CHAPITRE X
Des études par lesquelles onpeutseperfectionner dans la connaissance du magnétisme.
vJn peut considérer le magnétisme sous deux points de vue ; ou comme le simple emploi d'une faculté que Dieu nous a donnée, ou comme une science dont la théorie embrasse les plus grands problèmes de la physiologie et de la psycologie , et dont les applications sont extrêmement variées.
Il suit de là qu'on peut séparer en deux classes les personnes qui s'occupent du magnétisme.
La première classe comprend ceux qui ayant reconnu en eux-mêmes la faculté de faire du bien par le magnétisme , ou du moins espérant qtfils y réussiront, veulent Femployer dans l'intérieur de leur famille , ou parmi leurs amis, ou auprès de quelques pauvres malades, mais qui, ayant des devoirs à remplir, des affaires à suivre , ne magnétisent que dansles circonstances où cela leur parait néces-
saire , sans chercher à se faire connaître , sans autre motif que la charité , sans autre but que celui de guérir ou de soulager des êtres souffrans.
La seconde classe se compose des hommes qui , ayant du loisir , veulent joindre à la pratique du magnétisme l'étude des phénomènes qu'il présente, en faire usage en grand , établir des traitemens pour soigner à la fois plusieurs malades , former des élèves capables de les seconder , avoir des somnambules qui les éclairent, rapprocher, comparer, et coordonner les phénomènes, de manière à ce qu'il en résulte un corps de doctrine régulier , dont les principes soient certains , et dont les conséquences s'étendant de jour en jour, conduisent à de nouvelles applications.
Cette classe est séparée de la précédente par un grand nombre de degrés qu'il faut monter successivement avant de se trouver placé de manière à découvrir un horizon plus étendu. Je conseille donc à ceux de la première classe de ne point penser à sortir de leur enceinte , à moins qu'ils ne soient maîtres de leur temps et qu'ils n'aient des counaissances préliminaires. Leur partage est
âOR LE MAGNETISME. 349
assez beau-, ils sont étrangers aux vanités humaines, aux inquiétudes qui accompagnent les nouvelles tentatives , aux incertitudes qui naissent du conflit des opinions et des divers points de vue sous lesquels se présentent les objets-, ils goûtent sans mélange et sans distraction la satisfaction de faire du bien. Qu'ils soient assez sages pour ne s'occuper nullement de théorie , pour ne point rechercher les phénomènes extraordinaires -, qu'ils continuent d'employer avec confiance et recueillement les procédés qui leur ont réussi , sans autrebutquedesoulager ou de guérir le malade auquel ils s'intéressent. Quand ils auront obtenu une guérison, ils le diront tout simplement, pour engager d'autres personnes à employer les mêmes moyens. L'instruction que je publie est suffisante pour les diriger dans tous les cas; ils n'auront même besoin d'y avoir recours que selon les circonstances.
Quant à ceux qui désirent appartenir à la seconde classe, je les invite à considérer d'abord l'étendue de la carrière qu'ils ont à parcourir ; il vaut mieux qu'ils n'y entrent point que de s'arrêter au milieu de leur entreprise. Dans ce qui tient à la pratique, une simplicité
35o INSTRUCTION PRATIQUE
prudente est préférable à la science^ dans ce qui est relatif à ]a théorie, des notions imparfaites nous exposent à des erreurs dan« gereuses. Le laboureur qui cultive son champ comme le cultivaient ses pères , recueille chaque année ]e prix de ses travaux; qu'il Veuille, d'après ses idées , se faire une méthode nou-<velle, il pourra bien se ruiner avant de s'être éclairé par sa propre expérience.
Je ne serais point en état de donner aux autres la plupart des connaissances qu'ils doivent avoir ^ mais j'en sens le besoin, je reconnais la supériorité de ceux qui les possèdent, et je puis indiquer la marche qu'il faut suivre pour les acquérir, et surtout la disposition d'esprit nécessaire pour en diriger l'application vers le but qu'on se propose.
Je crois donc utile de terminer cet ouvrage par quelques conseils à ceux qui veulent s'élever dans une région que je n'ai fait qu'entrevoir , mais dont la carte m'est bien connue par les relations de ceux qui l'ont parcourue avec plus ou moins de succès. Je suppose que les hommes à qui je m'adresse sont entière* ment convaincus de la puissance du magnétisme, et qu'ils ont reconnu en eux-mêmes la faculté d'en faire usage et de produire Ifô
effets les plus surprenans et les plus salutaires. Sans cette première condition, ce que je vais dire leur serait absolument inutile.
II est à dësirer que ceux qui voudront étudier à fond le magnëtisnie aient d'abord des notions élémentaires de la physique , de Tanatomie, de la physiologie et de la médecine, pour mieux apprécier les faits, et pour n'être pas dupes des erreurs qui se trouvent dans plusieurs livres. Il est nécessaire aussi qu'ils soient versés dans cette partie de la philosophie qui traite de l'origine des idées , du développement et de la relation des diverses facultés de l'âme , afin que la vue de certains faits merveilleux ne les jette pas dans de vains systèmes.
En supposant qu'on ait les dispositions , les facultés et les connaissances préliminaires dont je viens de parler , il faut lire avec ordre ce qui a été écrit sur le magnétisme. Je pense que ceux qui ne savent pas les langues étrangères peuvent commencer par mou Histoire critique*^ non que cet ouvrage vaille mieux que beaucoup d^autres , mais parce qu'il présente un ensemble, et qu'il donne une idée de l'histoire , des preuves , des procédés, des phénomènes 9 de l'application k
35a INSTRUCTION PRATIQUE
la guërison des maladies , des moyens d'ëviter les inconvëniens , enfin ,• parce qu'on y trouve une notice succincte de tous les livres qui avaient paru en France sur le même sujet à l'ëpoque où je l'ai publie.
A ces livres , que j'ai classes , on joindra les Annales du magnëtisme , la Bibliothèque du magnëtisme , et d'autres ouvrages rëcemment imprimes dont il est facile d'avoir le catalogue. On ne négligera point de s'informer des objections faites par des mëdecins, et de l'explication qu'ils ont donnëe des phënomènes dont ils ont ëtë obliges de reconnaître la rëalité (i).
On consultera les ouvrages de inëdecine
(i) On trouvera dans ma Défense du Magnétisme Vindication de la plupart des articles dans lesquels il est attaqué. Ces objections , qu'il est essentiel de connaître^ ont été résumées ensuite, et présentées avec beaucoup de talent dans Particle Mesmérisme de TEncyclopédie. Je dois des remercîmens à l'auteur de cet article pour Textréme politesse avec laquelle il parle de moi \ >e ne crois point mériter les éloges qu'il me donne, mais je pense que si son article n'eût pas été composé avant la publication de ma Défense du Magnétisme , il aurait trouvé dans ce dernier ouvrage la solution de la ]^lupart des difficultés qu'il propose j et je m'en serais volontiers rapporté à son jugement.
et de pbysiol(^e dont les auteurs , eu trai«^ tant des qpiestions étrangères au magnétisme , ont été conduits à convenir de son action et des effets qu'elle produit : tel est Fouvrage de M. Georget , intitulé Phjrsiùlogie du sjstème neiveux. On recherchera enfin les relations des maladies dans lesquelles quelques-uns des phénomènes les plus extraordinaires du magnétisme se sont présentés spontanément^ comme on le voit dans les ouvrages du docteur Petetin et dans lliistoire de la guérison de mademoiselle Julie , par M. le baron de Strombeck.
On ne manquera pas de lire ensuite la belle dissertation de Vanhelmont et les écrits de Maxwell, de Wirdig et autres auteurs du même temps que Thouret a cités dans ses Recherches et doutes^ quoiqu'il n'en eut fait qu'une lecture superficielle.
Maïs l'instruction qu'on peut puiser dans les livres français et latins n'est rien auprès de celle que se procureront facilement ceux qui savent les langues étrangères. L'ouvrage hollandais du célèbre docteur Backer deGroningue contient d'excellens préceptes et des faits très-curieux 5 et les ouvrages allemands deKluge,de Wienholt, deWolfart, d'Eschen-
-mayer, de Passavant, d'Ennemoser, deKieser, de Nees-von-Esenbeck sont une mine inépuisable^ Tous ces auteurs conviennent des mêmes faits \ ils difièrent sur les méthodes et sur les explications ; ils ont combiné les connaissances acquises par le magnétisme avec celles qu'ils ont puisées dans les autres sciences , et plusieurs d'entre eux ont associé la théorie du magnétisme à la philosophie la plus élevée. Ennemoser a beaucoup d'érudition ; et , quoiqu'il manque de critique , il nous montre les traces du magnétisme dans les historiens et les philosophes de l'antiquité* Kluge a le premier donné un ouvrage classique dans lequel les phénomènes sont rapprochés et expliqués par une hypothèse fort ingénieuse et dont les bases principales reposent sur l'anatomie et la physiologie. Wienholt a recueilli un grand nombre de faits observés avec exactitude, et discutés avec la plus grande bonne foi. Wolfart a publié successivement tous ceux qu'il a observés , soit dans sa pratique particulière, soit au traitement publtc, dans lequel il est secondé par plusieurs de ses élèves. Il a répandu les plus grandes lumières sur l'application du magnétisme à la guérison des maladies ; il a adopté , développé et rec-
SDK Lfif MAGNÉTISME. 355
tifië la théorie de Mesmer. Eschenmayer admet un ëther organique , répandu partout, et bien plus subtil que la lumière y il est d ail^*leurs métaphysicien spirilualiste. Passavant lie sa théorie du magnétisme aux sentimens religieux les plus touchans et les plus sublimes. Son ouvrage porte la lumière dans l'esprit et la charité dans le cœur. Kieser est un génie hardi et systématique qui cherche l'explication des phénomènes dans une théorie fort singulière du système général de la nature. Nees-von-Esenbeck et les auteurs de l'iETermesj ont modifié l'hypothèse de Kieser. Sans adopter les opinions de ces divers auteurs , on retireradu moins cet avantage de l'étude qu'on en aura faite de pouvoir regarder comme incontestables les principes sur lesquels ils sont tous d'accord et les faits sur lesquels ils s'appuient également, et qui ont été observés avec le plus grand soin.
En étudiant les divers ouvrages sur le magnétisme , il est essentiel de ne perdre aucune occasion pour faire par soi-même des observations j et je dois ici établir un principe essentiel , malheureusement trop négligé, nonseulement par ceux qui se sont occupés du magnétisme pour s'instruire eux-mêmes, mais
356 INSTRUCTION PRA.TIQtJE
encore par ceux qui ont entrepris d'ëclaircr les autres par leurs écrits.
Dans Tétude de toutes les sciences , il faut commencer par ce qui est le plus simple pour arriver par degrës à ce qui est le plus composé. La solution des problèmes les plus élevés de la physique serait inintelligible pour celui qui ne connaîtrait pas les lois du mouvement , l'action de l'électricité, celle du calorique. Il en est de même dans Fétude du magnétisme : il faut commencer par bien examiner les effets les plus simples et les plus communs^ ceux qu'on produit journellement avec la plus grande facilité , ceux enfin qui prouvent seulement que le magnétisme exerce une influence qui lui est propre, avant de songer à se rendre compte des phénomènes merveilleux, tels que le somnambulisme: car ces derniers phénomènes sont compliqués de plusieurs causes qu'il faut avoir d'abord étudiées isolément.
En lisant les ouvrages publiés sur le ma- % gnétisme, on ne négligera point de se mettre en relation avec les personnes qui le pratiquent , pour voir , constater et recueillir de nouveaux phénomènes , pour reconnaître ce qui est commun à tous et ce qui est parti-
culier à chacon d'eux. On s'attaehera à biea discerner dans les divers phénomènes qne présente souvent un même somnambule ceux qui sont dus à l'action du magnétiseur , abstraction faite de la croyance et de la volonté du magnétisé, de ceux qui ont pu être produits ou modifiés pa r la volonté ou par l'imagination du magnétisé ; ceux qui sont dus à une plus grande excitation des organes des sens, de ceux qui annoncentle développement d'un sens particulier ; ceux enfin qui démontrent une clair* voyance plus ou moins étendue , mais qui ne s'exerce que sur des objets réels et sensibles, de ceux où cette même clairvoyance se mêle à des illusions. On examinera également s'il n'y a pas une force magnétique répandue dans la nature qui peut agir sur l'homme lorsqu'il est disposé à la recevoir, et qu'il se place dans des circonstances qui peuvent la concentrer et la diriger.
Après avoir recueilli un grand nombre de phénomènes, on tâchera de les classer, de les comparer, et d'établir une théorie qui soit la conséquence de cette comparaison ^ si toutefois nous sommes arrivés au point où cette théorie est possible. Jusqu'à présent, presque tous ceux qui ont voulu donner desprin-
cipes généraux les ont fondés sur quelques faits du même ordre , sans songer à d'autres faits auxquels ils ne sont point applicables. Cela est d'autant plus naturel que les somnambules d'un même magnétiseur ont ordinairement entre eux une certaine analogie à cause de l'identité de l'influence à laquelle ils ont été soumis. Il suit de là que , pour découvrir les lois générales , il faut non-seulement avoir vu beaucoup de faits de ses propres yeux , mais en avoir recueilli un grand nombre d'autres , qu'on aura eu soin de constater et dont on aura discuté toutes les circonstances.
Quant à l'action curative du magnétisme, indépendamment des indications que le som< nambulisme a pu fournir, on ne pourra savoir jusqu'où elle s'étend, dans quelles maladies et sur quels tempéramens elle est le plus efficace , que lorsque des médecins auront soumis au traitemejnt magnétique un grand nombre de malades qu'ils auront exa* rainés avant le traitement pour déterminer la nature de la maladie et savoir si elle est curable par les moyens ordinaires, et après le traitement pour juger des changemens qui auront été obtenus. Cependant la multi*
SUR LE MAGNÉTISME. SSq
tude des guérisons opérées en peu de t^mps à la suite du traitement magnétique, dans certaines maladies dont le caractère est bien clair, comme les rhumatismes, les fièvres intermittentes , les engorgemens glanduleux , les contusions, etc., est une preuve de son efficacité dans les maladies du même genre.
Je viens de tracer le tableau des connaissances qu'il faut acquérir, et des objets sur lesquels on doit fixer son attention, si Ton Veut envisager le magnétisme dans son ensemble, déterminer le rang qu'il occupe parmi les grands phénomènes de la nature vivante , en découvrir les lois et en fixer les applications. Mais je n'ai point encore parlé de la marche qu'il fallait suivre pour s'instruire par la pratique, sans laquelle les notions qu'on aurait puisées dans les livres ne conduiraient à rien. J'ai dit seulement qu'il fallait aller des faits les plus simples aux plus composés , et c'est tout ce que la méthode d'étude propre pour le magnétisme a de commun avec celle qui convient aux autres sciences. Dans celles-ci on fait d'autant plus de progrès qu'on a plus d'ardeur pour le travail, plus d'activité pour vaincre les obstacles, plus de désir de découvrir la vérité.
36o INSTRUCTION PRATIQUE
Dans Texamen du magnétisme, ces qualités seraient plus nuisibles qu'utiles si elles n étaient unies à beaucoup de réserve, de patience et de modération.
Dans les sciences physiques et même dans la médecine on a deux moyens de s'éclairer, l'observation et l'expérience; dans la pratique du magnétisme on n'en a qu'un-, car celui qui magnétise ne doit jamais se permettre de faire des expériences : il doit laisser les phénomènes se présenter et se développer d'eux-mêmes, et en tenir compte après chaque séance de magnétisme.
La chose la plus difficile pour un magnétiseur qui veut s'instruire, c'est qu'il faut, pour ainsi dire , qu'il y ait en lui deux hommes qui ne doiventjamais exister ensemble, mais successivement; l'un qui agit, l'autre qui observe ou qui raisonne.
Pendant qu'on magnétise on doit s'occuper, uniquement et sans distraction , de la guérison du malade auquel on s'est dévoué :
il ne faut rien examiner , il ne faut se rendre compte de rien , il faut faire abstraction totale de ses préjugés, de ses opinions, de ses connaissances; la raison même doit se reposer; Fâuie ne doit plus avoir qu'une seule faculté
aclive , la volonté de faire du bien *, Tesprit qu'une seule idée, la confiance qu'on réussira(i).
Mais , après que la séance magnétique est terminée , le rôle change ; on se rappelle ce qu'on a vu , on s'en rend compte , on en combine toutes les circonstances -, on en recherche les causes , et l'on tâche de parvenir à des résultats qui prendront plus de certitude à mesure que de nouvelles observations viendront les confirmer. Le magnétiseur agissant doit avoir une confiance sans bornes : il ne doit douter de rien. Lorsqu'il se rend compte des phénomènes qui se sont présentés à lui , il doit être méfiant, douter de tout; n'admettre aucun fait que Sjur des preuves incon-
(i) Ce n'est pas seulement lorsqu'on magnétise soimême qu'on doit se conformer au précepte que je viens de donner j il est essentiel de s'imposer la même réserve lorsqu'on est admis à voir des phénomènes. On doit alors s'unir d'intention avec le magnétiseur, et regarder avec attention sans se permettre de porter aucun jugement. En un mot, on doit se conduire, quand on assiste à un traitement magnétique , comme on se conduirait si on le dirigeait soi-même , avec cette seule différence que, lorsqu'on est simple témoin, il ne faut faire usage de sa volonté que pour la subordonner à celle du magnétiseur.
testables, aucun principe, qu'autant qu*il est appuyé sur une série d'observations, toutes d'accord entre elles , et qu'il ne contrarie aucune des vérités reçues en physique et en physiologie.
Cette abnégation de soi-même est une chose extrêmement difficile pour les hommes habitués à observer froidement, et pour ceux qui se laissent emporter parleur imagination; et voilà pourquoi des personnes simples et sans instruction sont souvent plus propres à guérir des malades que ne le sont des hommes versés dans les sciences , et surtout que ceux qui ont une imagination vive.
L'Irlandais Greatrakes n'était ni un savant ni un enthousiaste.
Beaucoup de paysans et de bonnes femmes qui se croient le don de guérir, les uns les foulures, les autres les maux de dents, les autres les fièvres d'accès , réussissent souvent , et, s'ils étaient^lus éclairés, ils réussiraient moins bien.
Lorsque j'ai donné comme un principe que le magnétiseur devait s'interdire toute expé^ rience, j'ai voulu parler seulement de l'action directe qu'un individu exerce sur un autre par une émanation de lui-même , dirigée par
SUK LE MAGNÉTISME. 363
sa volonté et par les procédés convenables , et du développement naturel des phénomènes que cette action produit. Mais ce principe n'est plus applicable , ou du moins il doit être modifié , s'il s'agit des méthodes de traitement ou des moyens de diriger, de renforcer, déconcentrer l'action que le magnétisme peut avoir par lui-même lorsqu'il est une fois mis enmouvement.Sur cetobjet, l'homme, qui a bien étudié les effets particuliers du magnétisme , et qui a des connaissances dans les sciences physiques et naturelles , doit se permettre divers essais pour découvrir les meilleurs moyens d'employer un agent qui est peut-être répandu dans la nature. Ainsi ce qui est relatif à la construction et à l'usage des baquets ou réservoirs magnétiques, à la direction des traitemens en grand, à l'emploi de la chaîne et aux précautions qu'elle exige, à l'influence que peuvent exercer certaines substances, à la propriété que peuvent avoir certains corps de communiquer une qualité particulière au fluide qui les traverse, à la question de savoir s'il est des corps qui isolent du fluide magnétique ou qui en ralentissent l'action , et d'autres qui sont conducteurs de cette action ou qui la concentrent
de manière à la rendre plus forte , à la différence que les saisons, l'heure du jour, la présence ou Tabsence de la lumière, la température, l'état de l'atmosphère, etc., peuvent apporter dans les effets du magnétisme; enfin à l'action du magnétisme sur les animaux et même sur les végétaux : tout cela ne peut être connu que par des essais faits avec prudence, mais fréquemment réitérés et en tenant pompte de toutes les circonstances. Et qu'on ne se presse pas de créer une théorie : car il est facile de choisir des faits pour prouver telle hypothèse qu'on voudra imaginer, sans que cet échafaudage de preuves séduisantes puisse jamais servir à la construction d'un édifice solide. Il faut, pendant long-temps, recueillir tous les faits connus, les grouper , les coordonner , les classer , et rester en doute sur les causes jusqu'à ce qu'on voie une théorie se former d'elle-même par leur arrangement, et que les applications et les conséquences de cette théorie conduisent à des résultats prévus et annoncés d'avance.
Un savant très-distingué vient de publier en Allemagne un ouvrage en deux volumes in*8«, dans lequel il considère le magnétisme sous tous les rapports. Il croit qu'il y a dans
le magnétisme deux actions différentes : Tune qui dépend d'un principe vital répandu dans la nature et circulant dans tous les corps ^ l'autre de ce même principe modifié par l'homme, animé par son esprit et dirigé par sa volonté. Il pense que la première sorte de magnétisme, qu'il nomme tellurisme ou sidérisme, peut être employée sans le concours de. la volonté humaine et par la seule action de quelques substances minérales ou végétales. Selon lui un baquet construit régulièrement peut, sans avoir été magnétisé, agir sur un malade qui vient s'y placer tous les jours pendant un certain temps , et pro- (^uire à la longue la plupart des phénomènes qu'on obtient par les procédés magnétiques.
J'invite les savans français à examiner cette théorie; mon ignorance de la langue allemande ne me permet pas d'en juger ; mais le témoignage de Kieser est d'un grand poids , et s\ ( comme je le présume ) on est fondé à rejeter son système , on ne l'est pas du moins à nier les faits sur lesquels il l'appuie et qui sont certâînement bien dignes d'attention.
Ce n'est pas ici le lieu-d'entrer dans de plus grands détails sur les recherches auxquelles on doit se livrer quand on veut étudier le
magnétisme comme une science. Celui qni aura ce projet verra , par la lecture des ouvrages publiés depuis quelques années , quels sont les objets qui doivent le plus particulier rement fixer son attention : je lui recommande seulement de ne rien négliger, de consulter les ouvrages des ennemis du magnétisme comme ceux de ses partisans, de rechercher dansleslivres deshistoriens, despbilosophes et des médecins , les phénomènes analogues à ceux que la pratique du magné-^ tisme nous a fait observer , de les séparer de toutes les hypothèses auxquelles ils ont donné lieu , et de ne pas se presser d'adopter des principes généraux. En lisant les écrits publiés sur le magnétisme, dans les diverses écoles , depuis Van-Helmont jusqu'à nous , il reconnaîtra bientôt qu'il y a des effets qui se sont montrés partout , et toujours'avec les mêmes caractères, et des phénomènes qui ne se sont présentés que dans certaines écoles et à certains magnétiseurs , et qu'on chercherait inutilement à reproduire soi-même. Ces phénomènes ne doivent point être rejetés :
la plupart sont réels 5 mais on les a souvent attribués à des causes chimériques ^ on en a lire des conséquences erronées, et Ton ne
saurait mettre trop de soin à distinguer les faits en eux-mêmes des couleurs dont ils ont été revêtus par des narrateurs enthousiastes et crédules.
Je viens d'indiquer la marche qu'il convient de suivre pour parvenir à ce point élevé d'où l'on pourra embrasser le magnétisme dans toute son étendue, pénétrer ses profondeurs, soulever le voile qui couvre plusieurs de ses mystères, le dégager de ce qui lui est étranger, et déterminer le rôle qu'il joue danè la nature. Mais , sur la route que j'ai tracée , il se trouve des écueils que je dois signaler, parce qu'il est essentiel de les éviter si l'on veut faire une juste application des diverses connaissances qu'on aura acquises par l'observation et par la lecture.
J'ai dit qu'on ne prendrait dans les livres que des idées vagues si on ne s'était d'abord convaincu , par sa propre expérience , de la puissance du magnétisme. Les phénomènes du somnambulisme sont ce qu'il oflFre de plus surprenant et de plus instructif, et il est impossible d'en prendre une idée si on n'en a vu quelques-uns de ses propres yeux. Les diverses relations qu'on en a données contiennent des faits tellement disparates qu'on
ne peut découvrir le lieu qui les unit , tellement merveilleux , qu'on en est ébloui et qu'on ne sait plus sur quoi appuyer sa croyance.
Lorsqu'on a produit soi-même ces phénomènes extraordinaires , on est du moins assuré de leur réalité, et l'on peut employer à en examiner la gradation et les circonstances, le temps qu'on aurait sacrifié, inutilement peut-être, à en constater la vérité-, mais, dans ce cas, il faut encore beaucoup d'attention et de sagesse pour bien discerner dans les discours et dans les aperçus des somnambules ce qui tient à l'exaltation des sens, à la susceptibilité nerveuse , à l'influence des idées acquises , aux erreurs de l'imagination , d'avec la manifestation ou le développement d'une faculté réelle, absolument étrangère à celles dont nous jouissons dans l'état habituel* J'ai beaucoup d'exemples de somnambules doués d'une clairvoyance étonnante dans l'exercice de leur noi^velle faculté appliquée à des choses positives et de leur ressort, et qui disaient des folies lorsqu'on voulait leur faire expliquer comment ils voyaient, et surtout lorsqu'on les faisait parler sur un sujet qui excitait leur imagination. Je comparerais volontiers le somnambulisme à une lunette qui
StJR LE MAGNÉTISME. 36g
(ait voir distinctement au foyer des objets que l'œil nu ne pourrait apercevoir ; mais en deçà et au delà du foyer les rayons se croisent, les couleurs deviennent plus brillantes, et les images sont entièrement déformées.
La clairvoyance des somnambules , tout inconcevable qu elle est , n'en est pas moins incontestable •, il n'y a point d'exagération dans ce qu'on en a dit : mais elle est, dans chaque individu , bornée à certains objets, renfermée dans un certain ordre d'idées 5 et ce n'est que par la comparaison d'un grand nombre de faits, dans lesquels on aura séparé la vérité des illusions , qu'on parviendra à reconnaître de quelle étendue elle est susceptible, quelle en est l'origine et quelles sont les conditions qui en favorisent le développement. Si deux magnétiseurs voulaient, chacun de leur côté , établir une théorie du somnambulisme d'après le dire de leurs somnam* bules , il est infiniment probable que ces deux théories ne se ressembleraient pas. Je vais plus loin , et j'ose affirmer qu'en raisonnant d'après quelques phénomènes considérés isolément on peut arriver non-seulement aux hypothèses les plus bizarres , mais à nier même la réalité du magnétisme.
370 INSTRUCTION PRÂTIQUK
J'ai montre à combien d'erreurs on s'expose par un examen incomplet et circonscrit des phénomènes du magnétisme \ je dois avertir maintenant de celles qui résultent d'une application inconsidérée des connaissances qui lui sont étrangères.
Je suis convaincu qu'on ne fera jamais de véritables progrès dans la science du magné* tisme lorsqu'on en cherchera les principes dans les autres sciences. Vouloir expliquer le magnétisme par l'électricité, parle galvanisme, par des considérations anatomiques sur les fonctions du cerveau et sur celles des nerfs ^ c'est comme si on voulait expliquer la végé* tation par la cristallographie. Il est essentiel que les savans et les médecins soient biea persuadés que les connaissances les plus pro^ fondes en physique et en physiologie ne les conduiront jamais à découvrir la théorie du magnétisme^ elles leur seront cependant utiles pour les garantir de beaucoup d'erreurs , en les mettant à même de discerner ce qui appartient au magnétisme de ce qui est dû à d'autres causes , en leur fournissant des moyens de vérification, en les autorisant à rejeter toute conséquence qui serait essentiellement contraire à des vérités prouvées par la phyr
SUR LE MiLGNÉTISME; Syi
sique. Le magnétisme considéré comme un agent est entièrement différent des autres agens de la nature -, il a ses lois qui ne sont pas les mêmes que celles de la matière. Considéré comme une science , il a ses principes particuliers qui ne peuvent être connus que par l'observation , et dont on ne saurait prendre une idée en étudiant les autres sciences : voilà ce que je puis donner comme certain^ voici maintenant ce que je me permets d'ajouter comme une opinion qui est la mienne et celle de plusieurs hommes éclairés; mais que je ne dois proposer que comme une opi^ nion.
La théorie du magnétisme repose sur ce grand principe, qu'il y a dans la création deux sortes de substances , essentiellement différentes par leurs caractères et leurs propriétés, l'esprit et la matière; que ces deux substances agissent l'une sur l'autre , mais que chacune a des lois qui lui soât propreé.
Parmi les lois qui régissent l'actioflâ delà matière sur la matière , plusieurs ont été succès» sivement connues par l'observation, déterminées par le calcul , et vérifiées par l'expérience. Telles sont celles du mouvement , de l'attraction, de l'électricité, de la transmission de la
Bja INSTRUCTION PRATIQUE
lumière, etc. Il n'en est pas ainsi de Tesprit : quoique l'existence de notre âme nous soit démontrée , et que plusieurs de ses facultés nous soient connues, sa nature est un mystère, son union avec la matière organisée est un fait inconcevable , et la plupart des lois par lesquelles l'esprit agit sur l'esprit nous sont inconnues. Les corps vivans qui sont composés d'esprit et de matière agissent sur les corps vivons par la combinaison des propriétés des deux substances. On voit qu'il j a dans cette action deux élémens distincts, et un élément mixte. La connaissance des lois qui les régissent constitue la science du magnétisme , et c'est seulement par l'observation, la distinction et la comparaison des divers phénomènes qu'on po5.irra parvenir à la découverte et à la détermination de ces lois.
Il suit de là que ceux qui voudront établir une «théorie du magnétisme sur les propriétés delà matière, et ceux qui la chercheront dans les seules facultés de l'âme s'écarteront également de la vérité. Le magnétisme étant une émanation de nous-mêmes, dirigée par la volonté, il participe également des deux substances qui composent notre être.
SUR LE MAGIfÉTISME. 3'ji
Ce n'est point ici le lieu de développer cette idée. L'objet que je me suis proposé étant d'enseigner la pratique du magnétisme, c'est plutôt pour retenir que pour exciter ceux qui veulent l'étudier à fond qute je me suis permis de leur indiquer la marche qu^ils doivent suivre et les difficultés qu'ils ont à vaincre pour atteindre leur but. De plus longs détails seraient inutiles ^ je me bornerai donc à résumer en peu de mots ce que j'ai dit dans ce chapitre.
Pour pratiquer le magnétisme , on n'a besoin que de volonté , de confiance et de charité ; et tous les livres qu'on a écrits depuis qu'on s^en est occupé comme d'une découverte, n'ajoutent rien d'essentiel aux trois principes pro-clamés par notre respectable maître , M. de Puységur : J^olonté active vers le bien; croyance ferme en sa puissance; confiance entière en V employant. Pour se rendre compte de la cause et de la concordance des phénomènes, il faut avoir d'abord acquis, par sa propre expérience , une entière conviction de la puissance de l'agent; il faut ensuite avoir pris une connaissance générale de la nature physique, puis de l'organisation de l'homme et des divers états dans lesquels il
374 INSTItUeTIOlï PRATIQUE 9 CtC.
peut 96 trouver : il faut enfin s'élever à un autre ordre d'idëes , pour reconnaître Vin* fluence de Fesprit sur la matière organisée , et pour s'expliquer comment un homme agit sur un autre par sa volonté.
Bénissons le ciel de ce que l'exercice d'une faculté aussi utile , aussi sublime que celle du magnétisme , n'exige que la simplicité de la foi, la pureté d'intention et le développelient du sentiment naturel qui nous associe aux souffrances de nos semblables et nous inspire le désir et l'espérance de les soulager. Qu'avons-nous besoin de consulter les lu* mières vacillantes de l'esprit, lorsque pour a^r efficacement il suffit de s'abandonner à l'impulsion du cceur?
Le manuscrit de cet ouvrage était depuis long-temps terminé; je Pavais communiqué aux personnes de ma connaissance qui s'occupent de magnétisme, et Timpression en était fort avancée, lorsque des occupations de devoir m'ont obligé de l'interrompre. Dans cet intervalle, j'ai eu l'occasion de suivre plusieurs traitemens , de voir de nouveaux phénomènes, et de recevoir des renseignemens qui m'auraient déterminé à faire des modifications ou des additions à ce que j'a« vais d'abord écrit. Je crois devoir placer ici en note quelques-unes de ces observations , en indiquant la page, ou seulement le cha« pitre auquel elles peuvent se rapporter.
Une circonstance , non moins heureuse pour mes lecteurs que pour moi, me donne l'espoir de joindre à ces notes des remarques encore plus intéressantes. J'ai eu l'avantage de m'eu tretenir plusieurs fois avec un médecin étranger qui est actuellement fixé à Paris , et qui est également versé dans la connaissance
des sciences physiques et dans celle du magnétisme. Je Tai prié d'examiner mon travail avec la plus sévère critique^ soit pour appuyer, soit pour combaltre mes opinions. Il m'a promis de ip,!adresser sous peu de jours une lettre, dans laquelle il m'exposerait franchement ses idées , en m'autorisant à la publier. On sent que je profiterai avec recon^ naissance de cette permission.
Note i , Chapitre II , pag. 3i.
Pour faire les passes, il ne faut employer, etc.
J'ai souvent remarqué que les personnes qui n'ont pas Phabitude de magnétiser croient devoir employer beaucoup de force. Pour cela , elles mettent leurs muscles en contraction , et font des efforts d'attention et de volonté. Cette méthode n'est pas bonne, souvent même elle est nuisible. Lorsqu'on a une volonté calme et constante, et une attention soutenue par l'intérêt qu'on prend au malade , les effets les plus salutaires ont lieu sans qu'on se donne la moindre peine. Il est des cas où il faut donner une secousse, s^opposer h une fausse direction, vaincre un obstacle, soutenir ou terminer une crise : on peut alors avoir besoin d'une force extraordinaire , mais ce n'est jamais au commencement d'un traitement qu'il faut y avoir recours. On ne doit point se fatiguer par les procédés magnétiques ,* c'est bien assez de la fatigue qu'on éprouve par l^misslen du fluide.
Note 2 , Chapitre IL
J'ai dit qu'à la fin de chaque séance de magnétisme , il était à propos de débarrasser le malade du fluide surabondant en faisant des passes transversales , ou des passes au-delà des extrémités, et fai insinué qu'il était quelquefois nécessaire de soutirer le fluide du malade , au lieu de le charger d'un fluide étranger ^ mais j'ai négligé d'insister sur ce point, et d'indiquer les cas où cette méthode négative est d'une grande importance. Je vais m'expliquer sur ce sujet.
Lorsqu'il y a une surexcitation des forces nerveuses , ou une grande irritation , ou une disposition inflammatoire , on produit presque toujours du calme en soutirant le fluide j souvent même on enlève le mal qui s'échappe avec le fluide. Ainsi, dans Tinflammation du.ceryeau, il est convenable de faire des passes en commençant par la partie inférieure de la tête, pour attirer au dehors, soit par les côtés, soit par le sommet. Le médecin qui veut bien m'adresser des observations sur mon ouvrage y fera probablement mention de ce procédé dont il m'a parlé. Je vais citer a ce sujet un fait trèsremarquable , et qui vient de se passer sous mes yeux.
M. H... , lieutenant de vaisseau , est allé il y a quelques jours voir M. ]N..., dont je parlerai bientôt. Il avait eu , il y a cinq ans , un coup de soleil , et depuis il sentait fréquemment de fortes douleurs de tête. Un jour que cette douleur le faisait beaucoup souffrir , M. N... imagina de remplir un verre d'eau magnétisée, de le couvrir d'un linge, afin qu'en le renversant l'eau ne se répandît pas , et il l'appliqua , ainsi renversé , sur le derrière de la tête de M. H... , qui se tenait incliné.
378 KOTES.
Ensuite il fit des passes de la tête au veiTe, pour soutirer le fluide et le faire entrer dans Feau. M. H. . . sentit quelque chose sortir de sa tête pour se porter dans le ▼erre. Cest , me disait-il , comme si on tirait un filet de Feau. Après cinq minutes la douleur cessa entièrement. Je ne sais si elle reviendra ; mais il n^est pas douteux qu^alors le même moyen réussira h la faire disparaître. On pourra, dans plusieurs circonstances, faire Inapplication de ce procédé, qui doit être accompagné d'une intention analt>gue. Je crois que si , après Fopératîon , quelqu'un eût bu Feau contenue dans le verre , il s^en serait fort mal trouvé.
Note 3, Chapitre IL
Peu de temps après Mesmer , qui expliquait tous les phénomènes du magnétisme par des causes purement physiques, quelques personnes, donnant dans Fexcès opposé , substituèrent à sa théorie un système de spiritualisme. M. le chevalier de Barbarin, homme trèspieux , mais probablement livré à des idées mystiques , prétendit que tous les procédés étaient inutiles , et qu'il suffisait de la foi et de la volonté pour opérer des prodiges. Ceux qui adoptèrent ses opinions se mettaient en prière auprès du lit d'un malade , et réussissaient souvent à le guérir. Les succès qu'ils ont pu obtenir ne prouvent rien pour la vérité de leurs principes , et l'état de concentration que cette méthode exige peut avoir des conséquences fâcheuses. Notre âme est le principe des mouvemens volontaires , elle donne l'impulsion au fluide nerveux ; mais tant qu'elle est unie ât la matière organisée, c'est à Faide des organes qu'elle est destinée à agir au dehors, soit immédiatement, soit
NOTES. 37f)
par une émanation qui se porte à distance^ comme les rayons qui partent des corps lumineux. Je me suis interdit de parler de théorie, et j'aurais gardé le sUence sur les opinions des spirituaiistes , s'il n'existait en ce moment des hommes hien intentionnés qui, dédaignant le magnétisme , entreprennent de traiter des malades par des pratiques qu'ils croient plus puissantes et plus efficaces. Ils obtiennent des guérisons , cela n'est pas douteux ; ils produisent un somnambulisme extatique , et leurs somnambules se persuadent qu'ils sont inspirés ; cela peut conduire à des erreurs , et déranger l'imagination non-seulement des crisiaques , mais encore de ceux qui les consultent. Qu'on se rappelle les idées singulières qui s'étaient emparées des somnambules de Suède, on verra que rien n'est plus contraire à la raison. Ne considérons donc point le somnambulisme comme un état surnaturel dans lequel on a des visions et des inspirations célestes ; voyons-y l'extension de nos facultés, et peut-être le développement d'un -sens intérieur qui se réveille lorsque les sens extérieurs sont assoupis. Em^doyons le magnétisme comme un moyen d'aider la nature, de ranimer les forces, de rétablir l'équilibre, de faciliter la circulation, et ne nous imaginons pas que l'homme puisse se donner à lui-même ni donner à d'autres le pouvoir d'opérer des miracles. Les procédés n'eussent-ils d'autre avantage que celui d'empêcher l'imagination de s'égarer, il serait encore nécessaire d'en faire usage.
Note 4, Chapitre III.
Parmi les effets que produit le traitement magnétique, il en est un dont il est essentiel d'être prévenu et
38o NOTES.
dont j'ai oublié de parler. Je vais réparer cette omission.
Lorsqu^un malade a un cautère , il arrive assez souvent que ce cautère se ferme après quelques séances de magnétisme II ne faut point s'en inquiéter : c'est une preuve que les humeurs prennent un autre cours. J'ai dirigé le traitement d'une dame très-malade depuis plusieurs années. Deux cautères quW lui avait recommandé d'entretenir se séchèrent en quelques jours. Elle en fut d'abord alarmée j mais bientôt elle se trouva mieux, et en six semaines elle fut parfaitemejiit guérie.
Note 5, Chapitbe IV, pag- 79.
Il paraît que Veau magnétisée n'exerce aucune influence sur les personnes qui n'ont point été magnétisées. Des observations qui m'ont été communiquées récemment m'ont prouvé que ma conjecture était fausse, et que l'eau magnétisée agissait quelquefois d'une manière très-eHicace sur des personnes qui n'avaient point été magnétisées. Je puis citer, entr'autres exemples , celui d'une femme qui avait depuis long-temps des maux d'estomac, et qui en a été promptement guérie par ce moyen.
Les objets magnétisés peuvent également exercer une action très-salutaire, quoiqu'il n'y ait pas eu de rapport antérieurement établi.
Note 6, Chapitre V.
J'ai dit que les somnambules n'avaient pas tous les jours la même clairvoyance, mais j'ai négligé d'avertir qu'ils la perdent quelquefois à l'égard de tel ou tel ma-
NOTES. 38 f
lade avec lequel ils sont depuis long-temps en rapport, tandis qu'ils en montrent beaucoup relativement à d'autres. Cette anomalie est une chose bien singulière ^ mais j'en ai malheureusement vu plusieurs exemples. Je vais m'expliquer.
Dans les maladies chroniques très-graves, il arrive assez souvent qu'à la première consultation le somnambule voit d'une manière étonnante Fétat antérieur et l'état actuel du malade. Il indique des remèdes qui produisent d'abord du soulagement , et quelques jours après une amélioration telle qu'on regarde la guérison comme certaine. Tout ce qu'il annonce se réalise , et la confiance qu'on lui accorde paraît bien fondée. Mais , dans la suite, Fétat du malade change, il s'aggrave. Le somnambule continue de prescrire des remèdes qui ne produisent plus l'effet qu'il en espérait; il ne juge plus par instinct, par intuition j il conjecture, ii tâtonne: il cherche à remédier à des accidens qu'il n'avait pas prévus , et l'on reconnaît trop tard qu'on n'aurait pas dû s'en rapporter aveuglément à lui.
Il faut donc se conduire avec la même prudence et la même circonspection pendant toute la durée du traitement , et l'on ne doit point se persuader que le somnambule ne se trompera pas au second ou au troisième mois, parce qu'il a bien vu et parfaitement réussi dans les premiers jours. Dès que le somnambule cesse d'annoncer avec exactitude les effets que produiront ses remèdes, et les crises qui auront lieu, on ne doit plus s'en rapporter à lui. Il est absolument inutile de demander au somnambule l'explication de ce qu'on éprouve : la plupart du temps il n'est pas en état de la donner; mab'il ne doit jamais se] tromper dansjl'an-
nonce des efTets qu^on éprouvera. €e que je viens de dire s^applîque plus particulièrement aux somnambules de profession. Un somnambule qui n^est chargé que d*un ou deux malades , avec lesquels il s'identifie , conserve presque toujours toute sa clairvoyance ; ou s^il la perd il s'en aperçoit, et il en avertit.
Note 7 , Chapitre V , à la fin.
Le traité du somnambulisme de M. le docteur Bertrand est le premier ouvrage ex-professo sur ce sujet , et le seul dans lequçl il ait été envisagé sous de nombreux rapports ^ on y reconnaît un homme très-éclairé par l'étude de la médecine, de la physiologie et de la métaphysique. En effet, l'auteur y compare le somnambulisme naturel , celui qui se montre dans plusieurs maladies , celui qui est dû à l'exaltation de l'imagination, et celui qui est la suite du traitement magnétique , et il prouve que tous présentent des phénomènes analogues, et tiennent à une même cause. Il fait ainsi rentrer dans l'ordre naturel plusieurs faits qu'on avait attribués à des causes surnaturelles ; et il arrive à cette conclusion très-importante, que si on eût connu d'abord les phénomènes du somnambulisme magnétique , on n'aurait point attribué au diable ceux que présentaient les prétendus sorciers , à une inspiration céleste ceux qu'on voyait chez les prophètes des Cévennes, à l'influence du diacre Paris ceux qui se manifestaient 4 Saint-Médard. Mais il me semble s'être trompé dans ce qu'il dit sur l'action du magnétisme et sur Jes principes de cette action. Il a cherché dans la physiologie l'explication de phénomènes qui dépendent d'une autre
loi ; il a généralisé ks observations qui lui sont propres, «t il a regardé comme des illusions des faits moins surprenans que ceux qu^ii a vus, lorsqu'ils ne s'accordaient pas avec sa théorie. S*il eût été témoin de plusieurs des faits qui se sont passés sous mes yeux , s'il eût discuté les preuves de plusieurs de ceux qui ont été rapportés par des hommes éclairés, il n'aurait pas rejeté ce qu'il nomme les prétentions des magnétiseurs.
Je ne me serais pas permis de faire des observations critiques sur cet ouvrage, si je ne l'avais jugé assez instructif et assez important pour devoir en conseiller la lecture.
J'ajouterai que M. Bertrand, quoiqu'il ne soit pas doué d'une grande force physique , a guéri, par le magnétisme, des maladies nerveuses très-graves et trèsinvétérées : ce qui ne démontre nullement la vérité de son ingénieuse théorie, mais ce qui prouve qu'il possède plusieurs des qualités qui font le bon magnétiseur,
KoTE 8, AowTïOif AU Chaphue VI-
n existe chez quelques individus une puissance mag* nétique vraiment prodigieuse , dont je ne prétends point découvrir la cause ; mais dont je crois devoir dire un mot. I». Pour inviter ceux qui en sont naturellement doués hi l'employer sans ostentation , sans songer à produire des effets étonnans ^ mais avec simplicité , avec prudence , et uniquement dans la vue du. bien. 2<*. Pour que , dans certaines circonstances, on s'adresse k ceux dont on a entendu raconter des guérisons merveilleuses. 3*. Pour qu'on sache bien que la puissance dont je parle est cireonscrite et limitée ^ tellement que celui qui peut
opérer certains prodiges ne parviendrait point à obtetenir des efîets moins surprenans , mab qui ne sont pas du raéme genre.
Ainsi plusieurs magnétiseurs produisent le somnambulisme avec une eitréme facilité et n'espèrent de succès que de cette crise , tandis que d^autres ne Tobtiennent presque jamais et n'en font pas moins de bien. Quelques-uns guérissent seulement certaines maladies , d'autres soulagent ou guérissent indifféremment toutes celles qui sont curables. Il en est qui agissent par la seule volonté , sans aucun procédé magnétique apparent , et qui peuvent même exercer cette action à dis^ tance : ils se mettent en rapport avec le malade qui s'est adressé à eux , en s'unissant d'intention avec lui , et parla communication des pensées et des sentimens. On a vu eufîn des magnétiseurs qui , possédant une force extraordinaire y n'en faisaient usage que pour produire des pbénomènes étonnans et sans aucune utilité. Ces derniers exposent le magnétisme au ridicule ; ils en éloignent les gens sages ^ ils fournissent des armes à ceux qui le regardent comme dangereux. Je ne saurais trop engager les personnes attachées à la bonne doctrine à ne jamais aller voir ces expériences de curiosité : elles n'en retireraient aucune instruction , et elles auraient à se reprocher de les avoir en quelque sorte autorisées par leur présence.
Pour donner une idée des facultés spéciales dont sont doués quelques magnétiseurs , et de l'usage qu'ils doivent en faire , je vais raconter succinctement ce qui m'a déterminé à réfléchir sur ce sujet.
J'ai eu l'année dernière l'occasion de faire la connaissance de M. le comte de G.. ..s, et je me suis lié
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d^^mîtté avec lai : ii m*a communiqué ses observations , et il m*a rendu témoin de plusieurs faits qui m^ont prouvé combien sa puissance est supérieure à celle de la plupart des magnétiseurs. Tels sont ceux dont je vais rendre compte :
i"". Une dam^ encore jeune était fort souffrante, parce que depuis plusieurs années le sang avait cessé d^avoir son cours naturel. Elle avait fait usage , sans succès , des remèdes de la médecine, de ceux que lui avaient indiqués des somnambules, et elle s'était fait magnétiser par plusieurs personnes. M. de G... .s ayant un jour été prié de la magnétiser, le fît avec toute Ténergie dont il ^t capable ; et , dans une heure, il obtint la crise qu^on avait inutilement cherché à produire , et qui était nécessaire poar le rétablissement de la santé.
2°. Une somnambule très-clairvoyante est subitement attaquée d'une lièvre ardente accompagnée de délire. Elle éprouve des coliques, des vomissemens, des suffocations , de cruelles douleurs dans la tête et dans les reins. Son magnétiseur ne peut ni la calmer, ni la faire entrer en somnambulisme. Comme on était dans les plus vives alarmes, il va prier M. de G.. ..s de venir k son secours. Trois heures d'une action soutenue ont suf& pour dissiper la fièvre et les douleurs , pour amener un sommeil paisible qui a duré toute la nuit , et pour rétablir les forces à tel point que , le lendemain , la malade s'est trouvée en état de venir à pied au jardin du Roi pour me rendre compte de sa guérison.
5**. Une dame , que son mari a guérie de plusiecfrs indispositions en la rendant somnambule, et chez laquelle il reproduit cette crise avec la plus grande facilité, est renversée par une voiture , et reçoit des contusions
trèS' graves à la tête et au côté : elle éprouTe bientôt de violentes douleurs que son mari ne peut apaiser. Cet état durait depuis trois jours , lorsqu'une de ses amies , qui connaissait M. de G.... s , obtient de lui qu'il veuille bien essayer son action. La malade entre aussitôt en somnambulisme; mais elle déclare ne voir aucun remède à son mal. Il y a , dit-elle , un dépôt dans la tête , et le magnétisme ne fait qu'augmenter mes souffrances. M. de G.. ..s essaie inutilement delà rassurer; et c'est en quelque sorte malgré elle que, pendant trois beures, il persiste à produiredes crises très-douloureuses, mais dont il sent la nécessité. Il parvient enfin à dégager la tête et le côté. Il rétablit le calme, et la malade lui dit qu'il n'y a plus de danger et qu'elle lui doit la vie. Le lendemain , il donne une seconde séance , et il acquiert la certitude que la guérison est complète.
Lorsque M. de G... .s assiste à un traitement somnambulique, qui a pour but la guérisou du malade, il croirait manquer à la délicatesse , s'il exerçait son influence autrement qu'en la subordonnant à celle du magnétiseur ; mais s'il voit que ce magnétiseur veut faire des ex|)ériences contraires au but du magnétisme , il est le maître d'anéantir l'action j il n'a pas même besoin d'être présent pour cela ; pourvu qu'il ait une fois été mis en rapport , il agit , quoiqu'il soit dans un autre appartement , et sans que le magnétiseur ou le somnambule aient pu eu avoir le moindre soupçon.
On sent qu'une telle puissance serait dangereuse entre les mains d'un homme capable d'en abuser; mais peutêtre perdrait-elle son énergie , si elle n'avait pour pre -^ mier mobile l'amour du bien. M. de G... .s réunit à une grande force physique toutes les qualités morales qui
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peuvent rendre son action salutaire , et j'insisterais sur ce point, s'il ne devait pas lire ce que je dis de lui. Il réussit très* facilement à produire le somnambulisme ; mais ce nVst qu^autant qull le veut , et il magnétise sans amener cette crise lorsqu'il ne la juge pas nécessaire , et lorsqu'il n'a pas la certitude d'être libre de continuer le traitement.
Voici maintenant un exemple de facultés totalement différentes, mais qui ne sont pas moins remarquables.
M. N..., qui occupe une place dans une petite ville peu éloignée de Paris, n'avait aucune idée du magnétisme, lorsqu*au commencement de Tannée dernière, il lut le premier volume de mon Histoire critique, Son fil» étant alors malade depuis quatre ans, il essaya de le magnétiser , et il le guérit. Sa cuisinière avait des don^ leurs de rhumatisme , et il les dissipa. Celle-ci en parla à des personnes de sa connaissance , et bientôt plusieurs malades vinrent prier M. N... de les guérir. Il y réussit.
Le nombre de ces malades devint bientôt si considérable que, ne pouvant les traiter tous parla manipula^ tion directe, il construisit un baquet, où il finit par en réunir douze ou quinze le matin et autant l'après* midi. Il donnait à chacun d'eux quelques minutes pour diriger le fluide 9 il calmait à part ceux qui éprouvaient des crîses. Cependant, malgté le désir qu'il en avait, il ne parvint jamais à produire un somnambulisme complet. Il allait de plus voir chez eux les malades qui n« pouvaient sortir.
Les choses en étaient là lorsqu'il vint me trouver, pour me rendre compte de ce qu'il avait fait , et pour me demander des conseils. Quoiqu'il s'exprimât avec la plus grande simplicité, ce qu'il me raconta me parut
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si extraordinûire , que je désirai vérifier les faits. J^allai passer deux jours chez lui 9 je m^entretins.aTec les malades qu^il avait guéris et avec tous ceux qui étaient en traitement. Je lui conseillai de substituer a son baquet rempli d^eau , un baquet sec oii seraient placées des bouteilles d'eau magnétisée, et trois mois après je retournai passer encore trois jours chez lui, pour connaître les résultats obtenus depuis ma première visite.
Je ne raconterai point ici les guérisons opérées à ce traitement j il me sufGra de dire que parmi ceux qui s^ sont rendus, plusieurs avaient des maladies invétérées qui avaient résisté aux remèdes de la médecine , et que le petit nombre de ceux qui n'ont pu recouvrer une santé parfaite, ont été considérablement soulagés.
Voici maintenant ce qu^il y a de plus remarquable. M. N... est exempt d'enthousiasme, et il exerce sur ses malades une influence morale qui tient aux dispositions de son âme. Tous ceux qui se placent autour de son baquet se sentent dans un état de calme et de bien* être. Leur imagination n'est jamais excitée. Ils sont attachés à leur magnétiseur, et prennent intérêt les uns aux autres. L'influence se fait sentir sur leur caractère et leurs habitudes. Une femme disait un jour : a Je n'o- « sais rester seule la nuit, j'avais peur du tonnerre , « j'avais peur des souris j maintenant je n'ai peur de « rien. » A l'instant trois ou quatre répondent k et moi « aussi. »
• Quoiqu'il n'y ait pas eu de somnambulisme prononcé , plusieurs des malades sont dans un état magnétique qui m'a frappé, et dont M. N... ne se doutait pas lui-