‹ Instruction civique: manuel à l'usage des écoles primaires supérieures, des écoles secondairesChapitre 36 sur 96 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

LES SERVICES PUBLICS (suite).

91. Les moyens d'échange. — Comnie il n'est pas iossible, dans notre société civilisée, que chaque homme bcerce à la fois tous les métiers et produise lui-même sa lourriture, ses vêtements, sa cliaussure, ses meubles, etc., ' il feut nécessairement que celui qui exerce un métier échange ses produits contre ceux d'autres métiers.

A l'origine de la civilisation, ces échanges se faisaient directement sous la forme du troc. Le pêcheur troquait son poisson contre du blé, le chasseur son gibier contre du vin, et ainsi de suite. Mais il en résultait de nombreux inconvénients. Les demandes et les offres ne se rencontraient pas toujours; celui qui avait un produit d'une grande valeur na pouvait consentir à le troquer contre un d'une moindre valeur; les besoins n'étaient pas toujours correspondants. Ls gibier du ciiasseur, le poisson du pécheur, la viande du boucher pouvaient se corrompre faute de pouvoir être échangés en temps utile contre les objets dont le chasseur, le pêcheur, le boucher avaient besoin.

C'est pour obvier à ces inconvénients, devenus toujours plus nombreux à mesure que la civihsation se développait, que l'on a créé la monnaie. La monnaie est une marchandise générale, grâce à laquelle les échanges d'autres produits sont singulièrement facilités. L'homme quia un bœuf à vendre et un boisseau de blé à acheter, vendra son bœuf au boucher, qui le paiera avec la marchandise monnaie, puis il se rendra chez l'agriculteur et achètera le boisseau de blé en échange d'une partie de la monnaie qu'il aura reçue pour son bœuf; it mettra le reste à l'épargne, ou il s'en servira pour d'autres achats.

Pour répondre k son but, la monnaie doit présenter les

caractères suivants: elle doit avoir une valeur intrinsèque

-égale à sa valeur conventionnelle; cette valeur doit être

Pfixe ; la monnaie ne doit pas être sujette à se détériorer, afin

fu'on puisse l'employer quand on en a besoin; — elle doit tre divisible à volonté, afin qu'on puisse, le cas écliéaiit, l'échanger contre plusieurs objets de valeurs diverses; dlfi àa/t être d'un maniement facile,

Aucun produit âe la nature ou de l'industrie ne réunit ces diverses qualités au même degré que les métaux précieux. Grâce à leur rareté et à leur utilité variée, ils offrent une grande valeur sous un volume minime ; leurs qualités naturelles les préservent de la détérioration; le morcellement en est facile et n'altère pas leur valeur intrinsèque. C'est pourquoi, dans les pays civilisés, on a choisi l'or et l'argent pour faire office de monnaie.

Ce moyen d'échange une fois adopté, il fallait prendre des précaulions pour éviter des fraudes, soit sur le poids exact de la monnaie, soit sur sa qualité, qui pourrait facilement être altérée par des alliages de métaux de moindre valeur. De là la nécessité de l'intervention de l'Etat. Aujourd'hui, ce sont partout les gouvernements qui frappent la monnaie, et garantissent ainsi qu'elle est au poids et au titre convenus.

Outre les monnaies d'or et d'argent, on a aussi les monnaies de nickel ou de cuivre, qu'on appelle le billon, et qui sont les subdivisions inférieures du système monétaire.

On appelle système monétaire l'ensemble des divisions et subdivisions adoptées dans un pays pour la monnaie.

Si commode que soit la monnaie et si facile qu'en soit le maniement, elle présente un inconvénient pour le transport en grande quantité, c'est d'être lourde et jusqu'à un certain point encombrante. Aussi a-t-on dû songer k un moyen d'échange encore plus commode, et on l'a trouvé dans le billet de banque. Le billet de banque étant une simple feuille de papier, n'a pour ainsi dire aucune valeur intrinsèque; il tire uniquement sa valeur des garanties offertes par celui qui l'émet. Le billet dej banque est simplement un signe représentatif delà, monnaie; c'est une promesse faite par ta banque d'émission de payer en monnaie la somme indiquée sur le billet, àjpremière réquisition et à quiconque le présentera à la banque ou à ses succursales (paiement à vue et au porteur).

Le billet de banque étant devenu un des plus puissants moyens d'échange, l'Etat s'est vu obligé de légiférer sur les garanties que les banques d'émission doivent offrir au public. Dans certains pays, l'Etat s'est réservé le monopole de l'émission et l'a concédera une banque nationale.

Quelques Etats gênés financièrement, et ne pouvant se procurer le métal précieux nécessaire à la fabrication des monnaies, ont émis du papier-monnaie, dont la circulation

a été rendue obligatoire dans le pays {cours forcé). Cep^ n'a pas la valeur des billets de banque en ce qu'il n'est pas remboursable à vue et en espèces, et en ce que les garanties que l'Etat donne pour ces papiers ne sont généralement pas sérieuses. Aussi est-il soumis à des dépréciations sensibles,

On peut faire rentrer dans les moyens d'échange le système des poids et mesures dont nous avons parlé à propos de la police. L'Etat détermine le système qui doit être admis duns les transactions et fait contrôler par ses fonctionnaires les poids et mesures dont les marchands se servent,

Le service public qui s'occupe des moyens d'échange le département ou ministère des finances, qui, dans la r^ est aussi chargé de ce qui concerae les contributions publiques (voir chap. XV). Le ministère des finances lient li comptabilité générale de l'Etat et fournit l'argent nécessain aux divers services publics,

92. Les moyens de communication et de circulation. — Ces moyens sont les chemins de fer et bateaux à vapeur, les postes et les télégraphes et téléplwi

Les postes sont le plus ancien moyen connu et pratiqué. Ce service a été f»it pendant longtemps en grande partie par l'industrio privée; aujourd'hui il relève presque partout d( l'Etat. On le divise en trois parties: le service des letti celui des messageries ou paquets et celui des voyagevra.

Les chemins de fer sont nés dans notre siècle. Ils ont éti construits et sont exploités soit par l'Etat, soit par l'indua trie privée. Mais dans ce dernier cas le gouvernement a dl se réserver un droit de surveillance et de contrôle a8n di protéger la sécurité des personnes et d'empêcher les admiais trations privées d'abuser de leur position en prélevant sur II public des taxes exorbitantes pour le transport des voyagew et des marchandises ou en favorisant certaines personnes â certaines contrées au détriment d'autres (taxes différen' tieltes). Cette intervention de l'Etat se justifie d'autant plm que dans la plupart des pays les chemins de fer n'ont pt être construits qu'en faisant usage des lois sur les expro priations pour cause d'utilité pubUque, Les chemins de fa ne peuvent en aucun cas être considérés uniquement comrai des entreprises privées. Dans les pays où ils ne sont pas 1) propriété de l'Etat, ils ont un caractère mixte qui appelll des mesures législatives,

Les bateaux à vapeur et la marine en généi'al relÈven'

I de l'industrie privée que de l'Etat. Celui-ci prescrit cependant les mesures nécessaires pour !a sécurité des personnes qui utilisent ces moyens de transport.

Les télégraphes et les téléphones sont aussi une conquête de notre époque. Leur établissement est l'affaire de l'Etat, qui peut seul prendre les mesures nécessaires pour la construction des lignes sur la propriété privée, et assurer la régularité du service.

Dans tout pays civilisé, le secret postal et télégraphique devrait être rigoureusement garanti. Ce n'est pas partout le cas. Certains gouvernements ne se font pas scrupule d'ouvrir les lettres et de prendre connaissance des dépêclies dans un but de surveillance sur les agissements politiques de leurs adversaires.

Le service des chemins de fer, des postes et des télégraphes n'est pas partout concentré dans un seul ministère. 11 nécessite un nombre considérable de fonctionnaires et employés fdirecteurs, inspecteurs, ingénieurs, chefs de stations et buralistes, conducteurs, etc.).

93, L'instruction publique. — Autrefois l'Etat ne s'occupait guère que de l'instruction des classes élevées de la population. Il entretenait des écoles pour former des théologiens, des professeurs, des juges, des avocats, des médecins, et laissait à l'Eglise et aux particuliers l'instruction des autres classes de la population. Mais plus l'idée démocratique s'est développée, plus on a reconnu la nécessité de mettre l'instruction à la portée de tous. Dien plus, on est arrivé à proclamer, au nom du principe d'égalité, l'obligation pour toutes les familles de faire donner h chaque enfant un minimum d'instruction qu'on appelle l'instruction primaire (voir g 40).

Le service de l'instruction publique se divise en un certain nombre de branches, qui sont :

h' enseignement primaire, qui est celui nécessaire à tout citoyen. Il comprend entre autres la lecture, l'écriture, le calcul, l'instruction civique et des connaissances générales d'histoire naturelle et de géographie. L'enseignement primaire étant obligatoire, il doit être gratuit. Il doit, au nom du respect de la liberté de conscience, être donné de manière à ne froisser aucune confession; c'est ce qu'on appelle la laïcité de l'enseignement. Dans les écoles publiques, ce principe doit aussi être respecté du haut en bas de l'échelle.

geignement secondaire, qui se subdivise en eDS6! ment classique, basé en partie sur l'étude des langues mortes et qui prépare aux carrières dites libérales (théologie, professorat, droit, médecine), et enseignement réal ou in-

L dwstriei, qui a pour but de préparer aux carrières indus- (trielles, agricoles et commerciales.

j L'enseignement supérieur, qui embrasse les académies ou

Rûnicersil^g, divisées en fac\dtés des lettres, des sciences, de "léoïogie, de droit, de médecine, et les écoles polytechniques, h l'on a les divisions de l'architecture, du génie civil, de In mécanique, de la chimie industrielle, de la science forestière rt agricole, etc.

A côté de ces trois grandes divisions de l'enseignement, il y a les écoles spéciales qui ont pour objet Venseignement orofessionnel. C'est le cas des écoles normales destinées Jt former des professeurs et des instituteurs, des écoles de» beaux-arts, des écoles d'arts industriels, des écoles d'horloge-

\ rie, de tissage, etc., etc.

Dans notre époque, la nécessité d'un bon enseignement professionnel est de plus en plus reconnue: les Etats comprennent qu'il n'importe pas seulement à la nation de faire des sacrifices pour les professions libérâtes, mais qu'elle a un intérêt non moins puissant à développer l'Iiabileté de tous ceux qui exercent des métiers manuels ou qui s'occupent de commerce. On s'efforce d'allier davantage l'enseignement ttiéorique avec l'enseignement pratique, et partout

■ des sacrifices considérables sont faits pour la création et le.

L développement des écoles professionnelles.

Le service de l'instruction publique a un personnel:

~ énorme de directeurs, inspecteurs, professeurseiinstituteun^ \\ devrait absorber, dans un Etat bien ordonné, la plus; grande partie du budget, car c'est le service le plus utile & la nation. Mais malheureusement les dépenses faites pour l'armée sont encore k peu près partout si grandes qu'elles ne laissent pas sufSsamment de ressources disponibles pour le service de l'instruction publique.

Le gouvernement a aussi le droit et le devoir de surveiller l'enseignement privé afin de s'assurer qu'il observe les lois

, générales de l'Etat.

94. Les cultes. — Chaque citoyen étant libre de c son culte comme il l'entend et de l'exercer soua la seula^^ réserve d'observer les lois générales de l'Etat, il semblei

qu'il ne devrait pas y avoir un service public des cultes, ' sinon pour veiller à ce que des empiétements n'aient pas lieu sur les droits des citoyens et de l'Etat. D'excellents esprits demandent comme une réforme essentielle que l'Etat reste absolument neutre entre les divers cultes, n'en subventionne aucun et se borne à faire respecter les principes de liberté et d'égalité qui sont garantis par la constitution ; ce système de neutralité absolue est connu sous le nom de séparation de l'Eglise et de l'Etat.

Malgré ce que cette doctrine a de juste en soi, la séparation de rKglise et de l'Etat n'existe que dans un tout petit nombre de pays. La raison en est que, d'une part, l'Etat croit devoir maintenir et subventionner une ou plusieurs Eglises officielles ou nationales, soit dans un but éducatif et moral, soit afin d'empêctier que les Eglises n'acquièrent trop de pouvoir sur les esprits et n'en abusent; d'autre part, le clergé des Eglises officielles estime que le lien qui les unit à l'Etat est utile à la cause de la religion.

Cette question est l'une des plus délicates et des plus controversées de notre époque. A quelque solution qu'on s'arrête, il doit être bien entendu que le libre exercice des cultes ne peut être entravé en manière quelconque par l'esislence des Eglises officielles. L'Etat moderne ne peut se faire théologien ni prêter sa puissance pour imposer des doctrines religieuses. Sous le régime de la séparation, il doit veiller également à ce que les Eglises libres ne puissent opprimer les consciences, s enrictiir par des moyens que les lois condamnent, rétablir les biens de main-morte (c'est-àdire des biens qui sont destinés à ne jamais changer de main par suite d'héritage, de vente, etc.), attiser les passions populaires et provoquer des guerres civiles. L'Etat doit être maître chez lui ; il ne peut souQ'rir aucune domination à côté de ta sienne ; sinon la souveraineté nationale et les grands principes de liberté et d'égalité ne seraient plus que de vains mots.

L'Etat moderne ne faisant pas de théologie, doit laisser aux Eglises officielles une très grande liberté d'organisation. Il lui appartient seulement de régler ou de contribuer à régler ce qui concerne les circonscriptions des paroisses, le traitement des ecclésiastiques et leur mode de nomination, ainsi que les détails matériels du culte (églises et maisons ds culte, etc.). Le budget des cultes publics doit être voté par le parlement comme toutes les autres dépenses de l'Etat.

Le culte protestant est d'ordinaire dirigé par des consi toirea ou synodes élus par les paroisses ; ses ecclésiastiqu< s'appellent pasteurs et diacres.

Le culte catholique romain reconnaît comme chef c l'Eglise le pape ou saint-père, qui réside à Rome ; ii a comn grands dignitaires les cardinaux:, les archevêques et les év ques ; les ecclésiastiques qui desservent les paroisses sol les curés, les vicaires, etc.

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