CHAPITRE TV LA LIBERTÉ
27. Liberté. — Liberté I mot magique qui séduit I les hommes, depuis le plus sauvage jusqu'au plus civilid idéal pour lequel ils sont prêts à sacrifier leurs biens T plus précieux. D'où vient le prestige sacré de cette grad image lumineuse que l'enfant apporte dans son cœur^ naissant, et que le vieillard caresse encore au moment) s'endormir du dernier sommeil?
C'est que la liberté est pour l'être humain la conâj indispensable du bonheur. A quoi bon la vie, si l'on ne pen en jouir librement? A quoi servirait-il d'avoir un corps ^' veut agir, un esprit qui pense, un cœur qui sent, si touf ces facultés devaient être violemment comprimées par u, force extérieure? I.e sort d'un prisonnier chargé de chalm ne sera jamais l'idéal de l'humanité, mais le besoin i liberté est inné chez elle. La liberté, c'est la force, c'e^t mouvement, c'est la vie, c'est le moyen qui permet d'attnffi dre le but suprême oii nous devons tendre: Injustice e tous et pour tous.
28. Responsabilité. — La liberté n'est du reste pMfi principe absolu, car il n'y a rien d'absolu dans ce moà Elle doit avoir ses limites, comme toute chose. La ~ ~ ~ de faire du mal à autrui, c'est la licence, c'est-à-diré-j chose contraire à la justice. La iiberté de l'un ne doît\ nuire à la liberté de l'autre, et réciproquement: voilà lâ' gle qui doit présider aux relations des hommes entre e(]
La liberté, qui est un droit, entraîne donc pour i'hoB., la responsabilité, qui est un devoir. Si l'usage qu'il taît^ son droit porte préjudice à autrui, il est responsable du dor . mage causé, et on peut lui en demander réparation. De" même, les autres sont responsables vis-à-vis de lui du tort qu'ils lui feraient.
29. Pratique de la liberté. — Plus d'un gouvernement redoute de laisser à la nation et aux individus qui la composent le plein esercice de la liberté, de peur que les éléments de désordre ne prennent le dessus et ne précipitent le pays dans les situations les plus funestes.
Dn ne saurait nier que la pratique de la liberté est une ~ chose difâcile qui demande un assez long apprentissage. Le degré de liberté dont une nation peut jouir sans inconvénients dépend du degré d'instruction générale. Les lumières sont nécessaires pour éclairer le sentiment de responsabilité. L'homme qui ne sait pas se rendre compte de la portée de ses actes n'est pas en état de se servir utilement de la liberté.
La tâche de tout gonvemement, c'est de former la nation successivement à une pratique toujours plus grande de la liberté. Sous ce rapport, le progrès est illimité. Les peuples les plos avancés sont loin d'avoir atteint le point oii la liberté complète régnera chez eux avec tous les bienfaits qui doivent en résulter. Malheur aux gouvernements quels qu'ils soient, monarchiques ou républicains, autocratiques ou constitutionnels, qui négligent d'élever leurs peuples vers la liberté! Des convulsions terribles leur apprendront qu'on ne méconnaît pas impunément cette grande loi de la nature, qui montre à tous les hommes la possession de la liberté comme le moyen suprême du bonheur.
En somme, la liberté ressemble aux armes, qui, utiles entre les mains d'hommes expérimentés, bleasent les enfants et les fous. Mais ce n'est pas une raison pour qu'un gouvernement en proscrive absolument l'usage : il doit au contraire habituer la nation k s'en servir.
30. Libertés individuelles et collectives, civiles et politiques. — On distingue, dans la pratique, diverses sortes de libertés, qu'on peut classer en deux grands groupes : les libertés individuelles et les libertés collectives. Elles sont intimement liées les unes aux autres, et il n'est pas toujours possible de préciser le point où les unes cessent et oii les autres commencent. Les hbertés collectives se composent en effet des libertés individuelles, sans lesquelles elles n'existeraient pas, tout comme la nation se compose d'individus, sans lesquels on ne la concevrait pas.
La liberté individuelle n'est complète que si elle aboutit à la liberté collective. Si deux ou plusieurs hommes ont chacun le droit de faire une chose, ils ont aussi le droit de la faire en commun, sinon leur liberté ne serait pas entière.
Considérées à un autre point de vue, on divise aussi les libertés en libertés civiles et libertés politiques ou publiques. Les premières concernent l'individu dans ses rapporta.
comme homme, avec ses semblables. Les secondes obC^B au citoyen dans ses rapports avec la nation et avec le g vernenient.