DEUXIEME PARTIE
SBTTliin IT DBR.VtàRB ÉPOQITR.
Av^n^ment de J.C. «f prédication dr rKvangilf .
Naiisance et vis cachée de Jésus-Christ. — Vers la fin du règne d'Hérode il y avait à Xaiareth , petite ville de la Galilée, une vierge nommée Marie qui était unie a un saint homme , appelé Joseph , par le lien d'un mariage mystique. Ils étaient tous deux de la tribu de Juda et de la race de David , mais pauvres et obscurs.
Un jour que Marie était seule et priait , l'ange Gabriel lui apparut et lui annonça qu'elle serait la mère du Christ, du fils de Dieu. C'est au moment on la Vierge répondit à l'ange : Je suie la servants du Seigneur ^ que s'accomplit le mystère de l'Incarnation , et que le Verbe de Dieu , la seconde personne de la Sainte-Trinité , se fit chair , c'est-àdire devint homme comme nous en prenant véritablement un corps et une âme dans le sein de la vierge Marie.
Quelque temps après, Marie alla visiter Elisabeth , sa cousine , de qui devait naître Jean-Baptiste , le précurseur du Messie. A peine Elisabeth eut-elle entendu la voix de la Vierge qu'elle fut remplie du Saint-Esprit, et s'écria : • Vous êtes bénie entre toutes les femmes , et le fruit de vos entrailles est béni. • Et Marie lui répondit par les paroles de cet admirable cantique : "■ Mon âme glori/e le Seigneur. . . > , monument éternel de son humilité et de sa reconnaissance, tableau louchant de la Providence qui élève les humbles et confond la puissance orgueilleuse pour proléger le faible et secourir l'indigent.
Après avoir passé trois mois avec Elisabeth , Marie retourna dans sa maison. La même année elle se rendit avec Joseph à Bethléem, d'où sa famille était originaire, pour s'y faire inscrire conformément à un édit de l'empereur Auguste , qui ordonnait le dénombrement de tous les habitants de l'empire. N'ayant pu trouver de place dans les hôtelleries , ils se virent forcés de se retirer dans une étable. Ce fut là que le Sauveur du monde naquit sur la paille , dans la nuit du 24 décembre. Aussitôt après sa naissance, il fut visité par des bergers à qui les anges avaient annoncé celte grande nouvelle. Dieu voulut montrer par là qu'il cachait dès lors ses mystères aux grands et aux sages du monde , et ne les révélait qu'aux petits et aux humbles.
Huit jours après, le fils de Marie fut circoncis suivant la loi, et reçut le nom de Jésus , c'est-à-dire Saureur , qui était le nom que l'auge lui av"jf^^(ff)^i^<[î)lG^)(^l conçu dans te sein de la Vierge. O
Les preini«rf genliis qui «inrent rendre gloire à m dil'inité furent les liages qu'on appelle ordinairement les trait rois. Us venaient d'Orient conduits par une étoile miraculeuse, et demandèrent où était le roi des Juifs nouvellement né. L'ayant trouvé , ils l'adorèrent et lui offrirent de l'or , de l'encens et de la myrrhe , pour témoigner qu'il était roi, Dieu et homme tout ensemble. Hérode, soupçonneux et cruel, à qui les liages n'avaient pas caché la cause de leur venue , et qui craignait que ce nouveau roi des Juifs ne voulût un jour le délrdner , ordonna de passer au fil de l'épée tous les enfants de deux ans et au-dessous qui se trouvaient à Bethléem et dans les environs. Il comptait envelopper dans ce massacre celui dont les Mages lui avaient annoncé la naissance ; mais Joseph, averti par nn ange, s'était retiré en Egypte avec l'enfant et la mère , et n'en revint qu'après la mort du tyran.
Or les parents de Jésus demeuraient à Nasarelh et se rendaient tous les ans à Jérusalem ponr célébrer la pâqne. Lorsque Jésus eut atteint sa douiième année, ils le prirent avec eux. La fête étant achevée, Marie et Joseph quittèrent Jérusalem ; et , croyant que Jésus se trouvait avec leurs parents ou leurs amis qui les accompagnaient, ils marchèrent un jour sans s'apercevoir de son absence. Le soir , ne le voyant pas , ils retournèrent à Jérusalem , et, après l'avoir cherché longtemps , ils le retrouvèrent dans le temple assis au milieu des docteurs , les écoutant et les interrogeant , et étonnant tous les auditeurs par la sagesse de te» paroles. (Test tout ce que l'Eirangile nous apprend de Jésus jusqu'au moment de sa manifestation. On lit seulement qu'il croissait en grâce et en sagesse devant les hommes , étant soumis i Marie et à Joseph , et menant comme eux une vie obscure , simple et laborieuse.
ManifeêtatioH de Jinu-Ckriët. — La quintième année de l'empire de Tibère, Ponce-Pilate étant gouverneur de la Judée, Hérode-Antipas étant tétrarque de Galilée , sons les grands sacrificateurs Anne et Caïphe, il parut un grand prophète , Jean , fils de Zacharie et d'Elisabeth. Le précurseur du Messie avait passé toute sa vie dans la solitude, avec une austérité plus grande que celle des anciens prophètes. Son vêlement était un ciliée de poils de chameau, et sa nourriture du miel sauvage et une espèce de sauterelles qui , dans ce pays , fournissent un aliment aux pauvres. Or Jésus avait environ trente ans lorsque Jean sortit du désert et commença sur les bords du Jourdain à prêcher la pénitence, annonçant que le règne de Dieu approchait, et baptisant tous ceux qui venaient à lui.
Jésus se présenta dans la foule pour être baptisé , et au moment où Jean répandait l'eau sur la tête du Sauveur, le ciel s'ouvrit, l'Esprit saint descendit sur lui, et l'on entendit une voix qui disait : • Tu es mon fils bien aimé , celui eu qui j'ai mis tout mon amour. <
Vocation de» apàtret. — Notre Seigneur se retira ensuite dans le désert où il jeûna pendant quarante jours et quarante nuits , et triompha des attaques de l'esprit de ténèbres, qui essaya d'exciter en lui les trois passions, source de tout péché , l'amour du plaisir , l'orgueil , la soif des honneurs et des richesses. Satan s'enfuit à ces paroles du Sauveur : • Tu adoreras le Seigneur tdn Dieu et tu ne serviras que lui. •
Jésus fut bientût suivi d'une grande foule de peuple qui venait admirer ses œuvres et écouter ses paroles. Nonseulement les Juifs le suivaient, mais les Samaritains et les gentils, et sa réputation s'étendait dans les pays d'alentour.
Comme il marchait sur les bords du tac de Génésarelli, il appela quatre pêcheurs, Simon , fils de Jean , qu'il suruomma Pierre , et André , son frère ; puis les deux fils de Zébédée, Jacques et Jean, leur disant : > Venes et suivezmoi, je vous ferai pêcheurs d'hommes. • L'ne antre fois il appela un poblicain , c'est-à-dire un receveur d'impôts , qu'il vit assis à son bureau, nommé Léii ou Matthieu. Ces disciples quittèrent tout ponr le suiire.
H en choisit douse en particulier, qu'il nomma apêtn-^. c'est-à-dire envoffée. Ces donse ap6te«s furent : SimoD- Pierre , André , Jacques et Jean , fils de Zébédée , Pht> lippe, Barthélémy, Matthieu, Thomas, Jacques, fils d'Alphée , son frère Jude ou Thaddée , Simon le Chaïunéen , et Judas Iscariotc.
Pierre fut établi chef des apôtres par Jésus -Christ même. Un jour, le Sauveur leur demanda ce qv'iU croyaient de lui, et Pierre répondit : • Vons êtes le Cfari»<. fils du Dieu vivant. « Et Jésus ajouta : • Et moi je te àï< — Tu es Pierre , et sur toi je bâtirai mon église , et U puissance de l'enfer ne prévaudra contre elle. Et je > donnerai les clefs du royaume du ciel ; et tout ce que to auras lié sur la terre sera lié dans le ciel , et tout ce qu» tu auras délié sur la terre sera délié dans le ciel. •
Prédication de Jisus-Chriit. — Jésus allait par 1rs tiliri et par les villages, prêchant partout l'Evangile du royaiuD' des cieux , c*est-à-dve la bomte uooMiU , que le («Dp» était venu où tous les hommes , juifs et gentils , éuieiit appelés à la connaissance de Dieu ; qu'il était le làtisit ou le Christ attendu et souhaité par les patriarches et pndit par les prophètes, le fils de Dieu , envoyé ponr saaift le monde. Il enseignait que Dieu veut être adoré en r*prit et en vérité , et que , pour lui plaire , il faatafanl lo<. l'aimer , être humble de cœur et doux envers le prochain
Pour montrer qu'il parlait de la part de Dieu , il »*>firmait sa doctrine par des miracles ; mait ces minrlr$ tenaient plus de la bonté que de la puisance , et ne nrprenaient pas tant les spectateurs qu'ils ne les toocbaîn: dans le fond du cœur.
Il donnait en même temps l'exemple de tontes les m • tus : il était humble , il se disait Fils de l'homme , r e<ià-dire un homme du commun et de basse naissance ; pkis de douceur et de bonté, il ne contestait pas, n'élevait pob: la voii , et ne rebutait personne. On lui amena un j<^ des enfants pour les bénir et prier ponr eux ; les apÀn> les voulaient écarter ; mais il les en reprit , fit approrfc*" les enfants, les embrassa et les bénit , en disant qa'il fallait ressembler aux enfants et se faire simples et peliti comme eux pour entrer dans le royaume des ciesi. H passa sa vie dans une extrême pauvreté, n'ayant pis mèm' quelquefois où reposer sa tête. Jamais on ne le \it rvt. tant il était grave et sérieux ; toutefois il était teodrp H plein de compassion : il pleura sur Laiare en appresan'. sa mort, il pleura sur Jérusalem en pensant aux malbev'^ qui devaient lui arriver. Enfin il vivait dans la sovmissii'' aux puissances établies , payait les tributs , obserrait twtes les cérémonirs de la religion et fréquentait le tenpW
Il prêchait tantôt dans les synagogues, où les joi£i sVsemblaient pour prier, lire l'Ecriture sainte et Yenienàrt expliquer par les scribes ou docteurs ; tantôt sur le hetc de la mer ou dans la campagne. Il parlait comau eft* autorité , et toutefois il parlait familièrement on en pir j bole pour pouvoir être entendu des simples et des ijp*^ rants. Un semeur , du bon grain , de l'ivraie , une npf le bon arbre, l'arbre inutile , la brebis égarée , le h«a ^^ tenr , telles étaient les images et les comparaisons dont se servait. C'est ainsi qu'il enseigna les dogmes de h truite, de l'incarnation et de là rédemption, des peines et dr» récompenses futures ; qu'il prédit ses souffrances, ss m^-i et sa résurrection , les ingratitudes des Juifs , leur cèit" ment et la ruine de Jérusalem , l'abolition de la tfnajt'gue et des sacrifices , les persécutions, les hérésies . U ^* répandue par toute la terre , l'Eglise toujours inrinfiWjusqu'à la consommation des siècles, où aura lien «• second et glorieux avènement.
Det ennemi» de Jime^ChriH. — Telle ëUit la dertn ^ et la vie de Jésus ; mais ses paroles et set vertas le rerdrent odieux au monde. D'ailleurs les Jnils rharneb j»geaient de lui selon les apparences ; et , le lojsBt « pauvre, si Inimhle et si simple, ils ne poinaient ni»»f
HISTOIRE SAINTK.
(|ue ce fût ce grand roi, Bis de David, qui devait venir Ie« délivrer de leurs ennemis et soumettre toutes les tialions a leur empire. Ceux qui le haïssaient le plus riaient les scribes ou docteurs , les pharisiens , les sacrificateurs , et les sénateurs qui gouvernaient le peuple. Ils étaient envieux de sa gloire et irrités des reproches qu'il leur faisait.
Pauion de Jésuê-Chriêt ; êa mort; ta riturrection. — Jésus-Chrisl, livré à ses ennemis par Judas, abandonné par ïcs disciples, renié par Pierre, se laissa interroger comme tin criminel parlesgrands-prétres, Anne et Caiphe, et conduire devant le tribunal de Ponce-Pilate, qui, tout eu reronnaissant son innocence, n oia le délivrer des mains de ses accnsateurs. Enfin la synagogue obtint sa condammtlion. Jésus fut flagellé, puis couronné d'épines par les soU data en dérision de ce qu'il se disait le roi des Juiis. Conduit sur le Golgotha (Calvaire), il fut crucifié entre deux loleura, et accomplit ainsi, avec les prophéties, la rédemption du genre humain. Il mourut vers la neuvième heure (trois heures après midi), le seiiième jour de la lune pascale , dans les six premiers mois de la trente-troisième anaée de l'ère vulgaire.
Le sanhédrin avait fait placer des gardes autour de son tombeau ; mais , le troisième jour, Jésus-Christ sortit viisDl du sépulcre. Il apparut d'abord à plusieurs saintes Femmes, puis à ses disciples et à ses apôtres, leur faisant toir par beaucoup de preuves qu'il était vivant et leur pariant du royaume de Dieu. Il leur donna la mission d'initrnire et de baptiser toutes les nations au nom du Père , lu Fils et du Saint - Esprit , leur promettant d'être avec ?ux jusqu'à la consommation des siècles ; et enfin , après les avoir conduits sur la montagne des Oliviers , lieu de $on agonie, il monta an .ciel en leur présence.
Deteeniedu Saint-Stprit. — Après l'ascension de Jésus- [llirist , les apôtres étant rassembles avec Marie dans une naiaon située sur la montagne de Sion , ils entendirent !out à coup un grand bruit, comme celui d'un vent mpétoeux qni venait du ciel , et qui ébranla toute la maiton ; en même temps ils virent descendre comme des langues de feu qui se partagèrent et s'arrêtèrent sur chacun i'rox. Aussitôt ils furent tous remplis du Saint-Esprit et If'vinrent des hommes nouveaux. Ces mêmes disciples, qui iraient abandonné le Seigneur avec tant de pusillanimité, étaient prêts désormais à verser leur sang pour l'Evangile. Ils parurent hardiment dans Jérusalem : Pierre le premier rendit témoignage , convertit huit mille Juifs en deux pré- Jications , et l'Eglise fut fondée. Ainsi fut publiée la loi nouvelle , le même jour où l'on célébrait la mémoire de la publication de l'ancienne , c'est-à-dire celui de la Penteirote , jour auquel la loi mosaïque avait été donnée dans ie désert
Commeneement des pertéctUioHt. -^ Conversion de eaint Paul. — La persécution qni avait conduit le maître sur la rroix s'étendit aux disciples. Le diacre Etienne fut le premier martyr , mot grec qui veut dire titnoin , parce qu'il Toi ie premier qui mourut pour rendre témoignage à TElangile. Celte première persécution, dont les Juifs étaient les luteurs, dura longtemps et même ne le renferma pas dans les murs de Jérusalem ; mais elle ne servit qu'à accrottre le zèle des nouveaux chrétiens. Ils s'étaient déj4 répandus , non-seulement dans la Palestine , mais dans la Phénicie , dans l'Ile de Chypre, et jusqu'à Antioche et Damas, et partout ils prêchaient l'Evangile avec succès. Ce qui contribua surtout à la propagation de la foi , ce fut la conversion de saint Paul , qui , d'ennemi acharné du nom de iésns-Christ, en devint le plus ardent aélateur.
Son nom primitif était Saul. Il était de la tribu de Ben* jamin , né à Tarse < ville métropole de la Glicie et dont iei habitants avaient reçu d'Auguste le titre et les droits de citoyens romains. Après avoir étudié dans cette ville les sciences et les lettres humaines, il fut envoyé à Jérusalem
pour s'instruire de la loi et des traditions des Juifs, sous le docteur Gamaliel , et s'attacha comme son maître à la secte des pharisiens. Il se distinguait par une grande sévérité de mœurs et par un lèle extraordinaire pour la loi mosaïque. Ayant donc exercé toutes -sortes de violences contre les disciples à Jérusalem , il demanda au souverain pontife des lettres pour la synagogue de Damas , afin de saisir et d'amener prisonniers tous ceux qu'il trouverait croyant à Jésus-Christ. Cependant, comme il approchait de Damas , il fut tout à coup environné d'une lumière éclatante qui le renversa , lui et tous ceux qui l'accompagnaient Puis il entendit une voix qui lui dit : «Saul, Saul , pourquoi me persécutes- tu? <* Il répondit : • Qni êtes-voos , Seigneur? • Et la voix lui dit : « Je suis Jésus , que tu persécutes. » Saul demanda tout tremblant : > Seigneur, que voulez-vous que je fasse? — Lève-toi, reprit le Seigneur, et entre dans la ville : là, on te dira ce que tu dois faire ; car je t'ai apparu afin de l'établir ministre et lémoiades choses que tu as vues , et je te délivrerai de ce peuple et des gentils , auxquels je t'envoie maintenant pour leur ouvrir les yeux et les ramener à la lumière , afin qu'ils reçoivent la rémission de leurs péchés par la foi qu'ils auront en moi. » Les Juifs qui l'accompagnaient , et qui probablement étaient grecs, voyant cette lumière et entendant cette voix sans la comprendre et sans voir personne , furent saisis d'épouvante; et, comme lui, s'étant relevé, demeurait aveugle, ils le menèrent par la main à Damas , où il fut trois jours sans recouvrer la vue et sans boire ni manger. 11 passa ces trois jours dans la prière , et il eut une vision dans laquelle un homme lui apparut qui lui im« posait les mains afin de lui rendre la vne. Cet homme était un disciple , nommé Ananie , qni avait fondé une église à Damas et qui, dans ce même moment, reçut de Dieu l'ordre d'aller trouver Saul pour le guérir et le baptiser. Dès qu'il lui eut imposé les mains , Saul recouvra la vue , et , ayant ensuite reçu le baptême , il commença aussitôt à prêcher Jésus -Christ dans les synagogues,, au grand étonnement de tons. Cette conversion arriva , selon l'opinion commune , vers la fin de l'an 34 on au commence^ ment de l'an 35 de l'ère vulgaire.
Saint Paul doit être regardé comme la première voix de cette éloquence nouvelle , destinée à changer la face du monde, et qui, jusqu'à nos jours, a, du haut de la chaire, enieigné les peuples et les rois, et pro* testé, en faveur du faible et du pauvre, contre les abus de la force et de la richesse ; qui , enfin , en proclamant depuis dix-huit siècles la fraternité humaine , a fait passer la morale évangélique dans les mœurs , dans les lois , dans la politique, et enfanté la civilisation moderne. C'est de ce grand apôtre que Bossuet a dit si éloquemment : «11 ira, cet ignorant dans l'art de bien dire, avec cette locution rude, avec cette phrase qui sent l'étranger, il ira en cette Grèce polie, la mère des philosophes et des orateurs; et, malgré la résistance du monde, il y établira plus d'églises que Platon n'y a gagné de disciples avec cette éloquence qu'on a crue divine; il prêchera Jésus dans Athènes , et le plus savant de ses sénateurs passera de l'aréopage en l'école de ce barbare. Il poussera encore plus loin ses conquêtes ; il abattra aux pieds de Jésus- Christ la majesté des faisceaux romains, et il fera trembler dans leurs tribunaux les juges devant lesquels qu le cite; Rome même entendra sa voix ; et un jour celte ville maîtresse se tiendra plus honorée d'une lettre du style de Paul adressée à ses citoyens, que de tant de harangues qu'elle a entendues de son Cicéron. <>
Dispereion des apôtres. — On peut aussi rapporter à la même époque la dispersion des apôtres , qui alors sortirent de Jérusalem pour porter l'Evangile dans les différentes contrées de la terre. Saint Jean passa dans l'Ane-llineure , où il fonda successivement les églises de Smyme, de Pergame, de Laodicée, e|^gjt|jef» pla> ^rd sa de-
meure 4 Kphëw , où il moarat après an long léjour et •ealement à la fin do l*' siècle. Saint Jaeqnes-le-llajear, fils de Zébédée et frère de saint Jean, après avoir parcoom divers pays que l'histoire ne désigne pas , sonffrit le mart)Te à Jémsalem sons Agrippa. Saint André fat envoyé dans la Scythie , pénétra dans la Sogdiane, revint ensuite dans la Grèce après s*ètre arrpté dans le Pont et la Colchide , et sonffrit le martyre à Patras , dans 1* Achaïe , par le supplice de la croix. Aussi cet apôtre est-il en grande vénération chez les Russes, qoi possèdent une partie des pays occupés par les anciens Scythes. Saint Barthrlcmy annonça Jésus -Christ dans T Arménie, dans l'Ethiopie et jusque dans les Iodes. On dit qu'il fut attarhc à une croix après avoir eu fa peau enlevée et les chairs déchirées à coups de foueL Saint Philippe prêcha aussi dans la Haute-Asie et ensuite dans la Phrygie. La Perse , la Médie , la Bactriane furent visitées par saint Thomas. Tous enfin, fidèles & Tordre qu*i(s avaient reçu de Jésus-Christ d'enseigner toutes les nations, portèrent TEvangile jusque chex des peuples inconnus aux Romains.
La capitale du monde, Rome, fut le théâtre dn martyre de saint Pierre et de saint Paul, qui y étaient venus pendant le règne de Néron, c'est-à-dire à une époque on la corruption pûenne était arrivée à son comble. Saint Paul eut la tête tranchée , comme citoyen romain , auprès des S0UX sahiemteë, dans un lieu finjonrd'hni désert, i quelque distance de la basilique appelée Saint-Panl-horsHles- Murs , qu'un incendie a détruite au moment même de la mort de Pie VU. Une dame romaine l'ensevelit dans une terre qui lui appartenait , sur le chemin d'Oslie. Saint Pierre , réputé Juif et de condition vile, fut crucifié dans le quartier que les Juifs habitaient, sur le haut du mont Janicnle. 11 demanda d'être attaché sur la croix la tête en bas , ne se jugeant pas digne d*être traité comme son divin maître. Il fut enterré le long de la voie Aurélia , près d'un temple d'Apollon : là s'élèvent aujourd'hui le palais du Vatican, et cette basilique de Saint-Pierre, un des plus beaux temples que la main des hommes ait élevés à la gloire de Dieu.
Id s'arrête l'histoire dn Nouveau-Testament , et commence celle de l'Eglise , dont les vicissitudes se trouvent mêlées à l'histoire générale du moyen âge et des temps modernes. Mais il nous reste, comme complément, à reprendre le cours des événements qui se sont passés en Judée depuis la mort d'Hérode- le -Grand, sous lequel Jésnt-Christ est né , jusqu'à la ruine de Jérusalem et la dispersion des Juifs.
HISTOIRI COMPLÉUHNTAIRI DB LA JL'D^B.
Htat de la Judée wu» les Romaine. — Après la mort d'Hérode-le-Grand , qui suivit de près la naissance du Sauveur , la Palestine avait été partagée en quatre prinripautés (Judée, Galilée, Samarie et Pérée) , dont les chefs portaient le nom de iétrarçtUM , c'est-à-dire gouver' neurtpowr un quart. La Judée était échue à Arcfaélaus, fils d'Hérode , et la Galilée à Hérode - Antipas , autre fils du même roi, devant qui Jësus-Christ, Galiléen de naissance, avait été renvoyé par Pilate, gouverneur pour les Romains. Ces tétrarques étaient tout au plus des gouverneurs secondaires , soumis au procurateur ou gom'erneur-générai nommé par les Romaine , et leur obéissance réglait le degré et la durée de leur faveur. Quoique les Romains eussent laissé aux Juifs, comme aux autres nations vaincues , leurs ooutumes , leurs lois et le libre exercice de leur culte , la religion de ce peuple était incompatible avec toute dépendance , et il était nécessairement destiné à être entièrement esclave ou à périr.
Cet esprit de résistance se manifesta dès les premiers temps de la domination romaine. Poncc-Pilate, par exemple, avait envoyé de Césarée à Jérusalem des troupes dont les drapeaux portaient l'effigie de l'empereur. Celte effigie ,
révérée à Rome , exigeait des hooneon contraim i h im des Juifs. Ils vinrent en foulf supplier le goutemeur de faire porter ailleurs ces draiteanx. Pilate refou d\ consentir, disant que ce serait oTfenscr Temperrar. Levr» instances redoublèrent, et Pilate, se voyant dans la mcessité de recourir à la force , fit prendre les armes à se» troupes ; mais les Juifs , loin de céder à la menace , êèrouvrirent leurs poitrines . et s'écrièrent qne le maintin de la loi leur était plus cher qne la vie. Pilate, Tainco par ce sèle inflexible, fit reporter les drapeanx à Céurér. Tel était l'esprit de ce peuple , même dans la serritode !
Cependant les Juifs jouirent de quelque repoi tom Agrippa , à qui l'empereur Caligula avait domé la têtrar chie de Judée avec le titre de roi. Sous le règne de Tibère . ce petit-fils d'Hérode était venu à Rome pour implorer b protection de l'empereur contre sa faaiille , qvi Tsf ait privé de ses biens et de ses droits. Accueilli par Anteeia. mère de Caligula , il avait imprudemment trahi le désir 4f voir ce prince arriver à l'empire. Le soupçonneux Tibère. à qui les flatteurs n'avaient pas manqué de rapporter k vœu du jeune étranger, le fit enchatner dans un cachol Devenu empereur, Caligula se souvint d* Agrippa. \e nmbla de présents, le fit roi de Judée, et lui donna une chaiar d'or du même poids qne la chaîne de fer qn il avait portée dans sa prison. Claude , successeur de Caligula , rosfirma les faveurs accordées à Agrippa, et ajouta nraifi la Judée le pays de Samarie. Agrippa mourut après ftp( ans de règne , universellement regretté.
Le désordre recommença sons son fils , Agrippa H. U Judée était alors remplie de brigands qui, sons le nom de «caires ou d'assassins, couraient la proviucepur bandes ooosidérables , sous des chefs hardis et expériacnlés qui msemblaient quelquefois jusqu'à trois mille homnes. ha montagnes , le désert et surtout le voisinage de \'\réit leur offraient une retraite toujours facile et sAre; rt comme ils flattaient le peuple de retpéranoe de sfcoa^r k^ joug des Romains , ils voyaient grossir leur nombrr é' jour en jour. L'impunité inspirait une audace effréuM i ces troupes de scélérats.
Aux assassins se joignaient les zélateurs , sorte de tertaires ainsi appelés à cause du sèle enthousiaste doot i^ faisaient profession pour la liberté de leur patrie , mâf* qui ne se manifestait guère que par la «ruante et i» excès monstrueux. Cette secte eut pour auteur un certâa Judas de Galilée, qui, s'étant associé un phvi&K" nommé Sadoc , forma bientôt un parti considérable, ff persuadant au peuple qu'il ne fallait reconnaître d'tsîrr maître qne Dieu ; que le joug d'une dominalioo (<t*£~ gère était une honte pour les Juifs , et qu'ils dffvtiefli tout entreprendre et tout souffrir pour défendre leor liberté. Ces illuminés cherchèrent à se rendre maître» if tout le pays , et répandaient de tous les cMt le nrnrlTT et le pillage.
Enfin, outre les xélateurs et les brigands, il s>iaformé des factions différentes qui avaient à leur tête W principaux citoyens , et qui étaient toujours prêles i ^ venir aux mains à la première occasion. Cest ainsi ^ les dissensions intestines venaient ajouter les détordrt* de l'anarchie à la tyrannie du gouvernement , H que t»vi concourait à préparer la catastrophe qui devait coospc* mer la mine de cette nation.
S'il faut en croire les historiens contemporains, dei prodiges effrayants annoncèrent aux Juifs que leur fia ru^ prochame. L'an 65 de Jésus - Christ , un an arsoî ^' commencement de la guerre qui décida à jamais de Ia" sort , pendant la fête de Pâqne , on vit paraître aa mâin de la nuit une lumière éclatante qui environna le tuRp*» et l'autel pendant plus d'une demi-heure , en sorte ^«''"^ semblait être en plein jour. La porte orientale da tenp"** tonte d'airain et si pesante que vingt hommes vvn^ peine à la mouvoir, s'ouvrit d'eile-mêflie, quoiq«e^^
HISTOIRK SAINTE.
loée par des verroai énormes qui pénélraient profoodéincDl dans le seuil el dans les murs. Quelque temps après, au moment où le soleil allait se coucher, oo aperçut dans les airs des épées, des chars de feu et des troupes armées qui enviroiinaient la ville et semblaient ensuite travener les rues. A la fête de la Pentecôte , les sacriGrâleurs étant entrés dans le temple pour leurs fonctions , forent tout à coup frappés d'un bruit confus et d'un noacement extraordinaire ; puis une voix se fit entendre au fond du sanctuaire : Sortons d'ici ! sortons d'ici !
Mail le prodige le plus frappant fut la menace qu'un certain Jésus, fils d'Ânanus, ne cessa de proférer pendant sept ans contre Jérusalem. Cet homme , d'une condition obscure , étant venu de la campagne à la fête des Tabernacles , quatre ans avant la guerre et lorsqu'il n*| aiait encore aucune apparence de révolution , se mit tout à coup à crier : Voix de l'Orient , voix de TOccident , voix des quatre vents , voix conlfe Jérusalem et contre le temple ; voix contre tout le peuple !
Depuis ce temps, il continua de crier le jour et la nuit sans interruption : » Malheur au temple! malheur i Jérusalem! < On n'entendit jamais sortir de sa bouche aucnne antre parole ; jamais on ne le vit ni se plaindre de ceux qui le maltraitaient tous les jours , ni remercier ceux qui loi donnaient à manger. Les magistrats, fatigués de cette ioguhre prédiction , le firent frapper dans l'espérance de le faire taire ; mais il continua sa lamentation sans proférer aucune plainte ni dire un seul mot pour se justifier. \kn on le conduisit & Albin , gouverneur romain , qui l'interrogea vainement et le fit flageller et déchirer jusja'aax os sans obtenir aucune réponse , ni lui arracher ine larme on un soupir. A chaque demande et à chaque -onp, il se contentait de répéter d'une voix plus lamenable : « Malheur, malheur à Jérusalem ! » Renvoyé omme un insensé , il ne cessa point de courir le pays et le faire entendre partout le même cri , sans que sa voix affaiblft Quand Jérusalem fut assiégée , il se renferma lana la ville , et on le vit alors faire et recommencer sans in le tour des murailles, criant plus haut que jamais : Malheur an temple ! malheur à la ville ! malheur à tout t peuple !» A la fin il ajouta : > Malheur à moi-même ! » 1 à l'instant il fut emporté par une pierre lancée par tne machine.
Guerre de Judée. — Ruine de Jinualem. -7- La guerre, ui était devenue inévitable, commen^-a l'an 66 de Jésus- •brist , la 1 2* année du règne de Néron. Les Juifs avaient latilement adressé des plaintes au gouverneur de Syrie onlre la tyrannie de Florus , qui commandait alors eu udée. Celui-ci, loin de se rendre plus supportable, rheia de les pousser à bout. II fit même enlever une arlie du trésor sacré ; puis , sous prétexte de quelques iurmnres , il fit impitoyablement massacrer la multitude ir la place publique. Le peuple alors perdit patience et 3 tint enfin i une révolte ouverte. Le roi Agrippa, pré- )janl les malheurs de son pays, n'épargna rien pour imener les Juifs à la soumission. 11 leur représenta qu'auefois la Judée avait été tour a tour la proie des Assyrns et des Egyptiens, beaucoup moins redoutables que a Romains ; il leur rappela la prise de Jérusalem par ompée ; enfin il leur montra , d'un côté , la Judée déiirée par les factions et désolée par les brigands , et de tulre, Rome victorieuse et toute-puissante. Ses remonances furent inutiles, et il se vit contraint lui-même * sortir de Jérusalem.
.\éron , informé du soulèvement des Juifs , confia le in de la guerre à Vespanen, capitaine expérimenté, li depuis parvint à l'empire. Au commencement de l'ane 67, Vetpasien arriva dans la Galilée avec une armée
60,000 honmiea, et réduisit en peu de temps cette nlrée. Il te dupotait à marcher contre Jérusalem , lors-
que la chute de Néron et les diangements survenus dans Tempire le forcèrent à suspendre la guerre.
Proclamé empereur par ses soldats après la mort d'Othon , Vespasien passa en Italie pour combattre Vitellius, son compétiteur. 11 chargea Titus, son fils, de continuer la guerre. Ce jeune prince vint mettre le siège devant Jérusalem au printemps de Tan 70, peu de jours avant la fête de Pâques. La plus grande partie du peuple était déterminé à se défendre jusqu'à la dernière extrémité. Toujours dans l'attente du Messie , les Juifs s'imaginaient encore qu'un libérateur allait s'élever parmi eux et les mener bientôt à la conquête de l'univers. Cependant Titus entoura Jérusalem d'une grande muraille garnie de tours pour la priver de vivres et de tout secours. Jamais aucune ville ne fut en proie à plus de malheurs. Divisés entre eux , assiégés par une armée innombrable , qui les investissait de toutes parts , les Juifs éprouvèrent tontes les calamités que Jésus-Christ leur avait prédites.
La famine s'était fait sentir dès les premiers jours du siège ; bientôt elle devint affreuse. On se disputait les plus vils aliments; on vit une mère égorger son propre enfant pour le dévorer. Enfin la peste vint se joindire à la famine, et ce double fléau emportait chaque jour un nombre prodigieui de victimes. Titus lui-même s'attendrit sur le sort de ses ennemis , et leur envoya , pour les engager à se rendre , leur compatriote Josèphe , fait prisonnier quelque temps auparavant , et le même qui nous a transmis l'histoire de ce siège mémorable. On ne lui répondit que par des cris de fureur et par des menaces.
Les Romains furent donc obligés de continuer leurs attaques. Après s'être rendu maître des enceintes de la ville, Titus assiégea le temple, qui, bâti sur une montagne, formait une espèce de citadelle. C'est alors qu'un soldat romain, sans en avoir reçu l'ordre, et poussé comme d*nn mouvement surnaturel, prit un tison embrasé, et, s'étant fait soulever par ses compagnons, le jeta dans l'intérieur du sanctuaire. Le feu s'étendit avec une inconcevable rapidité. Titus, qui voulait conserver le temple, accourut pour faire éteindre l'incendie , mais la confusion était si grande qo'il ne put se faire obéir. C'est ainsi que , malgré tous les efforts de Titus, ce temple magnifique fut entièrement consumé par les flammes le 10 août de l'an 70, le même jour que le premier temple bâti par Salomon avait été brûlé par Nabuchodonosor.
Pour achever le tableau des calamités de ce siège mémorable, nous citerons un passage de l'historien Josèphe, témoin oculaire : > Lorsque le feu, dit-il, dévorait ainsi ce superbe temple, les soldats , ardents au pillage, tuaient tous ceux qu'ils y rencontraient. Ils ne pardonnaient ni à l'âge, ni i la qualité : les vieillards aussi bien que les enfants , et les prêtres comme les laïques, passaient par le tranchant de l'épée : tons se trouvaient enveloppés dans ce carnage général , et ceux qui avaient recours aux prières n'étaient pas plus humainement traités que ceux qui avaient le courage de se défendre jusqu'à la dernière extrémité. Les gémissements des mourants se mêlaient au bruit du pétillement du feu, qui gagnait toujours plus avant; et l'embrasement d'un si grand édifice , joint à sa hauteur, faisait croire à ceux qui ne le voyaient que de loin que toute la ville était en feu. On ne saurait rien imaginer de plus terrible que le bruit dout l'air retentissait de toutes parts; car, quel n'était pas celui que faisaient les légions romaines dans leur fureur I Quels cris ne jetaient pas les factieux qui se \oyaient environnés de tous eûtes du fer et d^ feu! Quelle plainte ne faisait pas ce pauvre peuple qui , se trouvant alors dans le temple , était dans une telle frayeur, qn il se jetait en fuyant au milieu des ennemis ! Et quelles voix confuses ne poussaient point jusqu'au ciel la multitude de ceux qui, de dessus la montagne opposée au temple, voyaient[2
Ceiu mêmes que U faim avail rédaiU à noe telle exlrémite que U mort était prête à leur fermer pour jamais les yeux, apercevant cet embrasement du temple, rassemblaient tout ce qui leur restait de forces pour déplorer un si étrange malheur ; et les échos des montagnes d'alentour et du pays qui est au delà du Jourdain redoublaient encore cet horrible bruit ; mais quelque épouvantable qu'il fut, les maux qui le causaient l'élaient encore davantage. Le feu qui dévorait le temple était si grand et si violent , qu'il semblait que la montagne même sur laquelle il était assis brûlai jusque daui ses fondements. Le sang coulait en telle abondance, qu'il paraissait disputer avec le feu à qui s'étendrait davantage. Le nombre de ceux qui étaient tués surpassait celui de ceux qui Jes sacrifiaient à leur colère et k leur vengeance; toute la terre était couverte de corps morts , et les soldats marchaient dessus pour suivre dans un chemin si effroyable ceux qui s'enfuyaient. •
La destruction du temple ne décida pas immédiatement du sort de la ville, et le siège dura jusqu'au 7 septembre. Les Romains vainqueurs mirent tout à feu et à sang. Titus fit raser tout ce qui avait échappé aux flammes, réservant seulement quelques pans de mur à l'occident, avec trois des plus belles tours, pour servir de monument à la postérité. On passa la charrue, selon l'ancienne coutume , sur l'emplacement du temple et de la ville. Oose cent mille Juifs périrent dans le cours du siège ; quatrevingt-dix-sept mille furent vendus. A la fête de la naissance de Oomitieo , frère de' Titus , à celle de l'anniversaire de l'avéuement de Vespasien à l'empire, plusieurs milliers de Juifs périrent par le feu et les bêtes, ou par la main les uns des autres, comme gladiateurs. A Rome, Titus et son père triomphèrent de la Judée : les principaux chefs de Jérusalem marchaient enchaînés derrière le char. Des médailles frappées en mémoire de cet événement représentent une femme enveloppée d'un manteau, assise au pied d'un palmier , la tête appuyée sur sa main, avec cette inscription : La Judée captive,
• Les chrétiens , dit M. de Chateaubriand , trouvaient dans celle catastrophe d'autres sujets d'clonnement que la multitude païenne : il n'y avait pas trois années que saint Pierre était enseveli au Vatican ; saint Jean , qui avait vu pleurer Jésus-Christ sur Jérusalem, vivait encore ; peutêtre même, selon quelques traditions, la mère du Fils de l'homme était encore sur la terre, les Juifs furent dispersés : témoins vivants de la parole vivante , ils subsistèrent, miracle perpétuel, au milieu des nations. Étrangers partout, esclaves dans leur propre pays, ils virent tomber ce temple dont il ne reste pas pierre sur pierre , comme mes yeux ont pu s'en convaincre. Une partie de leur population enchaînée vint élever à Rome cet autre monument où devaient mourir les chrétiens. Le ciseau sculpta sur un arc-de-triomphe qu'on admire encore les ornements qui brillaient aux pompes de Salomon, et dont, sans ce hasard, nous ignorerions la forme : l'orgueil d'un prince romain et le talent d'un artiste grec ne se doutaient guère qu'ils fournissaient une preuve de plus de la grandeur de la nation vaincue et de ses mystérieuses destinées. <>
Dieperiion dêê Jui/t. — La ruine de Jérusalem ne fut point suivie immédiatement de la ruine totale et de la dispersion des Juifs. Les Romains leur permirent de reconstruire quelques habitations sur son emplacement, et la ville se releva peu i peu. L'empereur Adrien voulut même achever de la rebâtir l'an 132, mais avec l'intention d'en faire une colonie romaine. Cependant il en changfa le nom, et lui fit donner celui d*jElia Capitolina, Gomme il avait fait élever un temple i Jupiter sur la place de l'ancien temple, les Juifs furent indignés de cette profanation. Ils n'osèrent pas remuer d'abord, contenus par la présence de l'empereur, qui était alors en Orient ; mais.
Adrien étant parti pour la Grèce l'an 1 S4, la révolte édsta publiquement ; les Juifs j-épand us dans les divenes provinces accoururent de tous cdlés à Jérusalem, eo sort*' que tout l'Orient fut pour ainsi dire ébranlé, fis sorconbèrent une seconde fois et pour toujours. Adrien arhn: de détruire tout ce que Titus avait épai^gné dans Jm salem. L'entrée de la \ille fut interdite aux Juifs son < peine de mort, et Adrien fit sculpter un pourceau sur jj porte qui conduisait à Bethléem. Il fit aussi élever ooi statue de Vénus à l'endroit du Caltaire oïl Jésus-CInifi était mort , et une idole de Jupiter sur le lieu où il éui! ressuscité; enfin il fit planter un bois en rbonneur d'Adonis , et lui dédia la grotte où était né le Sauveur do monde.
Saint Grégoire de Naxiance dit cependant qu'on permettait aux Juifs d'entrer à ifilia une fois par an poor y pleurer, tant était insurmontable leur amour pour Sios ! Kl saint Jérôme ajoute qu'on leur vendait au poids è l'or la permission de verser des larmes sur les ceiMlre» de leur patrie. Ainsi furent consommées la raine et la dispersion du peuple juif, demeuré désormais sans pttrie, sans temple, sans sacrifice , errant partout an miliR des autres peuples.
Vicitsitudeê de la ville de JinuaUm depmis U éiiptr' sion des Juifs Jusqu'à nos Jours. — < Jérosalem, la die sainte , devenue païenne, ne vit reparaître dans ses oiin le culte du vrai Dieu qu'au commencement du 4* »cle, sous le règne de Constantin et de sa mère, qui reversèrent les idoles élevées sur le saint sépulcre, et nesacrèrent les lieux saints par des édifices qu'on voit eacsrr aujourd'hui.
Trente ans après, l'empereur Julien, ennemi do ciiri«' lianisme, eut la folle pensée de convaincre de fsoi U prédiction de Jésus-Christ sur le temple de Jémsalce. et entreprit de le faire rebalir par des Juifs ; mais sh efforts furent infructueux. Les Juifs, qui s'étaient msemblés de tous côtés à Jérusalem , en ayant cmue tn fondements , il en sortit des tourbillons de flammes qsi consumèrent les ouvriers et l'ouvrage commencé. Ce fùl extraordinaire est attesté par Ammien-Marcellin, historié? païen, et contemporain de Julien l'Apostat
A la mort de Julien, Jérusalem redevint cfarétieBK et l'empereur Justinien éleva l'évéque de Jérusalem ï is dignité patriarcale. Il renvoya même au aaint sépairre les vases que Titus avait enlevés du temple.
En 613, Cosroês, roi des Perses, s'empara de la dit saiole, qui fut reprise en 637 par l'empereur Héradra». mais pour tomber neuf ans après au pouvoir d'Oioir. troisième successeur de Mahomet. Elle demeura sou I' joug des infidèles jusqu'au temps des croisades. L» princes français la possédèrent pendant qnatre-vin,ot4vi ans. Reprise par le sultan Saladin , elle est deoeenf jusqu'à nos jours sous la domination des musulmans.
Suivant l'historien Josèphe , l'enceinte de Jrm^ti^ était triple et avait environ 30 stades de circuit. U ni^ était construite sur plusieurs collines disposées en anf^ théâtre : an sud, celle de Sion , ou la ville snpérieorr; snord> Acra, ou la ville inférieure ; et , à l'est de celI«Hrt la colline de Moriak, sur laquelle était bâti le \en\^ Bien déchue aujourd'hui de son ancienne splendear. ir rusalem n'a guère que 25,000 habitants, parmi le«qafî» on compte environ 4,000 chrétiens, fabriquant pow h plupart des objets recherchés par les pèlerins , et 5 * 6,000 juifs renfermés dans une seule me, entre \s^ line de Uoriah et celle de Sion. L'église du Saint-Sepscre est à peu près le seul monument remarquable. Tnlefois cette ville est encore le chef lieu d'une sobdivjsis^ du pachalik de Damas. Révérée même' des Orientsai elle porte parmi eux le nom de Bl Kods (la sainte '
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