SEPTIEME QUESTION
LA PAPAUTÉ NE SERAIT-ELLE PAS INCAPABLE D'EMPÊCHER LES GRAVES ABUS QUI RÈGNENT DANS LES ÉTATS ROMAINS ?
A en croire les ennemis de ia Papauté, en Angleterre et en France, son gouvernement serait radicalement vicieux. . Aussi, ose-t-on lui proposer d’établir à Rome une administration légale et régulière. C’est une insulte gratuite, comme nous allons le prouver ; et il n’y a pas au monde un bon catholique qui ne le sente vivement.
La Civilla Cattolica, excellent journal publié à Rome, va répondre à cette accusation, si dénuée de vraisemblance, portée contre le St. Père par M. de la Guéronnière,auteur de la brochure. Le Pape et le Congrès.
“ Son conseil (celui qu’ose donner au Pape M: de la Guéronnière,) “est cette fois tout aussi opportun que celui qu’il donnait au sujet de “ l’armée ; seulement il vient encore beaucoup plus après coup; car € l’armée, qui est un besoin nonveau, n’a été organisée que dans ces der: “niers temps, tandis que l’administration qui est le premier besoin de “ toute société bfen réglée, a été instituée à Rome, et s’y est successive- “ ment améliorée avant même que la France fût apte à en recevoir au- ‘ cune ; et, du reste, bien des nations européennes sont venues à Rome ‘ en chercher les notions et les éléments. L’auteur lui-même parle d’une manière noble et vraie de l’action civilisatrice exercée par l'Italie sur “ tous les peuples de l’Europe. Or, personne ne peut ignorer que Rome a toujours été le pivot et le cœur de lItalie. Quelle idée donne donc “ de lui un étranger qui, ne connaissant pas, ou connaissant fort mal son “ sujet, s’en rapporte aux bruits répandus par l’ignorance ou la passion, ‘ et formule des jugements aussi aventurés et aussi injustes ?”
Comme Nous lavons remarqué plus haut, il se trouve quelque fois à Rome de trente à quarante mille étrangers. Eh bien, Nous ne craignons vas de l’assurer, tous ceux de ces étrangers, protestants corame catholiques, qui prennent le temps et la peine d’étudier les Institutions innombrables, qui s’y trouvent accumulées, et qui répondent parfaitement à
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tous les besoins, s’en retournent émerveillés de la Ville Eternelle, et ils en conservent toute leur vie de bien doux scuvenirs.
Pour notre part, Nous ne saurions trop bénir la Divine Providence de Nous avoir ménagé cette grâce précieuse de visiter trois fois cette ville pleine de merveilles. Notre regret est de ne l’avoir pas encure assez vue, cette ville, vraie patrie des chrétiens sur la terre. Aussi, y retournons-Nous tous les jours, et plusieurs fois par jour, en esprit, pour nous y retremper de l’esprit apostolique qui s’y transmet d’âge en âge, avec à succession non interrompue des Pontifes qui y occupent la chaire de St. Pierre. Dans notre second voyage en 1846, Nous pûmes jouir du spectacle des brillantes ovations, qui signalèrent l’avènement de notre Immortel Pontife. Hélas! qu’il est accablé de tristesse et d’angoisse, dans ces jours mauvais que lui a créés la plus injuste des révolutions !
‘ Oui, continue notre journal romain, toas ceux qui ont voulu exa- ‘ miner, et traiter par écrit, ou connaître le fond de la question, s’accor- “ dent à en exprimer la même pensée : que Rome est vraiment la capitale “ du monde; que tous ceux qui l’habitent s’y trouvent à merveille ; mais “ que pour le menu peuple et pour les malheureux de tout genre, ü n’y a ‘ pas de séjour comparable.”
Ajoutons à ce témoignage celui de M. Poujoulat, dans une brochure qu’il vient de publier sur la Question romaine, et dans laquelle il fait voir quel est le bonheur dont jouissent lés sujets des Etats Pontificaux.
‘“ Les sujets du Pape, dit-il, malgré ce qui leur manque en perfec- “ tion sociale, (et quels sont ceux à qui il ne manque rien?) ne sont pas “les Nègres de la catholicité, comme le disait un journal avec une insul-
“tante audace ; ils ont la vie à bon marché, une existence municipale
“ qui, quoique amoiïindrie par le fait même de la révolution française, “ ferait envie à d’autres nations ; une instruction primaire de toutes parts “ répandue ; quoiqu’en dise la brochure, ils ne paient que de légers “ impôts et n’ont jamais été pressurés. Les Etats Romains ont des asiles “ pour toutes les souffrances, pour les douleurs qui atteignent les divers k ges de la vie humaine. Si l’activité industrielle de notre temps n’étale “ pas ses prodiges dans le pays soumis au Pape, il garde une gravité de ‘ physionomie qui sied bien à l’austère grandeur de tant de souvenirs. ‘“ Le sujet du Pape, on ne devrait pas l’ignorer, a bien réellement une “ patrie qu’il aime, et qu’il a raison d’aimer. (Car la misère ne l’oblige “Jamais de s’expatrier). Ce sont les siècles catholiques qui lui ont fait “ cette patrie. Il vit à l’ombre de Rome, à l’ombre de dix-huit cents ans “de gloire, à l'ombre de cette éternité romaine, qui n’a rien d’égal ici- “ bas, et que le Christianisme revet d’une inépuisable jeunesse.”
‘ On ne peut donc que rire, conclut ce journal (La Cüivilta Catto- “ Jica), de M. de la Guéronnière qui suggère d’établir, dans les Etats Ro- “mains, une administration légale et régulière, comme s’il s'agissait “ d’une horde sauvage de Cafres, ou d’une tribu de Bédouins.”
Faisons encore parler le comte Solar de la Marguerite qui va nous dire ce qu’il pense des Institutions Romaines.
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“ Où a-t-on vu, dit-il, les tyrans qui ont été le fléau des peuples, qui “ ont regardé leurs sujets comme un troupeau d’esclaves ? Est-ce à Rome ‘ ou ailleurs? Dans quel autre Etat y a-t-il eu plus de douceur dans les “ lois, plus de droiture dans l’administration de la justice, plus de privi- « [éges accordés aux sciences, plus de protection assurée aux arts ?.....…. Qu'il y ait eu cependant... parfois des désordres dans l’administration “ de la chose publique, on sait que les désordres sont inséparables des “ institutions humaines... Dans les Xe et XIe siècles, on a vu plus que des “ désordres, on a vu des horreurs ; des factions iniques se sont emparées “ du pouvoir... Les Pontifes alors n’étaient Souverains que de nom. La “ fureur des hommes pervers une fois passée, l’autorité des Papes une “ fois rétablie, les fléaux ont cessé, les maux dont les sujets étaient acca- & blés ont disparu. Si après tout les désordres devenaient une raison & pour amoïindrir les Etats... la raison voudrait que ce singulier b£né- “ fice ne fût pas seulement appliqué aux sujets du Souverain Pontife, mais encore à ceux des plus grands Empires.”