‹ Instruction pastorale de Monseigneur l'évêque de Montréal [microforme]Chapitre 10 sur 23 · HUITIEME QUESTION · texte numérisé non relu

HUITIEME QUESTION

LA PAPAUTÉ N’EST-ELI.E PAS.OPPOSÉE À LA LIBERTÉ DES GOUVERNEMENTS CONSTITUTIONNELS, EN N’ACCORDANT POINT LA LIBERTÉ DE LA DIS- CUSSION ? :

M. de la Guéronnière prétend que le gouvernement Pontifical.ne donne pas la liberté de la discussion, parce qu’il est gouverné par l’autorité catholique, et par le droit canon.

Mais où ce diplomate a-t-il pris. que l’Eglise n’admet ancune discussion ? Il n’a donc pas lu les actes du Concile tenu à Jérusalem, par les Apôtres eux-mêmes, qui s'étaient réunis tout exprès pour discuter et décider de très-graves questions. Il ne sait done pas que toujours, dans l’Eglise, on a discuté avant de décider les dogmes de la foi, ou de faire des canons de discipline. Mais laissant là les questions théologiques, pour en venir aux affaires politiques, ce grand publiciste pourrait-il ignorer que le St. Père réunit souvent les Cardinaux qui, sans faire tort à per-

sonne, ont bien autant de sagesse, de science et de prudence que les Séna-

teurs de France et les Lords d'Angleterre, pour toutes les affaires impor-

tantes de l’Eglise et de l'Etat,

Il est vrai que dans ce gouvernement, on ne met pas en délibéré, si on permettra l’usure qui ruine les peuples, si on établira des dépôts de mendicité pour cacher la plaie hideuse du paupérisme, si on donnera des

atentes aux filles de mauvaise vie, pour les mettre sous le contrôle de a loi, si on établira des tribunaux de divorce pour dissoudre des six cents mariages par an. Il est également vrai que là on a pour principe que la loi n’est pas athée, comme on osait le proclamer encore dans la chambre des députés, en France, en 1830 ; mais on admet tout au contraire,

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comme règles invariables, toutes les lois divines et les vérités révélées de Dieu ; et on les applique pour le bonheur du genre humain.

Maintenant est-ce que tout Gouvernement chrétien n’est pas obligé de se conformer à ces principes de toute justice ? S’il les suivait ponctuellement, est-ce que l’on verrait, dans le monde, autant d’iniquités publiques et particulières? Ne sont-ce pas ces règles divines qui ont civilisé PEurope et autres pays? N’est-ce pas l’oubli dr. ces saintes règles qui a fait rentrer tant de pays dans la voie de la barbarie ? n’est-ce pas le rejet de ces invariables principes, qui a fait, de certains princes, de cruels tyrans, et de certains peuples, des peuples démoralisés, et secouant tout oug.

, p Pour ce qui est du Droit Canon, que l’on suit dans les Etats Romains, l’on ne discute pas à la vérité les lois divines, pour décider si la loi humaine les fera respecter, ou les laissera dans l’oubli. Ilne vient pas à la pensée des législateurs de laisser à leur volonté ceux à qui il plait de travailler le dimanche ou de vivre dans le concubinage légal. li ne se croit pas permis de baïllonner les journaux qui défendent avec courage et talent les saines doctrines. Ce serait à ses yeux un crime de ne pas condamner les publications irreligieuses ou ordurières. Toutefois, il y a à Rome des commissions quisont comme des chambres de Représentants, chargés d’examiner soigneusement-les lois municipales et administratives, de régler les impôts et autres points, qui intéressent le bien des sujets. Dans ces assemblées, l’on ne manque pas d’aviser aux meilleurs moyens de rendre les populations vraiment heureuses. L’on y écoute les plaintes des intéressés ; et si elles sont fondées, on ne manque pas d’y faire justice.

A la vérité, ces consulteurs ne sont pas nommés par le peuple ; mais à la place ils sont choisis avec soin, et tirés des diverses municipalités, qui se trouvent formées par quelque collége électoral. Ainsi choisis, ils n’en sont que mieux qualifiés pour procurer le bien public, parce qu’ils sont indépendants de la faveur populaire.

D’ailleurs lorsque l’on fait une sérieuse attention à tout ce qui se passe dans les élections, à la vénalité qui y est à l’ordre du jour, aux excès qui s’y commettent, aux intempérances qui les souillent, aux faux serments qui s’y prêtent, aux médisances ou calomnies qui s’y disent, personne n’envie, pour les populations romaines, qui d’ailleurs n’y sont guères préparées, ce genre de gouvernement. Aussi il ne manque pas de bons publicistes en Europe, qui ne sont plus du tout engoués du système d'élection, pour toutes espèces de choses, parce qu’une triste ex-

érience leur a appris que ces élections déchaînent partout les passions es plus violentes.

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