ABOLITION DU RITE GOTHIQUE OU MOZARABE EN ESPAGNE
ne fut qu'un instrument conduit par la Providence, qui ^ partie
^ , ^ ^ -"^ ^ ^ CHAPITRE XI
veut que TEglise montre, principalement dans les formes du culte, Tunité qui est sa vie. L'œuvre de Pépin et de Charlemagne avait dû retentir puissamment en Espagne, seule contrée de l'Occident qui ne fût pas soumise aux lois de la Liturgie romaine. On savait que l'Eglise gallicane n'avait plus désormais un autre rite que celui de l'Église romaine : jusque-là que les chroniqueurs espagnols, dont on peut voir les passages dans la dissertation du P. Pinius^ que nous avons citée ci-dessus (i), se servent du mot Offîcium Gallicanum , pour exprimer le rite romain.
On voit d'abord, en io63, un concile tenu à Jacca, en Le concile de Aragon (2), sous don Ramire P% ou Sanche Ramirez, ordonne de ne son fîls^ dans lequel est rendu un décret, portant qu'on ne ^\^ manier^^ célébrera plus à la manière gothique , mais à la romaine (3). L'histoire ne dit point expressément quelles furent les causes directes de cette mesure; l'influence de Rome dut y être, sans doute, pour quelque chose. On en jugera par ce qui se passa, six ans après, à Barcelone. Cette ville, conquise avec son territoire, en 801, par Charlemagne, avait adopté, sans aucun doute, la Liturgie romaine, et ceci même nous explique la qualification de gaU //ca^z^, appliquée en Espagne àla Liturgie romaine, pendant le moyen âge ; les Espagnols désignant sous cette dénomination la Liturgie en usage dans la colonie française de Catalogne. Mais cette vaste province n'était pas tout entière soumise aux Français, et la Liturgie gothique y régnait encore en plusieurs endroits. L'année 1068 la vit abolir pour jamais, par les soins du cardinal Hugues le Blanc,
(i) Chapitre viii, pag. ig5.
(i) D'Aguirre, Coyic. Hispan, lom. III, pag. 228.
(3) Data sacerdotibus lex, ne quo alio more quam Romano precarentur; neque Gothica, utpote peregrina, piacula exsolverentur. (Conc. Labb., tom. IX, pag. 1 112.)
INSTITUTIONS j^ffat d'Alcxanclre II. Dans un concile tenu à Barcelone,
cette grande mesure fut consommée. L'Église dut ce La Liturgie bienfait au grand zèle de la princesse Adelmodis, femme
mozarabe abolie j ^ ^ r, ^ jt-.i t-.ii''
en Catalogne, de Raymond Berenger, comte de Barcelone. Elle était
^^ soins du Française, et toutes les chroniques du temps s'accordent à
Te^Bianc^^ega? la montrer comme une princesse d'un grand caractère. Son
d'Alexandre IL autorité, Combinée avec celle du légat, décida du triomphe
de la Liturgie romaine dans la Catalogne (i).
Saint L'illustre successeur d'Alexandre II, celui qui avait été
^^^p?end rame de son pontificat, saint Grégoire VII monta bientôt
^Vachever^'^ ^^^ ^^ chaire de saint Pierre, et il résolut d'achever la vic-
la victoire toire de l'Éfflise romaine sur la Liturgie gothique. Les
de la Liturgie . ^ ^ , . .
romaine florissants rovaumes de Castille et de Léon la pratiquaient
en Espagne. .... . , -
encore avec un patriotisme chevaleresque : mais le grand Hildebrand , qui poursuivait sans relâche l'œuvre de l'unité européenne, ne pouvait être arrêté par des consi- 1 dérations de nationalité étroite, dans une matière aussi grave que la Liturgie. Nous trouvons dans la collection de ses lettres, celle qu'il adresse, en l'an 1074, a Sanche Ramirez, roi d'Aragon. Il y félicite ce prince de son zèle pour les usages romains, en ces termes si expressifs,, qui montrent bien le fond de ses dispositions sur l'important Sa lettre à objet qui nous occupe : « En nous faisant part de votre i
Sanche Ramirez, *i i t i / r i t»
roi d'Aragon. « zele et des ordres que vous avez donnes pour établir « l'Office suivant l'ordre romain^ dans les lieux de votre « domination, vous vous faites connaître pour enfant de (c l'Eglise romaine ; vous montrez que vous avez avec ce nous la même concorde et amitié qu'autrefois les rois « d'Espagne entretenaient avec les Pontifes romains. « Soyez donc constant, et ayez ferme espérance pour « achever ce que vous avez commencé ; parce que nous « avons l'espoir en le Seigneur Jésus-Christ, que le bien-
(i) Pinius, Tractafus historico-chronologicus. De Liturgia artfiqua His" panica, cap. vi, pag. 48 et seq.
ou MOZARABE EN ESPAGNE 271
« heureux apôtre Pierre, qu^il a étabîT prince sur les ^ partie
^ ^ ^ CHAPITRE XI
« royaumes du monde, et auquel vous vous montrez fidèle, « vous mènera avec honneur' à Paccomplissement de « vos désirs, et vous rendra victorieux de vos adver* « saires (i). »
La même année, le Pape écrivit la lettre suivante à Al- Grégoire écrit
sur le rnêine
phonse VI, roi de Gastille et de Léon, et à Sanche IV, roi sujet
à Alphonse VI,
de Navarre : roi de Castiiie
y-i / • /A . j . j -rx- et à Sanche IV,
« Grégoire, eveque, serviteur des serviteurs de Dieu, roi de Navarre! « à Alphonse et Sanche^ rois d'Espagne, et aux évêques « de leurs Etats. Le bienheureux apôtre Paul, déclarant « qu'il a dû visiter TEspagne, et Votre Sagesse n'ignorant « pas que les apôtres Pierre et Paul ont envoyé, plus tard, « de Rome, sept évêques, pour instruire les peuples d'Es- « pagne, et que ces évêques ayant détruit Fidolâtrie, fon- « dèrent en votre pays la chrétienté, plantèrent la relire gion, enseignèrent Tordre et l'Office à garder dans le c( culte divin, et dédièrent les églises avec leur propre « sang; on voit assez clairement quelle concorde a eue « l'Espagne avec la ville de Rome, dans la religion et ce l'ordre des divins Offices : mais quand, par suite de ce l'irruption des Goths, et, plus tard, de l'invasion des « Sarrasins, le royaume d'Espagne fut longtemps souillé c< par la fureur des priscillianistes, dépravé par la perfidie « des ariens, et séparé du rite romain, non -seulement la ce religion y fut diminuée, mais les forces temporelles de ' ce cet Etat se trouvèrent grandement affaiblies. C'est pour-
(i) In hoc autem quod sub ditione tua Romani ordinis ofïîcium fieri studio et jussionibus tuis asseris, Romanae ecclesiae te filium, ac eam concordiam et eamdem amicitiam te nobiscum habere, quam olim reges Hispaniae cum Romanis pontificibus habebant, cognosceris. Esto itaque constans, et fiduciam firmam habeas, et quod cœpisti perficias; quia in Domino Jesu Christo confidimus, quia beatus Petrus Apostolus, quem Dominus Jésus Christus, rex glorise, principem super régna mundi constituit, cui te fidelem exhibes, te ad honorem desiderii tui adducet, ipse te victorem de adversariis tuis efïiciet. (Labb., tom. X, pag, bi.)
INSTITUTIONS (( quoi, comme des enfants très-chers, je vous exhorte et
LITURGIQUES . , ^ ^ ^ y
' « avertis de reconnaître enfin pour votre mère, après une
« longue scission, P Eglise romaine dans laquelle vous « nous trouverez vos frères ; de recevoir Tordre et l'Office « de cette sainte Église et non celui de Tolède ou de toute « autre Église ; gardant, comme les autres royaumes de « rOccident et du Septentrion , les usages de celle « qui, établie par Pierre et Paul, consacrée par leur « sang, a été fondée sur la pierre ferme par le « Christ^ et contre laquelle les portes de Tenfer, c'est- « à-dire les langues des hérétiques, ne pourront jamais « prévaloir. Car de la source même où vous ne doutez pas « avoir puisé le principe de la religion, il est juste que « vous en receviez aussi rOffi.cQ. divin dans Tordre ecclé- « siastique : c^est ce que vous apprend et la lettre du Pape « Innocent à Tévêque d^Eugubium, et les décrets d'Hor- « misdas envoyés à TÉglise de Séville, et les conciles de « Tolède et de Brague; c'est ce que vos évêques eux-- « mêmes, qui sont venus récemment vers nous, ont « promis par écrit, et signé entre nos mains, après la « décision d'un concile (i). »
Énergie avec Une résistance vive s'étant élevée en plusieurs lieux,
laquelle saint
Grégoire VII comme on devait s'y attendre, le Pontife n'en fut point
lutte contre les
résistances ébranlé. Nous avons une autre lettre de lui dans laquelle parTa^decfslon. écrivant à un évêque espagnol, il montre toute Ténergie de son âme apostolique dans la défense des ordonnances du Saint-Siège. Elle est conçue en ces termes :
« Grégoire, évêque, serviteur des serviteurs de Dieu, à « Siméon, évêque en Espagne, salut et bénédiction apos- « tolique.
a Ayant lu les lettres de Votre Fraternité, nous avons « été rempli de joie, parce que nous y avons reconnu avec « plénitude cette foi et cette dévotion que vous portez à
(i) Vid. la Note A.
I PARTIE CHAPITRE XI
« rÉglise romaine, que vous ne voulez point délaisser,
« à la manière des adultères, mais bien embrasser tou- " '
« jours comme la source de toute filiation légitime. C'est Lettre
« pourquoi, Frère très-cher, il est nécessaire que vous gfniéo^nïans
« marchiez droit dans la voie que vous avez prise : caria lac^ueiie
^ y ^ Grégoire
« perversité des hérétiques ne doit point amoindrir ce qui réclame
^ ^ ^ ^ ^ 1 obéissance
« a été sanctionné par la tradition apostolique. En effet, en vertu
. , ,. , ,1 . . de l'autorité
« le Siège apostolique sur lequel, par la permission apostolique et
... , . , . • 1- 1 /delà tradition
c( divine, nous présidons, quoique indigne, est demeure ancienne a ferme depuis son origine, et restera sans tache jusqu'à d^Espaine! « la fin, le Seigneur qui le soutient ayant dit : T ai prié « pour toi afin que ta foi ne manque pas; et quand tu seras « converti, coyijîrme tes frères. Forte d'un tel concours, « rÉglise romaine veut que vous sachiez qu'elle n'a point « intention d'allaiter, à diverses mamelles, ni d'un lait dif- « férent, les enfants qu'elle nourrit pour le Christ, afin « que, selon l'Apôtre, ils soient un, et qu'il n'y ait point « de schisme parmi eux : autrement, elle ne serait pas apc( pelée mère, mais scission. A ces causes, qu'il soit donc « connu de vous et de tous les fidèles sur lesquels vous « avez consulté, que nous entendons et que nous voulons « que les décrets qui ont été rendus ou confirmés par nous, ce ou plutôt par l'Eglise romaine, portant pour vous « Tobligation de vous conformer aux Offices de cette « même Église, demeurent inébranlables, et que nous ne « voulons point acquiescer à ceux qui désirent vous faire « sentir leurs morsures de loups et d'empoisonneurs. Nous « ne doutons aucunement que, suivant l'Apôtre, il n'y ait « parmi vous des loups dangereux, rapaces, qui n'épar- « gnent rien, auxquels il faut résister fortement dans la « foi. C'est pourquoi. Frère bien-aimé, combattez et traa vaillez avec ardeur, jusqu'à l'effusion de votre sang, s'il « était nécessaire : car il serait indigne, et on trouverait « ridicule, que les séculiers, pour des choses d'un prix « vil, pour un commerce qui déplaît à Dieu, s'exposassent T I. 18
!274 ABOLITION bU RITE GOTHIQUE
INSTITUTIONS ^^ voloiitiers aux périls, et que le fidèle ne sût que céder
LITURGIQUES r ^ l 1
lâchement à Teffort de ses ennemis. En effets ceux-là ne « pouvant acquérir la vertu, tombent facilement dès qu'on « les attaque. Quant à ce que disent ces enfants de mort, « au sujet des lettres qu'ils auraient reçues de nous, sachez « que cela est faux de tous points. Ainsi, faites en sorte « que par toute TEspagne et la Gallice, en un mot, « partout où vous le pourrez , TOffice romain soit « observé , avant toutes choses, avec plus de fidé- « lité (i). »
Richard, abbé Pour presser avec plus d'efBcacité l'accomplissement de
de Saint-Victor ,/• •/-«'•tt-tt • j'
de Marseille ses desirs, saint Grégoire VU, suivant son usage, députailga^deTaint ^^ légat vers les Églises d'Espagne, et choisit, pour cette ?r&T^Lyi^ mission, Richard, abbé de Saint-Victor de Marseille, et
en xi(Spcigne^ '
,,^^b.oiit cardinal de l'Église romaine, qui fît jusqu'à deux fois le
définitivement ^ ^ ~i j i
le rite gothique vovage d'Espasue pour un si important objet. Dans un
avec le concours . \ ,
du roi concile tenu à Burgos, en io85, le légat, appuyé de l'autode son épouse rite d' Alphonse VI, promulgua plus solennellement encore de Bm-irgogne. TaboUtion de la Liturgie gothique, dans les royaumes soumis à ce grand prince. Alphonse même ne s'arrêta pas là; on le vit, en 1091, ordonner, pour l'uniformité et la facilité du commerce avec les nations étrangères, l'abolition des caractères gothiques (2), et l'adoption des latins, tels qu'ils étaient alors en usage, quoique un peu altérés, en France et dans les principales provinces de l'Europe. Dans l'accomplissement de toutes ces mesures si énergiques, Alphonse fut puissamment soutenu par les conseils de Constance de Bourgogne, qu'il avait épousée en 1080, et à
(i) Vid. la Note B.
(2) On n'a pas besoin sans doute d'avertir que les caractères gothiques \ dont il est ici question ne sont pas ceux vulgairement désignés sous ce nom, mais bien ceux que l'évêque Ulphilas paraît avoir donnés aux Goths, au ive siècle. La qualification de gothique donnée aux caractères latins du moyen âge est aussi absurde que lorsqu'on l'applique à l'architecture chrétienne de la même période.
ou MOZARABE EN ESPAGNE 2^5
Pinfluence de laquelle Thistorien Rodrigue attribue princi- i partie
^ O X CHAPITRE XI
paiement Tintroduction de la Liturgie romaine en Espagne (i) : ce que Ton doit entendre surtout de la destruction du rite gothique à Tolède, puisque les premières attaques qu'il a éprouvées en Espagne eurent lieu, comme nous Pavons vu, au concile de Jacca, en io63.
Le 25 mai io85, jour auquel mourut le Pontife saint Alphonse vi,
' ' ^ maître
Gréffoire VIL Alphonse VI entrait victorieux à Tolède. Il de Tolède par
. . , . la victoire,
mit aussitôt tous ses soins pour rétablir, dans sa haute y établit dignité, l'Église de cette illustre cité. Il la dota libérale- romaine malgré
1 1 -r» 1 1 1 ' j o 1^ résistance
ment et appela, pour la gouverner, Bernard, abbe de ba- du clergé hagun et Français de nation. Mais le prince devait ren- ^^ ^ ^^^^ ^' contrer de grandes difficultés dans son projet d'abolir le rite mozarabe à Tolède, où il était tellement établi, qu'on l'appelait d'ordinaire, par toute l'Espagne, le rite de Tolède, Nous empruntons la narration de l'historien Rodrigue, pour raconter ce grand fait, avec les circonstances si dramatiques qui l'accompagnèrent.
« Le clergé et le peuple de P' Espagne entière furent « troublés, parce que le légat Richard et le roi Alphonse « voulaient les contraindre à recevoir TOffice gallican. Au « jour marqué, le roi, le primat, le légat et une grande « multitude de clergé et de peuple se trouvant rassemblés, « il s'éleva une longue altercation, par suite de la résistance « courageuse duclergé, delamilice^et du peuple, qui s'oppo- « saient à ce qu'on changeât TOffice. De son côté, le roi, « conseillé par la reine, faisait retentir des menaces ter- « ribles. Enfin, la résistance du soldat fut telle, qu'on en « vint à proposer un combat singulier pour terminer cette
(i) Et quia adhuc littera Gothica, et translatio psalterii, et Oiïîcium missae institutum ab Isidoro et Leandro pontificibus, quod cum translatione et littera dicitur Toletanum, per totam Hispaniam servabantur, ad instantiam uxoris suae reginae Constantiae, quœ erat de partibus Galliarum, misit Romam ad Gregorium Papam VII, ut in Hispaniis, omisso Toletano, Romanum seu Gallicanum Officium servaretur. (Rodericus Toletanus, de Rébus Hispanicis, lib, VI, cap. xxv.)
INSTITUTIONS « disscnsion. Deux chevaliers ayant été choisis, l'un par
LITURGIQUES ^ •' ? JT
« le roi, pour l'Office gallican, l'autre par la milice et le
Duel entre deux ^* peuple, pour l'Office de Tolède, le chevalier du roi fut
chevaliers combattant,
l'Office de Tolède.
vaincu, au grand applaudissement du peuple, de ce que ,,^L^^ P°^^- « le champion de l'Office de Tolède avait remporté la vic-
rOmce romain, ■•■ ^ ^ ^ ^
l'autre pour « toire. Mais le roi, stimulé par la reine Constance, ne a renonça pas pour cela à son dessein, disant que duel « n'était pas droit. Le chevalier qui combattit pour TOfa fice de Tolède était de la maison de Matanza, près de « Pisorica, où sa famille existe encore (i). »
Quoi qu'il en soit de la vérité de cette histoire, qui n'aurait de valeur pour démontrer le droit de l'Office de Tolède, qu'autant qu'on admettrait le jugement des combats singuliers, comme le jugement irréfragable de Dieu même, le P. Lebrun s'est trompé, lorsqu'il a écrit qu'on ne trouvait ce fait que dans l'histoire de Rodrigue, mort en 1247 {2). La Chronique de saint Maixent, antérieure d'un siècle à la mort de Rodrigue, puisqu'elle finit à l'an 1 184, rapporte, quoique en abrégé, la même histoire (3). Le cardinal Bona paraît aussi avoir ignoré ce second témoignage (4). Au reste, nous n'avons pas tout dit encore sur les oppositions que le ciel sembla mettre, si l'on en croit Rodrigue, à la destruction du rite vénérable qui rappelait à l'Église espagnole les noms chéris de saint Isidore et de saint Léandre.
« Une grave sédition, continue l'historien, s'étant donc
Rodrigue, « élevée dans le peuple, il parut convenable d'allumer un
Liturgies rivales « grand feu et d'y placer le livre de l'Office de Tolède et
â°i'épre™e'du « ^^ livre de l'Office gallican (romain). Après un jeûne
^Tedéckrf^ « indiqué par le primat, le légat et le clergé; après les
pour le rite gothique.
(i) Vid, la Note G.
(2) Explication de la Messe, tom. II, pag. 296.
(3) Chronicon S. Maxentii, vulgo Malleacense, apud Labbeum. Biblioth. Mss., tom. II, pag. 190.
(4) Rerum Liturgicarum, lib, \, cap. xi.
Au rapport de l'historien
I PARTIE CHAPITRE XI
« prières accomplies dévotement par tous, le livre de l'Of- « fice gallican (romain) est consumé par le feu ; tandis « que le livre de l'Office de Tolède s'élance du bûcher, « intact, exempt de toute trace de brûlure, aux yeux de « l'assemblée, et au chant des louanges du Sei-
(i gneur (i). »
Ce double prodige doit rappeler au lecteur celui que ^L'autonté^ nous avons rapporté, au chapitre viii, sur la Liturgie . ^^es^^^po^^^^ ambrosienne. On verra du moins, dans le récit de Rodrigue, un nouveau témoignage du zèle que mettaient autrefois les peuples et le clergé à tout ce qui concernait la Liturgie, zèle qui contraste bien tristement avec l'indifférence profonde qui, de nos jours, a accueilli et accueille encore en France les plus graves changements sur le même objet. Quant à l'épreuve du feu, nous devons remarquer avec le P. Pinius (2), que Pelage d'Oviédo, contemporain d'Alphonse VI, et qui a rapporté les actions de ce prince dans un grand détail, n'en a pas dit un seul mot, non plus que Luc de Tude, qui vivait au siècle de l'archevêque Rodrigue. Il est d'ailleurs difficile de croire que si un véritable prodige eût eu lieu, le Siège apostolique eût persisté dans l'intention de détruire l'Office gothique. Ce serait le premier miracle en opposition avec les volontés de l'Église. Quant au fait en question, s'il était démontré (ce qui n'est pas), la théologie catholique trouverait peut-être encore à l'expliquer, sans recourir à l'intervention divine.
Rodrigue conclut ainsi sa narration : « Tous pleurant ^,Q^^f ^^^^^\^ « et gémissant d'une issue si malheureuse, alors com- est
& 77 définitivement
a menca le proverbe : Quod volunt reges, vadunt leges : adopté
' . , 1 1 • T- j • 1 en Espagne.
a quand veulent les rois, s'en vont les lois. Et depuis lors, « l'Office gallican (romain), qui n'avait jamais été reçu
(i) Vid. la Note C.
(2) Tract. Hist. Chron. de Liturgia antiq. Hispan., cap, vi, § v,
pag. 5o.
INSTITUTIONS « nî DOUF Ic PsauticF, ni pour le rite, fut observé en Es«
LITURGLQUES -"^ ^ ^
pagne; quoique, en quelques monastères^ on ait gardé .« encore, un certain temps, celui de Tolède, et que l'an- « cienne version du Psautier soit encore récitée aujour- « d'hui dans plusieurs églises cathédrales et monas- « tères(i). »
Cette mesure, Telles furent les circonstances qui accompagnèrent
qui détruisait i,,,.. iit- • i- t-. ^ ^
de précieuses labolition de la Liturgie gothique, en Espagne. Ce fut était une' donc un acte solennel du zèle des Pontifes romains, de la
d'ordre^public pî^té des rois, une des nécessités qu'imposait le sublime européen, pj^j^ ^^ l'unité sociale catholique. Dans cette mesure, sans doute, de précieuses traditions nationales périrent, mais l'Église ne reconnaît point de nations : elle ne voit, qu'une famille dans le genre humain, et si les chrétientés d'Orient se sont rompues en tant de morceaux, et ont vu s'affadir en elles le sel du christianisme, de si grands malheurs n'eussent point eu lieu, si Rome^ ainsi que nous l'avons dit ailleurs, eût pu enchaîner ces vastes provinces à celles de la chrétienté européenne, par le double lien d'une langue commune et d'une Liturgie universelle. Cependant, s'il en est ainsi, quel sera le jugement de l'histoire sur ceux qui, plus tard, en Europe, en France, se sont plu à détruire l'œuvre des siècles, le résultat des efforts des pontifes et des princes les plus pieux, cette unité liturgique si chèrement achetée, si laborieusement conquise ?
La Providence Quoi qu'il en soit, la Providence ne voulut pas que
pas que l'Église l'EgUse d'Espagne perdît à tout jamais le souvenir de ses
perdft^^ anciennes gloires gothiques. Quand le danger fut passé,
entièrement
ces anciennes ^^^ ^^ ^^^^ cunctis flentibus et dolentibus inolevit proverbium : quod gloires. volunt reges, vadunt leges. Et ex tune Gallicanum officium tam in psal-
terio quam in aliis numquam ante susceptum, fuit in Hispaniis observatum. Licet in aliquibus monasteriis Toletanum fuerit aliquanto tempore custoditum : et etiam translatio psalterii in plurimis ecclesiis cathedralibus et monasteriis, adhuc hodie recitatur. (Roderic. Toletan. de Rébus Hispanicis. Ibidem.)
l PARTIK CHAPITRE XI
quand l'Espagne affranchie tout entière du joug sarrasin
et fondue désormais dans la société européenne, eut mé- ~
rite, à tant de titres, le nom de Rq/amne Catholique^ ce
qui n'était jamais arrivé pour aucune autre nation arriva
pour elle. Le passé fut exhumé de la poudre, et Tolède
tressaillit de revoir célébrer au grand jour les augustes
mystères des Isidore et des Léandre.
Un de ces hommes qui n'appartiennent pas tant à la Le cardinal nation qui les a produits qu'à l'humanité tout entière, le archevêque de
. : , 1 ^ 1 rr. IX , .,,. Tolède, rétablit
grand cardinal Ximenès, archevêque de Tolède, recueillit le rite
, ^ ., , , , . , mozarabe dans
avec amour les laibles restes des mozarabes qui, sous la quelques tolérance des rois de Gastille, avaient continué, dans quel- ae Tofèck,^ avec ques humbles sanctuaires de Tolède, à pratiquer les rites ^^ 5u^^Jpe °^ de leurs pères. Il fit imprimer leurs livres que l'injure du ^^'^^^^ ^^• temps avait mutilés en quelques endroits ; il leur assigna, pour l'exercice de la Liturgie gothique, une chapelle de la cathédrale et six églises dans la ville, et pourvut à l'entretien du culte et de ses ministres. Mais afin de rendre légitime cette restauration, Ximénès s'adressa au souverain Pontife, et Jules II rendit deux bulles, à la prière du cardinal, pour instituer canoniquement le rite gothique dans les églises qui lui étaient affectées. Dans la première de ces bulles^ qui est du 12 des calendes d'octobre de l'année i5o8, le Pape loue grandement le zèle de Ximénès pour le service divin, et qualifie l'Office mozarabe de très-ancien et rempli d'une grande dévotion, antiquissimiim et magnœ devotionis (i).
Les esprits superficiels, qui croiraient voir ici Jules II en contradiction avec saint Grégoire VII, n'auraient pas
(i) Outre les églises de la ville de Tolède autorisées à suivre le rite gothique, Pinius en cite encore deux autres : la petite église de Saint- Sauveur, à Salamanque, et une chapelle de l'église paroissiale de Sainte- Marie-Magdeleine, à Valladolid. Léon X confirma la première, et Pie IV la seconde, en permettant d'y célébrer les saints mystères suivant le rite gothique, mais seulement à certains jours de l'année,