‹ Instruction Pratique Sur Le Magnétisme AnimalChapitre 4 sur 20 · CHAPITRE IIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IIL

Des effets par lesquels Faction du Magnétisme se manifeste j et des modifications que ^observation de ces effets indique dans les procédés.

Il est des malades sur lesquels le magnétisme n'agit point, soit que cela tienne à une constitution particulière , ou au genre de maladie , ou au défaut d'analogie avec le magnétiseur; mais cela est assez rare. U Test moins que le rapport ne puisse s'établir qu'après plusieurs séances ; d'où il suit qu'on ne peut présumer que le magnétisme n'agit point, qu'après en avoir essayé pendant une quinzaine de jours.

Pour que cette présomption soit fondée , même après ce laps de temps, il ne suffit pas que le malade n'ait rien éprouy^ lorsqu'on le magnétisait ; il faut qu'il ne ^soit opéré aucun changement dans son état, qu'il ne se trouve pas mieux , ou que la maladie se soit aggravée en suivant la marche ordinaire. U

arrive assez fréquemment que le magnétisme rétablit peu à peu Tharmonie sans produire aucune sensation, et qu'on ne s'aperçoit de son influence que par Taniélioration de la santé. On doit alors continuer avec zèle en suivant les procédés que j'ai indiqués , sans s'inquiéter de la manière dont le magnétisme agit, sans rechercher aucun effet apparent.

En faisant des efforts d'attention et de volonté, en essayant des procédés que l'on croit plus actifs, on se fatiguerait inutilement, et l'on troublerait peut-être la marche graduelle et paisible de la nature.

Ce qui peut arriver de plus heureux à celui qui essaie pour la première fois de magnétiser, c'est de rencontrer un sujet qui ne soit point insensible à l'action du magnétisme , et qui n'en éprouve cependant que des effets légers et graduels. Si le premier malade dont on entreprend la cure est absolument insensible à l'action , on s'imagine qu'on s'y prend mal *, ou bien on doute de sa puissance , et à mesure qu'on en doute elle s'affaiblit. Si l'on voit d'abord des phénomènes merveilleux , on se livre à la curiosité , à l'enthousiasme , et l'attention est détournée de l'objet essentiel, qui est la guérison. Pour bien magnétiser il

SUR LE MAGNÉTISME. fyj

faut s'attendre à tout, ne s'étonner de rien, et ne s'occuper des effets que Ton produit que pour mieux diriger l'action du magnétisme.

L'instruction que je donne ici a principalement pour but de prévenir les idées fausses et les opinions exagérées auxquelles on peut être exposé faute d'expérience. Ceux qui auront adopté mes principes né perdront point la confiance en leurs forces parce qu'ils n'ont pas d'abord réussi; ils ne se jeteront point dans l'exagération parce qu'ils ont vu des choses surprenantes; ils sauront modifier, selon les circonstances , et l'influence de leur volonté, et les procédés qu'ils ont employés en commençant.

U est des malades sur lesquels l'influence du magnétisme se montre en deux ou trois minutes , d'autres qui ne la sentent qu'après un temps plus ou moins long; il en est chez lesquels les effets vont toujours en augmentant, d'autres qui éprouvent dès la première fois tout ce qu'ils éprouveront dans le cours d'un long traitement ; on en rencontre même qui après en avoir obtenu dès le premier jour les résultats les plus remarquables et les plus salutaires , finissent par s'y accoutumer et par

n'en plus recevoir ni le moindre soulagement ni la moindre impression.

Les effets par lesquels le magnétisme manifeste son action sont extrêmement varies 5 tantôt un seul de ces effets a lieu, tantôt plusieurs se montrent ensemble ou successivement chez le môme malade. Il est assez ordinaire que ces effets , une fois qu'on les a produits, se renouvellent promptement à chaque séance; ils changent quelquefois à mesure qu'il s'opère un changement dans là maladie.

Je vais décrire ceux de ces effets qui se présentent le plus communément.

Le magnétisé sent une chaleur qui s'échappe du bout de vos doigts lorsque vous les passez à une petite distance devant le visage , quoique vos mains lui paraissent froides si vous le touchez ; il la sent ensuite au travers des habits dans telle ou telle partie du corps ou sur toutes les parties devant lesquelles passent vos mains. Il lui semble souvent que de l'eàu tiède coule sur lui , et cette sensation précède votre main. Les jambes s'engourdissent , surtout si vous ne CQnduisez pas vos mains jusqu'aux pié^s, et cet engourdissement cesse lorsqu'en finissant vous faites des passes le long

des jambes jusqu'aux orteils et au delà. Quelquefois au lieu de communiquer de la chaleur vous communiquez du froid; quelquefois même vous produisez de la chaleur sur une partie du corps, et du froid sur une autre. Souvent il s'établit une chaleur générale et une transpiration plus ou moins considérable. Des douleurs se manifestent dans les parties où est le siège du mal. Ces douleurs changent de place et descendent.

Le magnétisé sent le besoin de fermer les yeux ; ses yeux se collent de manière qu'il ne peut les ouvrir; il éprouve du calme, du bienêtre 5 il s'assoupit , il s'endort ; il se réveille lorsqu'on lui parle , ou bien il se réveille de lui-même au bout d'un certain temps , et il se trouve mieux. Quelquefois enfin le magnétisé entre en somnambulisme , état dans lequel il entend son magnétiseur et lui répond sans se réveiller.

Comme l'état de somnambulisme doit entièrement changer la manière de magnétiser, et qu'on ne l'obtient que chez le plus petit nombre des malades , nous en parlerons dans un chapitre à part. Maintenant nous nous bornons à décrire ce qui se passe lorsqu'il n'y a pas de somnambulisme , et à indiquer

5a lHaTRUCTION pritique

la conduite qu'il faut tenir dans les diverses circonstances.

J'ai dit dans le chapitre précédent qu'un des effets les plus ordinaires du magnétisme #st de déplacer le mal et de le faire descendre dans )e sens des courans qu'on établit. Si la douleur ainsi déplacée n'arrive pas d'abord 2X1% extrémités , on réussit à l'y amener dans les séances suivantes. Mais il est des cas où cet effet exige qu'on n'interrompe pas l'action.

Si par exemple la goutte s'était portée à la tête, et qu'en descendant elle s'arrête à la poitrine ou à l'estomac, il est essentiel de continuer jusqu'à ce qu'on l'ait ramenée aux pieds.

Le défdacement du mal est toujours une preuve de l'efficacité du magnétisme; mais ce déplacement produit quelquefois des douleurs asseï vives : au lieu de s'en inquiéter , il faut magnétiser les jours jsuivans, et jus<« qn'à ce qu'elles soient entièrement dissip4es(i>

(t) JVt vu une dame qui avait un catbarre avec une Igni; très-fcM'te. Dès. la première séance du magné- |î^e le CiLtharre fut guéri f ms^îs U lui survint dans les jambef de violentes douleurs qui durèrent trois jours, parce qu'elle n'eut pas de nouveau recours au magnétisme.

StJK LS MAGNÉTIMifi. 5l^

L'actîon du magnétisme est quelqnefc^s ac^ compagnée de mouYemens nerveux, et très-* souvent de bâillemens ; quelquefois le ma-f gnetisé sent des maux de cœur y des envies de vomir qui sont même suivies de vottifseM mens , d'autres fois il éprouve des coliques ou un besoin d'uriner qui produisent des éva^»

ouations. Ce sont des crises dont le magnéti-» seur ne doit pas s'inquiéter ; il doit Saveîr" caloier celles qui sont nerveuses^ et seconder dans les autres la tendance de la nature.

Tantôt Te magnétisé désire que la séance sfé prolonge , tantôt qu'elle soit suspendue par^ ce qu'il éprouve une sorte d'irritation *, il fatit à cet égard se prêter à ce qu'il désire , autaiM que cela se peut.

Je répète ici qc» les effets que je viena del décrire se montrent isolément, dans di'vei^s circonstances , ches^ divers individus ^ k £i^ ^rentes époques ^ et qu'il est rare qu'ils soient réunis.

Voyons maintenant quelles modification^ l'observation de ces divers effets doit apport ter dans les procédés^

Si le malade sent seuleiAent une chaleur bur une fraîcheur s'échapper de vos doigtf , c<mtentez'vous de magnétiser à grands cowâtasf;

i% maraucTioii peatiqub

si Faction du magnétisme excite une donlenr dans tel ou tel organe , concentrez l'action sur cet organe pour entraîner ensuite.

S'il se manifeste de la chaleur an de la pesanteur à la tête , attirez sur les genoux.

Si le magnétisme produit de Fétouffement, ou de l'irritation à la poitrine , faites les passes en commençant au dessous de la poitrine , et continuant jusqu'aux genoux.

Si des coliques se font sentir ^ et qu'elles indiquent, comme cela a souvent lieu chez les femmes, que la circulation devrait être accélérée, évitez d'arrêter les mains sur la poitrine et même sur l'estomac; portez l'action sur les flancs et au-dessous, faites des passes le long des cuisses , et fixez quelque temps les mains sur les genoux.

Si le malade a des douleurs derrière le dos , faitesdespasseslelongdelacolonnevertébrale.

Si vous voyez quelques mouvemens nerveux, calmez-les par votre volonté, en prenant d'abord les pouces ou les poignets , et faisant ensuite des passes à la distance de quelques pouces, ou même de quelques pieds, avec la main ouverte.

Si le. magnétisme parait agir trop fortement , modérez Faction ^ et rendez - la

plus calmante en faisant vos passes de loin.

Si le malade s'endort, laissez -le dormir tranquillement en continuant de magnétiser.

Quand vous voudrez vous reposer prenez les pouces du malade, ou placez vos mains sur ses genoux.

Si la séance se prolonge trep et que vous soyez obligé de quitter, vous éveillerez douce* ment le malade, en lui disant de se réveiller, et faisant des passes en travers sur ses yeux.

Si les yeux sont collés, sans qu'il y ait en de sommeil , ou après le sommeil , vous les ouvrirez par quelques passes en travers , mais seulement en terminant la séance.

Si, après avoir été réveillé^ le malade sent de nouveau Tenvie de dormir, vous le laisserez dormir seul , en prenant des précautions pour qu'on évite de le troubler.

Je dois avertir ici que le sommeil magnétique est par lùi-méme essentiellement réparateur. Pendant ce sommeil la nature travaille d'elle-même à la guérison ; et il suffit souvent pour rétablir l'équilibre , et pour guérir des maladies nerveuses.

Quand vous aurez terminé la séance, vous fixerez avec le malade l'heure à laquelle la séance suivante doit avoir lieu, et vous ta-

S4 ^ IWSTmUCtlOIf PRATIQUE

cherez d*étre exaet. Il est avantageux de miH giiétiser tous les jours à là même heure , et aurtbtttde ne pas changer Theure qu^onaprise pendant plusieurs jours de suite.

Si le malade , dont vous aves entrepris le traitement, vous paraît avoir quelque mal qui puisse se communiquer, vous aurez soin d'être toujours actif auprès de lui, de d<Hiner toujours pour ne pas recevoir : €*est-à<^dire, de soutenir votre attention et d'employer votre volonté pour émettre continuellement le fluide hors de vous ; et vous éviterez autant que possible le contact immédiat. Aprèa chaque séance , si vous eu avez la £Kilité ^ vous vous ferez magnétiser pendant quelques minutes à grands courans, pour vous débarrasser du mauvais fluide dont vou» pourriez vous être imprégné. Si vous ne le pouvez pasi, vous passerez vous<-mé|Bé vos mains sur vos bras pour soutirer et secouer le fluide. Si vous éprouvez un peu de fiiligue , le grand air et surtout le soleil répareront vos forces ^i quel* quesmomens.

Il faut éviter de magnétiser lorsqu\>n a beaucoup mangé, et pendant )e travail de la dligeslion : mais il est souvent utile de pren* drë linéique dbose avant la séance pour avoir

plus de force. Celui qcii s'est chargé (Tan traitement y doit en général vivre avec sobriété , éviter tous les eicès , et veiller autant qu'il est possible à ce que rien ne trouble l'exercice de ses facultés physiques et morales.

J'ai établi en principe que , lorsque le magnétisme produit des crises , il est dangereux de les interrompre. Je vais expliquer ce qu'on entend par crises^

Les médecins donnent le nom de crise à tout changement subit , qui , survenamt dans une maladie ) en modifie la marche ou le cajractère^ et met à même d'en préjuger le résultat. Ces crises paraissent un efibrt que fait la nature pour se débarrasser du principe morbificpte : elles sont salutaires , lorsqu'elles s'opèrent complètement ; elles sont nuisibles , lorsqme le nsilade n'a pas la force de les supports. Elks se manifestent par divers symptômes , tels qu'un déplacement du siège du mal , un/ ohangemeni remarquable dans le pouls, des évacuations , des excrétions , des éruptions , de^ dépôts , des douleurs dans eettaiaes parties^ des mouvemens nerveux , etc.

Dans les maladies aiguës, ces crised s'opèrent ordtnairenent à des jours dé<;ermînés, qu'on a nommés jours ersiiques.

Mesmer disait qu'il n'y avait point de guérison sans crise. S'il entendait par ]à que celui qui est malade ne recouvre la santé que par un changement d'état, cela est si clair qu'il était inutile d'en avertir. S'il a voulu dire que la guérison s'opérait par un changement subit qui se manifeste par des symptômes ëvidens , cela n'est pas toujours vrai. Car plusieurs maladies se guérissent par une amélioration lente et graduelle , sans qu'on puisse remarquer le moment où elles ont pris un autre caractère. Une fièvre diminue d'un jour à l'autre et cesse entièrement; et cent autres maladies se calment et disparaissent sans qu'on puisse déterminer la cause de la cessa-;tion , pas plus que celle de l'invasion. Mais il est vrai que dans la plupart des maladies aiguës, la guérison a lieu. par un changement notable qui se fait tout à coup dans l'état du malade.

Les magnétiseurs ont donné le nom de crise aux changemens remarquables que l'action du magnétisme produit sur ceux qui y sont soumis , ou à l'état différent de l'état naturel dans lequel le magnétisme les fait entrer; et comme d^ tous les changemens d'état qui sontla suite du magnétisme , le somnambulisi;ne est le plu$,

SUR LE lUGNÉTISME. Sj

singulier €t le plus caractérise , ils Font en général désigné par le nom de crise , et ils ont nommé les somnambules crîsîaques.

Cette expression, ainsi restreinte, s^écarte beaucoup du sens que lai donnent les méde- ' oins : mais il suffit d'en être prévenu pour ne pas s'y méprendre.

Tai cru cette explication nécessaire pour qu'on entende bien le principe que j'ai établi. Venons à l'application.

L'action du magnétisme a mis votre malade dans un état différent de l'état ordinaire, et qui se montre par divers symptômes, tels que des douleurs vives dans une partie du corps , de l'étouffement , des mouvemens nerveux , des spasmes , une transpiration considérable , l'impossibilité d'ouvrir les yeux, l'assoupissement, le sommeil, le somnambulisme.

Vous devez laisser à la crise le temps de se développer, calmer peu à peu les spasmes, concentrer l'action sur le siège de la douleur pour entraîner ensuite , prendre garde que rien n'arrête la transpiration, dissiper peu à peu l'assoupissement ou le sommeil s'ils se prolongent trop. Mais vous ne devez jamais ni éveiller votre malade subitement , ni permettre qu'on vienne le troubler, ni le quitter

58 IHSTRUCTION PBATIQTJE

jusqu'à ce que Tëtat singulier dans lequel tous l'avez mis ait entièrement cesse.

On a dennë le nom d^tat magnétique à tout état différent de Tétat naturel et qui est la suite dé Tinfluence magnétique : ce mot, plus général que celui de crise, ne présente aucune équivoque. Il faut éviter d^abandonner le malade tant qu'il se trouve dans cet état , pendant lequel il s'opère réellement une crise 5 et il est essentiel de ne pas déranger le travail de la nature.

Lorsqu'un malade est profondément endormi par le magnétisme, s'il est touclié par quelqu'un qui le réveille brusquement, il en éprouve beaucoup de mal. Tai vu plusieurs fois cet accident produire des convulsions ou de violentes douleurs , rendre impossible leretour du somnambulisme ) et même changer à tel point les dispositions du malade qu'il n'a pu supporter ensuite l'action du magnétisme, et qu'on a été obligé de s'en rapporter au temps et au régime pour rétablir l'ordre.

On a vu des personnes qui avaient été pour la première fois mises en somnambulisme , perdre tout à coup la faculté d'y rentrer parce qu'on les avait brusquement éveillées.

Règle générale. Lorsqu'une crise quelcon^

suit IB MÀGKÉTIâME. Sg

^ue se n^anifeste, le magnëtiseiir doit la développer, seconder le travail de la nature, et ne quitter le malade que lorsque sa crise est terminée, et qu'il est rendu à son état habituel.

Il est surtout essentiel que le magnétiseur Be s'inquiète point des douleurs qu'il pe«t exciter dans les organes de l'abdomen , et qui se renouvellent souvent pendant plusieurs séances; ces douleurs critiques se dissiperont d*elles«niémes lorsque la nature aura rétabli lliarmonie et triomphé de l'obstacle qui en est la came.

Je dois ici parler d'un effet heureusement assez rare, mais dont il est essentiel de pré-* venir ceux qui commencent la pratique du magnétisme , afin que s'il a lieu ils n'en soieM point alarmes, et ne fassent aucune impra^ dence.

II »rtirê quelquefois que k première im** pression du ma^iétisme produit une crise ^ accompagnée de mouvemens convulsifs, de roideur ^ns les membres, dWès de pleura ou de rire.

Dans ce cas il est essentiel que le magnétiseur ne s*effir|iie point. Il doit d'abord prendre les pouces en disant à la personne en

6p INSTRUCTION PRATIQUE

crise de se calmer, puis attirer sur les jambes et sur les pieds, et s'éloigner enfin pour ma* gnétiser à distance et à grands courans. S'il ne se trouble point, s'il ne laisse approcher personne, s'il prend seul les précautions nécessaires, s'il se fie à ses forces et à l'action de sa volonté, la crise se terminera, et la personne magnétisée ne sentira point de fatigue^ peut-être même ne conservera-t-elle qu'un Ëiible souvenir de ce qui s'est passé.

Si on veut continuer à la magnétiser , ce qui sera fort à propos, il faut, à la séance suivante, aussitôt qu'on s'est mis en rapport en prenant les pouces , magnétiser à grands courans et à distance, avec l'intention de calmer, et n'augmenter l'action que graduellement, et en évitant toute secousse. U faut surtout que le magnétiseur n'ait aucune inquiétude , qu'il fasse en sorte que le malade n'en ait pas non plus, et qu'il écarte tous les témoins dont la présence pourrait letroublen

Au reste , l'effet dont je viens de parler est si rare, excepté dans les maladies nerveuses et convulsives, que je ne l'ai produit moimême que trois ou quatre fois dans le cours d'une pratique de trente-cinq ans. Je sais bien qu'il s'est présenté plusieurs fois , et qu'il a

SUR LE IfAGNÉTISME. 6t

eu des suites fôcheuses, mais c'est entre les mains de gens qui magnétisaient pour faire des expériences, pour montrer des phénomènes , et non avec calme et dans la seule intention de faire du bien.

J'aurais à peine songé à noter cet effet si je n'en avais vu récemment un exemple dont je vais rendre compte pour me faire mieux entendre, quoique cet ouvrage ne soit pas destiné à rapporter des faits à Tappui de ce que j'avance.

J'ai été prié il y a quelques jours de donner une leçon à une dame qui voulait magnétiser sa fille atteinte d'une maladie légère, mais fort ancienne , et dont on ignorait la cause. Je fis placer la mère à côté de moi , et pour lui montrer les procédés je magnétisai sa fille, qui n'éprouva absolument rien.

La mère m'ayant dit «qu'elle avait une fois ëté magnétisée , et qu'elle avait senti la nécessité de fermer les yeux, je voulus voir si f agirais sur elle.

Après quatre ou cinq minutes de passes à grands courans , et d'application de la main sur l'estomac , elle s'écria : « Ah ! quelle sensation agréable. )i Une minute après elle prit des mouvemens convulsifs , les membres se

6a INSTRUCTION PRATIQUE

roidirent , le cou se gonfla , et elle porta sa tête en arrière en poussant des cris. Je pris les pouces , je lui répétai plusieurs fois , avec un ton d'empire : « calmez-vous ; » j'at<tirai sur les jambes; je m'éloignai ensuite pour magnétiser à grands courans, enfin j*essayai de faire, toujours à distance , des passes transversales pour soutirer et chasser le fluide. Alors sa figure changea, mais il sprvint un accès de rire qui dura quelques minutes.

Tout se calma peu à peu. Elle me dit qu'elle se trouvait très-bien , et qu'elle ne croyait pas avoir soufiert.

Si j'eusse appelé quelqu'un pour la tenir , si je me fasse eflrayé , si je n'eusse point calmé la crise , il est probable que la dame ainsi magnétisée aurait été incommodée pendant plusieurs jours.

S'il est rare qu'on produise des mouvemens convulsifs par la méthode généralement employée depuis les instructions données par M. de Puységur, il ne l'est pas du tout de rencontrer des personnes sur qui le magnétisme produit une irritation nerveuse, qui, après la séance, les laisse dans un état de malaise. Lorsqu'on rencontre des sujets qui ^ttt ce genre de susceptibilité , il faniemi^oyen

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Taction la plus calmante , et agir de loin. Si après trois ou quatre séances le même eflet a lieu y on doit présumer que le magnétisme n'est pas bon pour le malade , ou que le fluide du magnétiseur ne lui convient pas , et il ne fiiut point s'obstiner à continuer. Où peut seulement essayer deux ou trois fois d'un autre magnétiseur*

Il me reste encore plusieurs choses à dire sur les indications qui peuvent diriger le magnétiseur dans le choix des procédés. Ces indications sont de deux sortes : les unes sont fournies par l'état du malade , et trouveront naturellement leur place lorsque je parlerai de l'application du magnétisme aux diverses maladies -, les autres tiennent aux sensations qu'éprouve souvent un magnétiseur attentif et exercé. Je ne parlerai de ces dernières qu'après avoir exposé les détails relatifs à l'emploi du magnétisme, aux crises qu'il produit et aux précautions qu'on doit prendre pour en obtenir des résultats salutaires.

Mais, avant de terminer ce chapitre, je dois dire un mot des avantages qu'on peut obtenir d'une action magnétique plus faible , employée par des personnes qui n'en ont aucune idée, et par des procédés beau-

coup plus simples que ceux que j'ai décrits.

Nous voyons souvent dans la classe la plus laborieuse du peuple des malades auxquels nous présumons que le magnétisme ferait le plus grand bien , et dont il nous est impossible d'entreprendre le traitement. Je vais expliquer comment et jusqu'à quel point nous pouvons nous faire suppléer auprès d'eux par leurs parens ou leurs amis.

Quoique j'aie mis dans l'exposition des procédés toute la clarté possible , il serait inutile de la faire lire k des paysans ou à des ouvriers qui ne se sont jamais occupés que de leur travail ^ ils ne l'entendraient pas , ou du moins ils ne sauraient en faire l'application ; mais on peut leur donner une instruction verbale qu'ils comprendront parfaitement, et qui sufGra pour qu'ils fassent plus ou moins de bien au malade qui leur inspire un véritable intérêt. Voici comment il faut s'y prendre.

Dites à la personne qui vous paraît avoir le plus d'affection pour le malade , et qui reste le plus auprès de lui , qu'elle peut le soulager en lui faisant de légères frictions ; que ces frictions font circuler le sang; que la chaleur qui s'échappe de la main est salutaire ; qu'en tenant la main sur la partie souffrante on

apaise la douleur, et.qvi'e];ipasssmitla main sur le cojrps qa .eutraîne le xb^\. Dités-lui qu'oa comn^unique 4e la santé à uujçcialade comme « 0^ cpmm^oiquerait du jjçlzI à .q^elqu'up qui se porte bien si on était ma^^de soi-même^ vous pouvez même assurer q^]a chaleur produit^ par rinsuip9atipn au travers d'un linge est très* propre à disspudre un engorgement, et que le souffle àdists^nce aide à calmer une inflamma*^ tion locale \ ajoutez que les procédés que vous enseignez ne produisent aucun effet lorsqu'en les employai^t qn s'occupe d'autre chose. Si les pi^rspnujQS^qpi vous vous adressez ont de la piété, vous avez un moyqn sûr de souteipir leur attention, de diriger leur volonté, et d'exciter le\ir confism^^e; c'est de leur recpmmander de prier Dieii pour la gpérispn du msdade pendant le temps qu'elles agissent sur lui* Quand pu sera persuadé que c'est ps^r .bonjté que vous donnez fies conseils,^ et que vous ^e doutez pas de leur efficacité ^ vous n'aurez pas beaucoup de peine k les jfaire écouter. Montrez alors comment on doit les mettre en pratique, en magnétisant vous-même environ un quart -d'heure, et vpu^ faisant aider par la personne que vous instruisez. Pendant que vou^ faites cet e^sai

gardez-vous bien de chercher à produire aacun phénomène ; tâchez seulement d'apaiser les douleurs , d'amener la chaleur aux extrémités j de faire éprouver du bien-être au malade. Avertissez enfin que si le malade venait à s'endormir pendant qu'on passe les mains sur lui ,il ne faudrait point le réveiller. Il est à désirer qu'il né se manifeste aucun phénomène assez remarquable pour étonner la personne qu\ magnétise , mais seulement des effets qui augmentent sa confiance. Parmi les personnes que vous aurez instruites ainsi, vous en rencontrerez qui, au bout de quelques jours , magnétiseront très-bien sans se douter de ce qu'elles font.

Les gens du peuple étant souvent disposés à croire à l'efficacité de certaines pratiques , on pourrait indiquer, comme moyen curatif, un signe particulier, ou une formule de prière, ou un objet béni, ou une sorte d'amulette, etc.; c'est ce qu'on ne doit jamais se permettre, parce qu'on tromperait ceux à qui l'on s'adresse, que la première loi eist de ne dire que ce qu'on croit vrai, et que Tabus de moyens innocens par eux-mêmes peut entretenir l'ignorance et favoriser la superstition.

J'ai fréiiuemment obtenu les plus heureux

SUR LE MACPNÉTISME. 67

résultats du genre d'instruction que je viens de proposer ; Faction du magnétisme ainsi dirigée est sans doute plus faible qu'elle ne le serait entre les mains.de quelqu'un qui en connaît la puissance; elle ne produit pas des effets surprenans , mais elle est salutaire et n'est accompagnée d'aucun danger. J'ai vu souvent un mari soulager sa femme, et une femme soulager son mari , en se conformant avec simplicité et confiance aux conseils que je leur avais donnés. Je vais en citer deux exemples.

1®. Le nommé Oudin, ancien militaire , dont M. OUivier a décrit la maladie (i) , était paralysé depuis les hanches jusqu'aux pieds* Il ne marchait qu'avec des béquilles , et ses jambes tremblaient continuellement. H avait de plus de violentes douleurs de reins. On l'avait traité sans succès à l'Hôtel-Dieu , ensuite dans le quatrième dispensaire de la Société philantropique , lorsque je conseillai à sa femme , qui était cependant très-faible , de lui faire presque sans toucher des frictions depuis les hanches jusqu'au bout des pieds.

Dès le premier jour les pieds » qui étaient

ii)Deia Moelle épimère et de ses maladies , i vol. in-8", Paris, -1835, pag. 3g2.

68 IHSTRUCTION PRAfTJQUfi

trè$-|roid$ et tnèârpâles j s'ëchaufi%reiit et deviareat rouf^s comme quaini on mettait ua sinapisme, et peu de fovm «près les jambes cessèrent de trembler. Les 4ioalears de reins étaient toujours très-vives , lorsque les médecins m'apprirent que la maladie avait son principe dans la moelle ëpinière. Alors je dis à la femme de faire les frictioas le long des reins , en entraiaant vers les jambes, ^ bientôt les douleurs furent entièrement 4ièsipëés. Oudin n'est point guéri de sa paralysie , mais il ne souffre plus , il peut même s'aider de ses jambes , et il est infiniment mieux.

2''« La femme du frotleur de mon appartement était retenue dans sen lit par de violentes douleurs accompagnées de fièvre : j'allai la voir^ et m'étant aperçu qu'elle ^it trèssensible au magnétisme, je montrai à son mari comment il devait s'y prendre pour la soulager. Le bien qu'il produisit d^abord lui -donna de kiponfianee, et dans^ quinze jours sa iemme fut guérie. Elle vint alors me voir pour <me remercier. Je lui demandai si elle ne souf- 4»ait plus ; elle me répondit qu'il lui restait ^seulement une douleur à Tépaitle^ que lorsjjue çeUe dpuleur éjtait très-forte fion mari la faisait passer, mais qu'ellei^ve^ajc, et qu'il

SUR LS MACméTlSME. 6$

n'avait pa$:tou»le$ jMUS le temps de lui don* ner des soins. Je hvi mil» alors h main sor Tépaule, et je fus fort surpris de la voir fermer les yeux , et quelques ntifmtéS après tomber en somnambulisme, le lui parlai, et voici le résumé de il^re coq versa tton. « Dormezvous? -^ Odfi AifôHâieilr. *^ Pcmrqtroi? — Je ne sais pas. -^ Vdyez qtfel mal vous avez. — ( après on peu de réfleiion ) Je n'ai d'autre mal que ma douleur à l'épatilé*. -^ Que £iut-tt faire peur vous en délivrer ? -^ Ce qtfe vous faites me guérirait. *-^ Combien fâtidrâit-^il de temps ? — Trois jours. — Si , quand vous serez éveillée, je vous dis de venir trois ou quatre jours de suite , le ferez-vous ? — Oui monsieur, d

Je fis donc venir cette femme pendant quatre jours. Le premier et le second jour le somnambulisme se renouvela-, le troisième jour elle ne souffrait plus , et j'eus de la peine à produire un sommeil imparfait; le quatrième jour elle n'éprouva absolument rien , et depuis elle n'a plus été malade.

Il est très-remarquable que le mari , qui n'avait aucune idée du somnambulisme , ne l'avait point produit chez sa femme, quoiqu'elle y fût très-disposée. Je ne l'avais pas

prodait moi-même le jour où j'étais allé la voir, parce que je n'en avais pas rintention et que j'avais évité d'agir sur la tête.

Le genre d'instruction que j'ai conseillé convient particulièrement aux mères qui ont des enfans en bas âge ; ce qu'on leur enseigne leur semble analogue à ce qu'elles font natu* tellement pour 1^ s soulager lorsqu'ils souffrent; et, comme elles s'identifient avec l'objet de leur sollicitude , et que rien ne peut les distraire de la volonté de faire du bien » il suffit d'exciter leur confiance pour qu'elles réunissent toutes les qualités nécessaires à l'efficacité du magnétisme.

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