‹ Instruction Pratique Sur Le Magnétisme AnimalChapitre 16 sur 20 · DUN MÉDECIN · texte numérisé non relu

DUN MÉDECIN

il fallait rendormir : c'était ordinairement peu de temps avant son accès , qui alors était plus léger, ne laissait pas de traces fâcheuses dans son cerveau, et repassait par une douce transition au somnambulisme. On la magnétisait à grands courans pendant tout Faccës.

Forcé de la quitter, je la remis entre les mains de son premier magnétiseur, à qui je recommandai la plus scrupuleuse exactitude.

Elle avait prédit qu'elle aurait une succession effrayante d'accès, plus forts que tous les précédens 5 mais que cette explosion orageuse était nécessaire pour terminer sa maladie.

Elle dit que pendant plusieurs jours de suite, qu'elle indiqua , il fallait la magnétiser sans la quitter, depuis sept heures du matin jusqu'à trois heures, et qu'après ce nombre de jours déterminé elle serait guérie pour toujours de son épilepsie. Pendant les deux derniers jours, son magnétiseur, obligé de s'absenter, et ne croyant pas à la nécessité d'une précision rigoureuse, ne la magnétisa que jusqu'à onze heures. L'épilepsie disparut j mais la malade resta dans un état qui approchait de l'idiotisme , et plongée dans une apathie affligeante. Peu de temps après , l'épilepsie recommença, et les détracteurs du

magnëtisme se mettaient à triompher. XJn accident remarquable , qu'il serait trop long de détailler ici , l'ayant fait retomber en somnambulisme , elle déclara que la faute qu'on avait commise , d'abréger son traitement de quelques heures , était la cause de sa rechute 5 elle donna de nouvelles prescriptions , qui , pour le coup, furent scrupuleusement exécutées, et par le moyen desquelles elle fut parfaitement rétablie. Il y a maintenant plus de deux ans que cela est arrivé , et la santé de la jeune personne continue d'être florissante.

Dans le fait que je viens de citer, le mal qu'on avait produit a été réparé , et la maladie a été heureusement terminée; mais il n'en est pas toujours ainsi , et j'ai vu plusieurs fois l'interruption d'un traitement punie par des maux incurables.

J'ai fait les expériences les plus variées et les plus décisives sur la puissance et le mode d'action de l'eau magnétisée. Elles m'ont conduit à constater deux points qui maintenant sont pour moi hors de doute. Le premier , c'est que les somnambules , et même plusieurs des personnes qui sont dans l'état magnétique, reconnaissent , par une impression dont nous

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ne pouvons nous rendre compte , parce que cette modification du goût sommeille en nous, si l'eau a été magnétisée, si elle l'a été par leur magnétiseur ou par un autre, si elle a été simplement touchée par quelqu'un après avoir été magnétisée, et qu'ils vomissent quelquefois jusqu'à la dernière goutte l'eau qui a été touchée par un étranger. J'ai vu une femme somnambule qui croyait avoir un squirrhe de l'estomac , et qui , pendant deux mois et demi , n'a pu supporter que de l'eau magnétisée par son médecin i si par mégarde on lui en donnait d'autre, elle la vomissait à l'instant. Le second résultat de mes observations , c'est que les somnambules très-exaltés ont besoin d'une grande quantité d'eau magnétisée pour en boire et pour s'en humecter, et quils assimilent cette eau d une manière dififérente de celle qui a Ueu pendant l'état de veille : c'est-à-dire que cette eau ne passe pas avec la promptitude ordinaire dans les organes de sécrétion.

Il me paraît que l'eau magnétisée est le meilleur conducteur de la force magnétique , et le moyen le plus efficace pour réparer les forces nerveuses, dont il doit se faire une consommation excessive dans les momens.

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d'exaltation. On voit en effet beaucoap de somnambules la boire avec avidité , et même s'en inonder , après être revenus de ces momens de la plus haute extase , où la parole leur manque , où leur corps est insensible aux impressions extérieures , où ils se trouvent souvent dans un état cataleptique dont ils ne sortent qu'avec les plus vifs regrets.

Vous faites mention , dans votre cinquième chapitre, d'une prédiction des somnambules qui m'a plusieurs fois inquiété, et que j'ai trouvée bien souvent en défaut : celle de leur mort. Tai reconnu plus tard que les somnambules se font souvent illusion sur ce point, en prenant des crises dangereuses , des syncopes profondes, pour la mort; confondant peut-être ce qu'il y a d'analogue entre ces brusques transitions et l'irrévocable terminaison de la vie. C'est un des points les plus incertains dans cette obscure région, où nous manquons tout à-fait de signes positifs pour distinguer la vérité de l'erreur. Il m'est arrivé que des somnambules ont prédit avec justesse la mort de plusieurs personnes , et se sont complètement trompés sur d'autres.

Ce serait un chapitre fort utile, fort riche et

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fort intéressant, que celui qui traiterait en général des erreurs des somnambules. J'en ai vu de très-graves commises par les plus clairvoyans. fai vu une femme , qui ne s'était jamais trompée dans toute sa maladie , m'annoncer, à différentes reprises et avec la plus vive douleur , que sa fille aînée ne pourrait jamais avoir d'enfans \ et pourtant cette même fille est accouchée quatorze mois après. Une somnambule, qui m'avait donné constamment les preuves de la plus haut€ clairvoyance , et par le secours de laquelle j'avais guéri plus dé quarante personnes , dont les maladies auraient probablement résisté aux ressources de la médecine , s'est gravement trompée sur la maladie d'une personne qui rintéressait vivement , et près de laquelle elle passait sa vie. Je l'ai vue reconnaître son erreur, et en concevoir un tel chagrin , qu'elle' en a perdu sa clairvoyance pendant des mois entiers. Cette même somnambule s'est encore trompée pour elle-même, en ne prévoyant pas de terribles accidens qui Tattendaient.

J'ai vu une autre somnambule, moins clairvoyante à la vérité , et qui ne m'avait jamais inspiré une grande confiance , mais chez laquelle je n'avais pu méconnaître de

fréquentes preuves de lucidité, se 'tromper sur son propre état, croyant qu'elle avait un commencement de squirrhè au pylore, et renoncer à toute espèce de nourriture, pour ne vivre que d*eau magnétisée. Heureusement une autre somnambule , qui s'entretint avec elle, lui montra son erreur, l'en fit convenir , et lui prescrivit des moyens curatifs qui eurent le plus grand succès. Cette même somnambule, qui corrigeait l'autre, avait prédit la mort prochaine de sa mère, et sa mère vit encore. Qu'on ne croie pas qu'on eût provoqué ces annonces par des questions ; tout cela fut dit spontanément et à plusieurs reprises , et n'en était pas moins erroné.

Le tableau que je viens de tracer semble d'abord devoir nous plonger dans Tincertïtude , et détruire même notre confiance aux somnambules les plus lucides 5 mais, si vous y réfléchissez, vous reconnaîtrez que cette manière de juger serait aussi fausse que celle des personnes qui, d'après des traits d'une clairvoyance merveilleuse , les considèrent comme infaillibles, et leur accordent une confiance aveugle et sans bornes.

Dans tout ce qui tient aux sciences d'ob-

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servation , aux règles établies sur l'expérience, aux effets que nous annonçons d'après les causes qui nous sont connues ^ nous n'avons jamais une entière certitude , parce que nous ignorons si une cause inaperçue ne peut déranger la série naturelle des faits qui semblent devoir découler les uns des autres.

Nous ne pouvons donc nous conduire sagement que par le calcul des probabilités ; et c'est d'après ce principe qu'il faut comparer les avantages et les inconvéniens du traitement somnambulique à ceux du traitement médical. Or, je puis affirmer que les bons somnambules sont , surtout dans les cas extraordinaires , cent fois moins exposés à l'erreur que les médecins les plus habiles. Il est bon cependant de savoir qu'ils peuvent se tromper, pour que, si un traitement somnambulique produisait des résultats dangereux, le médecin pût y renoncer et prendre une autre route. Je me suis souvent dirigé par les conseils de somnambules dont la lucidité m'était connue; il ne m'est arrivé que très-rarement de reconnaître des erreurs graves ; et comme dans ce cas j'ai consulté la prudence, je n'ai jamais eu la douleur de voir un résultat funeste.

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Les prédictions des somnambules sur les états violens dans lesquels ils peuvent se trouver, ne sont souvent pas plus exactes; et malheur au magnétiseur qui flotte au gré des impressions passagères qui paraissent quelquefois les absorber entièrement , au lieu de leur opposer le calme de la raison et la fermeté d'une volonté éclairée. J'ai traité une somnambule qui prit un accès complet d aliénation mentale , avec de courts intervalles de somnambulisme lucide, pendant lesquels elle m'assurait qu'il n'y avait pas moyen de la délivrer de son aliénation. Malgré ses assertions positives et réitérées, je la magnétisai avec la plus grande force , et j'eus le bonheur de dissiper ce funeste accès qui ne reparut plus, et delà plonger dansoin sommeil d'où elle se réveilla forlifiée et sans aucun souvenir de ce qui s'élait passé.

Il n'y a pas de magnétiseur tant soit peu expérimenté auquel il ne soit arrivé d'entendre des somnambules qui se prétendaient incurables , et qu'on est pourtant parvenu à délivrer malgré eux, et parleur propre secours, du mal qui menaçait leur existence. Au reste , il faut avouer , pour être juste , que les crises qui avaient apparu aux somnambules comme

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Jeur mort, furent si effrayantes et si dangereuses , que si on n'eût pas employé une force extraordinaire, une volonté ferme, et les secours les mieux entendus du magnétisme, la mort serait probablement arrivée. J'en ai vu deux fois la preuve moi-même , et je connais plusieurs cas semblables dont mes confrères ont été témoins.

Les considérations que je viens de vous présenter relativement aux erreurs des somnambules, sont de la plus haute importance; elles montrent qu'ils ne sont pas infaillibles, même dans leur développement naturel , et dans la direction qu'ils ont prise d'eux-mêmes , sans que , par des questions intempestives , on les ait conduits dans des régions vers lesquelles leur tendance spontanée ne les avait pas portés. Qu'on fasse à présent l'application de ce que je viens de dire à ces somnambules chez lesquels le somnambulisme a survécu aux conditions organiques qui l'ont fait naître ; qui se font mettre dans cet état plusieurs fois par semaine, et qui donnent indiSéremment des consultations à tout le monde ; certes on partagera ma conviction que dans ce somnambulisme on manque encore plus de signes positifs pour distinguer l'ins-

piration instinctive d'avec la routine et la réminiscence, et que, dans les maladies graves', on ne saurait se décider à suivre aveuglément les conseils de tels somnambules, lorsqu'il s'agit de prendre une roule opposée à celle qui est tracée par la science médicale. Cette opposition , vraiment inquiétante , n'a lieu que trop souvent , même avec des somnambules d'un ordre supérieur ; et moi, médecin, je me suis trouvé plusieurs fois dans le plus cruel embarras, flottant entre la conviction que me donnaient mes connaissances en médecine , et la confiance que des preuves réitérées d'une haute lucidité avaient su m'inspirer.

Je ne prétends point pour cela que le somnambulisme soit nécessairement attaché à un état maladif, qu'il doive disparaître avec la maladie , et qu'il dégénère en rêverie s'il continue après le retour de la santé. Gela est vrai pour la plupart des cas , mais ce n'est point une loi générale. Il y a des êtres'chez lesquels le somnambulisme se conserve et s'exalte même de plus en plus, sans qde la maladie y joue encore un rôle.

Il existe des êtres privilégiés dont la vie est consacrée à faire du bien, et qui mon-

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trent d'une manière étonnante les forces singulières qui sommeillent dans Tâme humaine, forces dont, jusqu'à présent, notre psychologie ne s'est pas même doutée , et que l'orgueil scientifique a trouvé plus commode de nier que. d'observer. Ces êlres unissent la plus admirable pureté morale à la plus haute exaltation de l'instinct conservateur et à l'intuition la plus pénétrante. J'ai eu le bonhour d'en connaître trois dont les facultés ne se sont jamais altérées *, mais tous trois n'exerçaient ce don divin que par charité.

Rien n'a été plus nuisible aux progrès du magnétisme et aux applications qu'on en peut faire , rien n'a mis plus d'obstacles aux observations impartiales, rien n'a excité autant de discussions inutiles et interminables , que l'empressement de plusieurs écrivains à établir un système d'après les faits connus, pour combattre derrière ce boulevard les faits nouveaux qui venaient tenyerôer les barrières qu'ils avaient posées. Des esprits incapables de s'élever à de hautes conceptions se sont crus en droit de nier les faits qui n'étaient pas d'accord avec leurs explications systématiques; tandis que d'autres ont cru avoir anéanti la vérité des observations lors-

qu'ils élaient parvenus à renverser la théorie qu'on en avait déduite. Il est naturel de coordonner les faits pour les embrasser d'tin coup d'œil, et c*est un devoir de la science d'en faire découler pour le moment des résultats généraux ; mais il est impardonnable d'idolâtrer le fétiche de théorie qu'on vient de tailler , et de présenter un système artificiel comme une loi générale de la nature. Mon expérience m'a assez instruit pour que je ne tombe pas facilement dans celte erreur.

En me rappelant les faits bien avérés qui se sont présentés à mes regards curieux au comitiencement de mes recherches , il y a vingtcinq ans , et les comparant avec ceux que je connais aujourd'hui ^ en réfléchissant combien de fois il m'a fallu modifier mes explications pour les mettre un peu en harmonie avec les faits, et ne pas laisser subsister un contraste entre ces faits et ceux des autres sciences naturelles, je me crois obligé d'avertir, ceux qui s'occupent de cette force singulière, de ne pas rejeter des phénomènes parce qu'ils n'ont pas la faculté de les produire, ou parce qu'ils ne les ont pas encore vus , et tout en n'admettant ce qui est nouveau qu'avec la plus grande réserve, dé

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ne pas trancher sur Timpossibilité. Tai été détermine à faire ce retour sur moi-même , ayant en l'occasion de voir , il y a peu de temps, la force magnétique dans un degré que j'avais cru impossible. Je regrette de ne pouvoir nommer M. le comte de G...., pour lui payer le tribut que sa charité, son rare dévoûment et sa modestie méritent si bien.

J'espère qu'il me permettra de publier un jour des fragmens de son journal , qui contient des faits aussi curieux qu'instructifs, et parfaitement bien observés. J'ai été moi-même témoin des effets de son action magnétique : effets dont je n'avais encore point vu d'exemples , et que j'avais été tenté plusieurs fois , je l'avoue, d'enregistrer parmi les exagérations et les fables , malgré la respectable au^ torité de ceux qui les avaient produits et qui les avaient attestés. Ainsi je l'ai vu imprimer à l'eau une vertu qui in saturait à tel point, et lui devenait tellemenPinhérente , que d'autres pouvaient la magnétiser ensuite sans que cette seconde action fût perceptible à des somnambules. Je l'ai vu agir à distance d'une manière irrésistible , et obtenir le résultat utile qu'il s'était proposé. Je l'ai vu enfin neutraliser l'action d'un atitre magnétiseur

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qui voulait faire sur un somnambule des expériences de curiosité.

M. le comte de G.... n'a découvert en lui^ même que depuis quelques années celte force dont la nature Ta doué à un degré inoui , et il ne s'en sert que pour satisfaire à sa noble charité , qui a été singulièrement récompensée- Il doit le rétablissement de sa santé , qui était délabrée , à une somnambule dont il a plusieurs fois conservé la vie , et il a eu la douce satisfaction de voir renaître sous sa bienveillante influence , secondée par cette somnambule, des personnes dont les médecins avaient désespéré à juste titre. Il y a heureusement à Paris beaucoup de témoins de ces faits , dont l'évidence a renversé l'incrédulité de plusieurs, et singulièrement fortifié la confiance des autres en une force qui est encore si peu connue. Vous êtes sûrement comme moi du nombre de ces dernifirs.

Je ne nie point ^et je l'ai vu bien des Ibis ) que les somnambules de profession n'aient souvent des aperçus très -justes et très-surprenans , qu'ils n'opèrent des guérisons extraordinaires *, mais je persiste dans l'opinion qu'ui^ longue observation m'a fait adopter , qu'on trouve chez plusieurs d'entre

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