DUN MÉDECIN
être enseigné, ni réduit en règles par la science. Aussi voit-on journellement que les somnambules emploient des remèdes trèssimples et presque insignifîans y qu'ils mettent une grande iroporlance au temps où Ton fait les remèdes indiqués , qu'ils sont inexorables sur la minute^ tandis que cet élément essentiel de leur traitement n'entre presque pour rien dans ceux des médecins. A la vérité , les médecins distingués individualisent leur traitement, en faisant subir aux abstractions générales les modifications que le tempérament du malade paraît exiger \ mais ce sont toujours des principes généraux qui nous guident plus ou moins; tandis que le traitement des somnambules est tout-à-fait individuel, et ne permet presque jamais de tirer des abstractions ou des inductions qui conduisent à des idées générales. Donnez à un somnambule dix personnes affectées de la même maladie , avec des circonstances semblables en apparence, et vous verrez, à votre grand étonnement , que toutes les dix seront traitées par des moyens très-différens , et guéries d'une manière inattendue. Tout parait individuel dans les intuitions du somnambule.
Vous ne réussiriez pas, si vous vouliez trai-
ter par les mêmes remèdes une maladie toutà-fait semblable , qui se serait montrée chez le même individu à peu de jours de distance:
c'est pourquoi la science ne saurait mettre à profit , pour son développement , les ^uérisons obtenues par les somnambules. Elles ne sont opérées jusqu'à présent que dans Tintérêt de Tindividu malade, et la science n'a pas encore pu les généraliser et en faire un corps de doctrine ^ je doute fort qu'elle puisse y parvenir. Aussi ne verrezi-vous jamais un somnambule indiquer un remède contre une maladie en général; mais montrez-lui cette maladie dans un individu , et si son instinct se réveille , vous le verrez opérer la guérirson par des moyens réputés nuls , et tout-à^ fait insuffisans dans d'autres cas parfaitement semblables.
C'était pour moi un signe infaillible que le somnambulisme avait perdu sa pureté primitive, qu'il s'y mêlait de la rêverie, de l'arbitraire , des souvenirs , des prétentions de vanité , lorsque le somnambule dissertait sur les maladies en général, lorsqu'il répondait à des questions médicales qui avaient pour objet des abstractions. Aussi trouvez,-vous ce genre de conseils très-fréquent chez les som-
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nambules de profession , qui , je le répète , rencontrent sooyent très-joste, nuis auxquels je ne saurais accorder en général aoe confiance proportionnée a Timportance de Tobjet , bien que je connaisse parmi eux des exceptions étonnantes.
Un somnambale n'a presque jamais besoin de drogues étrangères ; la nature autour de lui est toujours assez riche et assez en concordance arec Forganisation humaine, pour pouToir eo corriger les débutions intérieures, qui, dans leur point de départ, sont probablement auui ûmpies et aussi petites, qu'elles nous paraissent grandes et compli^ quées à Textrémité de la l;grte. CeU justement ce point de dé[/art que le somnambule voit instinctiTement , et sur lequel il porte son influence. Nous autres médecins nous le voyons rarement, et nous n'apercevons dans la plupart des cas que le développement de cette première impulsion dans le jeu compliqué des tissus organiques, et sons le masque changeant des symptômes. Vous exigez donc quelque chose dlmpossible d'un médecin , lorsque vous voulez qu'il juge et modifie les aperçus et les conseils d'un somnambule ; vous le pbcez entre sa conscience et sa
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science. Rien de plus funeste pour un malade que de modifier le traitement d'un somnambule ; parce qu'il n'a et ne peut avoir de mesure scientifique pour l'importance des difl*érens moyens que le somnambule loi propose.
Commencez donc par vous assurer de la lucidité d'un isomnambule à votre égard, et suivez alors toutes ses prescriptions, ou rejetez-les toutes et obéissez à la science ^ mais ne mêlez jamais ces deux élémens hétérogènes , dont la combinaison vous serait funeste.
Il m'est souvent arrivé, auprès de malades dont j'étais le médecin, de me trouver en contradiction avec les avis et les conseils du somnambulisme. Je l'avouerai franchement , après m'être assuré , par tous les moyens possibles, que le somnambulisme était fort lucide, je me suis résigné*,, j'ai sacrifié mon amour-propre, et presque tous mes malades s'en sont trouvés à merveille.
Une position extrêmement singulière , est celle dans laquelle je me suis trouvé vis-àvis de la femme d'un jardinier en chef de Sans-Soucy. Dans son somnambulisme, qui était fort extraordinaire, cette femme, âgée de cinquante ans , m'engagea à lui proposer des remèdes , parce qu'elle n'était pas douée
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de l'espèce -de clairvoyance par laquelle on peut les indiquer soi-même ] elle n'avait que le don de la critique» Je vis, avec un étonnelïient auquel se mêlait une humiliation pénible, qu'elle rejetait, comme nuisibles, la plupart de ceux que je lui proposais d'après ma conviction médicale , et qu'elle choisissait ceux que j'avais cru le moins appropriés à sou état. Ce fait , rigoureusement observé , peut aussi servir de réponse à ceux qui prétendent que les somnambules se laissent toujours influencer dans le choix des remèdes par la pensée de leur magnétiseur , que le mode de leur traitement est le reflet du système de celui-ci, et que, par conséquent, il n'y a pas de vérité objective dans leurs aperçus. Je ne conteste nullement la possibilité que les idées d'un somnambule portent en elles le reflet et la couleur des idées de son pays, de son temps , et même de son magnétiseur ; mais je prie les hommes qui ont fait cette objection ingénieuse de bien peser si la difficulté est plus grande, de voir une plante ou une autre substance, que de lire dans la pensée d'un autre être. J'ajouterai que , dans le cas que je viens de citer , j'avais proposé tous les remèdes à la somnambule avec une neutraUté
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parfaite, évitant d'influencer son choix par ma volonté , qui aurait pu troubler la justesse de ses aperçus.
rai vu une autre somnambule insister pour prendre des substances qui me paraissaient dangereuses pour son état. La croyant dans Terreur, je combattis son opinion, je fixai son attention sur Fétat de ses organes, tel qu'il me semblait être. Je fis apporter plusieurs drogues , parmi lesquelles se trouvaient celles qu'elle avait désirées 5 elle les reconnut , elle insista. Je luttai avec elle pendant plusieurs heures •, et je finis par céder , m'élant convaincu , par tous les moyens mis à ma disposition , de sa parfaite lucidité. L'hémorragie utérine , qui était le symptôme alarmant de sa maladie , s'arrêta aussitôt , sans qu'il en résultât aucun inconvénient.
Je reviens à la jardinière de Sans-Soucy.
Je me trouvai avec elle dans le plus grand embarras. Elle m'avait prévenu que le magnétisme seul ne suffirait pas pour lui rendre la santé ^ qu'elle perdrait bientôt sa lucidité, qu'il ne lui en resterait plus qu'un faible crépuscule (c'est son expression ), et qu'elle ne pouvait déterminer d'avance les remèdes que je devais lui donner plus tard. Qu'on juge
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de ma perplexité et de ma continuelle inquiétude, lorsque cette période de sa maladie fut arrivée 5 sachant par expérience que les remèdes que Je lui avais proposés auparavant, d'après ma conviction médicale, avaient été rejetés comme dangereux. Je réussis cependant. La même femme me présenta deux autres phénomènes. Pendant plusieurs jours elle devint à la fois muette , sourde , aveugle et insensible; elle ne recouvrait ses facultés que dans le somnambulisme, pendant lequel elle nous affirmait que ces accidens n'étaient qu'une crise. Je n'ai jamais rien vu de plus alarmant que cet état d'angoisse intérieure et d'anéantissement extérieur. Une autre fois elle prédit par bonheur qu'elle aurait un violent accès de convulsions et de manie ; elle nous dit qu'il était essentiel de prendre les plus grandes précautions pour qu'elle ne se détruisît point, mais qu'il ne fallait absolument rien faire pour abréger cet état effrayant, duquel elle sortirait pour entrer immédiatementen convalescence. Tout cela arriva exactement. Qu'on aurait mal jugé et mal traité cet état, sans les lumières dues au somnambulisme ! Le plus habile médecin n'aurait pu y mêler ses conseils. Je suis per*
suadë qu'on aurait tout gâté , si Ton avait suivi votre système , de faire uq mélange soi-disant conciliant du magnétisme et de la médecine, et de laisser au médecin la suprématie. A la vérité , celui qui n'aurait pas été médecin , et qui n'aurait pas eu une connaissance exacte des phénomènes du magnétisme y n'aurait pu , dans un tel cas , prendre sur lui la responsabilité. C'est pourquoi j'ai la ferme conviction que le concours du médecin et du magnétiseur est indispensable, non pour faire un mélange arbitraire des deux méthodes , mais pour pouvoir rassurer le magnétiseur dans les cas extraordinaires. Quiconque connaît les innombrables difficultés du magnétisme^ partagera ma conviction, que ce concours des deux actions ne saurait avoir lieu que très-rarement dans deux personnes.
Je m'oppose donc , mon respectable ami , au conseil que vous donnez de combiner ces deux méthodes , qui ne peuvent marcher de front. Ma conscience me fait un devoir de recommander de ne pas s'en rapporter légèrement à un somnambule , de s'informer d'abord de sa bonne foi , et d'examiner ensuite le degré de clairvoyance dont il es^doué ; enfin d'invoquer plutôt la science que de faire
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-un mélange de deux ëlëmens hétérogènes , ou de se jeter avec une crédulité déraisonnable dans le vague des rêveries alimentées par des souvenirs , et provoquées par le désir d'exciter la surprise, ou par d'autres motifs qui existaient dans l'état de veille. Plus je rév.ère le somnambulisme dans son isolement et sa pureté , et moins j'en fais cas lorsqu'il n'est pas entièrement étranger à l'état ordinaire. Beaucoup de personnes, qui n'ont aucune idée du but auquel la nature Fa destiné, et qui sont dépourvues des connaissances nécessaires pour l'apprécier et le diriger, ont souvent cherché à le produire , soit pour satisfaire leur curiosité, soit dans des vues d'intérêt. C'est principalement à cet abus que j'attribue la décadence du magnétisme en France, et le mépris dont les savans l'accablent. Dans les pays du nord, où l'élude du magnétisme porte un caractère grave et scientifique , l'observation du somnambulisme est devenue féconde en résultats qui ont été déjà très-utiles, et qui promettent de répandre le plus grand jour sur l'aliénation mentale, et sur mille phénomènes de psychologie , qui jusqu'à présent sont la terre inconnue dans la géographie de notre monde intellectuel et moral.
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Tarrive à votre dernier chapitre ; il me paraît excellent. Vous auriez pu ajouter plusieurs noms à ceux des auteurs que vous caractérises si bien. Mais les personnes qui suivront la route que vous tracez découvriront facilement toutes les sources dans lesquelles on peut puiser une instruction plus étendue.
Je suis persuadé que votre ouvrage fera le plus grand bien. Il est écrit avec une grande réserve ; mais , en conduisant à la conviction par la pratique , il préparera de nouvelles observations 5 et j'espère que vous publierez vous-même des considérations sur les grands phénomènes du magnétisme ; c'est-à-dire sur ceux dont il nous a manifesté l'existence et démontré la réalité. Vous avez déjà exécuté une partie de ce travail dans le mémoire sur la prévision, que vous avez bien voulu me communiquer. Cet écrit est pour moi la preuve que vous pouvez aborder les questions les plus difficiles et les plus élevées , et les traiter de la manière la plus claire et la plus philosophique.
Note sur la Lettbe pbecédente.
Qu^il me soit permis de faire ici quelques observations sur la lettre qu*on vient de lire.