PORTHE DE LA VUE
et étrangères à l'individu, les autres individuelles. Les premières sont très nombreuses, le jour, l'heure, la pureté de l'atmosphère, l'intensité de la lumière, son mode d'incidence, l'éclairage par des rayons directs ou diffus, la couleur, la régularité de surface des objets, leur position plus ou moins élevée au-dessus du sol ou de l'eau, si on est sur mer, le voisinage d'un objet connu servant de point de repère, ou leur projection sur un horizon rapproché comme une maison, un remblai (i), voilà tout autant de causes accessoires dont on ne peut tenir compte, ce sont autant de variables.
Mais il est deux autres causes individuelles plus fixes, une innée, l'autre acquise, qui sont plus importantes : la première tient à une qualité même de l'œil, l'autre à son éducation. Celle-ci s'acquiert par l'exercice ou s'explique par l'habitude. L'habitant des vastes plaines où l'œil a toujours un horizon lointain devant lui, le chasseur toujours en observation, le guetteur, le pilote, la vigie, habitués à explorer l'immensité de la mer, acquièrent une expérience, une rapidité de jugement, une facilité d'appréciation qui semblent même dépasser parfois les limites de leur perceptibilité visuelle.
La première constitue au contraire une aptitude individuelle ; elle ne serait pas rare chez l'hypermétrope, elle est plus particulièrement Tapanage des peuples sauvages ou non-civilisés ; Gayat en a cité de remarquables exemples chez les Kabyles et les Arabes,
(i) Gayat, Ann. d'ocul. De l'acuité de la vue four les grandes distances^
et on la rencontre plus souvent chez les gens de la campagne que parmi les habitants des villes. Y a-t-il seulement chez eux habitude et exercice inconscient? ou bien y a-t-il réellement une propriété spéciale (note 6).
Des conditions d^ l'épreuve visuelle. — Quoi qu'il en soit, ce sont surtout ces vues longues, à grande portée, qu'il serait désirable de choisir pour les professions dont il est ici question. Il semblerait donc nécessaire de déterminer la limite pratique pour chacune d'elles, et par exemple pour l'artilleur, le fusilier, et dans la marine pour le gabier, le timonier, le pilote, de se placer aussi exactement que possible dans les conditions du service actif de chacun d'eux pour les examiner, c'est-à-dire faire usage de cibles, de pavillons, de signaux qu'il faudrait reconnaître à i 200, à I =)00, 3 000 mètres.
Ce serait se créer des difficultés bien grandes et en somme presque inutiles, que de procéder ainsi à l'examen visuel des hommes. Les résultats obtenus à une distance moyenne de 10 à 20 mètres concordent en général suffisamment avec ceux que fournit l'examen aux grandes distances. Il résulte, en eftet, du travail de Maurel, aussi bien que des renseignements que j'ai pu me procurer auprès de plusieurs collègues, que ce sont en général les hommes, qui, à cette distance moyenne, ont fait preuve de la meilleure acuité, qui sont aussi les meilleurs tireurs dans les compagnies.
Méthode. — On peut donc s'en tenir à cet examen à distance moyenne, en employant le procédé du doc-
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leur Maurel, ou le procédé plus général que j 'ai déjà décrit (voy. 1'^'' chapitre). Tous deux n'ont besoin que d'un seul numéro des échelles typographiques , convenablement choisi, visible à lo, 12, 15 mètres, suivant qu'on préférera une de ces bases : ce qui devra varier sera la distance à laquelle il sera lu, et les différences individuelles seront facilement appréciables et fidèlement traduites par la distance en mètres ou divisions du mètre à laquelle leur lecture aura eu lieu.
Procédé de Maurel. — Il exige le tableau spécial que l'auteur a proposé. Il se compose de lettres capitales choisies d'après les principes généraux qui doivent présider à la confection des test-caractères. Elles correspondent au numéro 30 de Jaeger et doivent être lues à dix mètres. Ces lettres différemment groupées forment 5 lignes, -une blanche sur fond noir, une noire sur fond blanc, les trois autres, rouge, jaune, bleue, sur fond blanc.
Le tableau étant disposé à hauteur d homme, bien éclairé, un double décamètre ou ligne de sonde étendue par terre, indique les distances. L'homme à examiner est placé à 15 mètres, il s'approche lentement jusqu'à ce qu'il puisse épeler toutes les lettres d'une ligne, puis s'avance encore , recule ou reste en place pour lire les suivantes. Chaque distance ainsi relevée est notée, et la moyenne des 5 mensurations donne l'acuité visuelle moyenne. Celle-ci est tout simplement représentée par le chiffre qui a été trouvé : 10 étant la normale, les chiffres au-dessus représentent une acuité supérieure. Ainsi le noir sur blanc est en moyenne de 13^,90, du bleu sur blanc de i3°*,5i, du
blanc sur noir de i3">,34, le rouge descendà 12 mètres et le jaune tombe à io'",69.
Quoique ce procédé soit parfaitement logique, ses résultats peut être plus complets, et leur notation plus simple en apparence que dans les autres, je vous conseillerai pourtant de rester fidèle aux habitudes classiques de mensuration de Tacuité, en choisissant le procédé qui s'adapte le mieux à cette mensuration au loin. En voici les raisons : mesurer pour chaque homme l'acuité pour les cinq lignes de lettres est une complication qui, dans la pratique courante, ne me paraît pas justifiée. L'acuité chromatique n'a besoin d'être connue que pour certaines professions, et pouf celles-ci le simple examen de lettres colorées en rouge, jaune et bleu ne peut suffire, bien des daltoniens échapperaient à ce contrôle, parce que, quoique incapables de reconnaître les couleurs, ils n'en restent pas moins parfaitement aptes à distinguer la forme et à épeler les lettres. Ce qu'il importe de connaître pour tous, c'est l'intégrité du sens lumineux, et si, pour d'autres, l'appréciation du sens chromatique est nécessaire, un examen distinct et complet deviendra indispensable. Le procédé que je viens de vous décrire est donc inutile pour la plup2g*t, insuffisant pour ces derniers.
Quant au mode de notation, il n*est ni conforme, ni comparable à celui qui est encore accepté partout. On pourra sans doute l'employer par abréviation, mais à la condition de bien spécifier que le chiffre 10 est
l'unité normale et équivaut à V = — ou i , que les