CHAPITRE VU
0e lu Poliirtiiatlaii.
L'addition d'un appareil de polarisation à un Microscope doit être considérée comme un accompagnement indispensable à cet instrument , tant pour les propriétés particulières qu'il peut faire découvrir dans certains corps que par les brillantes couleurs dont il les affecte.
La lumière peut être polarisée par des prismes de Nicol et par des tourmalines. On a d'abord fait usage de ces derniers cristaux ; mais, comme ceux employés absorbaient beaucoup de lumière , M. Pritchard les remplaça par deux prismes de Nicol : l'un était disposé sous le porte-objet , le second sur l'oculaire. Cette disposition était très -commode à cause du mouvement de rotation que doit avoir le prisme supérieur qui agit comme analyseur; mais il avait aussi r inconvénient de rétrécir le champ. M. C. Chevalier plaça le prisme qui était sur l'oculaire immédiatement au-dessus des lentilles. Cette disposition obviait à l'étroitesse du champ ; mais, le prisme n'étant plus isolé , il fallait que tout le corps participât à son mouvement de rotation, ce qui était un inconvénient.
Nous nous sommes livré à beaucoup d'essais pour trouver quelles étaient les meilleures conditions , et nous nous sommes arrêté aux suivantes : un prisme de Nicol placé sous le porte-objet et une tourmaline violette {\) sur Foculaire. Le prisme, enchâssé dans son tube, étant mis en place, on posera la bande de verre portant les cristaux sur la platine , et on ajustera au foyer comme de coutume. Après cela, on appliquera la tourmaline sur Toculaire, et on la fera tourner sur elle-même jusqu'à ce que le champ, qui commence par s'assombrir, devienne entièrement obscur (2). Si les cristaux soumis à l'examen dépolarisent la lumière , ils apparaîtront alors avec les plus brillantes couleurs ; si l'on fait parcourir de nouveau un quart.de circonférence à la tourmaline, la clarté du champ augmentera comme elle avait décru, et, lorsque cette clarté sera arrivée à son
(1) Le» touroialines vert-bouteille polarisent énergiquement ; ce sont celles qui, à juste titre, ont été le plus recherchées pour un grand nombre d'expériences de polarisation ; mais elles absorbent tant de lumière , elles salissent tellement les couleurs , que nous ne concevons même pas qu'on en ait fait usage pour le Microscope. Les bleues ont une bien moins grande puissance polarisante, il est vrai, mais aussi elles altèrent beaucoup moins les coulei^rs. Les tourmalines violettes, les seules dont nous fassions usage, sont collées sur une lame de verre et amincies comme une feuille de papier; elles ont l'immense avantage de produire une polarisation complète et d'être très- peu colorées.
(7) Les personnes qui ne voudraient pas faire la dépense d'un prisme de Nicol obtiendront de très-bons effets avec deux tonrmalines : l'une sertie dans un des trous de la pièce à diaphragmes variables, la seconde dans une bonnette qui se place sur Tocnlaire. Cette disposition est certainement la plus simple de tontes.
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nuidimurn , les cristaux seront colorés des couleurs complémentaires de celles qu'ils avaient dans la position précédente; enfin, si Ton continue à faire mouvoir circulairement la tourmaline dans son propre plan et toujours dans le même sens , le champ s'obscurcira de nouveau, et les cristaux reparaîtront comme des pierres précieuses vivement éclairées sur un velours noir. Plusieurs cristaux montrent ces teintes polarisées d'une manière très-intense. Parmi les plus remarquablement intéressants, tant sous le rapport de l'élégance de la forme que pour la splendeur de leurs couleurs, nous citerons : la salicine, le chlorate de potasse, l'acide oxalique, le nitrate de potasse et le sulfate de cuivre.
La méthode ordinaire d'observer les phénomènes de polarisation exige de gros cristaux toujours fort chers. Le grand avantage résultant de l'emploi du Microscope réside dans la petitesse des échantillons; bien plus, l'acte même de la cristallisation donne des cristaux dont l'épaisseur varie à l'infini ; tandis que les gros, au contraire, ne peuvent être amenés à ces épaisseurs différentes que par une taille toujours embarrassante et coûteuse.
La description que nous allons donner du sulfate de cuivre pourra servir de guide pour l'examen de la plupart des autres cristaux.
Ce sel, qui est d'une très-belle couleur bleue lorsqu'il a une épaisseur considérable, est blanc et transparent lorsqu'il est extrêmement mince.
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On fera dissoudre quelques cristaux dans un peu d'eau , et l'on déposera une goutte du liquide sur une bande de verre ; Tévaporation s'opérera graduellement , commençant aux bords et se dirigeant vers le centre. Les formes qu'afiFectent ces cristaux sont celles de rectangles longs et étroits , avec les extrémités en biseau.
Vus par la lumièï^ ordinaire, ces cristaux n'offrent rien de particulier ; mais , sur le champ obscur du Microscope polarisant, ils sont lumineux et splendidement colorés ; leur couleur, qui dépend de l'épaisseur du cristal , est la même sur toute l'étendue de la surface, excepté sur le petit plan incliné qui forme l'extrémité. Sur cette partie on aperçoit trois ou quatre bandes de couleurs distinctes. Dans un de ces cristaux , M. Talbot observa la succession des couleurs suivantes : jaune, brun, pourpre, bleu, bleu de ciel , jaune-paille , cramoisi vert , cramoisi bleu, vert et cramoisi. Si l'on ajoute une goutte d'éther nitrique à la dissolution , le sulfate de cuivre donnera de petits cristaux rhomboédriques. Ils paraîtront dans le champ obscurci comme un assemblage de brillants, de rubis, de topazes, d'émeraudes et autres pierres précieuses; chacun d'eux ayant une épaisseur qui dépolarise la lumière à un degré différent. Maintenant , si on fait faire un quart de tour à l'oculaire, le champ deviendra lumineux, et ces mêmes cristaux prendront les couleurs complémentaires. Plusieurs autres minéraux offrent des résul-
tats aussi intéressants. Quelques -uns néanmoins cristallisen^n plaques si minces qu'ils ne dépolarisent pas assez la lumière pour devenir visibles dans le champ obscurci : tels sont les petits cristaux de sulfate de potasse précipités par Téther ; on les rendra visibles en les plaçant sur une plaque mince de mica.
La belle propriété du dichrôïsme découverte, par sir David Brewster, dans l'acétate de cuivre peut être vue aussi dans le microscope polarisant.
Plusieurs substances organiques paraissent lumineuses lorsque le champ est obscurci, d'autres, n'ayant aucune action sensible sur la lumière polarisée, resteront inertes.
Des fragments de sucre et de divers cristaux grossièrement pulvérisés paraissent brillants et diversement colorés. Le sel commun reste obscur et n'agit pas sur la lumière polarisée. Il en est de même de toutes les cristallisations dont la forme est celle d'un cube, si ce n'est quand ils agissent comme lames minces.