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CHAPITRE IX

AUTRE DIGRESSION SUR l'hISTOÏRE DES LITURGIES ORIEN- TALES : — LITURGIES APOSTOLIQUES ; — GRECQUE MEL- CHITE ; *— COPTE, ÉTHIOPIENNE, SYRIENNE, ARMÉNIENNE, POUR LA SECTE MONOPHYSITE ; — COPTE, SYRIENNE, ARMÉ- NIENNE UNIES ; — MARONITE ; -^ ET CHALDÉENNE, POUR LA SECTE NESTORIENNE.

Les Églises Lcs Liturgîes des Églises de POrient offrent à Tobserva-

au^ixe s?ède^ teur un spectacle bien différent de celui que lui présentent

toufSîfférent ^^^ Liturgies de FOccident. Déjà notre histoire est arrivée

présentenïïe^s ^^ ^^^ siècle, et les progrès de la Liturgie dans PÉglise

Églises latine, loin de s'arrêter, promettent de s'étendre et de se

d'Occident, , ' ., . - . .

spécialement développer dans les siècles suivants : dans PEglise orien-

au point de vue , . i^i -k ^ , a*/-.

de la Liturgie, taie, au contraire, des le ix* siècle, tout s apprête a finir pour la Liturgie, comme pour Funité et la dignité du christianisme.

Point de départ Cependant le point de départ de la Liturgie dans FOrient

de la Liturgie ^ . ,, t • • i ^ •

imposant fut imposant : elle commença, comme Liturgie chrétienne, à Jérusalem, non-seulement par les actes et les paroles du Rédempteur des hommes, mais encore par les ordonnances des Apôtres qui fixèrent, ainsi que nous Favons dit, la forme dans laquelle devaient être célébrés les mystères chrétiens. Devant traiter, dans une des divisions spéciales de cet ouvrage, tout ce qui a rapport aux livres liturgiques de toutes les Eglises, nous ne ferons ici qu'une brève énumération des diverses formes usitées dans les Églises orientales, pour les offices divins, aijostoilques D'abord, viennent les Liturgies apostoliques. Celle

DIGRESSION SUR LES LITURGIES ORIENTALES 2x5

attribuée à saint. Jacques est la principale et la plus authen- i partie

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tique, au moins dans la générante de sa teneur. Elle fut

longtemps suivie dans l'Église de Jérusalem, à Fexclusion de toute autre, et Ton voit assez clairement que c'est cette Liturgie que saint Cyrille explique dans ses Catéchèses. Il paraît démontré que FEglise de Jérusalem la gardait La Liturgie de encore au ix^ siècle, puisque Charles le Chauve, dans une ^ ^^la p^iuT^^' lettre au clergé de Ravenne, atteste avoir fait célébrer en usitée encore^àu sa présence les saints mystères, suivant la Liturgie de ^^^ rl^nse^^^ Jérusalem, composée par l'apôtre saint Jacques, Depuis de Jérusalem, lors, l'autorité du patriarche de Constantinople a interdit, célébrée qu'une

. . fois par an,

même à Jérusalem, l'usage de cette Liturgie, hors le 23 d'octobre, jour où cette Église célèbre la fête de saint Jacques. Tous les autres jours de l'année, on doit employer les Liturgies usitées à Constantinople, et dont nous allons parler bientôt.

L'Église d'Antioche, dans l'origine, dut se servir d'une L'Éçiise forme liturgique instituée par saint Pierre, puisque le qui^a dû s^e Prince des apôtres fut le premier évêque de cette ville. ^dw^^iturfiS^ Cette Liturgie de saint Pierre n'était-elle point la même saint^fer^4^ que celle de saint Jacques ? si elle en différait, quelle était lj!^^^ i^^^e sa forme ? Ces questions sont aujourd'hui devenues à peu Constantinople

■^ comme tous les

près insolubles. Il est vrai que les jacobites de Syrie, qui Grecs meiçhites, ont dans leurs livres un grand nombre de Liturgies ou Anaphores, en ont une qui porte le nom de saint Pierre : mais l'autorité de ces sectaires est complètement nulle en matière de critique.

Quoi qu'il en soit, le patriarche melchite d'Antioche, Origine ainsi que tout le clergé de son ressort, est contraint de ^^^meicme, suivre, comme celui de Jérusalem, la Liturgie de Constantinople, au moins depuis le xii^ siècle. Nous rappellerons ici l'origine du nom de melchite. Après la condamnation de Dioscore, patron du monophysisme, dans le concile de Chalcédoine, il s'éleva entre les catholiques d'Alexandrie et d'Antioche et les disciples d'Eutychès, un

2l6 DIGRESSION SUR l'hISTOIRE

INSTITUTIONS schisiTie violent qui dure encore. Les monophysites

donnèrent aux catholiques le nom de melchites^ formé de Tarabe melek^ qui signifie partisans du Prince^ parce qu'ils se conformaient à Tédit de Tempereur Marcien pour la publication et la réception du concile de Ghalcédoine. Longtemps, ce nom de melchite a été le synonyme d'or- II désigne thodoxe : depuis le schisme srec, il ne désigne plus que les

aujourd'hui ^ , ^ . .1,2,.

les Grecs unis Grecs qui soiit unis au patriarche de Constantinople.

au patriarche de . . m • i mi n a • i ' /

Gonstantinopie. Aujourd hui, la Ville d Antioche ayant ete presque entièrement détruite, soit par les guerres, soit par les tremblements de terre, le patriarche melchite a transféré son siège à Damas. Mais telle est Tignorance et la dégradation du clergé de ce patriarcat, que Ton est obligé de traduire la Liturgie du grec en arabe, non-seulement pour Fusage du peuple, mais afin que les clercs puissent en lire et en comprendre les paroles.

La Liturgie L' Église d'Alexandrie, fondée par saint Marc, s'est servie,

de saint Marc, - ,,..,,, - . . .

usitée à dans lantiquite, d une Liturgie qui porte le nom de cet et aboHe^u^xiie évangéliste, et qui a été complétée par saint Cyrille, siècle. Depuis le xii^ siècle, l'usage de cette Liturgie est entièrement aboli dans les églises qui dépendent du patriarche melchite d'Alexandrie. Ce patriarche, qui réside au Grand- Caire, est astreint, ainsi que tout son clergé, à la Liturgie de Constantinople.

II. L'Église Enfin, le siège principal de l'Église grecque melchite, la mlkhite^de Nonvelîe RoTfie^ Constantinople, qui fait subir le joug de sa se^sert deTdeif' Liturgie aux églises qui lui sont restées fidèles, ne connaît Liturgies que deux Liturgies, au moyen desquelles elle célèbre le

de saint Jean ... , .

chrysostome service divin toute l'année. La première, appelée la Liturgie saint Basile, de saint Jean Chrysostome, sert tous les jours, sauf les exceptions ci-après ; c'est la seule qui contienne l'ordre de la messe et les rubriques. La seconde, qui est celle de saint Basile, est en usage seulement la vigile de Noël, la vigile des Lumièr^es ou dejl'Épiphanie, les dimanches du Carême, sauf le dimanche des Rameaux ; la sainte et grande Férié

OU le jeudi saint ; le samedi saint, et enfin le jour de la fête de saint Basile. Elle est plus longue que la première ; mais elle ne contient pas Tordre de la messe et les rubriques : on les prend dans la Liturgie de saint Ghrysostome. Ce saint docteur n'est point Fauteur de la Liturgie qui porte son nom : il paraît même qu'on Ta appelée, jusque dans le VI® siècle, la Liturgie des Apôtres, Quant à celle qui est connue sous le nom de saint Basile, il est mieux prouvé qu'elle appartient à ce saint docteur.

Le premier monument dans lequel on trouve la manifestation du pouvoir du patriarche de Gonstantinople sur la Liturgie des autres Églises patriarcales melchites, est un passage de Théodore Balsamon, cité par Leunclavius au livre cinquième de son Droit gréco-romain. Ce jurisconsulte, membre distingué de TÉglise de Gonstantinople, fut promu au siège d'Antioche en 1186. Il raconte que Marc, patriarche d'Alexandrie, étant venu àGonstantinople, prétendit célébrer les saints mystères suivant une Liturgie particulière, et que lui, Balsamon, en présence de Tempereur, disputa contre Marc, et soutint comme une vérité incontestable : « Que toutes les Églises de Dieu devaient « suivre la coutume de la nouvelle Rome, et célébrer le « sacrifice suivant la tradition des grands docteurs et « luminaires de la piété, saint Jean Ghrysostome et saint « Basile (i). »

Non-seulement la Liturgie proprement dite, c'est-à-dire la forme et les prières de la messe, à l'usage de l'Église de Gonstantinople, est suivie dans toutes les Églises melchites, mais encore les livres des offices divins dont on se sert à Gonstantinople pour la célébration des fêtes de l'année chrétienne, sont les seuls qui soient en usage dans les

I PARTIE CHAPITRE IX

Le premier

monument

attestant

le pouvoir du

patriarche de

Gonstantinople

sur la Liturgie

des autres

Églises

patriarcales du

rite grec est un

passage de

Théodore

Balsamon,

canoniste du

xii^ siècle.

Les livres

liturgiques de

Gonstantinople

adoptés par toutes les Églises du rite grec ^ uni ou non uni.

(i) Quapropter omnes Ecclesiae Dei sequi debent morem novas Romae, nimirum Gonstantinopolis, et sacra celebrare juxta traditionem magnorum doctorum, et luminarium pietatis sancti Joannis Ghrysostomi et sancti Basilii. (Leunclavius, Jiiris Grœc.Rom., lib. V, pag. 263.)

Les livres liturgiques de Constantinople

traduits en.

slave par les saints Cyrille et

Méthodius.

Leur extension

sous cette

forme.

L'Église

ruthène et sa

sœur l'Eglise

moscovite

adoptent

ces livres.

L'Église

ruthène

devenue uniate,

tandis que

l'Église

moscovite

restait

2l8 DIGRESSION SUR l'hISTOIRE

patriarcats d^ Alexandrie, d^Antioche et de Jérusalem. L'influence de la Liturgie de Constantinople s'est même étendue au-delà des limites trop restreintes de ces Eglises. C'est elle que suivent toutes les Eglises du rite grec uni ou non uni qui se rencontrent en Occident, à Rome même, à Venise, dans la Fouille, la Calabre, la Sicile, la Corse, etc.

La Liturgie de Constantinople a eu une extension plus grande encore sous une forme nouvelle que lui donnèrent^ au ix^ siècle, les saints Cyrille et Méthodius. Ces deux vaillants missionnaires, frères par le zèle comme par le sang et la profession monastique, commencèrent Tapostolat des Slaves sur les bords du Danube; et pour faciliter leurs conquêtes, ils jugèrent utile d'adopter dans le service divin l'usage de la langue slavonne. Tous les livres de la Liturgie de Constantinople furent traduits dans cet idiome par eux ou par l(^urs disciples; et sous cette forme, ils sont encore en usage dans la Bulgarie, la Serbie, l'Albanie^ la Dalmatie^ l'Esclavonie et la Hongrie. Ils étaient de même seuls employés dans l'immense métropole de Kiev, fondée au x® siècle et séparée de l'unité catholique vers le xiii^.

Cette province ecclésiastique^ la plus vaste de la chrétienté, comprenait la Ruthénie et la Moscovie. Au xiv^ siècle, à la suite des invasions mongoles, la Ruthénie fut incorporée à la Pologne ; et, grâce à cette union avec un Etat catholique, les Églises ruthènes, c'est-à-dire la métropole même de Kiev et ses plus anciennes sufifragantes, rentrèrent aux XVI®, xvii^ et xviii'' siècles dans le sein de l'unité catholique. Les Églises de Moscovie, au contraire, s'entêtèrent de plus en plus dans le schisme et en subirent les conséquences les plus humiliantes.

Elles eurent un instant l'honneur éphémère d'un patriarcat établi à Moscou en i588 par le patriarche de Constantinople; mais Pierre le Grand le supprima et obligea les évêques de ses États à ne plus relever que d'un

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