‹ Instruction pour le peuple: cent traités sur les connaissances les plus indispensablesChapitre 117 sur 291 · EGYPTIENS · texte numérisé non relu

EGYPTIENS

Histoire des Egyptiens depuis les temps les plus anciens jusqu'à la conquête de leur royaume par les Perses, sous Camhyse (525 av. J.-C). — L'origine du peuple égyptien se perd dans la nuit des temps ; mais on ne peut douter qu'à une époque fort reculée, c'est-à-dire deux niille ans environ avant J.-C, l'Egypte ne fût déjà une contrée florissante et civilisée. Le gouvernement fut d'a- ^trd théocratique ou sacerdotal : le règne des dieux ou des prêtres de ces dieux constitue la première période de l'histoire égyptienne: période toute mythologique et sar laquelle on ne sait rien de certain. Au gouvernement des prêtres succéda celui des rois. Xlénès, dit I historien grec Hérodote, fut le premier homme qui régna en Egypte. Quelques cbronologistes font remouter >on existence au 24<^ siècle avant J. -C. Quoi qu'il en loit , à l'appui du témoignage d'Hérodote , divers monoments ont conservé le nom du fondateur de la monarchie égyptienne ; et c'est à ce titre qu'il se trouve in-

scrit dans les listes royales qu'on voit gravées dans quelques temples de l'Egypte encore subsistants.

Après Menés s'écoulèrent plusieurs siècles qui n'ont laissé qu'un souvenir obscur, et dans lesquels on place l'invasion des Hyksos, qui détruisit presque de fond en comble l'antique civilisation de l'Egypte. Sous ce nom à^ Hyksos , ou plus communément de pasteurs , les historiens désignent un peuple étranger , une tribu nomade qui domina sur cette contrée pendant 260 ans. Leur origine n'est pas connue avec certitude : on suppose qu'ils étaient de race scytbique. Ce fut Aménophis Thclmosis, de la dynastie des anciens rois, qui chassa ces étrangers et réunit l'Egypte sous un même sceptre (vers 1800); car elle avait été divisée jusque-là en plusieurs souverainetés indépendantes. Parmi les successeurs d'Aménophis Thetmosis, on distingue Mœris, qui, entre aiAres travaux célèbres , fit creuser le fameux lac destiné à recevoir les eaux du Nil quand elles étaient trop abondantes , et à les rendre aux campagnes ouand l'inondation avait été trop faible ; mais le plus célèbre de tous fut Sésostris , appelé aussi Ramsès-Ie-Grand , sous qui l'Egypte atteignit son plus haut degré de puissance et de prospérité (vers 1 600).

Sésostris s'est illustré surtout par ses conquêtes. 11 équipa le pr^mier une flotte , et subjugua les Arabes, les Ethiopiens, les Libyens. 11 porta ensuite ses armes dans l'Asie jusqu'au delà du Gange. Du temps d'Hérodote on voyait encore dans l'Asie-Mineure plusieurs monuments de ses victoires , et on lisait sur des colonnes cette inscription gravée : « Sésostris, le roi des rois et le sei- « faneur des seigneurs, a conquis ce pays par ses armes. • De retour dans ses états , il y fit fleurir tous les arts de la paix , et mit le comble à sa gloire par des institutions politiques , des lois et des travaux d'utilité générale. Il divisa l'Egypte en 36 nomes ou départements , et la couvrit de superbes monuments. •• La gloire de ce roi fut telle, dit Diodore de Sicile, autre historien grec, et subsista si longtemps dans la postérité , que , mille ans après, l'Egypte étant toml>ée sous la puissance des Perses , et Darius , père de Xerxès , voulant faire placer sa propre statue au-dessus de celle de Sésostris , le grandprêtre s'opposa à cette prétention, se fondant sur ce que le roi de Perse n'avait pas encore surpassé les grandes actions de Sésostris. Loin de s'irriter de cette action hardie , Darius y prit plaisir, et se borna à répondre qu'il s'efforcerait, s'il vivait autant que Sésostris, de ne pas rester au-dessous de lui. ^ OOQIC

Sisostris laissa le trône à sou fils Phéron , a quOucci-

dèrent , mais k de longs intervalles , Protée , contemporain de la guerre de Troie (1209) ; Chéops et Chephrem , qui, an rapport d'Hérodote, construisirent deux des grandes pyramides qu'on voit encore aujourd'hui ; Afyeirimtt, à qui l'on doit la troisième; Boeekoris, célèbre par un code de lois. Avec le 8<^ siècle commença la décadence de l'Egjpte. Elle se releva un moment sous Psammétiqne (671-656), dont le règne occupe une place importante dans l'histoire , parce qu'il fut le premier qui ouvrit les portes du royaume aux étrangers , contrairement aux anciens usages du pays .-jusque-là ceux qui abordaient sur la côte d'Egypte étaient impitoyablement massacrés. Il entra en commerce avec. les Grecs; et, depuis cette époque, l'iiistoire égyptienne prend un caractère de certitude qu'elle n'avait pas* en jusqu'alors.

Psammétique eut pour fils Néchao, qui n*est pas moins célèbre par ses grands travaux et ses entreprises commerciales. C'est lui qui tenta de joindre le Nil à la mer Rouge par un canal: projet qu'il ne put mettre à exécution , et qui depuis tant de siècles n'a point enpore été réalisé , malgré l'importance des résultats que cette jonction aurait pour le commerce et la navigation en abrégeant la route des Indes. C'est encore par ses ordres qu'une flotte , conduite par des navigateurs phéniciens , fit le tour de l'Afrique et revint en Egypte par le détroit de Gibraltar.

Le royaume d'Egypte subsista encore un siècle, et finit par tomber (525) sous la puissance des Perses. Psamménlt fut son dernier roi. Depuis celte époque l'Egypte demeura presque toujours esclave on tributaire des Pertes jusqu'au temps d'Alexandre. Après la mort de ce conquérant, elle acquit un nouvel éclat sous les Ptolémées , conune on le verra dans la saite.

Notions divertes sur l'Egypte, — L'Egypte a toujours été regardée , chei les anciens , comme la mère des arts et des sciences. C'est à l'Egypte , en effet , que la Grèce dut sa religion , sa philosophie , ses institutions et jusqu'aux principes de ses arts. Hésiode, son premier poète ; Hérodote , son premier historien ; Thaïes et Pythagore , ses premiers philosophes ; Solon , un de ses premiers législateurs , tous allèrent s'instruire à l'école des prêtres de l'Egypte. Il n'est pas jusqu'aux Juifs , ce peuple tout i part , qui n'aient profité des connaissances des Egyptiens. Moïse avait étudié dans les temples ; et , dans des temps postérieurs , presque tous les hommes célèbres de l'antiquité , tous ceux qui ont contribué plus ou moins aux progrès de la civilisation , ont fait , pour ainsi dire , nn pèlerinage en Egypte. Enfin , au défaut de tout autre monument, les ruines immenses dont le sol entier de l'Egypte est couvert suffiraient pour attester l'ontique splendeur de cette contrée.

Quoique nous ne connaissions qu'obscurément et d'une manière fort incomplète les lois et les institutions des anciens Egyptiens , ce que les Grecs et les Latins nous en ont appris justifie la haute réputation de sagesse dont ils jouissaient dans l'antiquité.

Dans tous les temps , chet tous les peuples , on rencontre à l'origine un législateur, un Moïse, un Lycurgue, nn Solon, un Numa, en qui la nation se personnifie en quelque sorte. Hermès, surnommé TrismégisU (c'esl-àdire trois fois grand), aurait été le législateur des Egyptiens. C'est i lui qu'ils rapportaient, comme à un dieu bienfaisant, l'invention de tous les arts et de toutes les •ctencet. Le code sadré d'Hermès était célèbre chei les anciens; mais rien ne notis en est parvenu.

De même que dans l'Inde, la constitution politique des Egyptiens reposait sur la distinction des castes. Les prêtres et les guerriers composaient les deux principales ; après eux venait le peuple , subdivisé lui-même en plusieurs classes qui ne detaieiit jamais te confondre : il

était interdit k tout Egyptien de sortir de la condition où le sort l'avait fait naître , et d'exercer une antre profession que celle de son père. Du reste , tontes les profesnoof étaient honorées. Les inventeurs des choses utiles recevaient de dignes réGomi>enses de lenrt travaux. Le premier de tons les peuples qui ait en des btbliothèqoe* est celui d'Egypte. On les appelait le irésùr des remède» de l'âme : elle s'y guérissait, en effet, de l'ignorance, la plus dangereuse de ses maladies , et la source de tontcf les autres. On révérait extrêmement la vieillcste. Tons les Egyptiens , même les rois , étaient soumis à un jugement après leur mort. Le lieu où on le rendait ( c'était sur le bord d'un lac), les cérémonies dont il était accompagné , ont sans doute donné naissance cbex les Grecs aux fables du Styx , de Caron , des juges infernaux , du Tartare et de l'Elysée.

L'histoire des arts en Egypte est moins conjectnnde que celle des sciences et des lois ; car les monuments ou les ruines de cet monuments sont là sons nos yeux. et l'on peut les juger. Des temples , des palais , des colosses , que le temps ni les hommes n'ont pn détraire . peuvent donner une idée du degré de puissance el é^ perfection où les Eg^'ptiens avaient porté left arts. • La Thébaide , dit M. de la Rosière , membre de la commission scientifique d'Egypte , riche surtout en monumcnU et en souvenirs anciens , semble un pays enchanté : cest l'impression qu'elle produit sur les esprits les moins cultivés : vingt cités et beaucoup de lieux inhabités offrrct aux voyageurs toujours surpris ces grands édifices antiques, chefs-d'œuvre de l'architecture, non-senlement par leurs masses imposantes , leur caractère grave et religieux , mais par leur belle et simple ordonnance . par l'élégante et sage disposition des sculptures emKlémattques qui les décorent , et par la richesse inooncevable ^e leurs ornements, qui ne sont jamais insignifiants. Tbèbe». bouleversée par tant de révolutions ; Thèbes, mainteuafit déserte, remplit encore d'étonnement ceux qui ont tc les antiques merveilles de Rome et d'Athènes ; Thèbes. s l'aspect de laquelle nos armées , victorieuses de tant et pays célèbres dans les arts, s'arrêtèrent spontaDénaent m poussant un cri unanime de surprise et d'adjiiiratioa . Thèbes, célébrée par Homère , et de son temps la première ville du monde , après 84 siècles de dê«'aatati<Ki en est encore la plus étonnante ! On se croit dans m songe quand on contemple l'immensité de ses mines, U grandeur et la majesté de ses édifices , et les restes innombrables de son antique magnificence. >

Mais de tous les monuments dont l'Egypte est ronverte , et dont la seule énumération ferait la matière d'oa volume, les plus merveilleux sont, sans contredit, les Pyramides, CCS constructions colossales que l'on a peine s se figurer élevées par la main de l'homme , tant dK? supposent d'efforts et de puissance ! Il en existe enc^r^ nn grand nombre sur divers points de l'Egypte ; mais \i^ trois plus remarquables sont celles qui sont situées i Incident du Nil , près de la petite ville de Giaéh , dm l'endroit même qu'occupait l'ancienne Memphis. Lu principale, dont on attribue la construction à (^heops . i 160 mètres de hauteur. Elle est construite par asuse* formant des gradins qui rentrent les uns snr les antres de de 28 à 30 cent , et présentent l'image d'un giganlesqiM escalier. Sa base est de 238 mètres. Quelle imnKi:i«*' quantité de bras a dû exiger la construction d'une pareille masse i une époque où la mécanique ne derait pi» être fort avancée ! L'entrée de la pyramide de Cbéops a été découverte il y a déjà plusieurs siècles ; des voyagesr* modernes ont aussi pénétré dans quelques antres, dort ils ont trouvé l'intérieur à peu prêt le même partovt Cette entrée est pratiquée vers le milieu de la lianimr sur l'une des quatre faces ; de là une allée étroite descean^ vers le centre de la bâte , puis remonte de noateaa. Li

HISTOIRE ANCIENNE

plat souveol oa n'a décoavorl dans les pyramides que deax ou trois vastes chambres , et dans la plos grande on sarcophage renfermant probablement les dépoaiiles mortelles du Pharaon en Thonneur duquel la pyramide «fait été bâtie , car nui doute que ces pyramides ne fussent des tombeaux. Leur forme funéraire sufGrait pour attester leur destination. Si la 4angue des anciens Egyptiens a disparu de la terre , s'il ne reste d'eux aucun livre pour nous faire connaître l'esprit de leurs croyances et de leurs institutions, cet esprit apparaît clairement dans ces blocs énormes , qui ont traversé les siècles. La contionelle préoccupation de la mort : voilà l'idée qui présidait à tontes les créations de l'Egypte. • Ne vous étonnes pas , dit Bossuel , de voir tant de magnificence en ces édifices : c'est qu'on les regardait comme des demeures éternelles. Leurs maisons étaient appelée^ des hôtelleries, où l'on n'était qu'en passant, et pendant une vie trop courte pour terminer tous nos desseins ; mais les maisons véritables étaient les tombeaux que nous devions habiter durant des siècles infinis. « La sculpture présente le même caractère : chaque figure est toujours prise dans une attitude de repos. Les griffons, les sphinx sont couchés sur leur base , les pieds étendus, la tête droite et l'ceil fixe ; les dieux attachés à leurs sièges, les guerriers immobiles , quoique debout

Quoique le défaut d'espace ne nous permette pas de nous arrêter longtemps sur ce qui regarde les arts et les monunnents de l'Egypte, nous ne saurions passer sous silence les ohiUêque»^ qui se placent dans la sculpture an même rang que les pyramides dans l'architecture. Le nom d^pbélùque vient d'un mot grec qui signifie petite krœke, nom donné par raillerie à des masses si énormes, dont quelques-unes ont plus de 100 pieds de longueur. Ces mooumenls servaient à décorer les avenues des temples. L'obélisque qui se voit a Paris sur la place de la Concorde formait, avec un antre de la même grandeur, rentrée d'un palais immense an milieu des ruines de l'ancienne Thèbes aux cent portée^ près du village de Lonqtor.

Conune les obélisques, la plupart des monuments égyptiens étaient couverts de dessins et de figures, qu'on appelle kiéroglypheê. Us étaient destinés à conserver le souvenir des événements les plus remarquables. «Leur signification se perdit sans doute dès le temps où les 6rec8 80 furent rendus maîtres de l'Egypte , et elle est restée ignorée pendant 2,000 ans. De nos jours enfin un Français, M. ChampoUion, parait avoir réussi à trouver la clef de cette écriture énigmatique.

Il nous reste à parler de la religion des Egyptiens. Elle est peu connue : ches tous les peuples de l'anliquité païenne , la religion avait ses dogmes secrets , ses mystères, dont les prêtres étaient les dépositaires exclusifs et qu'ils ne communiquaient qu'à un certain nombre d'initiée : de sorte qu'il faut toujours se garder de confondre les superstitions populaires avec la religion telle que les prêtres l'enseignaient dans les temples. Tout pcHie à croire que ceux de l'Egypte avaient de trèshautes idées sur Dieu, snr la ffirmation du monde, sur l'hoauno et sur sa destinée : témoin cette inscription qu'on lisait snr le piédestal de la statue d'Isis , une de leurs principales divinités : ■ Je suis tout ce qui est, tout ce qui a été, tout ce qui sera : nul mortel n'a encore levé le voile qui me couvre. > Cette Isis partageait avec Osiris, son frère ou son époux, le culte suprême des Rgf ptiens, soit qu'ils adorassent sous ces noms le soleil on la lune, on des personnages divinisés. A ces deux divinités bienfaisantes était opposé Typhon, le dieu du mai. Cette croyance à deux principes contraires, que les philosophes désignent sous le nom de dualisme, élaii commune à la plupart des peuples orientaux. Il est égalemeot certain que l'immortalité de Yàme était un

point capital de la véritable religion des Egyptiens; mais ils croyaient à la métempsycose, c'est-à-dire au passage des Ames d'un corps dans un autre ; et , comme ils s'imaginaient que l'àme ne quittait le corps qu'après qu'il était entièrement détruit, au lieu d'enterrer les cadavres, ils les embaumaient pour les conserver. Les momies que possède le Musée royal ont incontestablement plusieurs milliers d'années d'antiquité.

Du reste on ne saurait rien imaginer de plus extravagant que le culte vulgaire des Egyptiens : ils adoraient jusqu'aux animaux et aux plantes. Le chat , le serpent, le crococUie, le rat, l'hippopotame avaient des autels. De tous ces animaux divinisés, le bœuf Apis était le plus célèbre : les honneurs qu'on lui rendait, les dépenses pour le nourrir, le désespoir après sa mort , l'empressement à lui chercher un successeur paraissent incroyables. Toutefois ces superstitions peuvent s'expliquer jusqu'à un certain point A l'exception du peuple juif, tous les peuples anciens confondaient plus ou moins la nature avec Dieu, la créature avec le Créateur ; et de cette idée confuse ou erronée du premier principe des choses il n'y avait qu'un pas à l'idolAtrie la plus insensée.

Enfin c'est en Egypte que venait , dit-on , cet oiseau merveilleux , dont tout le monde parle et que personne n'a encore vu : le phénix. Les Egyptiens le peignaient de la gruideur d'un aigle , avec une belle huppe sur la tête, les plumes du cou dorées, la queue blanche, mêlée de plumes incarnates, et les yeux étincelants. Lorsqu'il voyait sa fin approcher, c'est-à-dire après cinq cents ans d'existence, il se bâtissait un nid de plantes aromatiques qu'il exposait aux rayons du soleil , et sur lequel il se consumait. De ses cendres naissait un autre phénix. Le premier soin du fils était de rendre à son père les honneurs de la sépulture : il formait avec de la myrrhe une masse en forme d'œuf, la creusait, y déposait le corps enduit de myrrhe, et portait ce précieux fardeau à Héliopolis , dans le temple dn Soleil. Suivant Hérodote, cet oiseau, originaire d'Arabie, parut pour la dernière fois en Egypte sous le règne d'Amasis , un des derniers Pharaons. Il est vraisemblable que ce phénix était un symbole de l'immortalité de Tâmc.

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