ASSYRIENS
Hiâtoire de* Atsyriens depuis les premiers temps jusqu'à ia mort de SardanapaU (759). Au point de vue de Ifi conquête et de la domination, toute l'antiquité se résume dans l'histoire de deux grands empires : l'empire assyrien et l'empire romain. L'empire assyrien, qui eut pour berceau le pays situé entre l'Euphrate et le Tigre , constitue à lui seul la première période de l'histoire ancienne proprement dite, celle qui fait l'objet de ce traité. Divers peuples, il est vrai , se remplacent tour à tour sur la scène : les Mèdes succèdent aux Babyloniens , les Perses aux Mèdes , les Grecs aux Perses, mais c'est toujours le même empire, l'empire assyrien : il ne fait que changer de nom. Dans les premiers temps le nom d'Assyrie désignait exclusivement le pays situé à l'est du Tigre; plus tard il devint commun à toute celte partie de l'Asie qui comprenait, avec l'Assyrie proprement dite, la Babylonie, la Gbaldée et la Mésopotamie ; enfin la conquête l'étendit à tous les pays tributaires.
Les Assyriens, comme les Egyptiens, doivent être regardés comme un des peuples les plus anciennement civilisés. Suivant l'EdntUre, la fondation de Ëabylone et de Ninive remonterait à la cinquième génération après le déluge, e' est-à-dire an 22" siècle avant J.-C. «Nemrod, dit la Genèse , commença à être puissant sur la terre. Les premières villes de son royaume furent Babylone, Arach et Chalannê , en la terre de Sennaar. Dri
ce pays-là sortit Atsur , qui bâlit Mnive, > Ainsi Nemrodf qui est appelé dans les livres saints un fort ckaa^ ieur devant le Seigneur , fonda Babylone sur les bords de TEuphrate; et Assur, dans le même temps, éleva Ninive sur la rive gauche du Tigre , au nord-ouest de Babylone , dans TAssyrie proprement dite. Durant plusieurs siècles, ces deui villes furent les capitales de deux royaumes séparés. On ne sait rien de certain sur leur histoire jusqu'au temps de Bélus, qui, vers Tan 1800 avant J.-C. , créa le premier empire d'Auyrie^ en réunissant le royaume de Babylone à celui de Ninive.
Ninus, fils et successeur de Bélus , agrandit encore par ses conquêtes l'empire que lui avait laissé son père. La célèbre Sémiramis , sa veuve , acheva par son génie de le porter au plus haut point de splendeur. C'est elle qui fit de Babylone une ville si magnifique que les descriptions que les historiens nous ont laissées de cette ville paraissent presque incroyables. Babylone , comme nous l'avons dit, était située sur les bords de l'Euphrate , qui la traversait. La muraille qui l'entourait avait 360 stades de circonférence (environ 15 lieues), 200 coudées de hauteur et 50 d'épaisseur : six chariots y pouvaient passer de front ; cent portes de brome donnaient entrée dans la ville ; enfin un fossé large et profond l'environnait de tontes parts. L'intérieur de la ville répondait à la grandeur et à la magnificence de son extérieur : de grandes et larges rues bordées de maisons de trois ou quatre étages aboutissaient de chaque côté à TEuphrate, sur lequel on avait jeté un pont d'une beauté supérieure à tout ce qui avait été fait jusqu'alors. Pour construire ce pont, Sémiramis avait fait détourner l'Euphrate ; les pierres en étaient fortement liées avec du fer, et les planches étaient de bois de cèdre, de palmier et de cyprès. A chaque bout s'élevait un palais magnifique : l'un servait de demeure à Sémiramis; l'autre était le temple de Bélus. Ce palais était entouré de trois enceintes d'une immense étendue et d'une énorme épaisseur; la seconde était ornée de figures si bien faites, ' au rapport de Diodore de Sicile, qu'on était tenté de les croire animées ; sur la troisième on voyait une grande chasse : au milieu Sémiramis était à cheval perçant un léopard/ et son époux Ninus tout près d'elle combattant contre un lion. Le temple était composé de huit tours superposées, dans lesquelles on montait par des degrés extérieurs ; et, sur le faite , Sémiramis avait fait placer les statues en or de Jupiter , de Junon et de Rhée. Jupiter était debout et semblait marcher ; il avait quarante pieds de haut et pesait mille talents. La statue de Rhée - était de même poids, assise sur un trône d'or : elle avait un lion à chaque genou , et à quelque distance deux serpents d'argent du poids de trente talents chacun. Junon était debout comme Jupiter ; elle saisissait de la main droite un serpent par la tête, et de sa main gauche étendait un sceptre d'or enrichi de diamants. Outre le pont sur l'Euphrate, Sémiramis avait fait creuser sous le lit du fleuve, pour communiquer secrètement d'un palais a l'autre, un tunnel de douze pieds de hauteur et quinze de largeur, qui fut achevé en 260 jours. Enfin ces jardins suspendus, que les anciens comptaient parmi les sept merveilles du monde, faisaient de Babylone une ville incomparable. Ces ouvrages gigantesques, qui ne sont égalés que par ceux de l'Egypte, donnent une idée de la puissance et de la grandeur de celte reine qui, pour les exécuter, rassembla, selon Diodore de Sicile, deux millions d'hommes sur les bords de l'Euphrate.
Les expéditions militaires de Sémiramis ne sont pas moins merveilleuses que les travaux et les constructions qui ont immortalisé son nom. Elle soumit l'Asie jusqu'à rindus, l'Arabie, TEgypte, et porta ses armes jusque dans la Libye. Elle visita dans cette contrée le temple de Jupiter Ammon , dont l'oracle lui annonça que sa vie
finirait lorsque son fils Ninias conspirenil contre elle « et qu'après sa mort les peuples de l'Asie Ini rendrateot les honneurs divins. De retour à Babylone , elle découvrit, en effet, une conspiration tramée contre elle par Ninias. Convaincue de la véracité de l'orade, elle ne punit aucun des coupables , céda sans murmure le scep* tre à son fils , et se déroba à la vue des homones , dans l'espoir de jouir bientôt des honneurs que Jupiter Aut" mon lui avait promis. Frappés de cette disparition qui leur semblait surnaturelle, les Assyriens lui érigèrent des temples et l'adorèrent , dit-on , sons la forme d'une colombe , parce qu'un jour on avait vu une troupe de colombes sur le faite de son palais et qu'on supposait qu'elle s*était envolée avec elles.
Avec Ninias commence une longue série de rois , dont l'histoire est inconnue jusqu'à Sardanapale , en qui finit le premier empire assyrien , et dont le nom ■ servi depuis à caractériser les princes uniquement adonnés à leurs plaisirs. Sardanapale , suivant l'usage de ses prédécesseurs , laissait Babylone à des lientenanls , et avait fixé sa résidence à Ninive. C'est là qu'il vivait dans le luxe et la mollesse , négligeant les soins du gooTemcment Arbace, gouverneur de Ifédie (contrée tribalaire de l'Assyrie ) , ayant vu ce prince dans son palsis au milieu d'une troupe de femmes débauchées, habillé et paré lui-même comme une courtisane et maniant la quenouille et le fuseau , fut si révolté d'obéir à on prince aussi indigne du sceptre , qu'il forma le projet de le renverser. Bélésis , gouverneur de Babylone , se ligua avec lui. Le roi , forcé de prendre les armes , remporta d'abord quelques avantages contre les rebelles ; mais . vaincu dans un dernier combat , il prit la fuite et s'enferma dans la ville de Ninive , où il se défendit pendant plus d'un an. Réduit à la dernière extrémité et voulant effacer par une mort courageuse la honte de sa vie , il se fit préparer un bûcher immense , entassa dessus sec eunuques , ses femmes et ses trésors, et se bràia avec eux (759 av. J.-C).
Trois grands royaumes se formèrent des débris ds premier empire assyrien : celui de Bahyhme, sons Bélésis; celui de A^inice'ou d'Assyrie proprement dit, sous Ninus le jeune ; et enfin celui de Médie, sous Arbace. Cet état de choses dura, comme on le 'verra dans la soile. jusqu'au temps de Cyrus , roi de Perse.
Royaume de Midie. — L'histoire ne nous a rien conservé des premiers temps de la Médie , qui fut conquise par les rois d'Assyrie et resta pendant quelques sièdes sous leur domination. Arbace, comme on l'a vu plus haut , chef de la révolte qui renversa Sardanapale , affranchit la Ifédie du joug des Assyriens , et devint le premier roi de cette contrée , dont il n'avait été josqvelà que simple gouverneur. 11 eut pour successeur Déjocès, qui bitit Echatane, ville presque aussi célètar que Babylone et Ninive par son faste asiatique. La poi»sance de ce nouveau royaume s'accrut en très-peu de temps , et prépara celle de la monarchie persane , dont l'histoire forme , sous un autre nom , la seconde périodr de l'empire assyrien.
Royaume de Babylone. — Après la mort de Sardanapale , Babylone resta faible et languissante jusqu'au règne de Sarac (625). Parmi les rois qui la gonveniêreiit dans cet intervalle , un seul mérite d'être cité, Nabonassar , à cause de l'ère qui porte son nom et qui conuneoee en 747.
Royaume de Ninive ou d^ Assyrie proprement dit. — Ninive, au contraire, déploya une activité nonvclie. Cet accroissement de force inspira à ses rois Fidée de reconquérir Babylone. La réunion de ces deux villes ea( lieu sous Assar-Haddon (680) , et dura jusqv*eii 62i . sous le règne de Sarac ou Chinaladan. Nabopolassar, gouverneur de Babylone pour Sarac, se révuila contre ce
HISTOIRE ANGIEXNE.
priDce, •*anit avec les Uèdfis, prit Ninive, la détniisit et força Sarac & se donner la mort Cette catastrophe mit fin au royaume de Ninive oo d'Jlssyrie proprement dit ; mais les Babyloniens héritèrent de ce dernier nom et le perpétuèrent encore près d'un siècle jusqu'à la conquête de Cyrus. C'est cette troisième réunion des royaumes de Babylone et de Ninive que les historiens désignent sons le nom de second empire atafrien , dont le dernier roi fol Labynit on Balthasar, vaincu par Cyrus.
Notiomâ diteneê tur le» Ateyriens. — Les Babyloniens , les Chaldéens , et tous ces peuples qui , sous le Dom commun d'Assyriens , se sont disputé l'empire du pays situé entre l'Euphrate et le Tigre , ont , comme les Egyptiens, la réputation d'avoir joui de bonne heure des bienfaits d'une civilisation très-avancée. Les Chaldéens sont surtout célèbres par leurs connaissances astronomiques. Aleiandre, dans le cours de ses conquêtes, envoya à Aristote un registre d'observations astronomiques non interrompues, lesquelles remontaient, dit-on, à une antiquité de 1903 années. A une époque très-reculée, ils trouvèrent l'année solaire de 365 jours. Ce que nous avons dit de la magnificence de Babylone atteste suffisamment les progrès des Assyriens dans les arts.
Quant à leur religion , elle consistait principalement dans le culte de la nature en général et des astres en particulier. Comme chei la plupart des peuples orientaux, le gouvernement était despotique, et les rois étaient adorés comme des dieux. La polygamie était permise, et le culte honteux de la déesse Mylitta, la Vénus assyrienne , avait introduit dans les mœurs une licence qui passe toute croyance.
Peuples secondaires. — - Phéniciens. La Phénicie, petite région de la Syrie , est célèbre dans l'antiquité par son commerce et son industrie. L'art de la navigation y était connu de temps immémorial. Tyr, surnommée la reine de la mer, et Sidon étaient les deux villes principales de cette contrée. Du 19« au 1 3' siècle avant J.-C. , les Phéniciens couvrirent de leurs colonies les côtes et les fies de la Méditerranée. On prétend même qu'ils naTiguèrent jusque dans TOcéan Atlantique. Cartbage , la rivale de Rome , fut fondée par Didon , princesse de Tyr, dont Virgile, le plus grand des poètes latins, a immortalisé les aventures dans son Enéide. Le fameux temple de Salomon fut bâti par un Tyrien , noînmé Hiram. Les riches ornements , les métaux précieux qu'on y voyait briller venaient de Tyr et de Sidon. Homère , dans son Odyssée, fait Téloge d'un collier d'ambre et d'or, ouvrage des Phéniciens. Leur industrie était surtout renommée pour la teinture de pourpre, dont ils devaient, dit-on, la découverte au hasard. On raconte qu'on cbien de berger, pressé par la faim , brisa entre ses dents un coquillage dont le sang teignit sa gueule d*une couleur éclatante qui frappa les yeux et qu'on parvint ensuite à appliquer avec succès aux étoffes destinées à la parure des rois et des grands de la terre. Enfin c'est aux Phéniciens qu'on attribue vulgairement l'invention de l'écriture, invention qu'ils eurent du moins le mérite de répandre dans l'Occident.
Troyens. — Le génie d'Homère a immortalisé le nom de ce peuple qui habitait les rives du Xanlhe et du Siniois , entre l'HelIespont, la mer Egée et le mont Ida. Troie, capitale de la Phrygie, fut pendant quelques siècles le siège d'un royaume florissant. Fondée par Tros ou Dardanus vers Tan 1500 avant J.-C, elle subsista jusqu'au temps de Priam , où elle succomba sous les armes des Grecs après 10 ans de combats (1209). Son
histoire se confond avec celle des temps mythologiques
de la Grèce.
Lydiens. Parmi les divers petits états de l'Asie-Mi-
neure dont les noms se trouvent mêlés à l'histoire des
Perses et des Grecs , le royaume de Lydie est celui qui
a jeté le plus d'éclat Sa capitale était la ville de Sardes, située sur les rives du Pactole, fleuve fameux dans l'histoire et dans la fable , et qui roulait de l'or dans ses sables. Le plus puissant, mais le dernier de ses rois , fut Crésns, si célèbre par son faste et son opulence. La Cour de ce prince était le rendei-vous des philosophes et des gens de lettres. Solon, un des sept sages de la Grèce , étant venu le voir , Crésus étala devant lui ses trésors, croyant éblouir les yeux du philosophe, mais Solon se contenta de lui dire : «N'appelons per-* sonne heurenx avant sa mort. • En effet, Crésus ne jouit pas longtemps de ses richesses et de son bonheur : s'étant allié aux Assyriens contre Cyrus, il fut battu à la bataille de Thymbrée (548;, puis, assiégé dans Sardes, qui ne tarda pas à être prise. Le vaincu , conduit devant le vainqueur, fut, dit-on, condamné à être brûlé vif. C'est alors que , reconnaissant la vérité de ce que Solon lui avait dit, il prononça par trois fois en gémissant le nom de ce philosophe. Cyrus voulut savoir la cause de cette exclamation ; et, apprenant de la bouche de l'infortuné monarque ce que le sage grec lui avait dit, au milieu de ses prospérités, sur l'instabilité de la fortune, il craignit probablement pour lui les mêmes vicissitudes, et accorda la vie à son illustre et malheureux prisonnier. On verra pins loin , dans l'histoire de la Grèce , que l'incendie de la ville de Sardes fut le signal de la grande lutte entre les Perses et les Grecs.