HOTES
Guy. Le médecin employa pendant trois mois tous les remèdes convenables : les sangsues , les sédatifs , les antispasmodiques, le sulfate de quinine, etc. Il juge que Testomac et labdomen sont mieux ; mais il ne peut parvenir à dissiper la migraine , à rétablir le cours du sang, et à calmer les mouvemens nerveux. La malade , qui s^afflige beaucoup , demande alors si le magnétisme ne serait pas utile dans cette circonstance. Le médecin conseille d'en essayer ; il suspend tous les remèdes , et recommande de vivre avec sobriété. On commence à magnétiser au milieu de janvier, seulement trois fois par semaine, «t douze à quinze minutes par séance. La malade ne boit plus que de Teau magnétisée. Au commencement de février, les symptômes nerveux se dissipent peu à peu j ils disparaissent totalement au milieu du mois : la malade reprend de la fraîcheur et de la gaîté; le sang a repris son cours naturel , et au mois de , mars elle a recouvré une bonne santé qui parait devoir se soutenir.
JNoTE 10 , Chapitre X, pag. 563.
Ce que nous nommons fluide magnétique est peutêtre, comme le pensait Yan-Helmont, et comme le croit Kieser , un agent qui pénètre tous les corps. Les découvertes récentes de M. Œrsted, de M. Ampère et de plusieurs autres physiciens célèbres ; les recherches de MM. Prévost et Dumas , et de divers physiologistes , sur le rôle que joue Félectricité dans les phénomènes de l'économie animale j les observations de M. de Humbolt sur le gymnote électrique , etc. , pourront nous donner quelques lumières sur ce sujet. Mais ce n'est pas en cela que consiste le problème : c*est dans la puis-
Sga NOTES,
sance qu'a l'homme de diriger ce fiuide , de le modifier, de lui communiquer telle ou telle vertu , et je crois que ce problème est insoluble, parce que nos sens extérieurs ne peuvent rien nous apprendre sur le prindpe intérieur de la vie.
Note i i , Chapitre X, pag, 37a.
Au lieu d« reconnaître seulement deux substances dans rhomme , il serait peut-être plus exact d'en distinguer trois: Tâme, le corps, et une substance intermédiaire qui est le principe de la vie. C'était l'opinion des anciens, qui désignaient cette substance sous le nom d'esprit , ou sous celui de char de l'âme. C'est encore l'opinion de la plupart des somnambules parvenus au plus haut degré de la clairvoyance. On sent bien que cette question métaphysique est étrangère à mon sujet; f en parle seulement pour qu'on ne m'accuse pas de l'avoir ignorée. Ce qui est incontestable, c'est que, dans les êtres sentans , il y a deux substances essentiellement différentes : l'une qui est matière, l'autre qui ne l'est pas.
Le principe de la vie est distinct de la matière, puisqu'il est une force qui agit sur la matière et qui l'organise j il est distinct du principe de l'intelligence, puisque les plantes sont vivantes.
D'UN MÉDECIN ÉTRANGER A M. DELEUZE (i).
Monsieur ,
Un médecin qui, depuis vingt-cinq ans, au milieu des études sévères de la science à laquelle il s'est voué, n'a jamais perdu de
(i) Cette lettre s^élève beaucoup au-dessus du but que Je m^étais proposé 5 mais, outre qu^elle offre le développement de plusieurs de mes principes , et la critique de quelques-unes de mes opiuions, elle contient des faits si curieux et si bien observés, des vues si utiles et si profondes, qu^elle ajoutera beaucoup de prix à mon ouvrage. Je crois donc devoir la publier en entier, en témoignant ma reconnaissance au savant auteur qui a bien voulu me Tadresser. On y trouvera quelques observations déjk consignées dans les notes précédentes ^ mais t;es notes additionnelles n^avaient point été communiquées à Tauteur , et elles étaient sous presse lorsqu'il mV remis son manuscrit. Je suis trop flatté de m'êlre rencontré avec lui, pour avoir du regret de ne les avoir pas supprimées.
vue le singulier phénomène du magnétisme r a su vous inspirer assez de confiance pour qu'avant de publier l'intéressant ouvrage dont vous avez terminé Timpression , vous ayiez désiré lui demander ses avis, et l'inviter même à y faire les additions qu'il jugerait utiles. Je ne saurais me montrer plus digne de cette noble confiance , dont je m'enorgueillis, qu'en indiquant sommairement quelques résultats de mes nombreuses observations, et en signalant les difficultés que j'ai rencontrées dans la pratique : sans parler de la théorie , dont vous excluez ici les considérations. Circonscrit dans d'étroites limites par l'espace qui vous reste et par le but pratique que vous vous proposez , je ne citerai que les faits les plus marquans, parmi ceux que j'ai provoqués moi-même , ou que j'ai observés avec la plus scrupuleuse exactitude. Mon intention étant seulement de montrer quelles immenses ressources le médecin le plus versé dans son art peut trouver dans cette force inexplicable , pour soulager ses semblables ( ce qui est son devoir le plus sacré ) , et combien il est inexcusable lorsque , par prévention ou par esprit de système , il néglige de l'examiner et d'en faire usage.
d'un médecin. 395
Notre science étant conjecturale , il ne faut jamais se bâter d'en exiler un moyen nou* veau , par la raison qu'on n'en sait point expliquer la nature. Je me propose de développer dans la suite plusieurs observations que je ne ferai qu'indiquer ici , plutôt pour appeler l'attention , que pour satisfaire à l'esprit de recbercbe que ce singulier pbënomène excite d'autant plus qu'on l'étudié davantage.
Je commence par souscrire à tous les principes que vous énoncez dans votre premier cbapitre; je voudrais seulement, pour plus d'exactitude , restreindre voire première proposition. Il y a des bommes qui, malgré la meilleure volonté , exercent une influence nuisible; il y en a d'autres qui, sans aucun effort de volonté , produisent du bien par le seul contact. Il paraît que cette force penche tantôt du côté organique , tantôt du côté moral. La croyance ne me paraît nullement une condition indispensable pour la provoquer ; seulement elle la met en jeu avec plus de facilité. Je connais des individus qui ont produit de grands effets de magnétisme sans y croire , et qui , après avoir été profondément étonnés , ont été convaincus , en quelque
sorte malgré eux , par les phénomènes qu'ife avaient provoqués. La volonté de Thomme n'est qu'un des moyens pour exciter dans l'organisation celte force instinctive ou médicatrice (comme vous voudrez la nommer ) qui acquiert son plus haut développement dans le somnambulisme. De l'eau simple , l'eau de mer, des métaux, des douleurs violentes, des maladies, des dispositions intérieures dont la nature nous est inconnue , peuvent la mettre en jeu sans que la volonté d'un autre individu y joue un rôle actif. On a donc trop mis sur le compte de la volonté et de la bienveillance pour l'exciter; je crois plutôt que , cette force une fois éveillée , la raison éclairée et la volonté bienveillante sont nécessaires pour la diriger convenablement , parce qu'il est extrêmement rare qu'elle puisse se servir à elle-même de boussole. Il me paraît qu'un esprit supérieur et une volonté bienveillante, soutenue par des connaissances positives et une grande expérience , lui impriment une direction salutaire ; tandis qu'une mauvaise volonté , des passions égoïstes, et le manque d'expérience , peuvent la désojdonner , la pousser jusqu'à l'aliénation mentale , et la faire flotter vaguement sur un
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océan obscur, où jusqu'à présent bien peu d'étoiles éclairent le voyageur.
Mon expérience ne m'indique que trèspeu d'observations à faire sur voire second chapitre des procédés.
Pour mettre en jeu la force magnélique on n'a pas toujours besoin des passes générales continuées pendant long-temps 5 il est prouvé qu'une action même indépendante de la volonté peut la réveiller; il suffit de diriger une barre de fer du réservoir magnétique sur l'épigastre , ou de se ceindre d'une corde de laine attachée au baquet. Ce moyen donne en outre la facilité de traiter beaucoup de malades à la fois , de ne pas se fatiguer inutilement, et d'attendre à loisir les phénomènes qui demandent un secours individuel.
Notre attention devrait se porter un peu plus sur les élémens constitutifs d'un baquet \ on n'a, jusqu'à présent, agi, dans sa construction , que par tâtonnement : mieux étudié , il deviendra peut-être un jour pour nous ce que la pile de Volta est devenue pour la physique et la chimie. Déjà le professeur Kieser a prouvé que l'eau et plusieurs métaux n'ont nullement besoin d'être magnétisés pour dé-
velopper la force magnétique chez beaucoup de malades. Il est essentiel d'éclaircir ce point, sur lequel nous sommes encore dans la plus profonde ignorance. Je crois pouvoir conclure de mes observations, i*. queTaction du baquet est plus forte sur la matière organique , tandis que l'action individuelle se dirige plutôt sur les fonctions ; 2**. que l'usage du réservoir est propre à réveiller la force magnétique dans l'homme, et que l'action individuelle d'un magnétiseur est nécessaire pour la diriger. Il n'est pas douteux que l'action individuelle est d'un grand secours pendant le traitement par le réservoir 5 mais une action de quelques minutes suflitdéjà , et l'on est ainsidispeusé d'un sacrifice inutilede temps et de forces. Les avantages qu'on obtient en combinant adroitement les deux méthodes sont incontestables.
Je viens de dire qu'il y a plusieurs moyens de réveiller dans l'homme la force magnétique. Cette force a tant d'analogie avec l'instinct des animaux et les forces médicatrices de l'organisation , qu'on serait tenté de croire à leur identité ^ si ce n'est que dans l'homme elle se revêt de tout ce que les facultés hu-
d'un médecin. 399
maines rëflëchissent de lumière sur elle, et que par cela même elle prend un caractère plus élevé.
Des observations très-multipliées nous ont appris que le contact avec de l'eau et des métaux, même non magnétisés , pouvait aussi mettre celte force en jeu. Elle est encore excitée par beaucoup de maladies, parmi lesquelles je citerai seulement le ver solitaire, les chloroses , les hémorragies abondantes , répilepsie, la danse de Saint-Guy, Thistérie, etc. , où elle se manifeste sous forme de somnambulisme spontané. Toutefois ce somnambulisme ne peut se passer du magnétisme volontaire pour se développer, et il ne parvient jamais à un degré supérieur de clairvoyance s'il est abandonné à ses propres forces. C'est un fait auquel je ne connais aucune exception -, et j'ai été bien souvent à même d'observer le somnambulisme spontané. Je n'ai jamais vu non plus que le délire , quel' que régulier qu'il parût , passât au somnambulisme sans le secours du magnétisme volontaire. Cet état vague et flottant a besoin que Imtelligence et la volonté éveillées lui donnent une impulsion , pour qu'il puisse suivre une direction déterminée , d'après des lois qui ,
4oO LETTRE
jusqu'à présent, nous sont lout-à-fait inconnues. J'ai vu une somnambule qui, dans Tëlat de veille , ignorait jusqu'à Texistence du magnétisme , enseigner à son médecin , qui n'en avait non plus aucune idée, toutes les passes nécessaires pour développer son soranambulismcA Elle inventait de nouveau ce qui était découvert depuis long-temps, et prouvait par cela même la nécessité de ces mouvemens qu'on croit souvent arbitraires et conventionnels. Cette somnambule a été saignée soixante et six fois dans l'espace de dix-neuf mois, d'après sa propre ordonnance, et elle a été complètement rétablie.
Il résulte de plusieurs observations qu'une douleur atroce, provenant d'opérations chirurgicales , peut jeter dans un somnambulisme très-fugace, et presque toujours confonduavec le délire-, quelesomnambulismesemontre quelquefois après l'invasion de la gangrène , principalement des intestins , et que très-souvent il se manifeste avant et pendant l'agonie. J'ai vu une seule fois l'action d'une pile de Vol ta assez forte le produire rapidement. Je n'ai pas encore pu tirer des résultats positifs des expériences faites avec les différens métaux , pour la production du somnambulisme, ni
d'un médecin. 4^t
même pour la sensation que les métaux font naître dans les somnambules. Tout paraît être trop individuel dans cette action pour qu*on puisse déduire des conclusions certaines *, tandis qu'il est sûr que la musique est un des moyens les plus efficaces ^ du moins pour reproduire le somnambulisme chez les personnes qui en sont susceptibles. Cette action est singulièrement augmentée et accélérée lorsqu'on a magnétisé Tinstrument dont va jouer la personne disposée au somnambulisme. La harpe se distingue principalement pour cet usage. 11 me paraît hors de doute que le diamant et tous les corps qui réfléchissent fortement la lumière sont d*excellens conducteurs de cette force et en augmentent l'intensité d'une manière très-appréciable. J'ai vu aussi plusieurs fois le contact avec les sources minérales produire une action sensi«ble sur les personnes disposées au somnambulisme.
Avant de terminer la liste des élémens excitateurs de cette force ^ il faut que je fasse encore mention de celui qui m'a paru exercer le plus d'action sur les somnambules. C'est la mer. Ce fut pour moi le spectacle le plus étrange et le plus inattendu, lorsque je vis ' 26
4o2 LSTTER
pour la première fois le contact de la mer produire cet effet sur une personne très-dkposée au somnambulisme. L'action était immédiate, et ni la préoccupation d'un fait jusqu alors ignoré de la somnambule , ni la volonté du magnétiseur , qui l'ignorait aussi , n avaient pu exercer la moindre influence sur la production de ce phénomène. Le somnambulisme se développait instantanément.
La personne, qui ne savait pas^ nager dans son état de veille , se soutenait parfaitement dans Teau , elle y exécutait les mouvemens les plus hardis , elle s'y trouvait comme dans son élément naturel ; elle était tellement transportée de joie, qu'il ÊtUut, d'après sa propre recommandation, donnée dans un somnambulisme postérieur très - clairvoyant , qu'une autre personne , présente à cette sin^ gulière scène, la retint par la force de sa volonté, pour qu'elle ne s'éloignât pas trop des bords de la mer , de crainte qu'un acci-' dent imprévu ne la réveillât de son somnambulisme , et ne la fît périr faute de savoir nager dans Tétat de veille. Je recommande ce phénomène , que je n'ai vu que quatre fois , à l'examen de tous ceux qui s'occupent de la force magnétique ; et je les prie de ne pas
D un MÉDECIN. J^oi
perdre de vue Tinfloeiice remarqnable qae la mer eserce sur rorganisation humaine : in* fluence qui a tant de rapport avec celle du magnétisme ; influence qu'on ne saurait ex-^ pliquer par les élémens chimiques qui cons-* tituent Feau de la mer; influence, enfin, que de grands observateurs ont été obligés d'attribuer à une force vitale inhérente à Vocéan , et que ni les physiciens ni les chimistes ne sauraient jamais rendre prisonnière dans leurs appareils.
Le temps de quinze jours que vous assignez pour déterminer si le magnétisme agit, est beaucoup trop court. J ai eu souvent occasion de voir , dans les maladies organiques invété-rées , que Vaction n'a commencé à se manifester qu'après deux mois , et même plus tard*.
J'ai vu souvent aussi que le sommeil magné^ tique ne s'est montré que vers la fin de la guérison, et que les symptômes du somnam«bulisme ne se sont manifestés que dans la convalescence. Il paraissait alors que toute la force était absorbée dans ta sphère du mal organique -, tandis que , là où le jeu des fonctions était principalement altéré, les sensations et te» phénomènes sem anifestaient souvent dès le début. Té ne saurais^ citer un
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exemple plus remarquable t[ue celui d'une malade dout Hufeland raconte l'histoire , la même qui a forcé ce célèbre médecin à revenir de la prévention qu'il avait professée dans ses ouvrages, pendant plusieurs années, contre le magnétisme. Cette malade était affectée d'une sensibilité si exagérée de l'organe de la vue, qu'elle distinguait les couleurs et les tissus les plus fins , dans une chambre tout-àfait obscure, et dont les murs étaient couverts d'un drap noir. Après avoir inutilemefit . épuisé tous les secours de la médecine la plus éclairée , elle fut guérie par le magnétisme , sans qu'il se fût présenté d'autre symptôme qu'une légère inflammation des paupières (i). Tai traité à Vienne une maladie semblable , dont était affectée la belle-sœur du char^ d'affaires de Prusse. La guérison a eu lieu en quelques mois , sans qu'on ait aperçu le moindre phénomène magnétique; la maladie partit même rester stationnaire pendant quelque temps. J'ai vu k Paris une maladie du même genre, mais moins forte , qui a résisté à tous
(i) On pourra «voir dans tin des prochains numéros de la Revue médicale^ un traité sur Paniaurose, où)e parlerai en détail de cette maladie.
d'un médecin. 4^^'
les traitemens , qui n'a été un peu calmée que par Teau de mer, et qui , j'en suis convaincu, . céderaitaumagnëlismequej'aiproposëenvain.
Dans la surdité causée uniquement par une affection dynamique du nerf, j'ai plusieurs fois obtenu des guérisons complètes , sans le moindre phénomène sensible. Un soldat blessé à la bataille de Waterloo , atteint par le typhus,, qui avait produit un dépôt sur une plaie contuse du mollet, déjà miné par la fièvre, la diarrhée et la suppuration , qui avait gagné, par des conduits fis tuleux , l'articulation du: genou, s'étant refusé obstinéinent à l'amputation , fut guéri en deux mois par le magné-tisme , que je fis employer par un de mes chirurgiens, sans qu'aucun symptôme marquant se fût manifesté chez lui.
L'exemple le plus remarquable en ce genre que j'aie vu de ma vie , est celui d'une dame* qui avait un goitre dégénéré, présentant l'as-, pectd'un fongus hématode, provoqué par un séton placé mal à propos. Je ne prenais qu'une part indirecte à cette cure ^ je me bornais au, rôle d'observateur. La malade était tellement épuisée d'hémorragies par ce fongus, qu'on n'osa la transporter. Une somnambule qui ne l'avait jamais vue y\ qui n'avait pas entenda
4o& LETTRE
parler d'elle , mise en rapport par le moyen d'une pièce de laine dont on couvrait souvent la tumeur pendaiit douze ou vingt -quatre heures, dirigea de loin tout le traitement.
jCette malade fut en peu de mois amenée à un tel point d'amélioration, qu'elle put être transportée dans la ville où demeurait la somnambule, avec laquelle on la mit alors en rapport plus direct. Nous avions soin de ne jamais parler à la somnambule , pendant son état de veille, de cette malade dont l'existence lui était tout* à-fait inconnue. Elle fut guérie, dans l'espace de dix - sept mois , par les moyens magnétiques les plus simples , dirigés sur les organes glanduleux du bas-ventre , où la somnambule reconnut le siège de la mala** die , dont il n'y avait pas de signes apparens pour le diagnostic d'un médecin. Après la guérison de la malade » nous Pavons présentée à la somnambule en état de veille, et nous l'avons engagée à lui raconter l'histoire de sa maladie et de sa guérison. Nous avons vu avec élonnement que . chez celle-ci , aucun souvenir n'avait passé de l'état de somnam* bulisme dans l'état ordinaire , et qu'une per-r sonne dont elle s'était si souvent occupée , qui lui devait la vie , lui paraissait alors tout-à-
d'un IféDXGIN. 4^7
fait ëtrangère, Ce fait psychologique, analysé avec soin , serait riche en résultats pour quiconque s'occupe avec un intérêt sincère des différens états dans lesquels l'âme humaine peut se trouver y sans que le souvenir établisse entre eux la moindre liaison. Le petit nombre de faits que je viens de rapporter suffit pour prouver que les guérisons par le magnétisme ne sont pas toujours précédées par des effets qui annoncent son action, et qu'il ne faut pas se décourager trop vite*
Le magnétisme prend une intensité extraordinaire lorsqu'il est exercé par des somnambules -, il produit alors des effets surprenans. Il est aussi plus salutaire, parce que le somnambule , doué de l'intuition , sait modifier sa force , et la mettre en harmonie avec la disposition du malade : ce qu'un magnéti*sexxv dans l'état de veille ne saurait jamais effectuer avec la même précision. J'ai vu le magnétisme des somnambules produire instantanément le sWmeil, provoquer les crises les plus salutaire^ , calmer des douleurs déchirantes , imprimer des révolutions subites à des maladies opiniâtres, hâter des effets qu'on n'aurait obtenus que très-tard, d'après le caractère de la maladie , et précipiter dans
4o8 LETTRE
le sommeil magnétique , et quelquefois dans le somnambulisme, des personnes sur lesquelles les magnétiseurs les plus exercés n'avaient rien pu produire.
Le spectacle le plus singulier qui puisse s^offrir aux regards d'un observateur, c'est de voir , lorsque deux somnambules de clairvoyance difiérente se magnétisent mutuellement, comme le somnambule supérieur soumet à sa volonté et à son impulsion le somnambule inférieur-, quelle puissance' physique il exerce sur lui pour provoquer des crises inattendues ; quel empire il a sur ses sensations ^ comment il imprime à ses membres des mouvemens extraordinaires , semblables à ceux des bateleurs les plus souples; quelles contorsions effrayantes il lui fait faire; avec quelle promptitude il le délivre des douleurs qu'il avait en entrant dans ces crises violentes. Je n'ai pu me refuser à tracer ici une légère esquisse de ce traitement que j'ai vu trois fois, et dont il n'est fait mention dans aucun des ouvrages que j'ai lus. C'est au magnétisme exercé en somnambulisme, et long-temps prolongé, que nous avons dû le rétablissement de plusieurs enfans hydrocéphaliques , et d'un autre presque imbécile :
d'un MEDECIN. 4^9
enfans auxquels la somnambule s'intéressait avec une tendresse surnaturelle, ou plutôt maternelle, et dont nous n'osions entreprendre le traitement , parce que nous n'espérions pas le moindre succès.
Tant que nous n'aurons pas découvert les îois d'après lesquelles cette force se dirige , il sera utile de mettre dans le traitement une régularité périodique, et de ne point s'inquiéter des sensations d'irritation ou de douleur qu'éprouvent les malades : sensations qui, le plus souvent, ne sont que des crises incomplètes , mais salutaires , qu'on aurait tort d'interrompre.
Il est souvent fort dangereux de concentrer l'action sur un organe, principalement sur le cerveau et sur le cœur , lorsque ces organes sont devenus un centre de fluxion.
J'ai vu des accidens très-graves provoqués par cette imprudente concentration, même chez des somnambules, qui ensuite n'ont pas manqué de réveiller mon attention sur ce point. Je conviens que cela n'acquiert une grande importance que lorsqu'il n'y a pas de somnambulisme, ou lorsque le somnambulisme est encore incomplet. Dans les affections locales de poitrine, je n'ai jamais cessé
4lO LETTRE
d'intéresser toate Torganisation en magnétisant à grands courans , ce qui reste tonjours le mode le plus sûr , jusqu'à ce que le somnambulisme vienne nous éclairer sur les modifications des procédés , pour lesquelles notre propre sagacité ne saurait nous diriger.
J'ai observé une seulç fois une exception bien remarquable à la méthode ordinaire. Une personne , dont l'esprit était dérangé , devenait furieuse lorsqu'on la magnétisait en commençant par la tête pour aller jusqu'aux pieds; on eut l'heureuse idée de la magnétiser d'une manière inverse, en remontant des pieds vers la tête , et son exaspération fut calmée à l'instant. A la vue de ces faits ^ on ne peut se défendre d'admettre dans le système nerveux des courans semblables peut-être à ceux qui se manifestent dans le système sanguin, et qu'on croit apercevoir dans les phénomènes qui précèdent la congestion sanguine et nerveuse.
Je ne conseillerais pourtant pas d'employer légèrement cette méthode inverse ; j'en ai va naître des paralysies permanentes et des catalepsies passagères. J'ai vu une affection spasmodique , très-grave et permanente ^ être la suite d'un essai de ce genre que le magnéti-
d'un médecin. 4ii
seulr avait fait pour faciliter les mouvemens de Testomac dans une attaque de vomissemens. Il m'a fallu employer tous mes soins et toute ma force pour vaincre cette affection spasmodique , qui , pendant plusieurs années, se renouvelait chaque fois que la malade fai*sait de$ efforts pour vomir.
Dans certains cas où Ton suppose une surcharge de magnétisme, on peut en débarrasser le malade par des passes transversales, qu'on commence par le bas *, mais ces passes sont faites pour soutirer et écarter le fluide , et non pour Taccumuler.
« Il est fort avantageux d'accoutumer les personnes qui s'endorment sans devenir somnambules , à se passer d'être magnétisées pendant tout le temps de leur sommeil magnétique. L'habitude y est pour beaucoup. Si , dès le commencement, on néglige de la faire prendre à ceux qui s'endorment , on se prive de l'avantage inappréciable de traiter plusieurs malades à la fois et dans le même local.
Il est aussi fort important d'accoutumer les somnambules, dès le début, à l'impression de la lumière, à celle des sons , et au voisinage d'autres personnes; il Test enfin de ne
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point augmenter, par condescendance, leur sensibilité déjà excessive , et de ne point favoriser le penchant qu'ils ont naturellement pour l'isolation. En général, le magnétiseur ne doit pas céder facilement aux prétentions des somnambules , et aux exagérations auxquelles sont très-enclins ceux qui n'ont pas un haut degré de lucidité.
Il y a pourtant des somnambules, et ce sont les plus incommodes dans un traitement, dont on ne peut laisser approcher aucun étranger , avec lesquels on ne peut mettre en rapport que très-peu de personnes, et même avec beaucoup de difficulté ^ il y en a aussi qui éprouvent une impression de terreur lorsqu'on les met en communication avec d'autres somnambules. Je me suis convaincu, par de longues et pénibles observations , qu'il y a des somnambules sur lesquels ni les précautions prises dès le début, ni la volonté de leur magnétiseur, ni leur propre désir, ne sauraient gagner la moindre chose : une sévère contrainte les jetterait dans des convulsions terribles , et pourrait placer en eux le germe des plus funestes maladies. Je n'avance rien ici que je n'aie moi-même examiné sous tous les points de vue.
d'un médecin. 4^3
Vue chose encore plus surprenante , c'est qu'il y a des somnambules qu'on peut bien mettre en rapport avec des étrangers pendant leur clairvoyance , mais qu'on ne peut laisser toucher par eux dans les momens de demisomnambulisme sans les exposer au plus grand danger. J'en ai vu un exemple effrayant.
Une somnambule qui, par un traitement très-pénible, venait d'être arrachée apx crises dangereuses d'une maladie qui durait depuis neuf ans , tombait encore dans une espèce de demi-somnambulisme , pendant lequel il fallait soigneusement écarter toute personne qui n'était pas en rapport avec elle. La garde à qui je l'avais confiée l'ayant imprudemment laissée seule , parce qu'elle la croyait endormie, deux femmes étrangères entrèrent dans sa chambre. Curieuses de voir son état, elles s'approchent dé son lit et en ouvrent les rideaux. La trouvant immobile et les yeux fixes, elles la croient en défaillance et veulent la secourir. Elles lui frottent l'estomac et le cœur; elles s'obstinent à vouloir la réveiller, et finissent par la précipiter dans des convulsions terribles, qui durent plusieurs heures. J'arrivai enfin *, je la calmai avec une peine inouie, et je la fis entrer en somnambulisme.
Alors elle me raconta ce qui lui était arrÎTë -, elle m'annonça les crises affreuses qui Tattendaient dans quelques heures^ elle me pria de la secourir de toute la force de ma volonté , ne pouvant prévoir si elle succomberait ou non à ces crises, et me disant seulement qu'elle ne mourrait point si les convulsion»
cessaient le lendemain à dix heures précises du matin. Pendant ce somnambulisme, elle se préparait à la mort par une confession à haute voix ; elle nous remerciait tous de }a peine que nous nous étions donnée , et moi , particulièrement , du sacrifice que j'avais fait de mon tempe et de ma santé. Elle récitait en chantant, avec un accent qui nous faisait fondre en larmes , des prières qu'elle composait au moment même. Elle passait suc* cessivement de ce somnambulisme de clairvoyance à l'apparence de la plus effrayante agonie , en me priant de m'oppOser sans discontinuer à l'invasion de la mort, dont elle sentait les approches. Je la magnétisai de toutes mes forces depuis onze heures du soir, et je continuai toute la nuit sans interruption. Les convulsions les plus horribles reparurent vers huit heures et demie; mais à peine dix heures eurent-elles sonné, que cette scène
d'ow médecin. 4i5
orageuse disparut ; elle rentra en somnambulisme complet , elle nous déclara quMle était sauvée , et nous remercia de la manière la plus touchante. Les efforts que j'avais faits avaient été si grands , que ma santé en a peut-être été altérée pour toujours. Elle avait exigé que je restasse seul auprès d'elle pendant cette agonie « prétendant que tout secours étranger influerait d'une manière nuisible sur la force, qui seule pouvait la sauver.
J'ai dit qu'il était dangereux de laisser toucher des somnambules par des personnes étrangères, avant de les en avoir prévenus et d'avoir obtenu leur consentement : il est aussi fort imprudent de les laisser à un réservoir en communication avec d'autres malades. Dès l'instant que le somnambulisme s'annonce , il faut isoler le malade et l'éloi* gner du baquet* Il m'est arrivé de laisser pendant quelque temps une somnambule assise au baquet , où se trouvait un médecin étranger, que je croyais si familiarisé avec les phénomènes du magnétisme, que je n^avais pris aucune des précautions usitées. La somnambule tomba dans de fortes convulsions , qui $e renouvelèrent pendant seize jours à la même heuare, en Aminuant à chaque accès :
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elle les attribua à la présence de cet étranger , dont Tinfluence lui avait été fatale. Elle ne voulut pas, malgré mes instances, caractériser plus en détail cette influence nuisible.
Il faut éviter autant qu'on le peut d'abréger volontairement le sommeil magnétique^ on détruit presque , sans s'en douter , des crises imperceptibles qu'on ne saurait réparer. Il est toujours préférable de laisser le malade se réveiller de lui-même -, à moins qu'on n'ait un somnambule très-lucide, dont les conseils puissent indiquer les exceptions à cette règle générale. Vous le prononcez vous-même, en nommant ce sommeil essentiellement réparateur : ce qu'il est à un degré surprenant. Parmi une foule d'exemples qui se présentent à ma mémoire, je ne vous en citerai qu'un. En i8i5,je magnétisai à Vienne une jeune dame qui avait tous les symptômes d'une phthisie pulmonaire héréditaire : comme amaigrissement , sueurs nocturnes , pouls fébricitant, crachement de sang et de pus.
Bientôt elle tomba dans un sommeil qui se prolongea souvent pendant huit, dix et même trente-six heures. Elle ne devint pas sojnnambule \ tous les phénomènes se bornaient à ce sommeil prolongé , qui souvent
d'un médecin. 4*7
ne fut suspendu que pour quelques heures , et pendant lequel les forces et l'embonpoint se rétablirent avec une promptitude peu ordinaire. Elle est actuellement à Rome ; sa constitution est restée fort délicate , mais les symptgmes de phthisie ont entièrement disparu.
Il n'est aucun remède dans la nature qui calme l'orgasme nerveux et sanguin aussi promptement que le sommeil magnétique.
Celui qui trouvera un jour pour le magnétisme ce que la pile de Yolta et le condensateur sont pour le galvanisme , aura rendu un trèsgrand service à l'humanité. J'ai vu souvent des maladies, qui s'annonçaient d'une manière inquiétante , se dissiper par la provocation du sommeil magnétique, qui remettait sur-lechamp l'équilibre dans toutes les fonctions organiques.
Il serait trop long de décrire ici l'état pitoyable dans lequel j'ai vu tomber des personnes qu'on avait abandonnées au milieu d'un traitement. Cet état présentait des traits de ressemblance avec diverses formes de l'aliénation mentale, à laquelle il passait souvent, lorsqu'un secours bien entendu n'arrivait pas à propos. Je vais seulement
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citer un exemple de ce que peut produire une modification arbitraire faite à un traitement somnambulique.
Une jeune personne était devenue ëpileptique par suite d'une frayeur, et ses attaques étaient toujours accompagnées de délire. tJii jour on la saigna au milieu d'un violent accès qui présentait des symptômes alarmans d'apoplexie. Immédiatement après cet accès, un somnambulisme spontané se manifesta au lieu du délire habituel. Pendant ce somnambulisme, la jeune personne enseigna à son oncle la méthode qu'il devait suivre pour la magnétiser , et les moyens de la traiter.
L'oncle, chirurgien d'une petite ville, peu au fait de cet ordre de choses , l'envoya dans une grande ville où elle fut magnétisée. Mais on la laissa imprudemment devenir un objet de curiosité ; elle fut accablée de questions qui désordonnèrent son somnambulisme. On m'appela. Je rétablis l'équilibre , je régularisai l'action de son magnétiseur habituel , je dirigeai pendant quelque temps le traitement, et j'obtins de très-bons résultats. Elle n'avait de lucidité que pour son état ; elle indiquait à peine quelques remèdes ; mais elle marquait avec précision le moment où