‹ Instruction sur l'histoire de France: augmentée et continuée jusqu'au règne de Charles X; etChapitre 14 sur 30 · ROI DE FRANGE · texte numérisé non relu

ROI DE FRANGE

régna i5 ans.

(An 1270).

D. Où Philippe m fut-il proclamé roi?

R. Il fut proclame dans le camp devant Tunis , aussitôt après la mort de son père. Il avait alors vingt-cinq à vingt-six ans. Son courage lui mérita le surnom de Hardi. Secouru par Charles , son oncle , roi de Sicile, il remporta une victoire sur les infidcUes, conclut une trè^ve de dix ans avec le roi de Tunis , se rembarqua et aborda en Sicile, après un naufrage où furent submergés plusieurs de ses vaisseaux, quatre ou cinq mille personnes, et tout Targent que les Sarrasins avaient donné pour obtenir la trêve. Arrivé à Paris , il porta le corps de son père à Saint-Den^s, et se rendit ensuite à Rheims, oùil fut sacré.

D. Que s'est-il passé de remarquable sous le règne de Philippe-le-Hardi ?

R. L'événement le plus mémorable de ce règne est la journée affreuse des f^êpres Sici-- Hennés. On appela ainsi le ma^ssacre que les Siciliens firent le jour de Pâques, au son de la cloche de vêpres, <le touts les Français qui étaient venus s'établir egpi Sicile avec Charles ,

(^47) , comte d'Anjou , frère de sain l Louis. La dureté du gouvernement de ce prince alluma le feu de la rébellion. Plus de huit mille Français furenli gorges. Jamais la vengeance ne se signala par des fureurs aussi barbares. Le roi d'Arragon s'empara de la Sicile , et s y main« tînt malgré Charles d'Anjou , qui mourut sans ûvoir pu se venger,

D. Philippe m nedonna-t-il aucun secours à son oncle Charles d'Anjou?

i?. Philippe marcha avec de grandes forces contre le roi d'Arragon , et remporta d'abord quelques succès. Mais bientôt les maladies minent l'armée. Elle repasse les Pyrénées. Les ennemis l'allaquent dans les défilés , et en délruisentune grande partie. Le roi lui-même, atteiutde la maladie contagieuse, meurt à Perpignan , âgé de quarante et un ans. Il était pieux, juste, bon, ami de ses peuples, et plein de bravoure. Mais il manquait de fermeté *, et sa faiblesse lui fit commettre bien des fautes.

PHILIPPE lY, dit L£ BEL, QUlRÀIlTJS-SIXIÈME AOI

DE FRAMGB,

régna 29 ans.

(Apia85).

D. De qui Philippe iv était-il fils ?

JR. Il était fils de Philippe-le-Hardi. Il n'a-

vaitqne dix-sept ans lorsqu'il parvint au trône; mais son ambition , sa politique et sa fermeté étaient au-dessus de son âge. Il épousa la fille et rhétitière de Henri i", roi de Navarre, et par là devint maître de co royaume.

D. Qu'est-ce que le règne de Philippe rv offre de remarquable?

R. Ce règne est un des plus intéressants de notre histoire : il est fécond en grands événements, en grandes fautes, et en grandes actions. Philippe cita d'abord au parlement de Paris Edouard i*, roi d'Angleterre , pour rendre compte de quélqnesviolences commises parles Anglais sur les côtes de Normandie. Edouard refusa de comparaître. Le monarque français confisqua la Guienne , et s'en empara. Le roi d'Angleterre implora le secours de l'empereur et du, comte de Flandre,, qui se liguèrent contre la France. Philippe remporta de grands avantages sur les confédérés. Il gagna, en 1*97, la bataille de Fumes ^ où seize mille ennemis restèrent sur la placer ^es Anglais et les Flamands furent contraints d'accepter les conditions de paix qu'il voulut leur dicter. Mais malheureusement il laissa en Flandre des gouverneurs qui se rendirent odieux par des impôts etdes rigueurs tyranniques.Oriserévoka, et les Français furent massacrés dans presque

f x49 ) toutes les villes. Philippe eayoya une pnis* same armée pour étouffer la rébellion* Asbji^ vingt mille Français, perdirent la voie à la fameuse journée de Courtray , <n iSooi. L^ xm marcha en personne pour ttver vengeance dq cette défaite. Il rempoxta une Oiélièbre victoire à Moits»^n>-P»eIle, e» t3o4. Plus de viugtrci^ mille Flamands y furent taiUiés en pièces.

D» Philippe iv^ n'eut-»il pas qudquies dëmé»

lés avec le pape ?

* R. Philippe avait imposé une taxe aux ec> clésîas tiques de France. Ceux-ci a'ea plaignirent au pape Boniface vui. Le pontife , plein d'orgueil, d'ambition et d'audace^ publia aussitôt une bulle par laquelle il défendait au clergé de payer aucun subside ^ans sa permission. Philippe usa 4e représailles , et défendit de transporter de Targent hors du royaume sans une permission signée de sa main. Boniface sentit le coup, etenvoyaau roi une autre buUe^ qui n'était propre qu'à aigrir le mal. Le roi répondit, dans un manifeste , que les ecclésiastiques étaient membres de Tétat comme les autres , et par eouséquent obligés de contribuer de leur argent à sa con^ servation. Le pape se radoucit; mais bientôt il se Hvra à de nouveaux emportements , et excommunia le roi»

D. Quelles mesures prit le roi de France, après avoir été excommunié par Boni&ceTJii ?

R. Connaissant la force des préjugés , Phi-* lippe crut devoir assembler les élats-génératîs:^ etle iiersrétaty fut admis pour la.première fois- Les trois ordres s'y déclarèrent fortement contre le pape. Le roi appela au futur concile dé toutes les entreprises de Boniface contre lui. Nogaret partit , en apparence pour signifier rappel y mais en eflet pour enlever te pi.pe« Sciarra-Cclonne et lui l'investirent dans-d?/ïa-i gni. Sciarra lui donna un souffiet, et voulait le tuer ; Nogaretl'en empêcha, et laissa échapper Boniface , qui revintJi Rome , où il mourut de chagrin. Ses successeurs, Benoît xi elClément Y, cassèrent tout ce qu'il avait fait contre Philippe-le-BeL

D. Quel grand événement mit le comble à la célébrité du règne de Philippe-le-Bel?

jR. Ce futlêprocèsdes Templiers. Cet ordre militaire , établi à Jérusalem , en 1 1 28, par des gentilshommes français, s'était prodigieusement accru. De grands privilèges, d'immenses richesses, la licence des armes , Torgueil de la naissance, y avaient introduit des abus, augmentés sansdouteparrignoranceetlasuperstir tion qui régnaienfalors. La rigueur des impôts et l'altération des monnaies ayant excité une

( iSi) sédition dans Paris, les Templiers furent accusés d'y avoir eu part. Philippe , implacable dans SCS vengeances, projeta leur ruine totale. Clëmenl7, qui lui devait la papauté, et qui, pour complaire au roi, avait transféré le saintsiégea Avignon, se prêta encore à ses vues dans cette affaire. L'ordre des Templiers fut sup» primé dans un concile générai tenu à Vienne ( département de l'Isère ) , en 1 3 1 1 .

D. Que devinrent les chevaliers de l'ordre du Temple ?

R. Ils furent touts arrêtés d'un bout de la France à l'autre. Le roi nomma un inquisiteur pour les interroger en présence de plusieurs témoins. On les accusa de faire renier Jésus-Christ à leurs novices, d'adorer une idole hideuse , de s'abandonner entr'eux aux débauches les plus abominables , de tuer et de rôtir des enfants, etc. Le plus grand nombre, et même les grands ofliciers de l'ordre, se reconnurent coupables des crimes qu'on leur reprochait. Mais bientôt ils se rétractèrent touts, soutenant qu'on leur avait arraché par des tortures un aveu aussi contraire à la vérité qu'à la vraisemblance. Cependant, cinquante*quatre furent abandonnés au bras séculier, et brûlés à petit feu. Le grandmaître et le commandeur de Normandie furent

( iSa )

également livrés aux flammes , après avoir rétracté leurs premiers aveux. On raconte que le grand*maître , sur le point d'expirer, ajourna Clément y à comparaître dans quarante jours au tribunal de Dieu , et Philippele-Bel dans un an. Peut-être Tévénement de la mort du pape et de celle du roi, qui sut vécurent peu de temps au grand-maitre , fut-il Toccasion de répandre ces bruits po-^ pulaires.

M. Raynouaf d a pris la ruine des Templiers pour sujetd'unetragédiereprésentéeau théâtre français en i8o5. Le connétable Gaucher de Châtillon y raconte ainsi au roi et à la reine la mort des chevaliers :

Un. immense bûcher dresse pour ïeor supplice

S'^ève en échafaad , et chaque chevalier

Croît mériter Thonneur d'y monter le premier.

Mais le grand-mai ire arrive ^ îl monte , il les devance t

Son front est rayonnant de gloire et d'e^përance.

II lève vers les cieux un regard assuré;

Il prie, et Ton croit voir un mortel inspir^^.

D'une voix formidable aussitôt il s'écrie :

ce Nul de nous n'a trahi son Dieu ni sa patrie.

« Français , souvenez-vous de nos derniers accents :

a Nous sommes innocents , nous mourrons innocents;

a L'arrêt qui nous condamne est un arrêt injuste.

a Mais il est dans |e ciel un tribunal auguste,

<c Que le faible opprimé jamais n'implore en vaîn;

« Et i'ose t'y citer, 6 pontife romain !

« Encor quarante jour*!. ••• je t'y vois comparaître. »

Chacun en fremUsdnt écoutait le grand- maître. Mais qael ^tonnement , quel troable , quel efîVoi ] Quand il dit : « Philippe , ô mon maître, ô mcm roi ! <r Je te pardonne en Tain, ta vie est condamnée; « An Criiinnal de Dieu je t^tiends dans Tannée. »

{Au roi) Les nombreux spectateurs, emns et consternas. Versent des pleurs sur vous , sur ces infortua<}s. De tont côté s'e'iend la terreur , le silence : Il semble que du ciel descende la vengeance.

Les bourreaux interdits n'osent plus approcher; Ils jettent en tremblant le feu sur le bûcher, Et détournent la téte..'.,«. Une fumée épaisse Entonre Téchafaud , roule et ffrossit sans cesse ; Tont à coup le feu brille. A l'aspect du trépas , Ces braves chevaliers ne se démentent pas.

On ne les> voyait plus; mais leurs voix héroïques Chantaient de l'Étemel les sublimes cantiques : Plus la flamme montait, plus ce concert pieux S'élevait avec elle, et montait vers les cieux. Votre envoyé paraît, s'écrie..,. Un peuple immense, Proclamant avec lui votre auguste clémence , An pied de l'échafaud soudain. s'est élancé..... Mais il n'était plus temps...., les chants avaient cessé....

D. A quel âge mourut Philippe-le-Bel ?

R. Il mourut en i3i49 ^ l'âge de quarantesix ans. U en avait régné vingt-neuf. Ce prince fut le plus bel homme de son siècle. Né avec un cœur haut , un esprit vif, une ame ferme, une humeur libérale, il aurait pu être adoré de ses. sujets^ mais il éteignit Tamour de son peuple par des actions atroces, par les fréquentes altérations des monnaies , et par la

puissance absolue qu'il donna à des ministres avaresellhsolents.Danssesderniersmoments, il témoigna le plus vif regret d'avoir foulé Je peuple. Il rendit le parlement sédentaire à Paris : auparavant ilélail ambulatoire, etsuivait la cour. On doit à Jeanne de Navarre, son épouse , la fondation du célèbre collège de Navarre. Cette princesse était aussi recomraandable par ses talents que par ses charmes. Phîlippe-le-Bel laissa trois fils, qui régnèrent successivement après lui. L'aîné lui succéda immédiatement.

LOUIS X, dit LE HUTXN, QUARANTE - SEPTIEMB

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