‹ Instruction pour le peuple: cent traités sur les connaissances les plus indispensablesChapitre 209 sur 291 · XLIX. Encore un mot et nous finissons · texte numérisé non relu

XLIX. Encore un mot et nous finissons

A la manière dont nous avons défini la famille , exposé les devoirs particuliers de ses membres, on pourrait croire que nous en déshéritons en quelque sorte aoe classe nombreuse qui, par choix ou par circonstance, reste étrangère an mariage , à la paternité. Il nous suffira , nous ' l'espérons, de protester contre cette interprétalion : nous considérons , il est vrai , comme un devoir imposé à tous les hommes, en général , de vivre de toute la vie que Dieu nous a assignée ; mais nous reconnaissons qu'à côté de ce devoir général il peut en exister de particuliers, de spéciaux à telle ou telle position. Nous croyons que cela est vrai , surtout pour les pauvres femmes si mal partagées dans notre organisation sociale et pour qui c'est bien souvent prudence, excessive vertu, que de se réfugier dans un célibat religieux. Nous sommes infiniment moins disposés à concéder cette même faculté aux hommes. Enfin, nous savons trop combien d'obstacles étrangers peuvent s'opposer à la réalisation des plus doux souhaits, des vœux les plus ardents , ponr exclure du bénéfice de la famille ceux ou celles qui ne sant pas appelés à la perpétuer : s'ils ne sont pas époux , si époux , ils ne sont pas pères, ils n'en sont pas moins fils, frères, parents , et puisqu'ils en remplissent les devoirs , il est juste qu'ils en exercent les droits , si l'on peut parler de droits , si l'on peut parler d'autre chose que de tendre réciprocité d'amour, quand il s'agit de la famille !

De la Patrie.

L. La patrie n'est ni la maison , ni le territoire de la commune, ni celui du département, ni même celui du royaume où l'on est né. C'est l'ensemble de la grande famille au sein de laquelle on a été initié à la vie intellectuelle. Tous les raisonnements qui ont été faits à l'appui de l'opinion que la patrie est là où l'on est bien , là où l'on possède quelque chose , là, enfin, où l'on exerce un droit quelconque de citoyen , ne font que prouver la fausseté du principe matériel sur lequel celte opinion repose. Combien d'hommes, en effet, sont mal dans le lieu qu'ils chérissent pourtant et qu'ils appellent leur patrie ! combien peu y possèdent , combien moins ^

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eore y exercent tncnne espèce de droit politique ! combien, enfin, vont en d'tntres lieux chercher ce bien-être, ces possessions , cette existence politique , et pour qai , cependant, la patrie est toujours la patrie, toujours un objet d'amour , de respect et d'orgueil ! Le sentiment de la patrie est, comme celui de la famille, noble, pur, désintéressé. En aime- 1 -on moins sa mère parce qu'elle n'a eu que ses bras & nous offrir pour berceau ? après l'idée de Dieu et celle d'humanité , l'idée de patrie est la plus féconde en vertus , en inspirations héroïques.

LI. Si un étranger vient en curieux s'asseoir à votre foyer et vous vanter sa patrie , que votre orgueil ne s'en irrite point ; mais , comme c'est trop votre coutume , à vous. Français, ne lui faites pas non plus bon marché de la vôtre. Que vos concessions impliquent toujours une réserve en faveur de cette patrie que vous aimes avec passion : c'est ainsi qu'on la fait estimer, c'est ainsi f|u'on la fait respecter.

Si , à votre tour, vous ailes an loin , faites qu'on dise de vous : Il rend justice à notre patrie, mais il est comme nous , il ne voit rien de beau , rien de grand au monde que la sienne.

Si un exilé s'arrête sous votre toit, parles-lui de sa patrie; il l'aime d'autant plus qu'elle lui est interdite; il aimera la vôtre à proportion du respect qu'il vous verra porter et à la sienne et à la vôtre.

LU. Aimer sa patrie , non plus qu'aimer sa famille , n'est pas un devoir : ce n'est qu'un bonheur, et l'on peut dire que le méchant seul est privé de ce bonheur. Cependant, sans être positivement méchant, et tout en aimant an fond et sa patrie et sa famille, on peut ne pas savoir se faire aimer d'elles ou le négliger : dans l'un comme dans l'autre cas, on manque alors à un devoir.

Par cela qu'on ne peut aimer sa patrie de la même manière qu'on aime sa famille , on est aussi différemment aimé par l'une et par l'autre , et obligé à des services différents pour mériter cet amour.

Celui de la famille se ressent d'un contact plus fréquent, par suite du moindre espace dans lequel il s'exerce : il est plus vif, bien que plus continu ; il tient compte des faiblesses, il a un grand fonds d'indulgence, même pour l'inutilité. Il ne cède, à vrai dire, qu'à l'indignité. Celui de la patrie , plus véhément dans ses intermittentes expressions , paratt souvent tout à fait éteint, et rien n'égale pourtant la persistance de ses exigeances. Il n'admet pas de faiblesses personnelles, et surtout il ne résiste pas à l'inutilité.

LUI. L'utilité pour la famille n*est pas non plus la même que l'utilité pour la patrie. L'une se contente d'actions plus facilement que la première , à qui il faut surtout de la pensée : un domaine ajouté aux domaines d'une famille est souvent considéré par elle comme un bienfait , tandis que la patrie attache toujours plus de prix a un bon exemple donné , & une grande idée propagée, qu'à une mine d'or découverte sur son territoire. Il suffit , pour se convaincre de celte vérité , de passer en revue les noms, échappés aux naufrages qui, de siècle en siècle, emportent tant de noms.

Mais il n'est pas plus donné à tout le monde de propager de grandes idées que de découvrir des mines d'or, et tout le monde n'est pas place de façon à ce que le bon exemple offert fasse répéter avec amour, par la patrie tout entière, le nom du sage ou du courageux citoyen : Comment donc nous y prendre pour nous rendre utiles quand nous manquons de ces deux moyens?

LIV. Rien n'est plus facile. On va souvent chercher bien loin ce qu'on a sous la main ; cette remarque date du premier jour de la création. Le premier besoin d'une société c'est l'ordre : maintenir l'ordre déjà obtenu , le régulariser sans le troubler au préalable « tel ni lu

plus grand larvica que nons patrie.

Quelques personnes croient que le patriotisac en* siste à crier bien haut contre les viees pins oa Bsiil réels de l'organisation politique de leur pays : il ai est rien , absolument rien. Le véritable patriote tit 4 enseigne aux autres à vivre de manière à ee que 1rs !»• perfections de cette organisation deviemicnt de plss ai plus sensibles, et que l'améliontion gndncUe des publiques et la propagation d'idées sages et gé» forcent les gonvernementa à se modifier enx-méofs èm ce sens.

LV. La première condition de l'accomplisMaeBt U ce devoir, c'est le respect pour la loi ; la seconde . cet l'appréciation, aussi juste que possible, de Tesprità l«i loi ; la troisième , c'est l'application inlelligeole à rcv* cution de la loi.

LVI. La loi, pour nous, simple moraliste, est tiati uniment la proclamation d'un principe, la prescripë^i d'une mesure jugée utile aux intérêts de tous. Uoi politique, loi civile, loi de l'un on de Tantre ordre, ayaat u but soit général , soit spécial , loi trmnsiloire oa loi (90damentale, toutes ont à nos yenx ce canctère saoc ft fait que nous les respectons lors même que noes avpm nous apercevoir qu'elles cessent de remplir complHeaf* leur objet , lors même qn'usant du droit que nos pèni nous ont rendu, non pas à nous seob, Français, ku à toutes les nations de la terre , nona demandons qv'ciie soient revues, qu'elles soient remises an niveau des p* grès accomplis.

Peut-on ne pas aimer sa patrie , peut-on ne pas (ir^ cher sincèrement à lui être utile, lorsqu'on peat tnàn aux lois qui la régissent le témoignage qn'ellci oet lir conçues eu vue du bien de tous , et qu'il dépcsd ée e de corriger les erreurs du premier lêgislalear ? Iblh» reusement ce que, sous ce rapport, il importerait le plu que les nusses connussent, est précisément ee qs'dki ignorent le plus, faute d'un enseignement approprié 1 leurs besoins civiques. Et cependant, on le «ail, In masses traitent en ennemi tout ce qu'elles ne compris* nent pas.

LVII. Quel service rendrait à son pays rbontoM^'par exemple , parlerait à peu près ainsi dans fane è nos écoles d'adultes :

• Je vais , mes amis , vous expliquer la loi polit^v de notre France et sa loi civile. Ne vous cffirayes pas / ne serai pas long; ne prépares pas vos intcilignee à s'appliquer laborieusement à comprendre des ouliero abstraites : n'étant paa très-savant moi-même , je a'si pi* la prétention de faire de vous autant de dodeon. H t/ semble que j'aurai déjà rempli une grande partie êe sa tâche quand je vous aurai dit ceci, an sujet de la loi p^ tique :

• Nous sommes cent, nous sommes mille, des millions d'individus associés qui avons intérêt particulier, lequel demande, pour être bica leni que tous les associés s'en mêlent , on , si vons le préCéin. que tous les associés s'entendent pour créer va foa^' commun de forces auquel chacun puisse reeoarir dis* l'occasion pour suppléer aux siennes, liais avant aiea' que de réunir ces forces , il convient de préposer qa^iqn'un à leur garde , à leur égale répartition, ssos ^ beaucoup de gens qui n*auront paa apporté leur t^i^ part viendront criant plus que tous les autres, et.ptr ruse ou autrement, enlèveront ce qui n'était pas poer roi. Il faut donc un œil , une main , un cbef à la nation. \»* penserons ensuite à nous entendre sur ce qui devra csÊt poser le fonds commun, sur la nature duquel le cbef,<|>J > pour magnifique mission de voir et de savoir le pis* ^ sible , est en mesure d'ouvrir de très-boas avis. X«s> nous arrangerons donc pour discuter cet avis ci J»**^

DEVOIRS SOCIAUX ET PU LICS

e nôtre. Mais , ponr discater, il faat connaître à fond edont il ett question : or toat le monde n*a ni les moyens le passer son temps à étudier, ni, Tons en convien- Irex avee moi , aases 'd*habitnde de réfléchir snr ce qui erait le bien de tons sans cesser d'être ceini de chaan. Il est bien rare que l'on pnisse faire la moinre chose sans toucher à ce qui appartient k son voisin u sans avoir besoin de Ini. Un certain nombre de cioyens est donc chargé de prendre ce soin-li. Puis, omme le choix même de ces citoyens ne laisse pas que 'ctre une chose très-importante, on se résont à ne le ottfier qn & ceux qui paraissent avoir le plus d'aptitude

le bien exercer. Voilà constitués le roi , les électeurs t la chambré des députés. Ne vous semble -t- il pas n'ii manque quelque chose encore? Si le roi. refuse e que la chambre des députés propose , qui est-ce qui era juge entre eux? Le plus simple bon sens indique i nécessité d'un troisième avis , et celle que cet avis soit onné par nu conseiller qui ait , non pas des intérêts pposés , cela est impossible entre concitoyens soumis nx mêmes lois , mais qui ne soit pas conseiller tout à fait a même titre que les deux autres , afin que voyant les boses sous un aspect différent, le parti auquel il se ange ait en sa faveur une plus grande présomption de istesse. Voilà la chambre des pairs. Si vous vonles me rêter encore un peu d'attention , j'espère vous donner ne idée de beaucoup d'autres points , conséquences de pux-ci, et sur lesquels vous raisonneres plus sûrement nand vous en aurei cherché l'explication tout près de DUS, comme nous venons de le faire , et en croyant à la onne intention des législateurs. "

Nous pouvons nous tromper, mais il nous semble que I, au lieu d'être retenues dans les hauteurs où les masis ne peuvent que les entrevoir, les lois étaient ainsi inîrprétées dans leur esprit , c'est-à-dire dans leurs motifs [ leur but , elles seraient bien mieux comprises , bien lieux exécutées et bien plus à Tabri des commentaires assionnés de l'esprit de parti dans certains cas , et de esprit de vaniteux dénigrement dans la plupart des nlrea.

LVIII. Les neuf dixièmes des révoltes contre les cornlandements de la loi proviennent de ce que les persones chargées d'en suivre l'exécution négligent de profier, pour en faire apercevoir le but , des occasions qui >nr en sont offertes. Les exposés de* motifs de nos lois ctuelies ne sont que le plaidoyer de l'une des parties lana nue affaire qui n'est pas encore contradictoirement n tendue, et, en leur qualité de plaidoyers, ils sont quel- [uefois bien longs. Ils ne peuvent d'ailleurs être publiés vec la loi votée , celle-ci leur donnerait souvent un dénenti. Pourquoi donc serait-ce porter atteinte à la dignité de la loi que de la faire précéder de considérants |ui en indiqueraient le but et la nécessité ? Qu'est-ce en léGnitive qu'une loi, sinon un arrêt rendu dans une cause lociale ?

Cela ne se pratique pas, ou plutôt ne se pratique plus ; lotre devoir est donc de chercher de bonne foi à suppléer i cette omission et de montrer à le faire au nombre plus >n moins grand d'imitateurs que compte chacun de ions.

LIX. Quand cela n'aurait que Tavantage de nous donler du sang-froid dans les grandes circonstances, ce serait déjà immense ; Aais nous y gagnerions certainenent encore d'avoir un plus grand nombre d'idées justes lar les choses importantes. La métaphysique sociale , si *on peut ainsi parler, la métaphysique sociale elle-même 'erait par là de notables progrès. Les mots sacrés de >iBBBTÉ et d*i6ALiTé, tcxtcs dc tant de contradictoires déclamations , finiraient par rejprésenter des idées simples et précises.

11 doitUtre non-seulement permis, mais encore or-

donné au professeur de morale de s'occuper dc ces matières qui, au fond, ne sont pas moins usuelles que beaucoup d'autres qui trouvent place dans l'enseignement ordinaire.

LX. La liberté n'est pas un de nos droits, elle est notre nature même. On peut concevoir une âme qui n'ait pas autant qu'une autre les moyens de se manifester, on peut admettre certaines causes d'inégalité entre les hommes : on ne peut concevoir d'amo qui ne soit pas libre exactement dans la même mesure que les autres dmes : car , sans cette liberté ou faculté de choisir et , par conséquent, d'apprécier ce qui convient ou ne convient pas à notre nature, nous retombons dans le chaos où se débat le matérialisme.

La liberté , dans son essence , c'est l'âme ; mais cette âme est unie à un corps. Cette âme et ce corps constituent un être mixte ayant deux destinées, l'une morale , l'autre matérielle , deux destinées distinctes l'une de l'autre quant à leur fin, mais non pas indépendantes quant à leur accomplissement

La liberté , donc , c'est l'homme accomplissant régulièrement sa double destinée comme être pensant d'abord , puis comme être matériel , ensuite comme individu, et enfin comme membre d'une société, et accomplissant cette double destinée avec la conscience de ce qui lui est conforme et de ce qui lui est contraire.

Cette définition exigeant pour être entendue de prime abord certaines notions sur la nature de l'homme , on préfère ordinairement considérer l'homme dans chacune des conditions où il peut être placé par suite de sa double destinée, et donner le nom de liberté à ce qui n'est au fond que le droit de n'être pas gêné dans l'exercice de l'uife des parties de sa liberté. Ainsi la liberté personnelle n'est que le droit de n être pas gêné dans la disposition de sa personne ; la liberté de la pensée n'est que le droit de n'être pas gêné dans la disposition de sa pensée; la liberté politique n'est que le droit de n'être pas gêné dans la disposition et de sa personne et de sa pensée par les exigences de l'association ; et la liberté civile n'est que ce même droit, mais exercé plus particulièrement par rapport aux coassociés, pris individuellement.

On le voit , la liberté , chose absolue en principe , n'est plus que chose relative dans l'application, cac dès qu'il y a association , il y a renonciation forcée de la part de chacun des associés à l'entier exercice de la fantaisie , attendu que la partie ne saurait prétendre à maîtriser le tout En réfléchissant à ceci , en en faisant l'application à toutes et à chacune des choses où il peut être question de liberté , on trouvera la solution des difficultés les plus ardues , et l'on comprendra pourquoi un homme peut aliéner une partie de sa liberté , mais ne peut l'aliéner tout entière ; pourquoi l'homme ayant , à mesure qu'il s'éclaire , un plus juste sentiment et des notions plus étendues sur sa destinée, devient, en même temps, plus soigneux et plus jaloux de sa liberté, et pourquoi Dieu marque du même sceau de réprobation et le tyran et l'esclave volontaire : celui-ci cherche à tuer en soi la conscience de sa destinée, celui-là cherche à tuer cette conscience dans autrui.

LXI. L'égalité est le droit d'exercer les mêmel droits, d'être soumis aux mêmes devoirs.

L'égalité des hommes entre eux est absolue devant Dieu, quelles que soient les différences apparentes qui les distinguent les uns des autres : ils sont tous doués d'une âme de la même nature; ils ont tons été créés ponr la même fin. L'égalité est absolue aussi en ce qui concerne les charges et les avantages de l'état de société , puisque cet état n a été imposé par Dieu luimême que pour faciliter à l'homme l'accomplissement

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de sa desUnëe. Enfin l'égalité est absolue, qaant ao respect que tous les hommes se doivent réciproquement , en tant qu'hommes , et quant au droit , que tous doivent se reconnaître réciproquement aussi , d'aspirer et de parvenir à se rendre de plus en plus utiles.

Mais l'égalité cesse d'être absolue si l'on considère les hommes , non plus par rapport à leur commune origine, à la fin pour laquelle ils ont été créés et au but de leur état de société, mais par rapport à la valeur soit morale , soit physique de chacun d'eux , c'est-à-dire par rapport à l'utilité dont chacun d'eux peut et veut être à ses semblables. Ne pas admettre ici l'inégalité , c'est ne pas admettre la perfectibilité de l'intelligence et la supériorité de celle qui progresse et se maintient en avant des autres ; c'est brouiller toutes les idées de bien et de mal moral , et prétendre que toutes les actions sont indifférentes ; ce n'est plus même rêver une égalité complètement absolue, c'est supposer une similitude dont on ne trouve pas un seul exemple, même parmi les êtres matériels , les corps inanimés : deux gouttes d'eau puisées au même vase différeront toujours entre elles par quelque point, elles offriront toujours matière à comparaison, à jugement et; en dernière analyse, à préférence.

Au surplus , cette inégalité que sentent et que fout sentir durement, dans la pratique, ceux qui par faute d'attention , ou par calcul , ou par manque de courage , la nient en théorie, ne constitue ni races, ni castes; elle est tout individuelle et essentiellement mobile : celui que certaines personnes traitent dédaigneusement aU' jourd'hui d'hommes de rien, sera peut-être demain l'homme éminent , tandis que le fils de telle antre célébrité sera confondu dans la foule du vulgaire sans nom.

LXII. Il est un devoir qu'impose la patrie et dont nous n*avons voulu parler qu'après avoir exposé ceux qui nous paraissent plus simples, plus faciles à remplir, et dont l'accomplissement suffit, d'ailleurs, pour nous pénétrer de l'obligation de celui qui nous reste à signaler :

Nous devons être constamment prêts à foire à la patrie les sacrifices qn elle nous demande , y compris celui de notre vie.

Il est i remarquer que la patrie , non plus que la famille, ne peut jamais nous demander le sacrifice de notre honneur. Si, par impossible , elle l'exigeait, notre devoir serait, au contraire, de lui résister, car nous avons un maître dont les ordres parlent avant tous les ordres humains : Dieu qui nous a donné une conscience pour signe de sa puissance sur nous.

LXIII. Il fut un temps où la patrie exigeait encore un sacrifice non moins impossible que celui de l'honneur : celui de la croyance religieuse ; aujourd'hui elle n'impose plus que le respect pour toutes les croyances, qui, en définitive , ont Dieu et le bien pour objet , et on loi obéit parce qu'elle est dans la vérité.

Nous nous hâtons de faire observer que la patrie, telle qu'on doit entendre cette gtande association , était étrangère k cette violence impie, œuvre de pouvoirs politiques comprenant mal leur mission, et s*en acquittant plus mal encore.

De l'Humanité,

LXIV. Ce n'est pas assez que d'aimer sa famille , sa pairie, il faut aimer l'humanité , c'est-à-dire il faut aimer tons les hommes»

Aimer l'humanité , c'est rechercher soiglieusement les titres qui constatent la destinée morale de l'homme et constituent sa dignité ; c'est appliquer ses efforts à faire que cette destinée soit régulièrement accomplie par tous également ; c'est respecter en soi et en antmi la hante

dignité de l'être qui , à l'exceptioa de tous les aulra êtres, a été doué d'une âme; c'est prendre part aaxseoffrances de toute nature qui affligent les homiBes, à qsdque famille , à quelque nation , i quelque race qD'kk appartiennent , et travailler de tout son pouvoir à dùu»nuer ces souffrances. Aimer'rhumanité, c'est, enfia, îosloir que l'homme s'éclaire, se moraliie, mucfae d*aa pic plus rapide et plus sûr vers la perCectioB. Cdai qa. renferme ses affections dans le cercle de la famille, a qui le reste des hommes est indifférent , et celoi f{i n'estime que ses concitoyens, que ses compatriotes , ceiv là ne comprennent pas véritablement U noblesse é^ l'homme, ils n'ont au cœur ni la véritaUe chante, u >■ véritable amour, ni le véritable patriotisme. Ils maaqao. de ce rablime sens moral, qni est le aceeu de lacspériorité morale de l'homme, ils raanqoent do we& religieux : la grande Xamille humaine n*e pas pour en un père commun, une commune deatinée, nue ces* mune loi : Dieu, Dieu, et toujours Dieu !

LXV. L'humanité est une. Les grandes familles ^ la composent, longtemps hostiles entre elles, longtfap oublieuses de leur commune origine, se reconoaisseei la civilisation pénètre celles qui se sont approcbt« 1dernières de son foyer régénérateur ; les distances o tsii teut plus; partout l'homme touche à l'homme; lapr: sée se multiplie par le mouvement qni 1« féconde , r. déjà l'humanité, dans son impatience dTstteaidie • n mystérieuse, mais certaine, mais sublime destinée,» fait qu'un seul peuple, qu'une seule cité de tovles»: cités et de tous les peuples épars sur In snrfaee it * terre.

Le mot divin révélé aux hommes il y m dix-huit sà^'passés , répété de proche en proche , commenté s<^ ment par toutes les intelligences, est devenu sa Ici «prême. Tout repose aujourd'hui sur la niATKBxiTi. Làber*' égalité, droit public et morale privée, ton! est Aèsam^r inébranlable , et le progrès seul est possible.

Cliacun sent, quoique chacun ne se rende pesi-'t pas parfaitement compte de ce sentiment , cfaania ith que le riche a besoin du pauvre et que le fort a besoia ^■ faible , tout comme celui-ci a besoin de celoi-là . ce « monde où rien n'est stable que la pensée du Crèairs chacun sent , enfin , que Dieu nous a tons cœêes < uns aux autres , que la seule présence d'nn frère ■'* pour consoler , et que la joie même est incomplète t. /•' n'est partagée. Acceptons , frères , acceptons ùsef ' ment celte sainte solidarité ; mettons-la de phis ei f' en pratique , nations et particuliers , et qne nul être '. main ne puisse désormais se plaindre d'être laisse é*^l'abandon.

L'abandon, c'est la faiblesse, le déconragefloent t» mort , la mort morale avant la mort physique, îah^- qui pouvait, à qui voulait vivre, à qni en avait le àrtù • qui aurait rendu au centuple l'assistance, même tair-*' sée, qu'on lui aurait prêtée.

Multiplions nos crèches, élaiigissons n<» salles d*isM' perfectionnons et mettons en honneur nos hàpiftaaxet»'* hospices, ne laissons aucun lieu oîi ne descende Piast:^' tion, cette constante révélation de Dieu à Fâme altrf<«<> breuvage de vie : nous aurons fait raienz encon sconserver de bons et d'utiles citoyens à rÉtat, asirax f rendre justice , que donner du courage ana Irafaillrs'^ nous aurons accéléré le glorieux avenir de l'hasaw nous aurons conquis l'admiration , U recoimaissaaee ^ siècles futurs à notre siècle , qui sera proclamé par n' le plus grand de tous , car ils sauront quels ^aasclevains de discorde et de haine il aura neotralisés el tra» formés au feu de son ardente charité !

LXVI. L'humanité est chose si grande, si sainte. qi>' ne peut en parler dignement qu'en faisant sa appei ** lennel à ce que^l'ij^ti^gence humaine pent nprcrceir^

DEVOIRS SOCIAUX KT PUBLICS

•las hantes idées. L«s civiliutions qui ont précédé U i6tre oe lui ont été inférieures que parce quelles nésient pas fondées sur le seotimeot de la fraternité, parce ju'elles ignoraient rhumanité. Que de tâtonnements, que le révélations successives entre la croyance vague et in- «rlainc eu Texistence d'une âme, d'abord confondue ivec le corps, puis distincte du corps, mats matérielle , pi rituelle enfin , mais noble ou vulgaire suivant qu'elle uianait d^^ssences plus ou moin*^ haut placées, et la notion laire, précise, d'une âme immatérielle, immortelle, manant d'un seul principe , et ne faisant de l'humanité ntière qu'une seule famille de frères ! De cette égalité l'origine et de destinée est déconlée l'égalité des droits : e bien et le mal ont cessé d'être des puissances créa^ rices, des puissances indépendantes l'une de l'autre, »our n'être que des conséquences du principe de la lilerté, conséquence li|i-méme de celui de l'immortalité de âme, et la cuARiTâ, fille de la fraternité, est venue rhanger la face de la terre !

LXVII. Félicilons-aoaa de vivre au temps où nous virons. L'avenir sera grand , sera beau , sans doute ; mais I n'aura pas joui du spectacle de la lutte dont nous royons la fin. \os arrière-neveux seront comme les bé- 'itiers de grandes maisons : venus au monde 9ans l'opuence, ils ne connaîtront pas l'émotion que cause le bien- •tre succédant à la gène.

Un jour, demain' peut-être , viendra un. homme de (énie qui nous donnera enfin une histoire où sera prélenlé , sous une forme simple et attachante , le récit de a marche pénible de l'humanité à la conquête de ce que lous possédons sans l'estimer nous-mêmes i toute sa . aleur. Nous apprendrons alors à aimer notre France jIos encore que nous ne le faisons. Nous comprendrons l>oarqaoi, puissante ou abattue, elle est, depuis plus de iix siècles , le foyer d'où rayonne la lumière qui brille (ur le monde. Chacune des antres grandes nations a -empli â son tour ce rôle providentiel , mais elle ne l'a 'cmpli que passagèrement : seule, la France n'y a jamais ait défaut Aujourd'hui encore , et malgré tout le mal |ae certains d'entré nous s'attachent à en dire, c'est à sa ;Iarté que s'avance la civilisation.

Est-ce parce que nous avons été constamment le peuple le plus heureux à la guerre, le plus habile dans les iris, dans les sciences? Non ; nous avons en nos jours de rexers, et de nombreux; les sciences, les arts nous ont Hé enseignés , et , sur plus d'un point, nous y comptons rn ce motnent même de redoutables rivaux. Notre gloire, r'est le culte de toute idée grande et généreuse ; notre |loire , c'est la logique : nous n'avons jamais fait un pas E demi ; nous n'avons jamais hésité k le faire , et nous 'avons toujours accompli dans le sens le plus direct lers le bonheur de l'humanité. Notre gloire, enfin , c*est la charité !

Autrefois , avant qu'eussent germé les grandes idées qui aujourd'hui resplendissent sur toute la surface de la terre, la charité, vertu douce et timide, s'en allait comptant , consolant les malheureux un k un. Elle ressemblait alors à la bonne femme qui recueille l'enfant abandonné et lui dit : - Tu seras le frère de mes enfants ; je travaillerai davantage pour que tu ne sois pas plus misérable qu'eux. • Aujourd'hui , la charité , c'est la jeune mère orgueilleuse et fière de ses enfants qu'elle aime tous également sans distinction de premier -né, mais qui les aime virilement , s'inquiétant peu de regarder si au fond de leur berceau est du duvet ou de la paille, pourvu qu'il soit large et commode pour y dormir , pourvu que l'eufant y soit gai , sain et d'esprit et de corps ; c'est la mère féconde qui a trop d'enfants pour svoir le temps de gémir avec ceux-ci, de jouer avec ceux là, et qui dit en les montrant, sans en désigner aucun en particulier : • Ils sont tons i moi ! Tons

ne sont pas beaux , tous ne sont pas forts ; mais , patience! tous ils le deviendront : car tons ils s'entendront, et, si un seul soleil ne leur suffit. Dieu, leur père à tons comme à moi , a promis d'en créer un second , un troisième , autant qu'il en faudra pour échauffer, pour faire fleurir et fructifier cette terre bénite ! » La charité entre particuliers doit ressembler k cette grande charité sociale.

Que parlex-vous de clients et de patrons , d'hôpitaux et de taxe des pauvres, d'aumônes et de pardon des injures! Les patrons d'hier sont clients aujourd'hui, pour redevenir patrons demain ; aucun homme n'appartient plus à aucun autre : il n'y a plus qu'un seul client, l'humanité; qu'un seul patron, Dieu. Que parlesvous d'hôpital ? ce n'est là qu'un secours , ce n'est là que la seconde partie de la charité : la première, c'est le travail fourni , c'est le moyen offert de chasser la misère et avec elle la maladie. La taxe des pauvres? ce n'est point de la charité , c'est le dernier expédient de l'antique égoïsme de caste : affranchissez les terres , affranchisses les bras comme l'est déjà l'intelligence, et le pauvre ne se multipliera plus pour l'effroi des privilégiés , dont Dieu conservera peut-être l'espèce quelque temps encore , comme il maintient le mal pour servir de sanction au bien. L'aumône? eh! quand vous distribueriez ici et là dans toutes les mains qui se tendent vers vous et votre superflu et votre nécessaire , vous penseries-voua quitte envers la charité? Non , ce qne donne la main n'est rien au prix de ce que donne le cœur , gardez votre or, et mettez le pauvre à même d'en gagner lui - même ; alors vous aurez accompli le magnifique précepte : • Faites à autrui comme vous voudriez qu*il vous fût fait à vous-même. < Quant au pardon des injures , c'est le commencement de la charité , mais ce n'est pas toute la charité. L'homme heureux a aisément tontes sortes de vertus : faites qu'on soit heureux autour de vous , cela vaudra mieux que de beaucoup pardonner. La charité donc , la charité vraiment sainte , c*est l'amour raisonné de l'humanité. Sévère envers ceux m^me qui sont l'objet de ses secrètes préférences , elle se propose de prévenir le mal plutôt que de récompenser le bien. La charité, enfin, c'est la justice, et rien que la justice ! •

LXVin. Or la justice n'existe nulle port hors de l'idée de Dieu : plus donc le sentiment de la justice est élevé, plus étroitement il embrasse non pas une portion seulement de l'humanité , mais l'humanité tout entière ; plus l'idée de Dieu est grande et féconde , plus est profond le sentiment religieux, et mieux l'homme comprend que ce n'est pas sur la terre , mais au ciel , mais en Dieu , qu'il doit chercher son principe et sa fin.

TROISlÈlkfE PARTIE.

DEVOIBS PCBUG8.

^ LXIX. Redescendons sur la terre et résumons les devoirs auxquels nous nous sommes reconnus soumis envers nous-mêmes, envers notre famille, envers notre patrie, envers l'humaiiité.

LXX. Ce que nous entendons par devoirs publics n'est , en effet , qne l'ensemble des devoirs privés et so* ciaux, considérés dans leur application aux faits de l'ordre le pins élevé.

Ils sont de deux sortes : civils et politiques.

Les premiers ont plus particulièrement pour objet l'exécution des conditions du maintien de la famille et des bonnes relations des familles entre elles. Les seconds sont la satisfaction des intérêts, base de l'association des familles en nations, ayant chacune sa vie , jaioroB|,^n

mode d'action qui lui est proprë^^^ ^V ^

LXX.I. Les devoirs respectirs des pères , des enfants , des msris et des femmes , sont des devoirs civils , parce qu'ils influent sur l'état public de la famille.

Viennent ensuite les devoirs imposés aux individus comme tuteurs , comme membres de conseils de famille, comme témoins dans les actes de l'état civil et dans les diverses transactions entre particuliers , comme arbitres dans les contestations y comme témoins dans les affaires déférées aux tribunaux , comme jurés appelés k examiner, non pas les conséquences, mais la justesse de l'accusation , et enfin comme fonctionnaires publics et comme magistrats, deux qualités qui imposent en outre des devoirs politiques.

On dira que nous présentons sans cesse l'intérêt pour sanction du devoir : nous persisterons en dépit de cette accusation lancée contre bien d'autres que nous, et nous répéterons avec celui qui fut mieux inspiré que tous les penseurs ensemble : — Fais à autrui comme tu veux qu'il te soit fait à toi-même.

Craignes, citoyens, d'avoir aussi à votre tour des mineurs à laisser après vous; voudriei-vous qu'on les dépouillât, qu'on les négligeât? Vous ponves être accusés : voudriei-vous d'un témoignage léger, inexact? que penseries-vous d'un verdict rendu systématiquement, suivant la nature du fait, ou suivant votre position personnelle, et non point d'après une conviction pure et simple ou de votre culpabilité ou de votre innocence? Réfléchisses et voyez qne le mal a partout sa réciprocité comme le bien.

LXXil. Les devoirs politiques ne sont pas plus graves en eux-mêmes que les devoirs civils, mais les n^liger peut entraîner de plus graves conséquences.

La liberté politique a cela de particulier, qu'à proportion qu'elle se développe, l'individu s'appartient moins et qu'il est moins permis au citoyen de s'isoler en lui-même. LXXIII. Cette vérité, sentie par tout le monde et proclamée avec la conviction la plus entière , semble perdre singulièrement de son autorité quand il s'agit de sa mise en pratique.

Dans notre France, par exemple, avec quelle ardeur ne réclame-t-on pas cette chose abstraite qu'on appelle droits politiques, avec quelle tiédeur ne s'acquitte-t-on pas de cette autre chose qui seule donne la vie à la première et que nous appelons devoirs politiques ? On est étonné de ce que tout n'aille pas comme on le voudrait, on s'en indigne, et, garde nationale, juré, électeur, éligible, député, pair, magistrats, fonctionnaires publics, on oublie que ces diverses positions n'ont été établies que pour appeler le plus grand nombre possible de citoyens à influer sur la marche des affaires , sar la direction de l'esprit public. On se révolte à l'idée d'y perdre son droit et l'on s'empresse d'en secouer les charges. On fait plus en cela que de commettre une inconséquence , on se rend coupable d'infidélité : car , dans ces diverses positions , on n'est que mandataire et non point pouvoir indépendant

LXXI V. Mais enfin le danger pourrait encore n'être pas < extrême si cette déplorable indifférence était la seule faute à reprocher à un certain nombre de citoyens. L'égoïsme, la vanité , la cupidité , se mettent au service du mal qui existe partout, en haut, au milieu, comme en bas, ils aident le pouvoir et les masses à se tromper, k faire croire à celui-ci qu'il est permis de gouverner en exploitant les mauvaises passions , les mauvais instincts , et à celles-li que le mal vaut mieux que le bien puisqu'on s'en sert , puisque ceux que beaucoup de gens appellent les habiles l'exploitent même de préférence au bien.

A Dieu ne plaise que nous attristions nos regards en les arrêtant sur le spectacle étalé de temps en temps sous nos yeux : nous croyons trop fermement au bien pour nous laisser aller au découragement. Il se peut qn à une

époque antérieure nous ayons pratiqué pins génénkacBt une vertu qui depuis nous est moins habituelle : Es } regardant d'un peu près, on découvrirait probabksMK que cette rertu tirait son principal mérite de cîreoBstiDcn qui n'existe at plus. En somme, ponrrait-oo indiquer dus l'histoire un temps où la dignité de Tbomme, en tact qu'homme, a été plus universellement reconnue, où rechange des idées a été plus actif, on moins de pl«trif& laissée k un arbitraire quelconque? nova répéicroos. « présence de ce que nous déplorons tou , qœ jsbmb à aucune époque il n'y eut plus de vertus rédlei. pt» de croyances sincères , plus de citoyens pénétrés de b sainteté de leurs devoirs et plus attachés k raccooipliiiement de ces devoirs. Ce n'est qu'un nuage qui pasK, cr n'est qu'une poussière immonde aonlevée par k tnvail de la civilisation, et que dissipera bientôt le veal p«rificateur qui souffle sans relâche de tous les points ée rhoricon.

LXXV. Cependant rien ne se fait de rien et Dieai bk l'action pour condition de tout résultat U ne suffit ém pas de s'envelopper dans le calme de ta conscience , dse confier dans ses bonnes intentions, il fant se melin i l'œuvre et ,^ pour le faire utilement , il faut examiocr li voie par laquelle il convient de se diriger poor aUeûèr plus sûrement, plus rapidement su but

Celte étude est plus qne jamais l'un des pins inpr' rienx devoirs publics.

LXXVI. Mais par cela même que cette étude est pin obligatoire et qu'elle est faite par conséqaeot par on ^ grand nombre d'esprits , elle deihande ane plus gnee.' prudence. Tant d'idées générales ont été émises, et sr f grand nombre d'entre elles, reconnues fausses psr cm mêmes que les premiers elles avaient séduits, se àmsi' encore brillantes et trompeuses , qu'il fant se garder à se prendre aux apparences , et avant d'adopter ce f. ?l croit être un principe , observer attentivement si ce f.*^ tendu principe n'est en opposition avec ancan de cm pratiqués et reconnus pour bons, du conaenlemeat à pf . près unanime de tous les citoyens.

LXXVII. C'est là un travaU difficile , bien dîffic6e nous oserons en indiquer un qui conduira aux tama résultats sans coûter , à beaucoup près , aalaot idiefi.

Que chacun de nous, artisan, poète, savant, ib^»trat, soldat on fonctionnaire, pratique daas le petit cercle où il est placé l'esprit de justice, l'esprit de ckarik-. pratique en un mot la fraternité , et quelque vaste ^ce soit le cercle dans lequel il est appelé à agir, il «n toujours k la hauteur de sa mission , toujours il temln choses avec justesse et sera le meilleur et le plus sage an citoyens.

Ce travail n'est et no pouvait être qu'une esquisse, l r bon traité du devoir serait un traité complet de ptij"^ logie, de métaphysique, de morale, de droit privé et ér droit public. Chacun des alinéas dont se cosapoce cécrit contient donc le germe d'un long oovr^. ^a• entreprendrons peut-t'lre un jour de traiter qnrlqsBrf de ces questions avec les développements qu'elle a^porte.

Si nous ne pouvons exécuter ce projet, nom tf^ en consolerons en pensant que les meilleurs ècrils » vaudront jamais pour l'amélioration d'un homme sa p^do bonne volonté apportée par cet hoaune à la rcrbntk du bien , i l'étude de ses véritables intérêts.

JULES LA BKAlUfi.

FASIS. — TtrOCMPUK FMK rsàsiS, au R tSSSISMS. i^

PïUlS.

DUBOCHET, LECHEVALIER bt C'«, 60, RIE RICHELIEU. —25 ckxtimks.

PEIVSÉES MORALES ET MAXIMES

Tout homme qui veut voyager avec fruit et s'épargner bien des pas et bien des regrets doit se mimir d'un Guide du voyageur. On n'a pas toujours des ciceroni sous la main ; et d'ailleurs ils sont loin d'ctrc infaillibles. Un bon itinéraire permet de vériGer Teiactitude de leurs iudirations , et même de se passer d'eux. Dans ce voyage qu'on appelle la vie , le meilleur guide c'est un recueil de pensées morales. A chacun des carrefours que forme devant nos pas le croisement conlinuel des passions, des intérêts et des devoirs , lorsque la volonté hésite , à qui demander sa roule ? Les amis éclairés sont rares : un recueil de maximes est un conseiller toujours disponible , toujours impartial^ toujours discret. L'homme ne nous apporte que le fruit de son expérience ; le livre nous offre le tribut de l'expérience universelle. Et ici la multiplicité des opinions ne produit point la divergence ; car l'étude de la morale a cela de satisfaisant, de reposant pour l'esprit , que c'est un terrain neutre où tous les siècles et toutes les nations , toutes les religions et toutes les philosophies , tous les caractères et toutes les conditions font trêve à leurs guerres. Ainsi l'accouplement bixarre des noms contenus dans ce traité de morale n'ôte rien à son unité ; car , à ce congrès où nous convions les rois de la pensée , tous , quoique étrangers les uns aiu autres par leur langage, leur nature, leurs intérétret leurs habitudes, en un mot par leur point de vue; tous, anciens ou modernes, fils de l'Orient ou de l'Occident, prêtres ou laïques, religieux on sceptiques, optimistes ou pessimistes , prophètes , philosophes , monarques , hommes de cour , hommes du peuple , hommes de robe on d'épée, tous n'ont qu'une voix pour détourner du vice et exhorter à la vertu. Ce sont autant de rayons partis de divers points de la circonférence, mais aboutissant à un centre commun. Plus de doute, par conséquent , plus d'hésitation pour celui qui les consulte ; mais encore faut-il savoir les consulter : il n'y a pas de bon li- \ re aux mains d'un mauvais lecteur. Or il est une disposition d'esprit qui, plus que nos passions peut-être, nous empêche de profiter comme nous le devrions de la lecture des moralistes. Nous ne les croyons pas assez convaincus. Nous sommes tentés de supposer qu'ils se drapent en philosophes, que leur langage n'est qu'un langage de convention, qu'une manière de parler, que ce sont, comme on dit vulgairement , des phrases d'auteur. C'est une erreur fort injuste et fort préjudiciable. Si les moralistes n'ont pas toujours la force de conformer leur

conduite à leurs principes , il ne faut pas pour cela suspecter la sincérité de leurs enseignements. Celte contradiction n'est qu'un argument de plus en faveur de la morale ; c'est un hommage rendu même par l'apostasie ; c'est une protestation de la pensée contre l'action ; c'est la puissance irrésistible de la logique amenant, en dépit des entraînements contraires, tous les esprits justes aux mêmes conclusions. Ne traitons donc pas légèrement les œuvres des moralistes; c'est le résumé évident de leur expérience. L'expérience seule est capable de descendre sans vertige k de certaines profondeurs ; l'or pur de la vérité ne s'extrait pas des entrailles de la conscience sans labeur ni déchirements ; et la plupart de ces penseurs ont été de vrais martyrs, qui pourraient nous dire, comme le plus grand d'entre eux sous ce double rapport : « Mangez et buvez, car ceci est mon corps, ceci est mon sang. '• Dans le nombre des moralistes qui pouvaient nous fournir les éléments de ce recueil , un des premiers auxquels nous avons dû songer , c'est celui qui s'est le plus occupé du peuple dans ses écrits , l'illustre ouvrier imprimeur qui devint ministre plénipotenliaire des Etats-Unis en France , le fondateur de l'indépendance américaine , l'inventeur du paratonnerre , le vénérable Franklin ; et , dans cette intention, nous avons relu son inestimable traité , connu chez nous souft le titre de la Science du bonhotntne Richard. Mais comme les maximes dont cet opuscule abonde ont entre elles une liaison nécessaire et qu'elles perdraient trop k être découpées , nous croyons mieux faire de le donner en entier , comme une sorte d'introduction à notre recueil de pensées.

LA SCIKVCK DL- BOXHOMUB RICHARD.

Dernièrement je m'arrêtai à cheval dans un endroit où il y avait beaucoup de gens assemblés pour la vente à l'enchère d'un magasin. L'heure de la vente n'étant pas encore venue , ils causaient de la dureté des temps ; et l'un d'eux s' adressant à un vieillard à cheveux blancs , d'une mise très-modeste, mais propre : • Père Abraham, dit-il, que pensez-vous de ce temps-ci? Ces lourdes taxes ne ruineront-elles pas complètement le pays? Comment serons -nous jamais en état de les payer? Quel conseil nous donncrez-vous ? • Le père Abraham se leva, et répondit : >- Si vous voulez avoir mon avis , je vous le donnerai en peu de mots ; car > a« sage un mot tufit} • et '^ce n'est pas arec beaucoup de paroles qu'on remplira un boisseau, •> comme dit le bonhomme Richard. • Ils

se réunirent pour l'inviter à dire sa façon de penser ; et lorsqu'ils furent en cercle autour de lui , il poursuivit eu ces termes :

> Amis et voisins, dit-il , les taxes, il est vrai, sont très - lourdes ; et si celles qu'impose le gouvernement étaient les seules que nous eussions à payer, nous pourrions les acquitter plus facilement : mais nous en avons beancoup d'autres, et bien plus onéreuses |)our quelquesuns d'entre nous. Nous sommes taxés deux fois autant [)ar notre paresse , trois fois autant par notre orgueil , et quatre fois autant par notre sottise ; et ces taxes-là, les commissaires ne sauraient les supprimer ni les dégrever, (jcpendant , prétons l'oreille à un bon avis , et il y aura encore de la ressource. -^Aide-toi, U ciel t'aidera^comme dit le bonhomme Richard dans son Almanach.

" On regarderait comme uu gouvernement bien dur, celui qui exigerait de nous |)our son service la dixième partie de notre temps ; mais la paresse en prend bien davantage à beaucoup d'entre nous , si nous comptons tout ce qui est dépensé dans une oisiveté absolue , ou à ne rien faire, et ce qui l'est en occupations frivoles, ou en amusements qui équivalent à rien. L'oisiveté, en amenant des maladies, abrège positivement la vie. - L'oitiretty comme la routlle , ronge* plus rite que le travail H use; - tandis que <• la clef dont on se sert souvent est toujours brillante y ^ comme dit le bonhomme Richard. Mais *- aimes-tu la rie, alors ne gaspille pas le temps; car c'est l'étoffe dont la rie est faite, « comme dit le bonhomme Richard. Xe dépensons-nous pas en sommeil bien au delà du nécessaire , oubliant que • renard qui dort n'attrape pas de poules, •> et que * nous aurons tout le temps de dormir sous terre ^ • comme dit le bonhomme Richard? Si de toutes les choses le temps est la plus précieuse, perdre le temps doit être la plus grande prodigalité, comme dit le bonhomme Richard , puisque , comme il nous le (lit ailleurs, le • temp» perdu ne se retroure jamai»^ ■> et que ce que nous appelons assez de temps se trouve toujours éli-e tr<jp peu. Debout donc et à la besogne , et à une besogne utile. De la diligence, et nous ferons plus avec moins de peine. - La paresse rend tout difficile, mais le trarail rend tout aisé, ■ comme dit le bonhomme Richard. Celui qui ne 1ère tard doit trotter toute la journée, et c'est à peine s'il viendra à bout de sa besogne à la nuit. I.a paresse voyage si lentement que la pauvreté l'atteint bientôt^ » comme nous lisons dans le bonhomme Richard, qui ajoute : Pousse ta besogne , que ce ne soit pas elle qui te pousse ; ' et : « Se coucher de bonne heure et se lever matin/ait l'homme sain , riche et sage. "

» Que signifie de souhaiter et d'espérer des temps meilleurs ? On rend le temps meilleur en sachant s'évertuer. ' Le trarail n'a pas de souhaits à faire, » comme dit le bonhomme Richard. - Celui qui vit d'espérance mourra de faim. Il n'y a pas de profit sans peine ; à mon aide donc, mes mains , car je n'ai pas de terres; - ou si j'en ai , elles sont cruellement taxées ; et, comme le remarque aussi le bonhomme Richard , « celui qui a un métier a un fonds de terres ^ et celui qui a une profession a un emploi qui lui vaut honneur et profit : mais encore faut^il travailler à son métier et bien suivre sa profession , sans quoi le fonds de terre ni Temploi ne nous mettront à même de payer nos taxes. Si nous sommes laborieux, nous ne mourrons jamais de faim ; car, comme dit le bonhomme Richard , - la faim regarde dans la maison du travailleur , mais elle n'ose pas entrer. " Et l'huissier ni le commissaire n'y entreront pas non plus, car " le trarail paye les dettes, et le désespoir les augmente, - dit le bonhomme lUchard. Qu'importe que vous n'ayex pas trouvé de trésor, et qu'aucun {larcnt riche ne vous ait laissé un legs? -L'activité est la mère du bonheur, ' cuinme dit le bonhomme Richard ; et • ifiru donne tout au trarail. Labourez, donc ferme, pendant que les fainéant* donnettt, ri rouit anre:, du blé à rendre et

à garder . - dit le bonhomme RickanL Tnraillex tooi aujourd'hui , car vous ne savez paa combien iffiop^ments peuvent venir demain , ce qui fait dire ta boehomme Richard : ^ L'n aujourd'hui rmut dots irnsm. Et il ajoute : <> Arez-vous quelque chose à foin iami» faites-le aujourd'hui. ^ Si vous étiei domestique, onennvous pas honteux qu'un bon maître vous surprit à or h?* faire? Ates-vous votre maître : - Ayez honte de ton «rprendre à ne rien faire,' comme dit le bonhomme Ridurd Quand il y a tant à faire pour vous-même . piHir xstt famille et pour votre pays , soyez debout tu point <ta jour. Que le soleil , en regardant sur la terre , ne ëm pas : Voici un lâche qui sommeille ! Maniez vœ uaùls sans mitaines ; souvenez-vous que - chat ganté m pr»^ pas de souris, « comme dit le bonhomme Rjchard. Il r«t vrai qu'il y a beaucoup à faire et que vous n airi pfiuêtre pas la poigne forte ; mais mettez-vous y ferme, « vous verrez de grands effets : car, < à la longue, Uf^a d'eau creuse le rocher , -. et - à force étaetiritè et dt patience , la souris coupe le câble ; * et ' ^ petiu r»,. abattent de grands chênes, " comme dit le bonlioBUBP Richard dans son almanach de je ne sais pins qvi^ année.

• Il me semble entendre quelques-uns de voasoedin Est-ce qu'un homme ne doit se donner anenn loisir'' - Je te dirai , mon ami , ce que dit le bonhomme Ridw^

- Emploie bien ton temps , si tu veux avoir du loisir: « -puisque tu n'es pas sûr d'une minute, ne péris pu »° heure. Le loisir est du temps pour faire quelqiu ckm (Vutile;^ ce loisir-là, l'homme actif l'obtiendra; ii»i<t' fainéant, jamais. En sorte que , comme dit le booboiBsii Richard , - utie rie de loisir et une vie defainètafoft ts* deux. - Vous imaginez-vous que la paresse vous preciori plus de bien-être que le travail? Non ; car, comme 11/ bonhomme Richard , » Us soucis riennent de l'oifirrU . • les traraux pénibles du repos sans nécessité. - B«»n« de gens voudraient vivre sans travailler, ptr les fitoi'^ ressources de leur esprit ; mais ils manquent faaU- è fonds, tandis que le travail donne le bien-<'tre , TaIm)dance et la considération. Fuyex les plaisirs, et ik u«» suivront : - la fileuse active a une grande chemiu,- ti » maintenant que j'ai un mouton et une raehe , i^ '• monde me donne le bonjour . - comme dit trè»-hiea * bonhomme Richard.

• Mais ce n'est pas tout d'être laborieux : il faot rfn ferme , stable et soigneux , et surveiller ses affairps «k *• ^ propres yeux, et ne pas trop s'en rapporter aux antn*. car, comme dit le bonhomme Richard, *je u'eijêm^' vu un arbre ni une famille , changeant souetnt de piscf. prospère^ autant que ceux qui ne bougent pas. - Kl as»

» Trois déménagements valent un incendie. • Et aussi o Garde ta botitique et ta boutique te gardera. ■ Et aof» ' Si tu veux que l'affaire se fasse t ras-y; si tu ne le resip^y envoie. - Et aussi : - Celui qui veut s'enrieUr par laekarrtf doit la conduire lui-même. - Et aussi : -L'œil dumaitrfh plus de besogne que ses deux mains. - Et aussi : * Le ma^ que de soin nous cause plus de dommage que le maaqse ^/ savoir. » Et aussi : - Xe pas surveiller sa ourriert . r "> leur laisser sa bourse ouverte. S'en trop rapporter as tt-^ des autres, c'est la ruine de bien des gens; » car, coœiMi l'almanach, « dans les affaires de ce monde, le» A<«»^ ne sont pas sautés par la foi , nutis par le défaut éej»* mais le soin personnel est profitable. Or. dit If bo»' homme Richard, -^ le savoir est au studieux, etletr^ chesses au soigneux, - aussi bien que « lepesroim A*'-* et le ciel au vertueux. • Et plus loin : -Si twa r^varoir un »erritrur fidèle et que vous aimiei, serrei-roia rpfmémc. n Et de plus , il conseille la circonspectiofl d «^ »»in, même dans les petites choses, parce que «jw*»}"'' fois une |M'titc négligence |H*nt engendrer onfpadfBii^

PËXSKES MORALES ET MAXIMES

ftfy le cherai a été perdu; et faute d'un ckeval , le cavalier

a été perdu , ayant iti aUeint et tué par l'ennemi , le totU faute d'avoir pris toin d'un clou de fer à cheval. «

" Voilà pour le travail , mes amis , et pour rattentinn

qu'on doit à sa besogne ; mais il y faut ajouter Téconouiie, si l'on vent être plut sûr du succès de son travail. Un homme, s'il ne sait pas économiser à mesure qu'il gagne, |>eut rester toute sa vie le nez sur son ouvrage et mourir en somme sans un denier. ■ La cuisine grasse rend le testament maigre, » comme dit le bonhomme Richard ; et

bien des fortunes se dissipent en même temps qu'on les gagne , depuis que les femmes ont quitté pour le thé la

quenouille et le tricot, et que les hommes ont quitté pour le punch la hache et la cognée. • Si vous voulez être riche, < dit-il dans un autre almanach, >^ songez à économiser aussi bien qu'à gagner : « les Indes n'ont \}u enrichi l'Espagne, parce que ses dépenses sont plus (grandes que ses revenus.

Finisscz-cn donc avec vos folies dispendieuses, et ions n'sures pas grand sujet de vous plaindre de la dureté des temps , de la lourdeur des taxes et des charges de vos familles ; car, comme dit le bonhomme Richard ,

• les femmes et le tin , le jeu et la tromperie amoindrissent la richesse et grossissent les besoins, n Et plus loin :

- //entretien d'un rice élèverait deujc enfants. ^ Vous croyez p<»ul-<*tre qu'un peu de thé ou un peu de punch, de temps en temps, une chère un peu plus recherchée, des habita un peu plus beaux et une petitt! partie de plaisir dans l'occasion ne sauraient être d'une grande importance : mais rappelez-vous ce que dit le bcmhomme Richard : Plusieurs peufont un beaucoup. • Et plus loin : « Prenez gttrdf aux petites dépenses ; une petite voie d'eau submergera nu grand vaisseau. -> Kl aussi : «• Ceux qui aiment les friandises deviendront des mendiants. » Et en outre : » Les fous font les festins, et les sages les mangent. •«

Vous voici tous assemblés pour cette vente de curiosités et de brimborions : vous les appelez des biens: mais, si vous ne prenez garde, ils se changeront en maux pour quelques-uns de vous. Vous espérez qu'ils seront \iMidus bon marché, et peut-être le seront-ils pour moins qu'ils n'ont coûté; mais si vous n'en avez que faire, ils seront toujours trop chers pour vous. Souvenez-vous de ce que dit le bonhomme Richard : «^ .achète ce dont tu n'as pas besoin, et avant peu tu vendras ce qui t'est nécessaire. » Et aussi : . Devant un grand bon marché réfléchis quelt/tir temps. •> H veut dire que peut-être le bon marché n'est qu'apparent et non réel, ou que ce marché, en te «{onant dans tes affaires, peut te faire plus de mal que Ho bien ; car, dans un autre endroit, il dit : ^ Les bons marches ont ruiné bien des gens. « Et encore , comme dit \v bon homme Richard : « // est absurde de dépenser son argent h acheter un repentir ; « et cependant cette absurdité Kt* toit tous les jours dans les ventes, faute d'écouler l'alluaiiach. - Les gens sages, comme dit le bonhomme Richard, s'instruisent par les maux d' autrui, les sots à peine par 1rs leurs; ^ mais : felix qutmfaciunt aliéna perieulacautftm. Bien des gens, pour avoir de beaux habits sur le dos, «>iil fait jeûner leur ventre, el presque mourir de faim leur Tamille. - La soie et le satin, l'écarlate et le velours, comme dit le bonhomme Richard, éteignent le feu de la cuisine. « C«" ne sont pas là les nécessités de la vie, on peut à peine !«•}( en appeler les commodités; et cependant, rien que parrc qu'ils plaisent à l'œil, qnc de gens veulent les aïoir! Les besoins artificiels des hommes deviennent ainsi plus nombreux que les besoins naturels, et, comme fi il le bonhomme Richard , >• pour un pauvre il g a cent swsdigents; « par ces extravagances et autres semblables, l«-t« gens comme il faut sont réduits à la pauvreté, et ff>rrés d'emprunter à ceux qu'ils dédaignaient jadis, mais qui, par leur travail et leur économie, ont mainl«*nn leur position: ce qui prouve clairement i^qutm/^o

bnttreur sur ses pieds est plus grand qu'un gentilhomme à genoux, ^ comme dit le bonhomme Richard. Peut-être leur avait-on laissé une petite fortune ; et , ne sachant pas comment elle avait été acquise , ils se sont dit : Il est jour et il ne fera jamais nuit ; ce n*est pas la peine de faire attention à une si petite dépensé sur une si grande fortune. • Les enfants et les fous, comme dit le bonhomme Richard , s'imaginent que vingt francs et ringt ans n'ont jamais de fin; n mais «à toujours prendre à la huche et à n'y jamais mettre , on arrive vite au fond, '> et alors, comme dit le bonhomme Richard, * quand le puits est à sec , on eonncUt la valeur de Veau. > Mais c'est ce qu'ils auraient su auparavant, s'ils avaient pris sonoiis: • Voulez-vous savoir la valeur de l'argent! allez euayer d'en emprunter ; < car > celui qui va aux emprunts va aux mortifications, • et autant en arrive à celui qui prête à de telles gens, quand il va redemander son dû.

Le bonhomme Richard , en fait d'autres avis , dit encore : " L'orgueil de la parure est une vraie maUdiction ; avant de consulter votre fantaisie, consultez votre bourse, » Et aussi : » L'orgueil est un mendiant qui crie aussi haut que le besoin , et qui est bien plus effronté. • Quand vous avez acheté une jolie chose , il voift en faut acheter dix autres, afin qu'il y ait de l'ensemble dans votre toilette ; mais le bonhomme Richard dit : « // est plus aisé de réprimer le premier désir que de satisfaire tous ceux qui suivent. Et c'est une folie aussi réelle au pauvre de singer le riche qu'à la grenouille de s'enfier pour égaler le bœuf en grosseur. Les grands navires peuvent s'aventurer plus loin , mais les petits bateaux doivent se tenir près du rivage. > C'est au surplus une folie promptemcnt punie ; car « t Orgueil qui dine de vanité soupe de mépris, " comme dit le bonhomme Richard. Et dans un autre endroit : " L'Orgueil déjeuna avec l'Abondance , dîna avec la Pauvreté et soupa avec l'Infamie. » Et, aprt'S tout, que revient-il de cette envie de paraître, pour laquelle on risque et on souffre tant? Elle ne peut donner la santé ni soulager la souffrance; elle n'ajoute pas au mérite de la personne ; elle hâte l'infortune. •> Qu'est-ce qu'un papillon ? Tout au plus une chenille en toilette. Le petftmaitre est tout son portrait , ■> comme dit le bonhomme Richard.

Mais quelle folie ce doit être de s'endetter pour ces superfinités! Aux termes de cette vente, on nous offre six mois de crédit , et c'est peut-être ce qui a engagé quelques-uns de nous a y venir, parce que nous n'avons |nis d'argent comptant de reste el que nous es[)éronB nous faire beaux sans bourse délier. Mais , hélas ! songez à ce que vous faites en vous endettant : vous donnez à un autre des (Iroits sur votre liberté ; si vous ne pouvez pas payer à l'échéance, vous serez honteux de voir lotre créancier, vous serez dans l'appréhension quand %ous lui parlerez ; vous ferez de pauires, pitoyables, basses excuses, et vous en viendrez par degrés à {)erdre votre véracité et à tomber en plein dans l'ignoble mensonge : car, comme dit le bonhomme Richard , « le second vice, c'est de mentir; le premier , c'est de s'endetter. • El aussi , À ce même sujet : • Le mensonge monte en croupe de la dette. « tandis qu'un homme né libre ne devrait avoir honte ni peur de parler à un homme vivant. Mais la pauvreté prive souvent un homme de tout courage et de toute vertu : ^ // est difficile à un sac vide de se tenir debout, < comme dit avec justesse le bonhomme Richard. Que penseriez-! ous du |irince ou du gouvernement qui par un édit vous défendrait , sous peine de prison , de prendre le costume des gens comme il faut? Ne diriez -vous pas que vous êtes libres, que vous avez le droit de vous habiller comme il vous plaît , qu'un tel édit serait une infraction a Tos privilèges , et qu'un tel gouvernement serait tyrannique! Et pourtant vous travailles à vous soumettre vous-même à cette tyrannie quand vous voua endettez

IXSTRUCTIOX POIR LE PELPLE.

IM)ur vous vêtir ainsi. Votre créancier a le pouvoir de vous priver à son gré de \olre liberté eu \ous mettant en prison si vous n'êtes pas en état de le payer. Votre marche fait , il se peut que vous ne pensiei guère au payement ; mais • les créanciers, nous dit le bonhomme Richard , ontphu de mémoire que Us débiteurs. > Et il dit dans nn autre endroit : > Les créanciers sont une secte superstitieuse , de grands observateurs de toutes les époques du calendrier, » Le jour de l'échéance arrive avant que vous vous en douties , et la réclamation est faite a\ant que vous ne soyei préparé k y satisfaire ; ou , si vous songex à votre dette, le terme, qui d'abord semblait si long, paraîtra, en se rapprochant, extrêmement court ; le temps semblera avoir ajouté des ailes à ses talons aussi bien qu'à ses épaules. « Le carême est court, dit le bonhomme Richard , pour ceux qui ont une dette payable h Pâques. " Si donc , comme il dit , • l'emprunteur est l'esclave du préteur, et le débiteur du créancier, • dédaignez cette chaîne , conserves votre liberté et maintenes votre indépendance ; soyes laborieux et libres, soyes économes et libres. En ce moment peut-être vous croyez- \ous dans des circonstances prospères qui vous permettent de faire impunément quelque petite extravagance; mais épargnez pour l'époque de la vieillesse et du besoin tandis que vous le pouvez : « il n'y a pas de soleil du mtitin qui dure toute une journée, < comme dit le bonhomme Richard. Le gain peut être momentané et incertain ; mais toujours, tant qu'on vit, la dépense est constante et certaine , et • il est plus aisé de construire deux cheminées que d'en entretenir une allumée , > comme dit le bonhomme Richard. Ainsi > couchez-rous plutôt sans souper que de tous lever avec des dettes. Gagnez ce que vous pouvez, mais tenez bien ce que vous gagnez; c'est là la pierre qui changera tout votre plomb en or, <> comme dit le bonhomme Richard ; et , quand vous aurez la pierre philosophale , certes vous ne vous plaindrez plus de la dureté des temps ni de la difficulté de payer les taxes.

Cette doctrine, mes amis, est celle de la raison et de la sagesse; mais, après tout, ne comptes pas trop sur lotre travail, sur votre économie, ni sur votre prudence, quoique ce soient d'excellentes choses ; car ils peuvent n'être bons à rien sans la bénédiction du ciel. Demandes donc humblement cette bénédiction , et ne soyez pas sans charité pour ceux qui , en ce moment , paraissent en être privés ; mais consolez et secourez-les. Rappelez-vous que Job souffrit, et ensuite rentra dans la prospérité.

Et maintenant , pour conclure : l'expérience tient une école où Ton paye cher ; mais les sots n'apprennent dans aucune autre , et à peine dans celle-là : car il est vrai que • nous pouvons donner des avis , • mais •• nous ne pouvons donner la conduite , » comme dit le bonhomme Richard. Cependant rappelez-vous ceci : « Cens qui ne veulent pas être conseillés ne peuvent pas être secourus , i comme dit le bonhomme Richard. Et il ajoute que , « si vous ne voulez pas écouter la raison , vous êtes sûr qu'elle vous donnera sur les doigts. «

Le vieillard finit ainsi sa harangne. On l'éconta , on approuva sa doctrine , et on Gt immédiatement le contraire , juste comme si c'eût été un sermon ordinaire ; car la lente commença , et mes gens se mirent k faire des achats extravagants , malgré toutes ses recommandations et leurs propres craintes des taxes. Je \is que le brave homme avait étudié à fond mes almanachs , et recueilli tout ce que j'avais écrit çà et là sur ces matières dans le cours de vingt-cinq années. Les fréquentes mentions qu'il a\ait faites de moi avaient du ennuyer tous les autres ; mais ma vanité en fut merveilleusement flattée, quoique je susse bien que la dixième partie de la sagesse qu'il m'attribuait ne m'appartenait pas , mais que c'était Incn plutôt des emprunts faits au bon sens de tous le& 'ècles et de toutes les nations. Quoi qu'il en soit , je ré-

solus de faire mon profit de cet écho ; et , qaoîqvf p fusse d'abord déterminé à m'acheter de quoi furr u habit neuf, je m'en allai résolu à porter le vieux an pn plus longtemps. kicbsbo sacvDiBa (ni«5iij.tv. )

PENSÉES MORALES ET MAXIMES

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