TRAVAUX DE SAINT GREGOIRE VIT
La conduite
de Jules II en
cette rencontre
n'est pas en
contradiction
avec celle
de saint
Grégoire VII.
Cette
concession,
avantageuse
à l'Église,
ne nuit en rien
au principe
de l'unité
liturgique.
apprécié les raisons de diverse nature qui dictèrent la conduite de ces deux pontifes. L'unité, dans toutes ses conséquences, est le premier des biens pour l'Eglise; son développement social, ses heureuses influences pour le bien de l'humanité, la conservation du dépôt de la foi, sont à ce prix; on y doit donc sacrifier, dans certains cas, le bien même d'un ordre secondaire. Or l'antiquité, la beauté de certaines prières sont un bien, mais non un bien qui puisse entrer en parallèle avec les nécessités gênéraies de l'Eglise. Telles sont les idées sous l'influence desquelles agit saint Grégoire VIL Mais, d'un autre côté, quand Tunité est sauvée avec tous les biens qui en découlent, rien n'empêche qu'on n'accorde quelque chose, beaucoup même, à des désirs légitimes dont l'accomplissement ne peut porter atteinte à ce qui a été si utilement et si difficilement établi. Dans les six ou sept églises de Tolède où il est relégué, le rite gothique ne fait plus obstacle à la fusion du royaume d'Espagne dans les mœurs de la catholicité d'Occident. A Tolède même, la Liturgie romaine, loin d'en être obscurcie, en est plutôt rehaussée. Nos dogmes antiques célébrés dans le langage pompeux des grands et saints docteurs de Séville et de Tolède, n'en deviennent que plus inviolables aux attaques des novateurs.
Réduit à ces proportions, le rite gothique ne pouvait nuire et pouvait être utile ; telle fut la raison de l'indulgence que montra Jules IL Rome n'a jamais eu peur de l'antiquité : c'est le plus ferme fondement de ses droits, comme de ceux de l'Église dont Rome est la pierre fondamentale. Elle aime à voir les deux rites ambrosien et gothique demeurés debout, comme deux monuments antiques de l'âge primitif du christianisme. Elle ne souffrirait pas que d'autres églises, rétrogradant vers leur berceau, abjurassent les formes de l'âge parfait pour revêtir celles de l'enfance ; mais elle se plaît à mettre les nova-
I PARTIE CHAPITRE XI
Saint Grégoire VII
réforme
la Liturgie
romaine.
teurs à même de comparer les croyances et les symboles en usage dans ces antiques Liturgies, avec les symboles et les croyances que renferme cette autre Liturgie que l'univers catholique a vu croître avec les siècles. Il est vrai que si les Liturgies ambrosienne et gothique remontaient, comme celles d'un certain pays, au xviii% voire même au xix® siècle , Rome n'aurait pas lieu d'en vanter la haute antiquité, ni, tranchons le mot, la vénérable autorité. Mais reprenons le fil de notre histoire.
Saint Grégoire VII ne nous apparaît pas seulement, dans l'histoire, comme le zélé propagateur de la Liturgie romaine; son nom vient aussi se placer à la suite de ceux des Léon, des Gélestin,des Gélase,des Grégoire le Grand, chargés par l'Esprit-Saint de la réformer. Quatre siècles s'étaient écoulés depuis l'œuvre du dernier de ces Pontifes; il était temps qu'une main forte intervînt pour une amélioration. Ainsi qu'il arrive toujours dans les grandes choses, saint Grégoire VII n'eut peut-être pas la conscience entière de ce qu'il accomplissait pour les âges suivants. Ses travaux qui, du reste, ne paraissent pas s'être portés sur le Sacramentaire, aujourd'hui Missel romain, partie la plus antique et la plus immuable de la Liturgie, eurent pour objet la réduction de l'Office divin. Les grandes affaires qui assiégeaient un Pape, au xi® siècle, les détails infinis d'administration dans lesquels il lui fallait entrer, ne permettaient plus de concilier avec les devoirs d'une si vaste sollicitude l'assistance exacte aux longs offices en usage dans les siècles précédents. Saint Grégoire VII abrégea l'ordre des prières et sim- il abrège l'office
. . divin à l'usage
plifia la Liturgie pour l'usage de la cour romaine. Il serait difficile aujourd'hui d'assigner d'une manière tout à fait précise la forme complète de l'office avant cette réduction; mais depuis lors, il est resté, à peu de chose près, ce qu'il était à la fin du xi® siècle. Nous en avons
de la cour romaine.