. Mais ce qui nous intéresse davantage^ c'est la description que fait Eusèbe de l'ensemble et des parties de la basilique avec le détail des mystères signifiés dans sa construction. Ce passage est important en ce qu'il nous révèle la forme des églises chrétiennes primitives, suivant notre remarque au chapitre précédent; mais jusqu'ici nous ne voyons pas qu'il ait été cité, ou même connu de quelqu'un de ces innombrables parleurs d'architecture religieuse dont le pays regorge depuis quelques années, et qui nous étalent, avec une si grotesque suffisance, tout le luxe d'un savoir improvisé.
« Paulin , dans la réédification de son église, dit l'élo-
(i) Amici et sacerdotes Dei, qui sacra tunica talari induti, et cœlestis gloriae corona decorati, divinaque unctione delibuti, et sacerdotali Sancti Spiritus veste amicti estis. (Euseb. Hist. eccîes., lib. X, cap. iv.)
« quent panégyriste, non content d'accroître l'emplacement « primitif, en a fortifié Tenceinte comme d'un rempart au « moyen d'un mur de clôture. Il a élevé son vaste et « sublime portique vers les rayons du soleil levant; voulant « par là donner à ceux mêmes qui n'aperçoivent l'édifice « que de loin, une idée des beautés qu'il renferme, et inviter « par cet imposant spectacle ceux qui ne partagent pas « notre foi à visiter l'enceinte sacrée. Toutefois, lorsque « vous avez franchi le aeuil du portique, il ne vous est « pas licite encore d'avancer, avec des pieds impurs et a souillés : entre le temple lui-même et le vestibule qui « vous reçoit, un grand espace en carré s'étend, orné d'un a péristyle que forment quatre galeries soutenues de « colonnes. Les entre-colonnements sont garnis d'un treillis « en bois qui s'élève à une hauteur modérée et convenable. « Le milieu de cette cour d'entrée est resté à découvert, afin « qu'on y puisse jouir de la vue du ciel et de l'éclatante « lumière qu'y versent les rayons du soleil. C'est là que « Paulin a placé, les symboles de l'expiation, savoir les c( fontaines qui, situées tout en face de l'église, fournissent « une eau pure et abondante, pour l'ablution, aux fidèles (c qui se préparent à entrer dans le sanctuaire. Telle est la « première enceinte, propre à donner tout d'abord une « idée de la beauté et delà régularité de l'édifice, et offrant ce en même temps une place convenable à ceux qui ont « besoin de la première instruction. Au delà, plusieurs « vestibules intérieurs préparent l'accès au temple lui-même, « sur la façade duquel trois portes s'ouvrent tournées à « l'orient. Celle du milieu, plus considérable que les deux « autres, en hauteur et en largeur, est munie de battants « d'airain avec des liaisons en fer et ornée de riches « sculptures : les deux autres semblent deux nobles cornet pagnes données à une reine. Au-delà des portes, s'étend « l'église elle-même, présentant deux galeries latérales « au-dessus desquelles ouvrent diverses fenêtres ornées de