‹ Instruction Pratique Sur Le Magnétisme AnimalChapitre 6 sur 20 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Du Somhdmbulistney et du pàHi qu'on peut en tirer.

JL ouT lé monde sait que certaines personnes marchent, parlent et agissent pendant le sommeil , et que lorsqu'elles sont éveillées elles ne conservent aucun souvenir de ce qu'elles ont fait. On donne à ces personnes le nom de somnamBules , qui signifie marchant pendant le sommeil, et à l'état dans lequel elles se trouvent le nom de somnambulisme. La disposition à cet état a été considérée comme une affection nerveuse qu'il est essentiel de combattre , à cause des accidens qui peuvent en être la suite. La ressemblance apparente du somnambuïîsrae spontané avec une crise que le magnétisme produit souvent, a fait donner à cette crise le nom de somnambulisme magnétique:

On aurait pu trotiver un nom plqs convenable, mais comme ce nom est reçu depuis quarante ans , il est inutile de le changer.

Le somnambulisme magnétique, que noua' nommerons tout simplement somnambu-

^8 mSTKUCTlON PRATIQUE

Rsme , parce qu* il ne peut y avoir d'équivoque dans cet écrit, est un mode d'existence pendant lequel ^elui qui s'/ trouve a Tair de dormih Si son magnétiseur lui parle il répond sans se réveiller*, il peut même exécuter divers mouvemens , et lorsqu'il revient à l'état naturel il ne conserve aucun souvenir de ce qui s'est passé. Ses yeux sont fermés , il n'entend ordinairement que ce.ux qu'on a mis en rapport avec lui. Les organes extérieurs de ses sens sont tous ou presque tous assoupis , et cependant il.éjprouve des sensations, mais par un autre moyeu. Il se réveille en lui un sens intérieur , qui est peut-être le centre des autres, ou une sorte d'instinct qui l'éclairé su^ sa conservation. Il est soumis à l'influence de celui qui le magnétise , et cette in&uence peut être utile ou funeste selon les dispositions et la conduite du magnétiseur (i).

Le somnambulisme présente des phénomènes variés à l'inûni. On peut voir la description de ces phénomènes dans un grand nombre d^ûUVrages publiés sur le magnétisme. Ce n'est point ici le lieu de les décrire. Mon but est seulement d'enseigner les moyens d'obtenir

(i) Il y a des exceptions aux caractères que nourdon^ news ici, mais elles^sont extrêmement rares.

SUR VR WiGUtTi^VM. <^

d,0 cette mse les résoltats les plus utiles sans ^'exposer jamais au moindre iueattvénieut.

De toutes les découverte^ qm oot fixé ïat* tentioa depuis Tantiquité la plus reculée , celle du somuaiftbuUsme est certainement la plus propre à nous éclairer sur la nature et les fa*cultes de rhomme^ Les phénOtiuènes qu'elle nous a fait observer démontrent la distinction des deux substances , la double existence de Tbomme intérieur et de Thomnie extérieur dans un seul individu-, ils offrent la preuve dir^te de la spiritualité de Tâme, et la ré-^ ponse à toutes les objections qu'on a élevées contre son immortalité; ils rendent évidente cette vérité connue des anciens sages , et si bien exprimée par M. de Bonald^ que l'homme est une intelligence servie par des orgaines. Cet avantage est inappréciable^ surtout dans un temps où des esprits audacieux n'ont pas ciraint d'employer l^s recherches de la physiologie à ébranler la certitude du sentiment intérieur qui nous révèle la dignité de l'homme , sa suprématie dans l'ordre de la création , sa li* berté morale-, sentiment qui estie fondement de la sociabilité , et qui nous engage à la pratique de la vertu en nous montrant dans l'éternité le développement de notre existence

ÏOO iNStRXÎCtlÔN PRATIQUE

terrestre et la récompense des sacrifices hify^ pour obéir aux inspirations de la 'conscience^ D'un autre côté le somnambulisme nous fait connaître les moyens de guérir les maladies curables et de soulager celles qui ne le sont pas-, il nous sert à rectifier les erreurs de la médecine comme celles' de lar métaphysique f il nous montre enfin Forigine d'un grand nombre d^opinions antérieures au^ expé* riences qui en ont confirmé la justesse, et il (ait rentrer dans Tordre naturel une multitude de faits que les philosophes dédaignaient d'examiner, soit parce que Tignorance et la crédlilité en avaient altéré quelques circons-^ tances ,^ soit parce que dans les siècles de té-^ nèbres on les avait fait servir de base à la superstition.

Cependant la déiciouverCe An somnambu-" lisme ayant été &it«, ou pliitôt renouvelée de nos jours sans que nouls y fussions préparés, et lesapplications qu'on en peut faire exigeant'un esprit méditatif, une grande prudence, des niœurs sévères, des dispositions religieuses, de la gravité dans le caractère , des connaissances positives , et d'autres quialités qui ne s'accor^ ctaient point avec Taimable légèreté et l'imagination mobile dès Français', on peut mett)re

SUm LE MAGIféTISJfE. fOI

len doute si sa propagation sabite n'a pas produit autant de mal que de bien j et isHl n'eût pas mieux valu que oe phénomène merveilleux n-eut pas d'abord éié remarqué , et qu'on s'en fat tenu au magnétisme simple, tel que l'enseignait Mesmer, et tel que plusieurs personnes l'avaient pratiqué avant lui , sans trop savoir si elles employaient un agent particulier ou une faculté commune à tous les hommes. Mais il était impossible que ceux q^ui se livraient à la pratiquedu magnétisme ne fussentpas frappés tôt ou tard d'un phénomène qui ne pouvait manquer de se présenter de luimême-, il étaitégalementimpossiblequ'ilsne fussent pas saisis d'enthousiasme à la vue des merveilles qui l'accompagnent et qu'ils en fissent un secret^ il était enfin impossible que des hommes étrangers aux vrais principes du magnétisme ne cherchassent point à produire les mêmes merveilles pour exercer leur puissance et satisfaire leur curiosité , et qu'ils sussent se renfermer dans les bornes convenables pour éviter les dangers et les erreurs. Il est résulté de là que le magnétisme a souvent été employé, non pour guérir , mais pour obtenir le somnambulisme ; et comme les somnambules ont A^% facultés et des connaissances que nous n'a-

poft INSTRUCTION PRATIQUE

vons pas , on s'est imaginé qa'ib devaient tout saro9i» et on lesidonSulté» comme des oracles; 8i,.aa:]ien de se lirrer à Tentlipusiasme , on eut examiné les {diënomènes , en s'ëclai^ rant des lumières de la physiologie , on aurait reconnu qu'il est dangereux de pousser trop loin un état pendant lequel il s'opère un changement inexplicable dans les fonctions du sys* tème nerveux, dans le jeu des prganes, et dans la manière de percevoir et de transmettre la sensation; que plQ3 la sensibilité est exaltée plus il faut être sur ses gardes pour éviter ce qui peut augmenter cette exaltation; qu'à Textrémité de la carrière que la nature s'est tracée , et qu'elle a la force de parcourir en conservant Tbarmonie de toutes les &"cultes et la suprématie de la raison , se trouve un champ immense ouvert à rimagination , et dans lequel les illusions prennent la place de la vérité ; que le somnambulisme ne doit être qu'une crise passagère dont il fautse servir sans s'écarter du but pour lequel la nature l'a produite, et que le somnambulisme trop prolongé nous donneroit des habitudes qui ne seraient point en accord avec notre destination ordinaire^ et deviendrait lui-même une maladie, le n'insisterai point sur ces tonsidérations

SUR LE MAGNÉTISME* Io3

dont le développement serait fort ëtenda. Je me sais proposé d'enseigner ce qu^il me pa* raSt nécessaire de savoir pour la pratique, sans entrer dans aucune discussion.

Le somnambulisme est connu; il se présente souvent à la suitedumagnétisme : vojrons quels sont les moyens d'en tirer toujours le parti le plus utile, et de n*en jamais abuser.

Le premier conseil que je donnerai , c*est celui de ne jamais chercher à produire le somnambulisme , mais de le laisser venir na^ turellement pour en profiter s'il a Heu.

Plusieurs magnétiseurs chargent beaucoup la tête pour produire le somnambulisme, et par ce moyen^ ils parviennent souvent à obtenir un assoupissement forcé, un reflux du sang vers le cerveau, et des demi-crises qui ne sont d'aucune utilité; cette méthode n'est point sans danger. Il vaut mieux employer tout simplement le magnétisme k grands courans, et ne pas plus charger la tête que les autres parties. Si la nature est disposée à celte crise, le fluide se portera de lui-même au cerveau , et la disposition au somnambulisme s'annoncera, parce que le malade sera dans un état de calme, que ses yeux se fermeront, et qu'il s'endormira. On peut alors , sans aucun în-

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leonvénient, passer cinq ou six fois, à trèsW , peu de distance , rextrëmitë des doigts devant les yeux, pour doiiner plus d'intensité au sommeil.

Ou demande ensuite au malade comment il se trouve , ou bien s'il dort. Alors il arrive de trois choses Tune ; ou il se réveille, ou il ne répond pas , ou il répond.

S'il se réveille il n'y a pas de somnambulisme, et il n'y faut plus penser pendant le cours de la séance. S'il continue de dormir sans répondre on peut supposer un commencement de somnambulisme. S'il répond sans se réveiller, ^t qu'après son réveil il ne se souvienne pas de vous avoir entendu , le somr nambulisme est réel.

Dans le cas où le malade continue de dorinir sans yous entendre > vous continuerez de 9iagnéti$er comme je l'ai indiqué , et vous attendrez, pour lui faire une second^ question, le moment qui précède celui où^ vops croye?

devoir terminer la séance,

$'il ne répond paç plus à cette question qu'à la première , vous le laisserez dormir traur quillement, ou si vous jugez nécessaire de le réveiller, vous vous contenterez de faire pour cela des passes transversales à distance, en

SUR LE MAGNÉTISME* Io5

Finvitaiit doucement à se réveiller, et non en le lui commandant d'un ton d'autorité.

Si le malade témoigne par un signe qu'il TOUS entend, sans pourtant vous répondre.

Vous vous garderez bien de le presser de parler 5 il est trop heureux qu'il puisse être quelque temps à lui-même pour se recueillir, s'accoutumer à son nouvel état, et mettre de l'ordre dans ses idées. Seulement vous lui demanderez de vous indiquer par un mouvement de tête s'il veut être réveillé ou s'il veut dormir encore, et vous vous conformerez autant que possible à son désir. Vous continuerez delà même manière dans les séances suivantes. Cependant si cet état de somnambulisme muet se prolonge, vous lui demanderez, s'il espère acquérir bientôtia faculté de parler ? Si vous le magnétisez bien ? S'il se trouve bien du magnétisme? Toutes questions auxquelles il peut répondre par un signe ' et sans aucun effork

Soyez maîti^e de vous-même, soyez pa,tient , et gardez-vous d'employer votre volonté à influencer votre malade pour qu'il parle ou pour que son somnambulisme se fortifie. N'ayez qu'une intention , ne formez qu'un vceu ^ celui de faciliter la guérison , et

I^ INSTRUCTlOn PRATIQUE

laîssetf la nature employer d'elle - même le surcroît de forces que vous lui donnez.

Il arrivera peut-être que le somnambulisme n'ira pas plus lo^n ; mais qu'importe » votre but n'est pas de rendre votre malade somnambule , mais de le guérir. Si le som* nambulisme était nécessaire ^ si la constitution du malade l'en rendait susceptible, cet état se développerait de lui-même. Observez seulement que ce demi-somnambulisme exige des précautions particulières , telles que de ne pas laisser approcher du malade ceux qui ne sont pas en rapport avec lui , de ne pas le contrarier, de ne pas le réveiller brusquement, de continuer à vous occuper de lui.

Si votre malade parle, et qu'à la question :

dormezr^ous? il réponde oui , il est somnambule ; mais il ne s'ensuit pas qu'il soit doué de clairvoyance.

On a distingué plusieurs degrés ou plusieurs nuances dans le somnambulisme. Il est inutile de vous occuper de tout cela , et je n'ai pas besoin d'entrer dans cet examen pour vous indiquer la marche la plus simple et la plus sure , et pour vous enseigner à retirer tous les avantages possibles du somnambulisme , à quelque degré qu'il puisse parvenir.

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Lorsque votre somtiatnbale aura répondu affirmativement k la première question : dormez'vous ? vous pourrez lui en adresser d'autres. Ces questions seront simples, claires , ^adoées et nettement circonscrites 5 elles seront ikites lentement, èïi mettant un intervalle entre elles , et laissant au somnambule tout le temps qu'il veut pour y réfléchir. Si vous avez bien su répririier chez vous une curiosité qui est toujours plus on moins nuisible, si vous ne vous étonnez point de voir quelqu'un qui dort vous répondre avec netteté, si vous n'avez d'autre but que de faire do bien, si vous ne songez point à recueillir des observations , vous ne ferez que les ques* tions nécessaires. La réponse qui sera faite aux premières vous en indiquera d'autres , toujours relatives aux moyens de guérir le malade.

Voici utt exemple de la série de questions que vous ferez d'abord à votre somnambule.

Vou« trouvez- vous bien ?

Les procédés que j'emploie vous conviennent-ils ?

Voulez- vous m'en indiquer d'autres ?

Combien de temps faut-il vous laisser dor-»

mir ?

ïd8 instruction phàtiqiïe

Gomment faut-il vous réveiller?

Quand faut-il vous magnétiser de dou«veau ?

Avez- vous quelques conseils à me donner?

Croyez -vous que je réussirai à vous guérir?

Voilà certainement assez de questions pour le premier jour où le somnambulisme se sera montré. Ji la séance suivante il doit se montrer plus vite ; vous ne chercherez pourtant pas à le ramener promptement en chargeant la tête. Vous emploierez d'abord le magnétisme à grands courans , et lorsque votre somnambule vous aura dit qu'il dort, vous lui laisserez «ncore quelque temps pour se re^cueillir.

Alors , après avoir répété quelques-unes des questions précédentes , vous lui demanderez sll voit son mal? S'il vous dit oiUf vous l'inviterez à vous le décrire ; s'il vous dit non , vous l'engagerez à chercher à le voir , et vous soutiendrez son attention. Vous prendrez garde de ne pas tourner vos questions de manière à lui suggérer des réponses qu'il pourrait &ire sans avoir réfléchi, ou par paresse, ou pour vous plaire 5 vous ne l'occuperez absolument que de lui-même^ de sa maladif et ^es moyens de la guélrir.

Vnë (ois qu'il yoas aura expliqué ce qu^il pense de la' natufe de son mal , de ses causes y de ses suites , des crises auxquelles il s'attend, TOUS lui demanderez de chercher les remèdes qu'il est à propos^ de joindre aif magnétisme ; TOUS l'ëcouterez aTec attention 5 tous prendrez note de ce qu'il tous dira , ^i tous craignez de l'oublier ; vous lui demanderez s'il est bien sûr de l'effet qiie produiront seff prescriptions ; el si dans le nombre il se trouvait quelque chose qui tous* parût ne pas convenir , vous lui proposeriez vos objectioils.

Vous aurez soin surtout de bien vous informer des crises qui doivent amener sa gtiérison, pour n^étre jamais alarme de celles^ qu'il aura annoncées , et pour bien savoir le moyen de les calmer.

Yous serez exact à le magnétiser auxheûrcs qu'il aura indiquées , et par les procédés qu'il aura jugés convenables. Vous Ini demanderez quelles sont les choses qu'il faut lui laisser ignorer, quelles sont celles dont il est à* propos de le prévenir , et quels moyens il faut prendre ponr lui: faire exécuter ses prescriptions

Lorsqu'il sera éveillé vous lui laisserez entièrement ignorer qu'il* est somnambule, et

ï iq INSTRUCTION PÏUTIQUE

ytxw ne lui Uiss^rez^ pas soupçonner quil a parM» à moins que de lui-même il ne vous ait expressément recommandé de Ten avertir, soit pour le rassurer sur quelque chose qui riuquiète, soupourjie déterminer à suivre un régime 9 ou à faire une chose utile, et qui le contrarie dans Fét^ de veille* Dans ce cas même vous ne lui direz que ce qu'il; a cru absolument nécessaire de savoir, et vous le prierez de n'en parler à personne. U est assez; rare qu'un malade ait la curiosité d'être in«formé de ce qu'il a dit en somuAtnbulisme; je crois même que cela n'arrive jamais , lorsque, pendantcesomnambulisme,lemagnétiseurluîr a défendu de s'en occuper à son réveil.

Je vous ai indiqué le genre de conversation que vous devez avoir avec votre somnambule; je ne saurais trop insister sur un point duquel dépendent en grande partie le développement et la direction de ses facultés. J^ ne puis donner des. conseils sur les détails , parce qu'ils ne seraient pas également applicables à tous les casi :. mais il est une règle générale dont vous ne devez jamais vous écarter ; c'est de ne vous permettre absolument apcune question de curiosité, aucun essai pour éprouver la lucidité de votre som-

S9R LE MAOUéTISHf E. I f l

nambule , de liii parler uniquement de son mal, de diriger toute son attention sur les moyens qu'il doit prendre pour se guérit'. Sa guërison est votre objet essentiel , votre but principal \ ne vous en écarter pas ua 9K>ment.

Je sais qu'on peut quelquefois profiter de la confiance d'un somnambule pour combiner avec lui les moyens de corriger ses défauts , de rendre sa conduite plus régulière ^ de rompre des liaisons dangereuses , d'appKquer enfin à son état de veille la morale élevée qu'il développe en somnambulisme \ en cela on ne s'écartera point de la règle que j'ai prescrite» on lui donnera seulement plus d'extensioar En efiet, il est alors question de prévenir ou de guérir un mal moral y plus nuisible encore qu'un mal physique, et qui souvent aggrave ce dernier \ vous êtes ditns l'ordre i puisque vous n'avez absolument d autre but, d'autre idée, que défaire du bien i eelui que vous magnétisez, et que vous ce Toccupez que de ce qu'il y a de plus essentiel pour lui.

Les facultés des somnambules sont limitées :

en peut regarder leur pénétration surpreuante comme l'efiet d'une concentration sur

Ilî* iNàTKÙCTïÔ^ PRATlQtm

un seul genre de sensations, sur un seqF drdre d'idées ; plus leur attention se disperse sur divers objets^ moins ils en donnent à Tobjetes^ntieL

Si vdtre somnambule parait disposé à s'occuper d'objets étrangers à sa santé , employés^ Votrie volonté pour l'en détourner; ne l'écoutez pas , et surtout n'ayez pas l'aîr de vous étonner des preuves qu'il votis donne de sa lucidité. Vous exciteriez sa vanité , et cela est très-dangereux; car une fois que vous aure^ éveillé c^ez lui ce sentiment , auquel les somnambules sont en général très-enclins, vous ne pourrez plus com'pter sur rien.

Dans l'état de somnambulisme la sensibilité morale est ordinairement beaucoup plus vive, et I^s somnambules sont souvent disposés à s'abandonner à des idées ou à des sentimens qui les ont affectés dans l'état de veille ; tâxhez de les en distraire , ou du moins ne dites et ne faites rien qui puisse favoriser cette disposition.

Il est des somnambules doués d'une clairvoyance surprenante, et qui se porte sur dfeS objets éloignés , entièrement étrangers à ce qui-les intéresse dans l'état de veille ; mais ce^ somnambules sont rares , et ce n'est qu'avec

SUR LE MAGNÉTISME. lï^t

beaucoup de précaution et de réserve qu'on doit s'en rapporter à eux. Je reviendrai sur ce sujet après avoir terminé ce que j'ai à dire sur les somnambules ordinaires^

Il serait avantageux que le somnambule fut seul avec son magnétiseur. Comme dans la plupart des circonstances cela ne peut convenir , vous aurez soin de n'avoir qu'un témoin, qui soit toujours le même, et qui prenne intérêt au malade. Vous écarterez tous les témoins inutiles, tous lel5 curieux, et surtout les incrédules. Il serait impossible qu'ils ne détournassent pas votre attention. Celui qui sait qu'on le regarde n'agit point avec la même simplicité, avec la même liberté, que celui qui se croit, seul. L'idée dû jugement que porteront les spectateurs l'occupe de temps en temps malgré lui, et cela l'empêche de concentrer toutes ses facultés sur un seul objet. Vous magnétiserez d'autant moins bien qu'on vous observera davantage.

Si vous avez un médecin à qui vous ayez fait part de l'essai que vous faites du traitement magnétique, et qui vous ait même engagé à y avoir recours , vous aurez sûrement le désir de lui montrer votre somnambule, soit pour le convaincre des effets que vous

Il4 INSTRUCTION PRATB^ITE

^KtiâtiiBez , séiï pùuT le fcirê iiaisonnèT stit le €2tràttèté dé là maladie*, gàrdesfc-l^otis de céder à à(di\e fatitàisie , qtîii àe prélsetite à vous comme ayant un but utile, let qui â réellement sa:

èoiifèe dàfrs la Vanité. Rien tfest plus nuisible à un sû^mùambulë (^tié la présence dVn médeôin qui n'est pas familiarisé avec )eè{)tocédés et lee pbéfiomènes dû mfàgAéûsmè. Le médecin et le «sdmnambule ne {mrletit pas le fûême lafigage *, ils ne votent pas de la même mfeâière. ¥o^e s<cmiMmbule voudra eoHVain-^ cf e le wédeciti , il mettra d«s sa converï^atïoto betocclti»p d'adresse ^ il t^erebeVa à répondre À imi^ les difficultés ^ il perdra cette ^impli<5ité qui est nécessaire pour sa 'dair- Hr^ttBôe, il sortira de la Tchite q^ iainirttire lui traçait , il fiera usage de toutes lefe rfessWfttîës de Son esprit , et il èfc[S»era d'avoir , au ii>éme degré , les facultés qui lui sfOnt vraiment titiles. Rendez compte au médecin de ce qui se pasâe ^ vous ferez bien : mais borwez vous à des J?écîts èiflàpleô et «i«cères. Ge qu'il ne érèira pas ^r votre rapport , il'fte lecroira ^ iÉ/kfùt quand il Paura vu , à iii<mns qu'il tfaie4aitdès*expérienees , et toute expérience ^it^Wi*êttfemG?ht nuisible.

*Aut- tiûsoms qtle je viens de donner. pour

suti LE mackétishe; ii5

écarter têute espèce de tëtnoins , je puis en ajouter une qui est encore plus forte que les autres.

Il y a chez la plupart des somnambules un développement de sensibilité dont nous ne pouvons nous faire une idée. Ils sont susceptibles d'éprouver l'influence de tout ce qui les environne, et principalement des êtres vivans. Us sont non-seulement affectés par les émanations physiques ou effluves des corps , mais aussi , et à un degré bien plus étonnant, par la pSensée et par les sentiraens de ceux qui les entourent du qui s'occupent d'eux.

Si vous êtes seul avec un somnambule , et qu'on laisse entrer quelqu'un , le somnambule s'en aperçoit ordinairement ; quelquefois la personne qui entre lui est indifiierente , d'autres fois il éprouve pour elle de la sympathie ou de l'antipathie : dans tous les cas cela diminue sa concentration. S'il y a syra{5athie , son attention est partagée : s'il y a antipathie il souffi^e. Si l'étranger est un incrédule qui ait des soupçons sur la bonne foi du somuambule, ou qui se moque intérieurement de ce qu'il voit, le somnambule se trouble, il perd sa lucidité. Si plusieurs témoins environnent le somnambule et s'occupent de lui ,

ir6 INSTRUCTION PRATIQUE

le fluide de ehacun d'eux agit sur son organisation , et comme ces divers fluides ne sont point en harmonie , il en éprouve des effets discordans. Si Ton n'a autour de soi que des personnes qui désirent la guérison du malade, qu'on les ttiagnétise toutes pour les mettre en rapport , et que toutes soient en bonne santé, le somnambule pourra n'en être nullement inquiété -, mais on empêchera difficilement que plusieurs des spectateurs ne s'occupent souvent d autre chose que de lui.

Or, chaque fois qu'ils s'occuperont d'autre chose ils rompront le rapport , et ces interruptions produisent des secousses qui dérangent la marche tranquille du somnambulisme.

Quelquefois parmi les spectateurs il se trouve quelqu'un qui inspire au somnambule une affection particulière, et qui va jusqu'à l'exaltation ; et cela le détourne de s'occuper de lui-même : la volonté du magnétiseur n'étant plus seule agissante , il n'exerce plus le même empire , et le somnambulisme prend un caractère désordonné. La plupart des somnambules , même entre les mains de bons magnétiseutSy ont perdu une partie de leurs facultés parce qu'on les a laissés voir successivement à plusieurs personnes.

Tai dit à la fin du chapitre précédent que dans un traitement magnétique il ne devait y avoir qu'une seule volonté agissante , à laiquelle toutes les autres seraient subordonnées. C'est surtout lorsqu'on a des somnambules que l'observation de cette règle est essentielle. M. de Puységur n'a pas manqué d'en avertir \ et cependant plusieurs magnétiseurs instruits n'y font pas toujours assez d'attention. Quant à ceus qui essaient pour la première fois , il est presque impossible qu'ils en sentent l'iiliportance , et que le désir même de s'éclai-rer sur les moyens de faire plus de bien ne les écarte pas de la route qui ies conduirait le plus sûrement à leur but.

Je crois devoir entrer dans quelques détails à ce sujet.

Lorsqu'une personne qui n'a point d'expérience obtient pour la première fois quelques-uns des eflets singuliers qui précèdent ordinairement 4e somnambulisme lucide, elle pense qu'il lui serait utile de connaître un magnétiseur exercé \ si elle peut en découvrir un , elle le prie de venir assister aux séances , pour lui donner des conseils. Cette conduite qui est inspirée par un motif très-louable , €dge pourtant des précautions , et je ne puis

Il8 INSTRUCTION PRATIQUE

indiquer €68. prëcaution$ qu'en rappeUnt Tat-^ tention sur deux phénomènes dont un grand nombre d'expériences magnétiques démon-' trent la réaUté.

i**. Les somnambules , ou les personnes qui sont dans Fétat magnétique, sentent Tin- Cluence de ceux qui les approchent-, surtout si ceux-ci ont une volonté active.

a<>. Les persoqnes qui ont l'habitude de magnétiser émettent naturellement le fluide hors d'elles , et agissent fortement , même sans intention déterminée^ sur celles qui sont dans l'état magnétique.

Il suit de là que la présence d'un magnétiseur n est jamais indifférente , et que dans certaines circonstances elle peut être plus nuisible que celle d'un simple curieux. Si le magnétiseur désapprouve quelques - uns de vos procédés , s'il contrarie votre action d'une manière quelconque, il fera mal à yotre somnambule. Toutefois cet inconvénient peut être évité s'il m est prévenu , s'il est attentif mv lui^néme, et si de votre côté vous prenez les précautions nécessaires.

Lors donc que , désirant prendrîe les conseils d'un magnétiseur , vous l'aurez appelé pour qu'il voie votre somnambule, il faut que

spR jji hugnétisme:. 119

ce magnétiseur se mette en rapport avec vous» qu il soumette sa volonté k h vdtre ^ qu'il se garde bien d'agir par lui-même ;, qu'il ne s'pç^ cupe que de concourir au bien que vpus voulez &ire, qu'il ne cherche point la raison des procédés que vous employez « qu'il ne pré^ tende nullement vous diriger, que rien de lui n'arrive à votre somnambule que par vous. Lorsque la séance sera finie, ce magnétiseur pourxa vous faire ses observations , vpus donner ses conseils^ et, après avoir réfléchi sur les principes . qu'il vpus aura donnés , vous pourrez vous les approprier et en faire usage.

J'ai raconté dans mon Histoire critique , tom. X, chapitre iv, ce qui m'arriva la première fois que je.produisis le somnambulisme. J'étais biennoviccTinvitalun magnétiseur élève de Mesmer , et qui av^it beaucoijp de for^e , à • m'indiquer les moyens de faire parler mpn somnambule^ il vint le voir,*, il ne le toucha point, et, cependant il ex^ça sur lui une telle inflmence^ que la marche du, somnambulisme fut entièrement dérangée, et que mpn jeune ^onmambule, qui aurait été d^ns quelques jours delà clairvoyance la plus extraordinaire, cessa de développer ses différentes facultés ,

lao INSTRUCTION PRATIQUE

pour acquérir subitemeat celle de s'exprimer par des paroles , et qu'il ne fit plus aucun progrès. Puisse l'instruction que je donne aujourd'hui faire éviter aux autres les nombreuses fautes que j'ai commises avant de m'étre éclairé par ma propre expérience!

Je pourrais entrer ici dans beaucoup de détails sur le caractère essentiel du somnambulisme, sur la cause générale des innombrables modifications qu'il présente , sur ce qui le distingue des états de veille, de sommeil , de délire, et sur les passages de Fun de ces états à l'autre-, mais j'ai résolu de m'abstenir de toute théorie, et de me borner à donner les préceptes que je crois vrais, sans expliquer les raisons qui me les ont fait adopter. Je dirai donc tout simplement:

Si votre malade devient somnambule, n^ajrez auprès de vous que le témoin que vous avez admis dès le commencement, et qui est en rapport avec vous. Refusez absolument de le ' montrer à des curieux , et ne laissez approcher personne de lui que dans le cas où cela serait utile, et avec les précautions que j'indiquerai bientôt. Ne lui faites que des questions relatives à sa santé , et graduez ces questions de manière à ne pas le bliguer. Ne

SUR LE MAGNETISME. lîil

cherchez point à voir des merveilles ; dëfendez-vous surtout de la fantaisie de raconter celles que vous aurez vues. Vous pourrez vous donner cette satisfaction quand le traitement sera fini ^ mais jusqu'alors vous ne devez songer qu'à la guérison.

Si votre somnambule se prescrit des remèdes , vous combinerez avec lui les moyens qu'il faut prendre pour le déterminer à les faire lorsqu'il sera éveillé.

Si parmi ces remèdes il en est que vous ne puissiez vous procurer, ou dont l'emploi présente de trop grandes difficultés, vous l'engagerez à en substituer d'autres. S'il vous demandait de le magnétiser à une heure ou dans une circonstance où cela ne vous serait pas possible , vous lui expliqueriez les raisons qui s'y opposent, et vous le détermineriez à chercher le moyen de suppléer à votre présence dans le moment où il croit qu'elle lui serait nécessaire.

Il est des somnambules qui, après avoir annoncé que leur état est extrêmement grave, le considèrent avec une sorte d'indifl'érence , et ne veulent pas se donner la peine de chercher le remède. 11 en est d'autres qui éprouvent de la répugnance à examiner leur mal ^

la vue du désordre qu'ils aperçoivent danâ leurs organes intérieurs les effraie. Si ce cas se présente, vous ne partagerez point les craintes de votre somnambule^ vous em« ploierez la puissance de votre volonté pour le déterminer à porter Texamen le plus scrupuleux sur sa maladie , à considérer sans effroi rîntérieur de son corps , comme si son corps lui était étranger , à faire des efforts pour découvrir les moyens de guérison. Si vous avez du calme , si vous savez vouloir , votre somnambule vous obéira certainement, il se rassurera , il vous expliquera le danger actuel et les moyens d'y remédier : peut-être ne réussicez-vous pas à le guérir, mais vou$ lui procurerez tout le soulagement possible , et vous saurez à quoi vous devez vous attendre : ne perdez pas l'espérance lors même qu'il vous affirmerait que sa maladie est incurable : on a vu souvent des somnambules dire dans les premières séances qu'il était impossible de les arracher à la mort, et trouver ensuite les moyens de 3e rétablir.

Lorsque votre somnambule vous fera la description de. sa maladie, vous l'écouterez sans l'interrompre : vous lui demanderez ensuite de vous exposer plus clairement et plus

en détail ce que vous n'aurez pa3 bien compris : vous Tinlerrogerez sur les choses qu'il est nécessaire que vous sachiez pour le bien conduire-, mais vous n'irez pas au-delà. Ne lui faites point de questions anatomiques : il sent où est le siège de son mal : il voit la lé* sion qui existe dans une partie ^ mais il est rare qu'il voie la situation , la forme et le tissu des organes , surtout de ceux qui ne sont point attaqués. Si vous le faites parler là-dessus , vous n'obtiendrez de lui que des aperçus vagues , et peut-être erronés. Il ne se trompera ni dans l'annonce d'une crise, ni dans l'indication d'un remède, ni dans celle des effets que ce remède doit produire 5 mais il pourrait bien vous donner des explications d'autant plus ridicules que vous l'écouteriez avec plus d'intérêt. Ce n'est point pour dissiper vos doutes que vous interrogez votre somnambule , car vous ne devez poitit avoir de doutes, et si vous en aviez Vous magnétiseriez fort mal ; ce n'est pas non plus pour satisfaire votre curiosité, car elle vous détournerait de l'objet principal ^ ce n'est pas enfin pour acquérir des connaissances de (diysiologie , d'anatomie ou de médecine , car ce que dit un somnambule ne petit s'appli^

t24 INSTRUCTION PRATIQUE

quer qu'à lui. Bornez-vous à savoir ce qui est nécessaire pour sa guërison, et prenez garde de ne pas laisser errer son imagination sur des objets étrangers. S'il s'occupe de personnes absentes , ramenez-le à ce qui le regarde , sans vous émerveiller de la faculté qu'il a de voir à distance , et sans chercher de nouvelles preuves de cette faculté.

il y a des circonstances qui autorisent le magnétiseur à admettre quelqu'un à son traitement^ il y en a même qui lui en font un devoir. Je vais en citer des exemples, et dire comment on doit se conduire dans ces cas-là.

Si votre somnambule vous parle souvent dunepersonnequil'intéresse, qu'il vous priede l'amener auprès de lui , et que vous n'y voyiez aucun inconvénient, vous céderez à ses désirs. Ainsi une femme somnambule pourra se montrer continuellement occupée d^ sa fille , dont l'état de santé l'inquiète , et à qui elle veut donner des conseils ^ vous ne vous refuserez point à la faire entrer et à la mettre en rapport -, j'en dis autant pour son mari, pour une amie intime , etc.

Si votre somnambule donne des preuves d'une lucidité remarquable , et qu'il vous affirme qu'il est en état de connaître la mala-

9UII LK MAGNÉTISME. J1&

die d'un autre comme la sienne , et que cette consultation ne le fatiguera point, vous pouvez y consentir, pour rendre service à une personne qui le désire et qui a de la confiance. Mais ces consultations doivent être rares , et Ton ne doit jamais se permettre d'en faire deux le même jour. On doit éviter aussi de confier à la fois au somnambule la direction de plusieurs malades. Il serait difficile qu'il prit à tous le même intérêt, qu'il s'identifiât alternativement avec chacun d'eux , et qu'il les conduisît bien. Au reste cela dépend des facultés du somnambule (i). Dans tous les cas il faut prendre garde de ne pas le fatiguer.

Avant de présenter un malade à votre somnambule vous lui ferez toucher quelque chose que ce malade aura porté , pour qu'il vous dise s'il n'éprouve point de répugnance , et s'il ne voit aucun danger à se mettre en communi* cation avec lui. Quand vous aurez introduit le malade, vous exigerez qu'il ne parle que de sa santé ^ et si la conversation prenait une autre tournure vous vous y opposeriez.

(i) La sensibilité, la clairvoyance, la capacité d'attentioQ , diiïerent prodigieusement dans les divers somnambules, et 'dans le même somnambule à diverses époques.

Vous ne permettrez pas qu'on donne à votre somnambule des marques de reconnaissance ; il faut qu'il ne soit mû par aucun autre intérêt que celui de faire du bien.

Vous ne laisserez magnétiser votre somnambule par qui que ce soit ; les somnambules qui sont en rapport avec plusieurs magnétiseurs finissent par perdre leur lucidité.

Si des affaires indispensables vous forçaient à interrompre le traitement de votre somnambule , vous vous entendriez avec lui pour trouver quelqu'un qui pût vous remplacer.

Si l'interruption ne devait être que de quelques jours, le magnétiseur qui vous remplacerait n'agirait qu'en votre nom, d'après vos vues et votre méthode , et sous votre direction. Si l'interruption devait être longue, vous lui céderiez entièrement votre somnambule.

Si votre somnambule a des caprices , vous vous y opposerez en lui exprimant votre volonté, sans discussion, sans dispute. Vous ne devez jamais vous laisser dominer par lui ; vous devez lui céder dans tout ce qui est pour son bien, et résister à ses fantaisies.

Vous êtes pour lui une Providence attentive et bienveillante , mais juste et inflexible.

Si votre somnambule a des peines morales

StJK LE MAGNÉTISME. 12/

qui nggrayent sa maladie, vous chercherez avec lai le tnoyea de les alléger; vous le codsolerez et vous profiterez de sa confiance pour adoucir ses chagrins et pour en détruire la cause. S*il avait quelques inclinations que vous désapprouvassiez , vous emploieriez l^otre ascendant sur lui pour les vaincre.

Vous éviterez avec le plus grand soin de pénétrer les secrets de votre somnambule, lorsqu'il n'est pas évidemment utile pour lui que ces secrets vous soient connus. Je n'ai pas besoin d'ajouter que si votre somnambule vous dit des choses qu'il ne vous dirait pas dans l'état de veille, vous ne vous permettrez jamais d'en faire confidence à qui que cesoit,'pas même à votre ami le plus intime. J'ai dit que si le somnambule se prescrivait des remèdes qui parussent contraires à son état, le magnétiseur ne devait pas s'en rapporter à son premier aperçu -, je dois insister sur ce point.

tl est infiniment rare qu'un somnambule s'ordonne un remède qui lui serait nuisible , et même qu'il se trompe sur les doses -, cependant cela peut arriver , car il y en a des exemples ^ et quand cela n'arriverait qu'une fois sur mille, ce serait toujours une raison

Il8 INSTRUCTION PRàTIQUK

de prendre les plus grandes précautions. Je vais exposer les causes possibles des méprises, et le moyen d'en prévenir les conséquences.

L'état de somnambulisme n'est pas toujours accompagné d'une clairvoyance parfaite , et cette clairvoyance , lorsqu'elle se manifeste de la manière la plus surprenante , est souvent relative à un certain ordre d'idées, et variable dans son intensité. Pour qu'elle s'exerce , il faut que le somnambule concentre ses facultés sur un seul objet, sans distraction, sans trouble, sans qu'une influence étrangère dérange la marche de son intelligence. Il faut que l'intérêt qu'il prend à ce dont il s'occupe le détermine à faire des efforts d'attention , à vaincre sa paresse , à s'affranchir de tous les préjugés de l'état de veille. On me dira que l'intérêt que le somnambule prend à sa santé doit l'emporter sur tout ^ qu'il doit voir son propre corps plus distinctement que toute autre chose , et que s'il existe en lui une faculté instinctive , c'est sur ses besoins qu'elle doit s'exercer. Cela paraît devoir être 5 et cependant cela n'est pas toujours.

Plusieurs somnambules aiment mieux s'occuper des autres que d'eux-mêmes , soit par

un excès dé bienfaisance, soit par vanité.

D'antres répugnent à examiner leur maladie et les suites qu'elle peut avoir ; d'autres enfin paraissent attacher peu de prix à leur guérison; ils pensent qu'ils seront plus heureux lorsque leur âme sera affranchie des liens de la matière. Le magnétiseur, au lieu de s'émerveiller de cette sorte d'exaltation^ doit employer toute la puissance de sa volonté à la faire cesser , et à déterminer le somnambule à s'occuper uniquement de sa santé. Tout ce que j'ai dit dans ce chapitre tend à faire sentir l'impottance de ceâ principes , et si mes lecteurs m'accordent de la confiance , ils se garantiront de l'enthousiasme , qui est bien plus dangereux que l'incrédulité. Mais en supposant qu'un somnambule ne s'occupe que de son état physique et de sa guérison ^ en supposant que sa clairvoyance soit réelle , et qu'il parle d'après ses sensations actuelles , et non d'après des préjugés antérieurs, il peut encore se tromper dans le traitement qu'il se prescrit, et cela tient à une cause sur laquelle il est essentiel d'appeler l'attention.

Il arrive souvent qu'un malade qu'on a mis en somnambulisme est atteint à la fois de plu-

|3o INSTR,UGTIOIi PEiTiQ«£

sieurs ;n^^diiç^ irkS'r4mf^r4mBe$ , et qae le tr^i|jç;iie;;it qui .çp0yieadr«it k Tciae &£ etm^ yien^ p^s k Tautre. Le ^oinqajnbiile s'ocfiupe d'aboi^ 4? l'prg^f^ 1^ plu$ affecté « de la maladif \:^ pjms i^^i^vç p^ la ftl|]« douloureuse ç il fixespniijUçiMM^njfturceqii^llAquiiAe Lefrfui ,et se prç^crit i^s xçifièd^ fu 4H>09éqiaieae6 , sms ejfLmm^ s*^$ p^e s/^|ijt pas fiuisibles d'âUIeurs. J'en aj vja derni|^rw?Wt un .^^emple. Une spmn^^ule^ qup avrà 1« poitrine attaquée et |\€iStpffiL?/Ç gbwlPnmnl délabré, s^est ordo^xué po^f f OQ ^st^pif^ ufi remède qui lu^ ra)jt prpb^blea^eu^ ^^f»vé h nuladiodè ^i^ trige. l^ i»?gn4ns^Wf Jttî * fait des ob$ervati.90^ j çHp^ f pnyeftttjB qui^ eçs observations ël^j,<çRj: j]tfj?|:pf 5 ^11$ g dififi^fé l'ei|ïploi du ne.ipèd^ qu'elle c'était prdonJié , et quinze jours ^pr.ès ^e ^'^^t- éçf\é^ fd'ellçrmâmis t « Oh ! que « je, 3flj^ b^Ur^^s^ ^V^^ y WJ? ip'ftyieï dëtouraéç « de prjçndr^ le r^m^d^ ajiiqqel j'avais pensé \ « m^iijî.epaijjt V^t^t de pia poitrine pie per i»et « d'e^ fi^ir^ uç^ge. ^t f^le ^>st en efiet guérie f ell/e nie le çe.raif p^f ssi l^ n^figoéltisQpr eut été moin? prBdwît P^gli^ générale. Lorsqu'un somnambule est affecté de plusieurs mwt t U est ij.at9riç|}çiRpfH porté à fix^ iSpn jttt^ptio» sujr c^lui ,qt|i liij psr?iît le p}u3 gwyi?-

Voici ffiaintenant les précautions par lesquêtes on est a^ssirrë de prévenir lés dangers qui peuvent naître de trop de précipitation ou d^une aveugle confiance.

Si votre somnambule se prescrit un remède qui vous paraisse contraire à son état , vous lui ferez vos objections , vous rengagerez à examiner successivement^ et avec la plus grande attention, Félat de ses organes , et à vous en rendre compte; vous lui demanderez de vous expliquer les motife qui l'ont déterminé à choisir tel ou tel remède , et de vous décrire avec précision les effets qu'il en attend. Vous lui présenterez le remède, vous le lui ferez toucher et goûter 5 yom luidemSinderez de vous indiquer k dose, non^ seulement par le »om d'une mesure ou d'un poids, mais en vous montrant la quantité dont il veut faire usage. Si „ après toutes ces précautions, U persiste ), vous pouvez vous ea raf^porteriltti»

l\ me semble impossible que, dans l'état de somnambulisme , un individu ait le projet criminel de terminer sqki existence,, et j^e ne saurais croire qu'aiprès. avQir soigneusement examiné wiesubstancf» délétère , il ne ta repousse pas. Cependant s'il arrivait que la prescription

iSa INSTRUCTION PRATIQUE

du somnambule pFésentât uu danger imminent pour sa vie , il est évident que le magnétiseur ne devrait pas s'y conformer. Des preuves réitérées d'une grande clairvoyance et d'une grande pureté d'intention sont sans doute des motifs de confiance bien puissans \ mais elles ne nous donnent point cette entière certitude qui peut seule nous autoriser à faire usage d'un moyen occulte dans le cas où une erreur au^ roit des conséquences funestes (i).

Les somnambules s^ordonnent souvent des remèdes dont ils ont entendu parler , ou dont ils ont autrefois fait l'essai, et auxquels ou

(i) Une épîleptîqùe , qu'on traitait par le magnétisme â la Salpét'rière, a indiqué , comme le seul moyen de la guérir , d*ezciter chez elle , dans les circonstances les plus criticpes , et par des moyens violens , une frajeur qui devait naturellement mettre sa vie dans le plus grand danger. Elle a pendant trois mois persisté à demander la même cHose j an s'est enfin décidé à suiv-re son avis , et on a obtenu la guérison. Mais ceux qui ont pris ce parti étaient d'habiles médecins j ils connaissaient Fétat désespéré de la malade ; ils ne l'avaient jamais vue se tromper ; ils jugeaient que la secousse indiquée pouvait produire une crise salutaire qu'on n'aurait pu obtenir par aucun autre moyen, et leur profession les autorisait à calculer ies chances de danger et de succès. Un magnétiseur non médecin n'aurait pu prendre sur lui une tellrrespons»* bilité.

StIR LE. MiGN£TlSH£. l33

^cmrrait en substituer d'autres beaucoup plus «fficaces. On duit alors appeler leur attention sur ce qui paraît mieux convenir , et discuter les motifs de leur choix*

Je pourrais ajouter beaucoup de choses sur la direction des somnambules , mais je crois qu'elles se déduisent naturellement des prin-r cipes que j'ai établis.

Je reviens à la manière d'employer les procédés lorsqu'on a produit le somnambulisme.

Le somnambule indique toujours les procédés qui lui conviennent; ainsi il ne peut y avoir d'incertitude là-dessus. Quelquefois ces procédés sont très- pénibles et très-fatigans pour le magnétiseur ; ils exigent de sa part de la patience, du courage etdudéVouenient; et pourtant ils sont indispensables pour déve-»

lopper et terminer heureusement une crise essentielle à la guérison \ mais cela est assez rare. La plupart du temps la nature travaille seule pendant le somnambulisme , et l'oii n'a besoin que de tenir les pouces au somnambule , ou de lui poser la main sur les genoux , eu même de s'occuper de lui.

Il ne faut le magnétiser qu^antant de temps qu'il le juge utile 5 aux jours et aux heures ^u'il indique. '&'il est essentiel de ne fOm\

|34 INS7^<JGTJOIf PHATIQOE

înterrcHnpm un^ cri9e commeocée , il est aouvent iiui3iW« de h prolooger aii«de)à du lem^ nécessaire.

Il est des somnambol^ qui Craignent rim** pression (i'une Inwère trop vive : j'en ai vu mémQ qui se faisaient mettre un bandeau ; n»ais ii en est d'autres qui éprouvent de la fa^ tigue par la clôture des paupières, et qui de« mandent qu'on leur ouvr^ lea yeux ; le magnétiseur y réussit en faisi^nt sur les yeux des passes ^n trayers , sans qiiie cela diminue Tîn-^ tensité du somnambulisme. Le somnambule semble alors âtre dans Tétat naturel \ mais il &ut veiUet sur lui avec les précautions qu'il indique. 11 est des cas où ce somnambulisme non apparent peut être fort utile , comme nous je verrons bientôt,

Lorsqu'on Vieut demander quelque chose au somnambule ) il faut exprimer sa volonté ps^r des paroles* Les bons somnambules en^ tendent ' la. vdonté. sans qu'on leur parle.

Mais pourquoi employer ce moyen sans né« cessiié?, C'est une expérience; et l'on doit s'être fait une loi de s'interdire toute expé-» rienoe.Jie conviens qu'il y a. des cas où il est ulitleud*emplayier la sçule influence de la voton^. Par «xemple vous auneaauprès de vous

smb LB HibG^tTitni. r35

HA tiers y el ^oni véri^e^s Tolf e somiaMrilmIé , qm se croit sedl àtéc to«s ^ (Ësposë i £re dés choses que ee tîetfs m doitpm satdk'*^ VMs lui knposerez silence par Votre tolaât^v

Lorscpb'eft tetœkialvt hr sëaraee^ veils V&Êt* drez réveiller votre somnambule , voos f&^fi^ d'abord des passas sur' le» jambes* pour' dégager la* tête f entité yo«& fevez quelques passes eo travejps^ snt les yeux peut les ouivitH*^ en disant aa sonUHAabttlie s Ré^eiUeS'^ou^, Souvent les y&Éi reëtent eofioré fer^S' âpfh^ le réveil V yon& fereziee^Mr eet étai cb pad-» saat plosieus foi» el aveé patiéhee lei? doigta entravera sur les; yeux. Puis vous éeavtérez le fluide de la \ê%^^ el wânie di» reste dn corps , par des passes* e» travers faites à« dîs*^ tance ^ comme pour chasser' et secouer le fluide au dehors. Vous aurea grailè soin de me cesser quelo^^sqiSe votre sôm&ambule sera parfaitement éveillé^^

U est de la pli»» grande impwtaneé d'état blir une ligne de démarcaltdn bien ptoutoneée entre l'état 4^ somii(ttiib«li8me> et celifci^ de veille, he si^mnsmibule^ qjuasd' il est év^^léy ne doit FÎea œciserveit , absolument vi«n ,> d«s sensations qWil éprK^mvait, ni des idées qui Voccupàîent en< somnambulisme, l^e somnam*

?36 UfffTRtJCTION PRATIQUE

bulisme prolongé au-delà du temps nëcesr çaire donne une susceptibilité nerveuse qui a les plus grands inconvéniens ; il doit cesser après )a guérison. S'il continuait et se renouvelait spontanément , il serait lui-même une maladie.

fai déjà averti qu'il fallait autant que possible laisser ignorer au malade qu'il était som*^ uambule, et que , hors certains cas fort rares, il ne fallait jamais lui répéter ce qu'il avait dit. Cela établirait entre les idées de la veille et celles du somnambulisme , une relation qui est contraire à l'ordre naturel , et qui altère également les facultés habituelles et les facultés somnambuliques. Si vous avez su donner de l'empire à votre volonté , votre malade ne s'informera de rien de ce que vous croyez devoir lui laisser ignorer.

Les somnambules parfaitement isolés, et dont les facultés intérieures ont acquis beau-; coup d'énergie, se trouvent souvent dans une disposition dont on peut tirer le plus grand parti , pour leur faire suivre un régime, ou pour leur faire exécuter des choses utiles pour eux , mais conti^aires à leurs habitudes ou à leurs inclinations. C^est que le magnétiseur peut, après en ^tre convenu avec eux ,

SUR LE MAOKÉTISME. 187

iear imprimer , pendant le somnambulisme , une idée ou une volonté qui les détermineront dans rétat de yeille , sans qu'ils en sa* chent la cause. Ainsi le magnétiseur dira au somnambule : a Vous rentrerez chez vous à telle heure ; vous n'irez point ce soir au spectacle ; vous vous couvrirez de telle manière ^ vous ne ferez aucune difficulté de prendre tel remède ^ vous ne prendrez point de liqueurs, point de café; vous ne vous occuperez pltis de tel objet ; vous chasserez telle crainte ; vous oublierez telle chose , etc. Le somnambule sera naturellement porté à faire ce qui lui a été prescrit 5 il s'en souviendra sans se douter que c'est un souvenir 5 il aura de l'attrait pour ce que vous lui avez conseillé, de l'éloignement pour ce que vous lui avez interdit. Profitez de cet empire de votre volonté uniquement pour le bien du malade, et de concert avec lui. Votre vo-?

lonté n'agit probablement' qu'en modifiant la sienne , et vous pourriez obtenir de lui des choses indifférentes auxquelles il se prêterait pour vous faire plaisir; mais ce serait agir contre l'esprit et le but du magnétisme. '

On profite souvent de l'heure du somnambulisme pour faire prendre au malade un ren

l38 INSTRUCTION PEATIQ^E

mèdé pdur lequel il a de la répugnance. J'ai vu une dame, qui avait de Tlu^rrear pour les sang&ues, s'en faire appliquer aux pieds pe»dant le somnambulisinefy et dire à son magnëtisear : « Dëfendei^moi mainteiiant de regarder mes pieds lorsque je serai ëveillécfé n En effet , elle ne s'est jamais dootée qu'on lui eût pose des sangsues*

Plasieuirs somnambules sont dotië» d'une adresse inconeevable , et peuvent se faire eax<*mémes Certaines opératiood ausfti bien qde le meilleur cbirargien^ Je connais une dame qui , dans Vëtat de somnambulisme, s<'est ouvert un dépôt stu^^dessou» du^ sein ,> et a pansé la plaie jusqu'à la guérison.

Cette adresse des scminambule» peu4 4trô utîio à d'autres, comme à eux ^ surtout Iota* qu'elle est acoompagniée de claicvoyanee^ il esl même des caa où elle peut rendre les pbie grands services. Je ciiterai à ce su^t une sage* £anmâ qui , étant devenue sômaambule dand une inâls^e pour laquelle elle s'émît fait m»- , gUiétiser , a Oonseirvé lest mêmes fbeulïés* der^ piiîa^ sa guérison. Lorsqu^^le esl appelée pour exerce* sai pvofeasion ^ si la eireoBMain4{e) luL pariât présentev qtielques difficultés.^ ellei va trouver sioii tuagnétiseor , qui la met en soiir^

SUR LB MAOUÉTISME. t39

oambulisme et lui ouvre les yeux* Elle tû\ «ffif më que ^ dahs cet ëttit ^ elle agissait avec beaucoup plus d'adresse, de force et de sûretë. Cest ainsi qu'elle a trës-^heureusement déli* vrté au tuois de janvier dernier, une femme grosse de trois ên&tis , et dont Tétât était fort dangereux.

Parmi les phénomène! qu'a souvent pré^ sentes le somnambulisme , il en est un dont on peut, dans certaines circonstances, tirer le plus grand avantage : c'est Celui de l'insensi'^ biiité absolue. On a vu beaucoup de 0Om^ nambules qu'on pouvait pincer et piquer tt*è0fortement sans qu'ils le sentissent* Une des somnambules qu'on a eues h la Salpétrière n'éprouvait aucune impression d'un flacon d'alcali*vdalil qu'on lui mettait sôUô le tiet ^ et lorsqu'on a fait à l'Hâtel^Dieu des e^pë^ rieuces sur le magnétisme , on a appliqué le moxa à deux somnambules qui ne âfe sont point réveillés- On a conclu de ces expériences dangereuses , que si une opération chirurgicale est nécessaire à un malade sus-qeptible de somnambulisme, on peut la Élire sans causer de la douleur ; et cela est vrai dans cartainfi cas. Mais quoique cette insensibilité sô soit montrée chez presque tous les sôm-

*4o INSTRUCTIO» PRATIQUE

nambules qu'on a vus à l'Hôtel-Dieu et k la Salpêtrière, il s'en faut de beaucoup qu'elle soit générale ; je pense même qu'elle n'aurait jamais lieu si on ne chargeait pas trop , et si on avait soin d'entretenir rharraonie. Mes somnambules ne me l'ont jamais présentée; leur sensibilité était au contraire plus délicate que dans l'état de veille, le contact d'un corps non magnétisé leur était désagréable, et l'attouchement d'une personne étrangère leur faisait beaucoup de mal. J'ai même la certitude que des somnambules ont éprouvé des convulsions et se sont réveillés, pour avoir été touchés brusquement par quelqu'un qui n'était point en rapport.

Je sais qu'un magnétiseur peut à volonté paralyser tel ou tel membre de son somnambule 5 mais c'est une expérience qu'on ne doit jaunisse permettre. Au reste, si un malade qu'on a rendu somnambule a besoin qu'on lui fasse une opération douloureuse, on saura de lui si cette opération doit être faite pendant le somnambulisme ou pendant la veille, et quelles précautions il faut prendre pour le succès.

L'insensibilité absolue des organes des sens et de ceui^ du mouvement , réunie à l'exaU

«UR LE MAGNÉTISHE. l/^t

tatiou du sentiment et de la pensée , annonce quelquefois que la vie se retire vers le cer-veau et vers Tépigastre. L'âme semble alors se dégager des organes, et le somnambule devient indépendant de la volonté du magnétiseur.

Cet état, auquel on a donné le nom d'extase ou d'esaltation magnétique, et que plusieurs auteurs allemands ont considéré comme le stade le plus élevé du magnétisme, est infiniment dangereux. On ne peut réveiller subitement celui qui s'y trouve, et si l'on y parvenait, il resterait dans un état de faiblesse excessive , et peut-être de paralysie , qu'on ne ferait cesser qu'à force de travail. Je ne saurais donc trop recommander aux magnétiseurs de s'opposer au développement de celte crise ^ je crois même qu'elle ne se présentera presque jamais , si on n'occupe le somnambule que de sa santé, et si l'on a soin de dégager la tête et de rétablir l'harmonie lorsqu'on voit que les membres se refroidissent et deviennent insensibles. Je reviendrai plus tard sur ce sujet.

Les détails dans lesquels je suis entré me paraissent suffisans pour faire connaître le somBam;bttlisme y tel qu'il se présente fré-

l43 INSTIIUGTIOH PRÀTIQUl

quemment à la suite des traitemens magnétiques, et poar indiquer les moyens de le diriger vers un but utile, et d'en éviter les inconvëniens. J'ai dit assea clairement que cette crise pourrait devenir aussi funeste si Ton contrariait la nature , qu'elle serait salu-^ taire 9 si on avait la sagesse de Tëcouter et de la seconder. Je sais qu'on peut citer quelques anemples de succès obtenus par une bar*diasse imprudente; mais ces exemples sont rares ; une $age réserve n^ peut jamais noire, et lorsqu'on s'en écarte on s'expose aux plus grands dangers. Il ne me reste donc rien d'es-* çentiqt à dire sur l'application du somnambulisme au traitement des maladies ^ et lorsque j'ai commencé à écrire ce chapitre , il n'entrait pa$^ dans mon plan d'aller au-<le)à (z). J'a^

(i) Les divers somnambules présentent des phénomènes très-différens 5 et le seul caractère distinctif et constant du somnambulisme , c'est l'existence d\in nouveau mode de perception. Ainsi il est des somnambules isolés, d'autres qui ne le sont pas j il en est qui sont mobiles ç,Q^ime des aimans « d'autres n'ont que des facultés intérieures j il en est chez lesquels toutes les sensations sont concentrées k l'épigastre, d'autres font usage de quek{ueS'Uns>le leurs sens : il en est enfin qui , après le téjeàà. , conservent pendant un certain temps le souvenif 4^ ^i^jpre^sioiijs qu'Ib ont reçues et de» idées

Sun LE MAGHrÉTlSMfi. t^i

¥tis réfidla de passer sous silence les phënomènes extraordinaires ^ j'avais pense que ceux qui n'en avaient pas va d'analogues me regarderaient epmme un visiomiaire y et que nonseulement eette réputation serait affligeante pour moi , m^is qu'elle pourrait encore mettre ofaetaele au bien que Je voudrais faire ; car on ne se guide pas plus par les conseils d'un homme sujet, aux illusions que par ceux d'un homme qui manque de bonne foi. Mais, aprèf y avoir réfléchi , j'ai cru devoir céder à des eonsidéraiions plus importantes , et m'élever aurdessus des craintes de Tamour-propre. Je me décide donc à parler d'un état fort singulier, parce qu'il peut se présenter à d'autres , eomme il $Wt présenté à moi et à plusieurs de mes amis, et qu'il est essentiel de le connaître pour ne pas le confondre avec Texaltation dont j'ai montré le danger, et pour ne pas en contrarier le développement.

Je vais d'abord décrire l'espèce de somnam^ bulisme dont je veux parler. Je dirai ensuite comment on doit se conduire avec ceux qui

qulls ont eues en crise. J'ai dû me borner à exposer ce qui a lieu le plus communément , et k enseigner ce qu'il faut savoir pour scjponder la nature , et pour tirer du somn»nib|ilisine les plus grands avantages.

î44 INSTRUCTION PRATIQUE

y sont parvenus , si l'on veut en tirer quelque avantage pour eux et pour soi-même.

Dans cet état là circulation est régulière , la chaleur est égale par tout le corps , et les membres conservent leur sensibilité. Le som^ nambule est tellement en rapport avec son magnétiseur qu'il lit dans sa pensée, mais il ne reçoit aucune impression par les organes des sens. Ce ne sont plus les sensations qui produisent des idées ^ ce sont au contraire les idées qui produisent des sensations. Dans l'état ordinaire tout part de la circonférence pour arriver au centre , dans celui-ci tout part du centre pour aller à la circonférence, et cette circonférence s'étend quelquefois à des distances illimitées. Mais ce n'est pas encore là ce qui caractérise le degré de somnambulisme dont je parle ^ c'est l'indifférence absolue pour ce qui tient aux objets terrestres, aux intérêts de fortune ou de réputation -, c'est l'absence des passions et des opinions par lesquelles on est dominé dans l'état de veille , et même de toutes les idées acquises , dont on peut bien conserverie souvenir, mais auxquelles on n'attache plus d'importance ; c'est le peu d'intérêt qu'on prend à la vie^ c'est une nouvelle manière de voir les oh-

SUR LE MAGNÉTISME. l45

jets 5 c'est un jugement prompt et direct accompagné d'une intime conviction. Le somnambule semble avoir perdu les facultés par lesquelles nous nous dirigeons , les impressions et les notions qui viennent du dehors n'arrivent plus jusqu'à lui; mais, pendant ce silence de ce qui est étranger à son âme , il sent se développer en lui-même une nouvelle lumière dont les rayons peuvent se porter sur tout ce qui est pour lui d'un intérêt réeL En même temps le sentiment de la conscience s'éveille et détermine seul le jugement qu'il doit porter. Ainsi le somnambule possède à la fois le flambeau qui l'éclairé et la boussole qui le dirige. Ce flambeau et cette boussole ne sont point le produit du somnambulisme ; ils sont toujours en nous; mais les distrac* tions du monde ^ les passions , et surtout l'orgueil et l'attachement aux choses périssables nous empêchent d'apercevoir l'un et de consulter l'autre.

Lorsque le somnambule est arrivé à ce degré d'isolement , sa manière de s'énoncer est presque toujours différente de celle qu'il a dans l'état de veille ; sa diction est pure et simple , élégante et précise ; son accent n'a rien de passionné; tout annonce chez lui un

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état de calme, un^a vue distiotcte de ce dont il parle, et une entière conviction; on n'a-« perçoit dans ses discours paa lamoindr e teinte de ce qu'on nomme .exaltation .«u enthousiasme;: et J'insiste sur ce point, piarce que ceux qui ont padé de cet état sans l'avoir observé, ont supposé qu'il avait un caractère opposé à celui qu'il a réellement f et qui sert même à le distinguer.

Dans cette nouvelle situation Tesprit est rempli d'idées religieuses dont il ne s'était peut-être jamais occupé ; il voit partout l'action de la Providence-, cette vie ne lui paraît qu'un broyage pendant lequel nous devons recueillir; ce qui nous est nécessaire pour notre éternelle demeure. L'indépendance de rame, la liberté de l'homme, l'immortalité sont pour lui des vérités évidentes. Il est convaincu que Dieu nous entend ^ et que la prière est le moyen le plus efficace pour obtenir son secours , et pour réussir à écarter les malheurs qui nous menacent , ou du moins à les faire tourner à notre profit. L'attention à offrir à Dieu les travaux dont on est chargé, comme les peines qu'on éprouve , lui parait un moyen de les convertir en bonnes œuvres.

La charité est pour lui la première des vertus.

SUR LE. MAGNÉTISME. l^'j

celle qui nous facilite les moyens, d'expier nos fautes, et qui suffit souvent pour les faire pardonner. Il en est tellement pénétré qu'il s'oublie lui-même pour les autres^ et que nul sacrifice ne lui coûte pour faire du bien. Ce sentiment de bienveillance s'étend à tous , et il fsût des vûfeux pour ceux qui ont les opinions les plus opposées aux siennes. Quelquefois la prodigieuse di^rence qu'il aper* çoit entre sa nouvelle manière d'envisager les objets et celle qu'il avait dans l'état de Veille ^ les nouvelles lumières qui l'éclairent^ les nouvelles facultés dont il se trouve doué ^ rimmeifsité de l'horizon qui s'ouvre devant ses yeux lui persuadent qu'il est inspiré ^ ce qu'il dit lui semble dicté par une voix intérieure^ ce qu'il 'voit lui est montré-^ il se re-* garde comme l'organe d'une intelligence supérieure , et il n'en tire aucune vanité. Il se plaît à réfléchir en silence , et il ne vous parle que pour vous dire des choses utiles à votre direction morale^

Heureux l'homme à qui le hasard fait rencontrer un somnambule de cet ordre; car il n'est aucuii moyen de faire naître chex un somnambule ordinaire les facultés que je viens de décrire. C'est une horloge fabriquée par

l48 INSTRUCTION PRATIQUE

la nature^ nous pouvons facilement la dé-* ranger, mais nous ne pouvons ni la monter ni la régler , parce que nous n'en connaissons pas les ressorts. Il faut la consulter y et ne pas se permettre d'y toucher pour accélérer ou retarder son mouvement.

Si donc vous voyez se manifester l'état dont je parle , vous écouterez attentivement votre somnambule; voua ne lui ferez aucune question, car , du moment où vous voulez le diriger , vous le faites sortir de la sphère dans laquelle il se trouve ; vous détournez ses facultés de l'objet pour lequel elles sont destinées, et vous le transportez dans le champ immense des illusions. La puissance de votre volonté, si forte qu'elle soit, ne saurait le faire voir au-delà du cercle dans lequel il est placé. Si vous mélea^ vos idées aux siennes , vos con^ jectures à ses aperçus, vous troublerez sa clairvoyance : le seul moyen que vous ayiez d'en favoriser le développement et, l'application , c'est la confiance et la simplicité que vous lui montrez, non par vos paroles, mais par les dispositions de votre âme, qui n'ont pas besoin d'être exprimées pour être senties et reconnues par lui.

On me dira sans doute : mais où est la

preuve que cet état de mon somnambule n'est pas dû à une disposition particulière de son imagination, qui lui fait prendre des idées chimériques pour des notions vraies? Dois-je faire abstraction de ma raison pour lui accorder une aveugle confiance ? Et comment m'assurer de la vérité de ce qu'il me dit , si je ne combats ses opinions, pour entendre ses réponses et pour en apprécier la justesse et la valeur ?

Voici ce que j'ai à vous répondre^ Je suis bien loin de vous conseiller de renoncer à votre raison pour adopter les idées et pour suivre les conseils d'un somnambule-, il faut au contraire que votre raison , votre bon sens combinent tout , et c'est d'après vous-même que vous devez vous décider. Mais il faut distinguer deux circonstances. Pendant que votre somnambule expose ses idées vous le laisserez dire sans l'interrompre ; non-seulement vous ne lui ferez aucune objection , mais vous écarterez de votre esprit toutes celles qui se présenteraient à vous ; vous ne ferez aucun usage de votre volonté pour l'influencer ou le diriger ; vous ne lui demanderez d'explication de ce qu'il vous a dit qu'autant que vous ne l'auriez pas bien compris 5 vous ne

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voudrez savoir que ce qu'il veut de lui*méme vous apprendre^ vous tâcherez même de ne pas vous étonner de ce qui vous parait ex-^ traordinaire ^ vous ne chercherez point à pénétrer ce qui vous parait incompréhensible ; vpus éviterez par*dessus tout de mettre votre soipuan^bule à l'épreuve , et de prendre des moyens détournés pour vous assurer de sa clairvoyance. Vous l'écouterez avec abandon , confiance et simplicité, comme un enfant écoute les récits que lui fait sa mère pour former son cœur et son intelligence en amusant son esprit ; mais aprè$ qu'il sera rentré dans l'état ordinaire » et que vous vous serez éloigné dç lui , vous récapitulerez tout ce qu'il vous a dit) vous examinerez la liaison de ses idées, vous apprécierez la justesse de ses raisonnemens , vous pèserez le degré d'utilité de ses conseils* Vous pourrez vous étonner alors de la pénétration avec laquelle il a lu dans le fond de vot^e âme , de la sincérité de ses vœux pour votre véritable bonheur , de l'exactitude qu'il vouça mpntrée en vous parlant d'un passé qu'il ne connaissait pas , de la probabilité de ses prévisions sur un avenir qu'il vous est utile de connaître ; mais cet étonnement ne doit point entraîner votre

SUB LE MAGNÉTISME. l5t

conviction. Plus- un fait est merveilleux , plus il faut craindre d'être sëdoit par les apparences, se méfier de l'impression qu'elles font d'abord sur nous, et rechercher les circonstances qui peuvent en donner une explication naturelle* On a vu plusieurs somnambules, lorsque leurs &cultës étaient exaltées, lire dans la pensée, avoir des prévisions, être exempts de vanité , et mus seulement par le désir d'éclairer les autres; et cependant être dupes d'illusions qui se mêlaient aux aperçus les plus lumineux. Il Êiut donc vous assurer que ses opinions ne sont pas produites par d'anciens souvenirs , par des préjugés de la première jeunesse, par des lectures ou des conversations qui avaient autrefois agi momentanément sur son esprit, enfin qu'aucune influence extérieure n'a contribué à donner un caractère particulier à sa manière d'envisager les objets (i). Si, dans tout ce qu'il vous

(i) U est dea somnambules qui se. retracent «yec une facilité surprenante les idées qu'ils ont reçues àimâ leur enfance , et sur lesquels ces idéeâ ezeroeut plus d'empire que celles qa'iU ont acquises depuis* Une somnambule très-luoide^ magnétisée par M. de LAUsanoe , m'a offert im exemple rebtarquabledeioç'phénoméne. C'étaHuine femme d'environ quarante ans. Elle était née k Saint*

iSa INSTRUCTION PRATIQUE

est possible de vérifier , vous reconnaissez évidemment qu'il ne s'est pas trompé, que la lu^ mière dont il est éclairé n'a point été vacik lante ; alors votre confiance sera motivée sur une suite de faits et d'observations qui déterminent votre raison; et non sur des discours plus ou moins éloquens, sur des exhortations plus ou moins touchantes, sur des phénomènes inexplicables , mais qui se sont montrés aiUeurs, sur des images ou des tableaux plus ou moins propres à vous émouvoir. Ce sera seulement après cet examen, fait avec réflexion et dans 1^ solitude , que vous fixerez votre jugement. Jl çst essentiel que votre croyance soit s^ppuyée sur des faits bien dér montrés pour vous , qu'auc|ine objection ne

Domiiigue , d'où elle était venue en France à Page de six ou 9epl ans, et depuis cette époque eUe ne s'était plus trouvée avec des créoles. Aussitôt qu'elle était en somnambiilisine elle ne parlait absolument que le patois qu'elle avait appris de la négresse qui l'avait élevée. C'est dans ces souvenirs de l'enfance , dans ce retour vers les premières années de la vie, qu'il faut chercher la cause des opinions de quelques somnambules ^ il en est qui semblent oublier les notions acquises par le raisonnement et Fobservation y en rétrogradant peu à peu vers l'époque où leur esprit était en quelque sorte une table rase.

SUR LE MAGNÉTISME. l53

puisse désormais se présenter qui n*ait été résolue d'avance , parce que cette croyance , loin d'être une opinion fugitive, doit, à certains égards, décider de votre conduite.

Alors s'il arrive que votre somnambule rentre plusieurs fois de suite dans le même état, vous continuerez à l'écouter, sans le remercier, sans lui donner aucun éloge, mais avec le désir de profiter de ce qu'il vous dira , et peut-être aurez-vous en lui un guide qui ne vous égarera point; il vous convaincra du moins de l'existence d'un ordre de choses étranger à l'ordre actuel , et vous fera connaître la source de la félicité pure et durable que ne peut nous donner rien de ce qui est hors de nous, et qui est terrestre et passager.

L'espèce de somnambulisme que je viens de décrire est extrêmement rare, et plusieurs personnes jugeront que dans un ouvrage destiné à enseigner l'usage du magnétisme , j'aurais dû m'abstenir d'en parler, parce qu'il est peu probable qu'il se présente à mes lecteurs. Â cela je réponds que si cet état est rare c'est notre faute : il suppose sans doute un>développement extraordinaire des facultés de l'âme ; mais ce développement a souvent

l54 INSTRUCTION PRATIQUE

Heu, et presque tous ceux qui ont pratiqué le magnétisme ont été plus ou moins à même de l'observer : s'il n'a pas été suivi de celte lucidité si pure dont j'ai vu des exemples, c'est parce qu'on en a troublé ou dérangé la tendance naturelle. Je suis convaincu que sur dix somnambules qui, livrésàeux^-mémes, seraient parvenusàcetétat ,i} en estneùf qu'onapoussés dans une fausse direction. Leurs étonnantes facultés leur ont alors fait parcourir mille et mille routes dans le vaste domaine de l'imagination. Il en est résulté que, parmi ceux qui ont eu l'occasion de voir ce somnambulisme extraordinaire, les uns l'ont regardé comme la suite d'une communication avec les esprits, les autres comme un" don de prophétie, les autres comme l'effet d'une exaltation de l'âme, d'autres enfin comme une démence passagère. Tantôt on y a reconnu les illusions les plus bizarres, sans aucun fondement réel, tantôt un mélange de croyances superstitieuses avec des prévisions très-étonnantes, tantôt un langage métaphorique et des images incohérentes; et l'on a}ugé diversement cet état , selon qu'on était plus frappé de ce qu'il offrait de lumineux et de vrai , ou de ce qu'il montrait de ténébreux et d'illu-

SUB LE MAGNÉTISME. l55

soire. Rien de tout cela n'aurait eu lieu si le somnambule eut ^té bien dirigé, ou plutôt s'il n'eût pas été égaré par l'ignorance , la vanité, la curiosité de son magnétiseur, si on n'eût pas interrompu l'enchaînement naturel de ses idées pour l'occuper d'objets qui lui étaient absolument étrangers.

La plupart de mes lecteurs jugeront sans doute que je me suis fait illusion sur les phénomènes dont je viens de rendre compte, et je dois m'y attendre d'autant plus que je n'y croyais pas moi-même avant d'en avoir été témoin; je n'en ai reconnu la réalité que fort tard , et long-temps après avoir publié mon Histoire critique j taaàsBloTS ils se sont plusieurs fois renouvelés sous mes yeux, et j'ai été bien convaincu que je les aurais vus plus tôt si je m'élais conduit avec plus de simplicité. Ceux qui voudrofit suivre les conseils que j'ai donnés pourroqt avoir le même bonheur que moi , et cette considération m'a seule déterminé à les instruire des précautions qu'ils ont à prendre pour pro^r dés circonstances favorables, et pour ne pas laisser échapper une occasion qui ne se présente pas Jorsqu'on la cherche , mais qu'on peut saisir lorsqu'on la rencontre.

l56 II9STRUGTI0N PRATIQUE

Je dois avertir encore qu'il est fort rare que cet état se prolonge beaucoup, et que le magnétiseur n'est nullement maître de le repro-« duire lorsqu'il a cessé de se manifester. Quand le somnambule vous a dit ce qu'il croit essentiel de vous dire, sa clairvoyance cesse, ou du moins elle ne se porte plus sur des no* tions du même genre. Il faut profiter du moment.

Je ne prétends en aucune manière découvrir les causes des phénomènes dont je viens de rendre compte ; chacun peut les expliquer comme il voudra ; le plus sage est de ne pas en chercher l'explication ; car dans notre état de veille nous pouvons bien reconnaître par les effets l'existence d'une faculté nouvelle chez les somnambules, mais nous ne pouvons pas plus en déterminer la nature que les aveugles de naissance ne peuvent concevoir le phénomène de la vision.

On me demandera peut-être si les somnambules dont je parle peuvent nous donner quelques lumières sur les dogmes de la religion, sur le choix entre les diverses formes de culte , et sur cer^ines questions qui ont malheureusement divisé les hommes. Je pourrais répondre simplement que je ne le crois

SUR LE MàGNÉTISIiE. 1 57

pas; mais il est trop essentiel de prévenir mes lecteurs contre une curiosité toujours inutile et souvent dangereuse , pour que je n'ajoute pas ici quelques observations aux principes que j'ai déjà posés; ces détails même serviront à faire mieux distinguer Tespèce de * somnambulisme sur laquelle j'ai appelé l'attention.

Tai dit que le somnambule était éclairé par une lumière que notre âme a reçue de Dieu en même temps que l'existence. Cette lumière antérieure à l'éducation humaine^ montre à Thomme ce qui est le fondement de toute religion, comme la conscience lui dévoile ce qui est le fondement de toute morale • mais elle ne lui enseigne pas plus les dogmes révélés que les lois positives.

Quelles sont les vérités qui se montrent avec évidence au somnambule ? Ce sont l'existence , la toute-puissance, la bonté du Créa* teur, l'immortalité de Tâme , la certitude d'une autre vie , la récompense du bien et la punition du mal que nous avons fait dans celle-ci , la providence , la nécessité de la prière et son efficacité , la prééminence de la charité sur les autres vertus : à cela se joint l'idée consolante que ceux qui nous ont précédés sur la terre , et

l58 INSTRUCTION PRATIQUE

qui ont mérité de jouir du bonheur éternel en-f tendent nos vœux , prennent intérêt à nous , et peuvent être nos intercesseurs auprès de Dieu ; la conviction intime que Dieu ne refuse jamais de nous éclairer sur ce qu^il nous importe de connaître, lorsque , soumis à sa volonté , nous lui demandons son secours^ la ferme persuasion de Futilité d'un culte qui, en réunissant les hommes pour rendrehommage à Dieu, prescrit à tous des règles et des pratiques d'après lesquelles ils prient de concert pour obtenir les grâces du ciel. Voilà les idées communes à tous les somnambules religieux^ ils ne vont point au-delà , si ce n'est pour vous dire , d'une manière générale, de remplir les devoirs que la religion vous impose. Mais une fois que vous serez pénétré de ces principes, manquerez-vous de moyens d'instruction pour savoir ce que vous devez croire, ce que vous devez pratiquer ?

Je voudriais bien cependant, me dira-t-on, interroger mon somnambule, et profiter de ses lumières pour dissiper tel ou tel doute , pour répondre à telle ou telle objection* Vous n'y gagûeirez rien -, vous perdrez même tous les avantages que votis pouvez: retirer de sa lucidité. Il est très-possible que vous le fas-

SUR LE MÂGISÉTISME. iSp

siez parler sur tous les objets de votre indiscrète curiosité; mais alors, comme je vous en ai averti , vous le ferez sortir de sa sphère pour l'introduire dans la vôtre; il n'aura plus que les mêmes moyens que vous; il pourra vous faire des discours fort éloquens , mais ils ne seront plus dictés par Tinspiration intérieure, ils seront le produit de ses souvenirs ou de son imagination ; peut-être même éveillerez-vous sa vanité; alors tout est perdu; il ne rentrera plus dans le cercle duquel il est sorti. Et comment voulez-vous qu'une lumière innée dans tous les hommeâ aille audelà de ce que la révélation nous apprend ?

Ne sufBt-il pas qu'elle nous conduise à reconnaître les bienfaits de cette, révélation ? Si vous êtes dans un labyrinthe obscur , votre guide se sert de son flambeau ; mais une fois qu'il vous a conduit dans le lieu que le soleil éclaire, son flambleau vous est inutile. Si , dans une circonstance embarrassante , vous aviez à choisir entre différens devoirs , votre somnambule pourrait vous éclairer ; mais si vous lui disiez : « M'est-il permis de me soustraire à tel impôt? » sa réponse serait tout sim{dement : « Consultez les lois. » ( Je sais bien qu'on a vu et qu'on voit en-

l6o INSTRUCTION PRATIQUE

core des somnambules discourir sur la religion , et même sur Torganisation sociale; mais ils ne ressemblent pointa ceux dont je viens déparier ; rimagination dominant chez eux les autres facultés, leur manière de s'énoncer , etlecarac^ tère de leur physionomie , les font reconnaître pour des enthousiastes. Il est impossible de confondre ces deux états , si l'on veut bien se conformer aux règles que j'ai données.

D'ailleurs ces somnambules sont évidemment influencés par les personnes qui les entourent, par les circonstances dans lesquelles ils sont placés ; les erreurs auxquelles ils se livrent , les illusions dont ils sont les dupes , les extravagances qu'ils peuvent dire , sont le résultat d'une excitation nerveuse qu'ils n'auraient point éprouvée si leurs facultés s'étaient développées naturellement, dans le silence, dans la solitude et sans influence étrangère (i).

(i) J'ai dît que le somnambule parvenu au plus haut degré de la concentration , s'imaginait quelquefois qu'il était inspiré j mais il ne saurait se faire une idée des êtres auxquels il croit devoir cette inspiration. Lorsqu'un somnambule a des visions, on doit les regarder comme des fantômes semblables à ceux qui se montrent dans les rêves. Les corps seub ont des formes. Si des esprits pou-

dUB LB MÀGIt^TlSltB* l6l

Beaiteoup d'hommes ëdairés parmi ceux qni se sont occupés de physiologie , et qui ont quelques notions des phénomènes du magnétisme , ne manqueront pas d'affirmer que rëtat que j*ai décrit n'est qu'une des variété» du somnambulisme ordinaire, qui dif^ fère des autres par la concentration sur les idées religieuses , et que cela ne prouve rien pour la vérité des opinioiiâ de ceux qui y sont

raient communiquer avec nous , ce serait en exerçant une influence immédiate sur notre âme. Socrate, qui se croyait inspiré par un bon génie , affirmait quHl était impossible de le voir non pins que rien de ce qui est diviy ( Voyez PLDtAaQUE : du Démon de Socrate ^ § 35 ). Il disait qu'on pouvait entendre une voix intérieure , parce que la pensée ne se manifeste à nous que par le langage. Dans le somnambulisme la sensibilité propre aux organes de la vie intérieure s'exalte j elle devient percep* tiUe de latente qu'elle était ^ et ces organeiS sont alors leftinstrumens de notre âme ( comme M. le docteiv Bertrand Fa fort bien exposé dans son Traita du Somnam^ bulisme ). Mais ce nouveau mode de perception peut nous induire en erreur, comme celui dont nous jouis*sons dansFétat de veille. H est donc essentiel de distinguer ce qui tient au développement naturel des acuités intellectuelles, aux notions fournies par de nouveaux intrumens , de ce qui peut être produit par Timagination ou par une influence étrangère. J'ai tâché de donner les moyens de ne pas confondre ces àtwi ordres de phéno» mènes.

l6l INSTRUCTION PHAlTIQIPE

eutrës. Je ne discuterai point cette question y parce que le but de cet écrit n'est ni de rechercher la nature des phénomènes du magnétisme, ni de prouver la .vérité des notions qu'il nous donne ; j'ai seulement voulu indiquer comment l'état particulier que j'ai fait connaître devait être observé lorsqu'il se présentait , et quelle conduite il fallait tenir pour n'en pas troubler ou changer la direction ; ceux qui le verront comme moi , et qui prendront les précautions convenables , décideront ensuite par eux-mêmes du degré de confiance qu'oB doit lui accorder. J'ai voulu enseigner le moyen d'éviter les erreurs qui viennent de nous, mais je ne prétends point donner des caractères certains pour discerner la vérité ; j'ai dit quand et comment on verrait de» faits , mais c'est à chacun à tirer de ces faits, par sa propre raison, les conséquences qui lui paraissent les plus probables et les mieux fondées. Je ferai seulement observer que la doctrine que m'ont exposée les somnambules parvenus au plus haut degré de la concentration et de l'isolement est aussi éloignée de la mysticité que du matérialisme, aussi oppo$éjB à l'intolérance qu'à l'incrédulité; qu'elle n'innove rien , et ne fait que confirmer

SUR l£ MAGNÉTISME. i63

des opinions énoncées de tout temps par quelques sages; que, loin de proscrire la phi-^ losophie, elle la met en accord avec la religion 5 enfin que , soit qu'on la regarde comme produite par l'imagination ou comme inspirée par le sentiment intérieur , . on est forcé de convenir que les conséquences qui en découlent donnent une haute idée de la dignité de rhomme, favorisent le bonheur des individus, et tendent à établir la paix et l'harmonie dans la société. Il est doux, il est beau d'à* voir un motif de plus d'espérer une autre vie, de croire que la Providence veille sur nous , que nos peines, supportées avec résignation, auront une récompense ; que tous les hommes, fils d'un père commun , doivent être unis par les liens delà charité*, que ceux qui nous ont précédé sur la terre entendent/ nos vœux et prennent intérêt à nous, ^^pie tous les gens de bien seront un jour réunis dans une communauté de sentimens et de jouissances , où les délices d'un amour pur et la lumière d'une vérité sans nuages combleront tous les vœux de nos âmes , qui ont été créées pour connaître et pour aimer.

Parmi les hommes qui se sont occupés du magnétisme, il y a malheureusement quel-

l64 INSTRUCTION PRATIQUE

ques matérialistes \ je ne pais concevoir coin-^ ment plusieurs des phénomènes dont ils ont été témoins , tels que la vue à distance , ta prévision, Faction de la volonté, la communication des pensées sans le secours des si' gnes extérieurs, ne leur ont pas parti des preuves suffisantes de la spiritualité de Fâme; mais enfin leur opinion est opposée à la mienne -, ils sont de bonne foi , puisqu'ils n'ont aucun intérêt à la soutenir; ils sont plus ins^ truits que moi dans les sciences physiques ; mes raisonnemens ne pourraient changer leur manière de voir, et je serais bien présomp-^ tueux si, en les combattant, je me flattais de les vaincre. Bien persuadé qu'ils sont dans Terreur, je dois faire des vœux pour que de nouveaux phénomènes les éclairent. Peutêtre s'ils avaient observé le développement du somnambulisme dans toute sa simplicité , s'ils n'avaient exercé aucune influence sur leurs somnambules , s'ils n'avaient pas excité leur imagination ou leur vanité en exigeant d'eux des choses extraordinaires , s'ils les avaient abandonnés à l'ordre naturel de leurs idées, ils auraient obtenu des résultats tout différens. Je les invite à suivre la marche que j'ai tracée -, c'est une expérieiice digne de leur

' SUR LE MAGNÉTISME. l65

sagacité , coittixtë il e$t digne de leur coûra* geuse franchise de rétracter leurs premières opinions s'ils viennent à se convaincre qu'ils s'étaient trompés.

Je crois avoir donné sur l'emploi du magnétisme, et sur la direction du soinnàmbulisme , tous lés conseils nécessaires aux per-sonnes qui ne sont pas déjà éclairées par Tex-périence ; tout se réduit à n'avoir qu'un seul but, celui de rendre service , à se dévouer ati malade qù'oâ' traite, à faire uhe entière abnégation de soi-même , à ^'affranchir de tout in^ térét personnel, de toute vanité, de toute curiosité-, mais il faut convenir que ce n'est pas peu de chose. Gdùi qui , d'après le vœu d'une famille, et avec le consentement du médecin, s'est chargé du traitement d*une maladie grave , doit s'abstenir de tout autre travail que celui que lui imposent les devoirs de son état , être indifférent aux plaisanteries des hommes du monde , s'imposer silence sur les phénomènes dont il est témoin, renoncer à presque tous les plaisirs , éviter ce qui peut causer des émotions vives , ménager habituellement ses forces , pour ips employer au besoin sans craindre la fatigue , enfin s'occuper continuellement du malade qui lui a donné

l66 INSTRUCTION PRATIQUE

sa confiance , et qu'il doit considérer comme un autre lui-même.

Quel sera le dédommagement de tant de peines , de tant de sacrifices ? la satisfaction d'avoir fait du bien; il nest point de jouissance au-dessus de celle-là. Si les services qu'on a rendus sont bientôt oubliés , si Ton s'expose à des plaisanteries, au ridicule , et mâme à Faccusation de charlatanisme , on se rappellera qu'on a Dieu pour témoin de ses actions , et qu'on est trop heureux qu'il daigne se charger seul de la récompense.

D'après ce que j'ai dit on voit que l'exercice du magnétisme exige des qualités assez rares, et que l'amour du bien est le seul motif qui puisse engager à s'y livrer: on voit aussi qu'on doit mettre la plus grande prudence dans le choix d'un magnétiseur^

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